‹ Lettres sur le PonthieuChapitre 4 sur 24 · DU PONTHIEU · texte numérisé non relu

DU PONTHIEU

Parmi les écrivains qui se sont occupés du Ponthieu et parmi ceux qui l'habitent, il en est bien peu qui sachent que l'illustre famille des Montmorency y a compté de nombreux représentants. Peu de provinces, Monsieur, furent aussi riches en no blesse que la basse Picardie. A celle qui en était originaire vinrent se joindre, au xv° siècle, des cadets de grandes maisons qui, devenus possesseurs de seigneuries ou de fiefs, par alliance ou par héritage, se fixèrent définitivement dans le

pays. Telles furent les circonstances auxquelles on dut l'établissement en Ponthieu des Créquy, des Bourbon- Vendôme, des Rubempré et des Montmorency. Déshéritées, pour la plupart, des hautes dignités qui étaient le partage de leurs aînées, ces branches cadettes se contentèrent de prendre rang dans la noblesse du pays et s'assimilèrent aux autres familles parmi lesquelles elles choisirent exclusivement désormais leurs alliances. Elles édifièrent à Abbeville des hôtels qui portent encore leurs noms et partagèrent leur temps entre cette ville et leurs manoirs seigneuriaux, très-modestes et tout à fait indignes de la qualification de châteaux. Je n'ai pas à vous expliquer ici les motifs pour lesquels les Créquy, les Bourbon-Vendôme et les Rubempré furent abandonnés parleurs aînés : quant aux Montmorency, la cause en est facile à deviner, et il ne faut pas la chercher ailleurs que dans leur religion. Ils étaient, en effet, tous convertis au calvinisme et avaient affecté de s'allier, surtout pendant un certain laps de temps, aux familles les plus gravement compromises par l'exaltation de leurs sentiments religieux. Ce fut seulement à partir de leur conversion que la fortune commença à leur sourire; mais il était trop tard, et le chef des Montmorency du Ponthieu n'eut même pas la consolation d'avoir des enfants auxquels il pût laisser le titre et la position dignes de son nom, qu'il avait eu l'heureuse chance de conquérir.

Bien que, longtemps avant cette époque, les Montmorency n'aient vécu que dans la sphère la plus modeste, comme de simples gentilshommes de province, leur nom et leur glorieux blason ne laissèrent pas que d'exciter la jalousie de ceux qui, leurs supérieurs en richesses et en honneurs, ne pouvaient prétendre à la longue suite d'aïeux dont Bouchard 1er, baron de Montmorency en 958, fut le chef, au glorieux passé qui identifie l'histoire de cette grande race à celle de la France et de ses rois. L'envie, en province surtout, vous le savez, Monsieur, a de nombreuses racines et croit dans les terrains les plus difficiles. L'origine des Montmorency du Ponthieu fut donc contestée de la manière la plus vive, et les généalogistes du pays, peu hospitaliers pour ces déshérités qui venaient chercher auprès d'eux un asile, ne leur épargnèrent ni les injures ni les soupçons les plus flétrissants. L'histoire de ce rameau dédaigné et systématiquement décrié d'un si grand arbre nous a tenté, car c'est à peine si elle a été esquissée par le Père Anselme et par du Chesne, historiens consciencieux qui ont dit tout ce qu'ils savaient, mais qui, évidemment, n'ont été que très- superficiellement instruits sur l'existence des Montmorency du Ponthieu.

Voici ce que l'on écrivait en 4702 sur l'origine des Montmorency, à propos de la mort récente du chef du rameau de Gueschard : « De bien habils gens croient qu'ils descendent d'un ecclésiastique

du nom de François d'Aumale, seigneur de la Courtaubois, qui entretenoit la femme d'un seigneur de Bours, et qui. donna sa terre de la Courtaubois à un enfant qu'il crut lui appartenir et qui s'appela de Montmorenci comme cela se devoit. D'autres ont écrit qu'ils descendent d'un ecclésiastique in sacris, d'autres disent que c'étoit un capucin retiré en Angleterre où il renonça à la catholicité et se maria ; cette action estoit le héroïsme parmi les religionnaires , mais à présent une monstruosité. »

Quel que fut le choix fait par « les habils gens » dans cette double et incroyable hypothèse, il est certain que toutes deux contiennent autant de mensonges que de mots, et l'on a peine à comprendre comment de pareilles infamies pouvaient avoir cours, ainsi que l'atteste l'écrivain, parmi la noblesse alliée ou amie de ceux que l'on attaquait ainsi. Le bon sens, à défaut de tout autre sentiment plus honorable, en aurait dû faire justice, et il suffisait d'ouvrir l'histoire pour donner aux calomniateurs officieux le plus éclatant démenti. Plus d'un siècle s'est écoulé depuis que les « habils gens » du Ponthieu portaient sur leurs contemporains d'aussi téméraires jugements. Ils sont morts et ont emporté avec eux le secret de leurs pensées Les Montmorency les ont précédés dans la tombe : l'oubli a étendu son voile sur tout cela. Pourquoi donc remuer toute cette poussière et dans quel but ? C'est parce qu'il n'est jamais

trop tard pour assurer le triomphe de la vérité. Nous touchons d'ailleurs au jour, trop prochain , où ce beau nom de Montmorency va disparaître pour appartenir tout entier à l'histoire. Les convoitises s'enflamment, et c'est à grand peine que les derniers représentants de l'une des plus illustres races de l'Europe parviennent à défendre leur nom, leurs titres, leur blason contre d'injustes et illégitimes tentatives. Tout ce qui touche aujourd'hui donc à cette matière est de l'actualité, ou que l'on parle du présent ou que l'on parle du passé.

Jacques, seigneur et baron de Montmorency, Écouen, Damvillc , Conflans et Vitry, conseiller et chambellan du roi et du duc de Bourgogne, chef de nom et d'armes de sa maison, avait épousé, le 4 cr octobre 4 399, Philippe de Melun, dame de Croisille et de Courrières. De cette union étaient issus quatre fils : le puîné, Philippe, apanagé des terres de Croisilles et de Courrières, et marié trois fois, n'eut de fils que de son premier mariage avec Marguerite de Bours, fille unique et héritière des biens de cette noble famille. Par ce mariage Philippe était devenu possesseur des seigneuries de Bours, Houplines, Amongies, Molimont et Hussignies, et il avait acquis, le 46 mai 4 438, de Philippe de Waencourt, celles de Waencourt, Guénappe et Hennivel. Son fils puîné, Hugues, eut en partage Bours et Courrières et adopta pour brisure, ainsi

LKTTRE II

que le voulaient les usages de l'époque, un croissant d'argent au centre de la croix de gueules de ses armes. Tous ses descendants conservèrent leur écusson ainsi modifié. La seconde femme de Hugues, Jossine de Saint-Oraer, lui avait donné trois fils : le premier, Jean, seigneur de Courrières, Ourgues, Mesnil-sur-Rielle et le Quesnoy, chevalier de la Toison d'Or, conseiller et chambellan de Philippe II, roi d'Espagne, gouverneur de Lille, Douai et Orchies, grand bailli d'Alost et capitaine de la Motteau-Bois, n'eut qu'un fils, mort en bas âge avant lui ; le second, Nicolas, fut fauteur de la branche, divisée elle-même en trois rameaux, qui se fixa en Ponthieu. Telle est l'origine réelle et authentique de ces Montmorency, que les généalogistes d'Abbeville affirmaient être issus du bâtard d'un prêtre.

La seule difficulté qui se présente ici est d'établir auquel des deux, de Hugues de Montmorency ou de Nicolas, son fils, il faut rapporter l'établissement en Ponthieu. Ce point est environné de ténèbres, et toute l'affaire se résume dans la question suivante : Hugues habitait-il Àbbeville, ou ne séjournait-il qu'accidentellement dans cette ville, quand il mourut en 4513? Quoi qu'il en soit, il fut enterré dans l'église des Minimes, à côté des Rambures, fondateurs de ce couvent, des Boubers et d'autres personnages appartenant aux meilleures familles du pays, qui tenaient à honneur d'y choisir leur sépulture. Sa veuve se hâta de se remarier avec Jean de Flandres, seigneur de Drinkam, bien

LES MONTMORENCY DU PONTMEi: 21

qu'elle ne fût plus jeune, et suivit son nouvel époux, laissant à son fils le soin de poursuivre le procès intenté pour les cierges fournis lors de l'inhumation de Hugues.

Ce fut donc sous ces orageux auspices que Nicolas de Montmorency fixa sa résidence dans un pays où tout lui était inconnu. Est-ce à son union avec Anne Rouault de Gamaches, fille d'Alophe Rouault de Gamaches et de Jacqueline de Soissons-Moreuil, en 1542, qu'il faut attribuer l'installation de son père à Abbeville, ou son mariage ne fut-il que la conséquence du séjour de son père en Ponthieu ? Je laisserai à d'autres le soin de porter ici la lumière, s'il est possible de le faire, et je me bornerai à constater que, des 1542, la noblesse du Ponthieu comptait des Montmorency parmi ses membres.

Nicolas de Montmorency, qualifié seigneur de Bours et de Gueschard, fiefs situés le premier dans le Pas-de-Calais, canton de Heuchin, le second dans la Somme, canton de Crécy, avait fixé son choix sur Gueschard et s'y était fait construire un manoir seigneurial. Dès 4544, Nicolas avait cessé d'exister : le fait est prouvé par un procès que soutint la même année Anne Rouault, dite veuve, contre Louis, seigneur et baron d'Orbec, son beaupère et le second mari de sa mère, Jacqueline de Soissons-Moreuil. Nicolas avait eu d'elle Gabriel, Christophe, mort à Rome sans postérité, et Jacqueline qui devint rime des demoiselles d'honneur

d'Éléonore d'Autriche, reine de France, et épousa Quentin Gourlé, dit de Gourlay, chevalier, seigneur d'Azincourt, Pendé et Wargnies.

Gabriel de Montmorency, éeuyer, seigneur de Bours, Gueschard et Villeroy, n'était encore qualifié qu' éeuyer quand sa mère plaidait contre le baron d'Orbec, en 4544; ce ne pouvait être à cause de son âge, comme l'écrit du Chesne, puisqu'il s'était écoulé trente-deux ans depuis le mariage de son père, et il aurait pu demeurer éeuyer toute sa vie, comme tant d'autres gentilshommes, sans que sa noblesse en ressentît le moindre préjudice. Il n'était pas d'ailleurs encore de mode de porter le titre de chevalier, et vis-à-vis de la loi et des édits royaux tous les gentilshommes ne naissaient et n'étaient qu'écuyers. Du Chesne, qui avoue luimême n'avoir eu aucune communication des titres de ces Montmorency, aurait pu s'épargner des frais inutiles, et dire que Gabriel ne fut dénommé chevalier que dans les actes passés par son fils. 11 avait épousé Michelle de Bayencourt , fille de Pierre de Bayencourt, seigneur de Bouchavannes, gouverneur de Doullens, et de Jeanne de Calonne de Courtebonne . 11 mourut vers 1547, puisque sa veuve se remaria le 22 juin 1548 avec François d'Aumale, seigneur du Quesnoy. De leur union étaient issus Jean de Montmorency, qui suit, Claude de Montmorency, page du roi Henri III, mort jeune et sans alliance, Antoinette de Montmorency, alliée d'abord à An-

LES MONTMORENCY DU rONTUIEU 23

toine de Sorcl, chevalier, seigneur d'Ugny, puis à Titus de Saint-Simon, vicomte de Clastre, chevalier de l'ordre du roi, et enfin Anne de Montmorency, morte fille ou sans alliance connue.

Jean de Montmorency, chevalier, seigneur de Bours, Gueschard et Villcroy, avait été, dans sa jeunesse, page de l'empereur Charles-Quint. Son grand -oncle, Jean de Montmorency, seigneur de Courrières, après avoir fait à la cour d'Espagne une si brillante fortune, l'y avait appelé pour lui tenir lieu du fils qu'il avait perdu. Mais il avait d'autres neveux, un surtout, Hugues BourncI, gouverneur de Bapaumc *, « duquel il avoit beaucoup de plaisirs et amitiez ». Hugues était non-seulement bon catholique, mais, comme Jean, imbu du fanatisme espagnol. Or, le seigneur de Courrières connaissait les tendances de la noblesse de Ponthieu et s'apercevait que son autre neveu se laissait aller aux idées nouvelles. Il ne deshérita pourtant pas Jean de Montmorency et lui assura au contraire, par un testament du 21 juillet 1573, « une rente héritière de cent livres de quarante gros sur la terre d'Allost au rachapt du denier seize, procédant des deniers de la vente du gavene de Douay, » plus « mille livres dudit pris de quarante gros pour une fois». Mais le testateur mit à son legs certaines restrictions, telles que sa réversion sur la tète des

1 II était aussi gouverneur de Lille, Douai et Orclik-s.

LETTKE II

doux sœurs de Jean, dans le cas où il embrasserait la religion prétendue réformée. La prévision du mourant devait se réaliser en effet, et son legs se réduisit pour Jean à une jouissance de courte durée, car il se fit huguenot et fit instruire ses enfants dans le calvinisme, qui les privait déjà d'une fortune et devait leur coûter bien plus cher encore. Est-ce au même motif qu'il faut attribuer la perte du procès qu'il soutint contre Josias de Laraeth, son cousin, à propos de la succession d'Antoine de Bayencourt, seigneur de Bouchavannes, son oncle maternel ? Antoine de Bayencourt avait laissé les seigneuries de Quincy, Courson et Vez, à Josias de Lameth, son neveu et son filleul; Jean de Montmorency attaqua le testament et porta l'affaire devant le parlement qui, par un arrêt du 4 juin 1599, le débouta de ses prétentions et consacra la validité de l'acte suprême fait par le sieur de Bouchavannes. On ignore l'époque de la mort de Jean de Montmorency, mais on sait, sans pouvoir préciser à quelle date, qu'il avait épousé Bernarde Gaillard, fille de Michel Gaillard, chevalier, seigneur de Longjumeau, Chailly et Faillet, et de Louise de Sains, et petitetille de Michel Gaillard, chevalier, seigneur de Longjumeau, panetier ordinaire du roi, et de Souveraine d'Angoulème, fille légitimée de Charles d'Orléans, comte d'Angoulème, père du roi François lpr, dont Mme de Montmorency se trouvait par conséquent être la petite-nièce.

Du mariage de Jean de Montmorency naquirent

quatorze enfants, tous calvinistes comme leur père: 1 0 Daniel, qui entra de bonne heure au service et devint lieutenant de la compagnie d'ordonnance du vicomte de Turenne; il fut tué au siège de Chartres en 4591, à l'âge de 24 ans et sans alliance; 2° Josias, que la mort de Daniel fit l'aîné et dont je m'occuperai plus loin ; 3° Gédéon, mort jeune ; 4° Benjamin, chef du rameau d'Esquancourt, dont je rapporterai l'histoire après celle de la branche aînée; 5° Jean, seigneur de Flesselles, allié à Madeleine de Boutillac, puis à Madeleine des Champs de Vaux , et sans enfants de l'une ni de l'autre ; 6° Georges, connu sous le nom de M. de Crécy, d'un fief qu'il possédait. Il s'expatria et servit en qualité de capitaine dans l'armée hollandaise ; de Laura Affaitady, sa femme, fille de Cosme Affaitady, baron de Ghistelles, et de Marguerite de Herstal, il n'eut que deux filles, Agnès, dame de Bleswed et de Crétembourg, alliée au comte de Coupigny, et une autre qui entra en religion et se retira au couvent des Cordelières d'Abbeville ; 7° Pierre, auteur du rameau d'Acquest et de la Cour-au-Bois ; 8° Anne, seigneur du Hamel, tué en duel dans les circonstances suivantes : Le 3 février 1641, accompagné de ses frères, MM. de Crécy et d'Acquest, et du baron de Ghistelles, beau-frère de Crécy, il était allé visiter à Nouvion M. de Lamiré », gentil-

1 A miré de Lamiré, chevalier, baron et seigneur du Non* vion, gentilhomme ordinaire de la chambra du roi.

homme de la chambre du roi, qui venait de faire bâtir un château dans sa seigneurie de Nouvion. Tous les Montmorency dînèrent chez lui, et, après le repas, voulurent aller chez Mmc de Verneuil *, dont Anne de Montmorency, ou plutôt M. du Hamel, comme on rappelait, était épris et qu'il voulait épouser. M. de Lamiré les accompagna. Une discussion très-vive s'étant élevée en chemin entre M. du Hamel et M. de Lamiré, on mit l'épée à la main : l'issue du combat fut fatale au premier, qui tomba grièvement blessé et mourut un mois après. M. de Lamiré, qui avait à la cour de puissants protecteurs, obtint que l'on étoufferait l'affaire; il reçut des lettres de rémission et les Montmorency, quoi qu'ils fissent, durent s'en contenter pour n'être pas plus difficiles que le roi et la justice. Vous lirez en appendice à la suite de cette lettre plusieurs extraits de la curieuse enquête faite sur ce duel et ses tristes conséquences. L'importance de ce document m'empêche de l'intercaler dans mon récit dont il entraverait l'allure; 9° l'aînée des filles, Ilippolyte, fit un grand mariage, au-dessus de toute espérance, en épousant Pierre de Melun, prince d'Épinoy : bien qu'elle eût eu de lui cinq fils et

1 Anne des Kssars, deuxième fille et onzième enfant de Charles des Essars, seigneur de Meigneux, gouverneur de Montreuil, et de Jeanne de Joigny. Elle était alors veuve de Lisander de Baradat, vieomtc de Verneuil, capitaine au régiment do Navarre et gouverneur de Château-Thierry, dont elle avait un fils.

deux filles, et qu'elle ne fût plus jeune quand elle le perdit, elle se remaria avec François de la Fontaine, chevalier, seigneur d'Ognon. Celui-ci était moins âgé qu'elle, mais le nom de Montmorency l'avait ébloui, tandis qu'Hippolyte, de son côté, flattée d'être recherchée par un jeune homme, n'avait pas réfléchi qu'il y avait loin de la princesse d'Épinoy à Mmc de la Fontaine. Son père et sa mère, qui vivaient encore, étaient d'un avis contraire au sien, et ils se réunirent aux enfants de son premier mariage pour obtenir la nullité du second. Jean de Montmorency disait que cette union n'était pas valable, ayant été consacrée en secret et sans l'accomplissement de toutes les formalités requises; c'était du moins un motif. Celui qu'alléguait le prince d'Épinoy était absurde ; il déclarait qu'une aussi modeste alliance faisait tort à la mémoire de son père, et rien de plus. L'affaire, instruite par le bailli d'Amiens, fut portée par M. de la Fontaine devant le parlement, qui lui donna gain de cause, le 22 janvier 1610. Hippolyte mourut six ans après, en juin 1616, et fut enterrée dans l'église des Capucins d'Abbevilie : « Elle a esté fort ambitieuse». — Telle fut l'unique oraison funèbre qu'elle obtint de ses contemporains. — Ses sœurs puînées, Elisabeth et Michelle, moins favorisées qu'elle, avaient épousé, la première Jean de Belloy, seigneur de Pont-de-Metz, et la seconde Oudart de Fontaines, seigneur d'Étrejust, gentilshommes d'aussi ancienne mais de moins illustre noblesse que le prince d'É-

T.ETTRK II

pinoy. Jacqueline et Louise moururent à marier, ainsi que Souveraine, dont l'unique patrimoine était le nom singulier de sa bisaïeule maternelle, Souveraine d'Angoulème.

Le fils aîné de Jean de Montmorency s'appelait Josias et fut seigneur de Bours, Gueschard, Villeroy et le Hamel : il ne survécut que peu d'années à son père, avec lequel il habitait à Abbeville, sur la paroisse de Saint-Gilles, pendant tout le temps que lui laissait son service de capitaine au régiment des gardes. Sa première femme, Marie de Grouches, fille de Henri de Grouches, seigneur de Griboval , et de Claude Girard, ne lui avait donné qu'un fils; de la seconde, Louise Hotman, il avait eu deux filles, Louise et Marie, et quand il mourut, le 20 juillet 4 61 6, Louise était enceinte d'un fils, François, né posthume, et mort jeune. Jean de Montmorency, issu du premier mariage, avait servi dès l'âge de 1 i ans dans la compagnie de son père. Sa belle-mère, veuve de Catherin d' Au maie, seigneur de Nampsel, quand elle avait épousé Josias de Montmorency, voulait que sa fille, Louise d'Aumaie, devint la femme de Jean de Montmorency aussitôt qu'il aurait été soustrait par sa majorité à la tutelle de ses oncles, Benjamin de Montmorency, seigneur d'Esquancourt, et Oudart de Fontaines, seigneur d'Étrejust. Au moment où l'union projetée allait se conclure, Jean se noya dans la Somme, et les biens qu'il tenait de son père passèrent à son oncle Benjamin. Ainsi s'éteignit la branche aînée des Montmorency du Ponthicu.

«le

Benjamin de Montmorency, quatrième fils de Jean, seigneur de Bours, et de Bernarde Gaillard de Longjumeau , avait été apanagé, du vivant de ses frères, de la seigneurie d'Esquancourt. Leur mort successive et la fin tragique de son neveu réunirent entre ses mains les seigneuries de Bours, de Gueschard et la pairie de Villeroy. Cela lui permit de faire bonne figure en Ponthieu, et il eut aussi à Abbeville un hôtel qui prit de lui le nom d'hôtel de Montmorency : il était situé dans la rue du Puits-de-Fer, aujourd'hui rue du Saint-Sépulcre, où il porte le numéro i. Marié deui fois, à Claude d'Averhoult, dame d'Olizy, puis à Marie Le Prévost, fille de Jean, seigneur de Neufville et d'Estrebœuf, et de Marie de Pendé, de la première il avait eu Daniel de Montmorency et Madeleine, femme d'Isaac Le Foumier, seigneur de Neufville, calviniste exalté, de la famille duquel j'aurai occasion de parler tout à l'heure, et de la seconde, Marie, alliée le J i août 1 633 à Charles du Bois, chevalier, seigneur de La Fresnaye.

Ambitieux et peu scrupuleux sur les moyens de parvenir, Daniel de Montmorency ne se contenta point de l'assurance qu'il serait, après son père, marquis d'Esquancourt, seigneur de Bours, Gueschard, Villeroy, Tilloy, Bétonvilliers, Olizy et Crécy : il choisit une femme dans la famille des Le Foumier et épousa la sœur de son beau-frère, Marthe Le Fournier de Neufville, dans l'espoir que

son père, calviniste sincère, lui saurait gré de s'allier à une maison qui avait tant fait pour la religion ; c'est ce qui eut lieu effectivement. A peine Daniel était-il l'époux de Marthe et avait-il obtenu de ses parents les donations qu'il convoitait, qu'il jeta le masque et se convertit avec grand fracas au catholicisme. Marthe Le Fournier était digne de le comprendre. H n'avait pas eu de peine à lui démontrer que la ruine était au bout de la route suivie par leurs parents à tous deux, et qu'un changement de religion était la seule clé capable de leur ouvrir la porte des honneurs et de la fortune : il paraît certain qu'ils étaient d'accord avant le mariage. Repoussés avec indignation par leurs familles, Daniel et sa femme eurent pour se consoler les compliments et les caresses de la cour et des princes. M. le duc d'Orléans et M1,e de Montpensier se rappelèrent à propos et seulement alors qu'il y avait quelques liens de parenté entre eux et les nouveaux convertis, et les traitèrent de cousins. Mais Daniel n'avait pas rompu si violemment avec les traditions paternelles pour de stériles honneurs : il était brave et possédait des talents militaires qui ne demandaient qu'à se faire jour; il embrassa avec ardeur la carrière des armes, source de toutes les grandeurs de ses aïeux, et y entra poussé par le souffle de faveur éphémère que son abjuration avait fait naître. Il débuta comme enseigne de la compagnie des gendarmes de Soyecourt, puis il devint capitaine au régiment de

Montdejcu, lors de sa formation, le 3 février 4630, et servit sous le maréchal de La Force en Languedoc, en 1632, et Tannée suivante en Allemagne, où son régiment défendit Coblentz pendant quatorze jours. A la tète d'une compagnie de chevaulégers du régiment de La Ferté, il soutint un blocus de 13 mois dans Hermenstein en 4637 et 4638; il assista à la bataille de Rocroy, au siège et à la prise de Thionville et de Sirek en 1643, au combat près de Lérida où les Français furent battus en 1644, au combat de Liorens et à la prise de Balagnier en 1645, aux deux sièges de Lérida en 4646 et 4647, au siège et à la prise d'Ypres, à la bataille de Lens, à la prise de Fumes en 4648, au siège de Cambrai, à celui de Condé en 4649, au secours de Guise et à la prise de Réthel.

Pendant vingt ans enfin Daniel de Montmorency avait eu la bonne fortune de figurer dans tous les grands faits de guerre de son temps. La part distinguée qu'il y avait prise lui valut, le 2 avril 4652, le brevet de mestre de camp de cavalerie et celui de maréchal de camp, le 45 du même mois. En cette nouvelle qualité, il contribua en 4653 et 4654 à la prise de Réthel, de Mouzon et du Quesnoy et à la levée du siège d'Arras. Créé lieutenant général le 46 juin 4655, il commanda en 1658 l'aile droite dç la seconde ligne à la bataille des Dunes et servit au siège et à la prise de Dunkcrque, de Berghes, de Gravelines, de Menin, d'Oudenarde et d'Ypres. Depuis moins de dix ans Daniel avait perdu sa

femme, Marthe Le Fournicr, morte le 43 avril 1650, et enterrée à Rétonvillers, près de Roye-en-Santerre. Il se remaria peu après à Marie de Warluzel, veuve de M. de Saint-Souplis, seigneur de Sorel, et n'en eut pas d'enfants, pas plus que de sa troisième femme, une Tiercclin de Brosse. Marthe Le Fournier ne lui avait donné qu'un fils avec lequel il produisit ses preuves de noblesse devant l'intendant d'Amiens, en 1666.

Benjamin -Alexandre -César de Montmorency, comte de Bours, marquis d'Olizy et d'Esquancourt, seigneur de Gueschard, aussi heureux que son père, sut porter dignement le poids d'une lourde succession. Ses commencements furent difficiles, et il remplit pendant vingt ans les fonctions de capitaine de chevau-légers au régiment de Clérembault ; mais, quand il mourut, le l\ avril 1702, sans enfants de Jeanne-Madeleine de Laval, sa femme, il était lieutenant de roi à Arras et officier général. En lui prenait fin le rameau d'Esquancourt, la plus riche des trois branches habituées en Ponthieu, et sa fortune, considérable pour l'époque, à défaut d'héritiers directs, tombait entre les mains de collatéraux. Deux héritiers se présentèrent, parents tous deux du comte de Bours et au même degré ; c'était Jean Le Fournier, fils d'Isaac Le Fournier, baron de Ne'ufville, et de Madeleine de Montmorency, et Guillaume-Nicolas du Bois, chevalier, seigneur de Belhostel, (ils de Charles du Bois, seigneur de La

)gle

Fresnaye, et de Marie de Montmorency. Un procès s'ensuivit entre les deux cousins : l'issue fut bien différente de celle que l'on attendait. En effet, Madeleine de Montmorency, mère de Jean Le Fournicr, était la propre sœur de Daniel de Montmorency, père du comte de Bours ; tandis que Marie de Montmorency, mère de M. du Bois, était née de Benjamin de Montmorency et de sa seconde femme, Marie Le Prévost ; elle n'était donc que demi-sœur de Daniel de Montmorency et les droits de ses enfants devaient être primés par ceux des enfants de Madeleine. Il en fut tout autrement. Jean Le Fournier était protestant comme toute sa famille : son père et son frère aîné, lors de la révocation de l'édit de Nantes, avaient quitté la France pour rester fidèles à leur religion ; mais ils avaient commis la faute de prendre du service dans le corps d'armée du maréchal de Schomberg, et Jean porta la peine d'un méfait duquel il ne s'était pas rendu coupable. On lui préféra M. du Bois, bon catholique et protégé par le modèle des courtisans, par le marquis de Dangeau. En recueillant, le 5 mars 1706, la succession de Benjamin de Montmorency, il s'appropria en outre ses titres et se fit appeler le comte de Bours. Jean Le Fournier abjura le calvinisme, mais il était trop tard, et le nouveau comte de Bours garda ses biens et son titre.

Ce fut une étrange destinée que celle de la famille Le Fournier : elle se lie intimement à celle

des Montmorency, et vous me saurez peut-être gré d'en esquisser ici les principaux traits. Pendant le temps de leur trop courte splendeur, à la fin du XVIe siècle, les Le Fournier avaient produit une généalogie remontant jusqu'à Guillaume Le Fournier, conseiller au parlement de Paris, en 1 440, et présentant des alliances pendant trois générations avec les Corbie, les Boucher d'Orçay et les Cambron. Le public. n'avait rien dit alors; mais, quand les Le Fournier furent malheureux et persécutés, il éleva la voix, et prétendit qu au lieu d'être fils de François Le Fournier, conseiller au parlement, et d'une demoiselle de Vaudetar, Maurant Le Fournier était né d'un pêcheur de Cayeux ; que ce « beau garçon », très-adroit à tous les exercices du corps, étant élevé par un sien parent, curé de Saint-Valery, avait été enrôlé par les huguenots du capitaine Cocqueville, s'était fait calviniste, et, devenu capitaine renommé à son tour, avait été tué en 4597, à la reprise d'Amiens, au moment où il venait d'être nommé gouverneur de Dieppe. Quoi qu'il en soit, Maurant, qui n'avait pas d'enfants de Marie Vitaut, sa femme, avait fait la fortune de son frère puîné, Hugues. Celui-ci, ayant acheté des d'Aoust la terre de Neufvillc-sous-Saint-Ricquier, s'en était qualifié baron, puis était devenu chevalier de l'Ordre et gouverneur d'Abbeville. Il était à Paris à l'époque du massacre de la Saint- Barthélémy, et, déjà blessé de six coups d'épée, il n'avait dû la vie qu'à la pitié de M. de Tavanncs.

Ce terrible souvenir n'avait laissé aucune trace dans l'esprit de Hugues Le Fournier, et ne l'avait pas empêché d'élever ses enfants dans la même religion qu'il professait. Ceux-ci étaient au nombre de trois, qui tous trois avaient pris alliance dans la famille de Montmorency : Isaac, baron de Neufville, avait épousé Madeleine de Montmorency-Bours : Marthe avait épousé Daniel de Montmorency, marquis d'Esquancourt, et Judith, Pierre de Montmorency, baron d'Acquest. Isaac, qualifié baron de Neufville, avait eu deux fils, Charles et René : Charles, baron de Neufville, vicomte de Saint- Acheul, seigneur de Heuzecourt, Onneux, Coulonvillers, Genvillers, la Motte-Buleux et Montigny-les- Jongleurs, allié à une demoiselle de Boubers-Bernatre, mourut en avril 4672, à la fleur de l'âge, au moment où le gouvernement de la province entamait contre lui des poursuites à cause du prêche établi par lui à Neufville, ainsi que l'article 7 de l'édit de Nantes lui en reconnaissait le droit. On prétendit que les souffrances morales qu'il avait éprouvées et la persécution qu'on lui avait fait subir, avaient altéré sa santé et abrégé ses jours : sa mort même donna prétexte à de nouvelles accusations contre les siens. On l'avait enterré avec quelque pompe; plusieurs gentilshommes huguenots s'étaient réunis pour cette circonstance. MM. de Montmorency d'Acquest, de Boubers, Beauvisage et Van- Robais portèrent les coins du drap mortuaire sur lequel étaient placés les insignes militaires du dé-

funt. Le lieutenant général de Picardie informa contre René Le Fournier, frère puîné et héritier de Charles; mais celui-ci, harcelé et poussé à bout, quitta la France à la révocation de l'édit de Nantes, avec son fils aîné Isaac, et se réfugia en Hollande où il prit du service contre son pays sous les ordres du maréchal de Schomberg. Sa femme, demoiselle de Wllart, était restée en Picardie avec son fils puîné, Jean, qui se faisait appeler le marquis de Neufville, et ses deux sœurs. On ne leur épargna aucune humiliation. Jean, qui avait épousé une demoiselle Hervey, et que Ton savait peu fervent pour le calvinisme, et disposé à changer de religion, fut condamné comme faux noble, le 1 0 novembre * 698, en même temps que sa mère, par l'intendant Bignon, chargé de la recherche des usurpateurs de noblesse, et, comme tels, obligés à payer tous deux 2,200 livres d'amende. C'est alors, qu'injustement dépouillé de ses titres, Jean se vit enlever l'héritage des Montmorency d'Esquancourt qui lui appartenait légitimement. Sa tardive conversion n'eut pas le pouvoir de changer les faits accomplis. Son père et son frère étaient morts à l'étranger ; ses sœurs, qui avaient refusé de suivre son exemple, avaient été enfermées dans la maison des Nouvelles Catholiques de Paris et transférées depuis peu au château de Saumur. Jean, resté seul, sans enfants, traîna une existence misérable, mourut pauvre et fut le dernier de sa race.

Telle eût élé la destinée réservée à la branche des

Montmorenry d'Acquest et de la Cour-au-Bois, si son chef n'avait su, comme celui de la branche d'Esquancourt, choisir l'heure favorable. Vous n'avez pas oublié, Monsieur, que Jean de Montmorency seigneur de Bours, avait eu quatorze enfants de Bernarde Gaillard de Longjumeau. sa femme. Le septième, Pierre de Montmorency, avait été apanage des fiefs d'Acquest et de Villeroy. Il avait donné de bonne heure un sérieux gagea la religion réformée en s'alliant à Judith Le Fournier de Neufville, fille de Hugues Le Fournier, capitaine d'Abbeville. D'elle il n'avait eu que deux fils, Daniel et Jean, seigneurs de Villeroy et du Plouy-Domqueur ; ce dernier habitait en 1666 la Hollande, où il s'était fixé par son mariage avec Élisabeth de Cuyck-Miérop, fille de l'intendant de ce pays. N'avant eu d'elle qu'une fille, Elisabeth, morte en 1650, quand sa femme mourut il se remaria, malgré son grand âge, en août 1674, avec Jeanne de Pas de Feuquières, veuve de Louis d'Aumale, et qui avait une fille de son premier mariage. 11 lui survécut aussi, mais de bien peu, car Jeanne mourut en 4 694 et lui en 1698 à l'âge de 90 ans, au Plouy-Domqueur qu'il habitait depuis son retour de Hollande. La fille de Jeanne de Pas était alors mariée à un M. de Pontgibault ; bien qu'il eût des neveux de son nom à pourvoir, Jean les déshérita complètement et institua Mme de Ponlgibault sa légataire universelle. Les enfants de son frère Daniel n'étaient cependant pas riches : c'étaient les plus pauvres

des Montmorency dont j'ai entrepris d'esquisser l'histoire.

En épousant Marthe de Wllart, sa parente par les Le Fournier, Daniel de Montmorency, seigneur d'Acquest. avait fait un mariage de religion bien plus que d'intérêt. Marthe ne lui avait apporte en effet que la seigneurie de Cour-au-Bois, située sur les territoires de Mons ef, de Boubers, et consistant en un manoir de 5 journaux, 40 journaux de bois, 90 journaux de terre, un charapart, un dimage, un don et 80 livres de censives, le tout d'un revenu de 647 livres 4 0 sols, et le fief de la prévôté de Boubers, composé seulement de it livres de censives. C'était bien peu pour les dix enfants qui lui étaient nés de Marthe de Wllart. Le seul avantage procuré par cet apport était une maison fort modeste à Boubers qu'il habita avec sa nombreuse famille et où il mourut âgé de 82 ans, en 4688. Comme tous ses parents, comme les Le Fournier, les Ramburcs, les Boubers et tant d'autres, il avait été inquiété sans cesse pour l'exercice de sa religion; mais, lors de la révocation de l'édit de Nantes, alors qu'il fallait abjurer ou s'exiler, le vieillard ne put se décidera quitter le pays où il avait vécu de si longues années, et il ne fit pas de difficulté de rentrer dans le giron de la religion catholique. Une pension de 3,000 livres fut sa récompense personnelle ; une pension semblable fut accordée par le roi à ses filles, le 13 avril 4687, et ses fils, que son

exemple avait entraînés, trouvaient ouverte la carrière militaire et par elle d'honorables moyens de subsistance dans le présent : l'avenir leur appartenait.

L'aîné des fils, nommé Daniel comme son père, et dont je parlerai plus loin, prit pour sa part Acquest et la Cour-au-Bois; le second, Amaury- Louis, servit d'abord comme page dans la grande écurie du roi, puis il entra dans la première compagnie des mousquetaires en 4685 et s'en retira en 4714 avec le grade de sous-brigadier. H avait épousé dans l'église Saint-Sulpice de Paris, le 25 novembre 4699, Étiennette Le Normand, de laquelle il eut d'abord une fille, Marie-Louise, née en 4700 et morte en 4701, puis un fils, Anne- Louis-Henri, né le 22 juillet 4704, capitaine au régiment de Bourbon, et mort sans postérité. Le troisième fils de Daniel, Pierre de Montmorency, avait reçu en apanage le petit fief du Hamel dont il porta le nom, et qui était situé à Boubers; il fut tué àMayence à l'âge de dix-huit ans, en 1689, étant capitaine au régiment d'Orléans. La première des sept filles, Antoinette- Geneviève, mourut jeune en 4684 ; la seconde, Judith, mademoiselle de la Cour-au-Bois, épousa le 8 février 4700 Alexandre Le Ver, seigneur de la Vassourie, sénéchal du comté de Saint-Pol, capitaine de dragons, écuyer de la comtesse de Soissons, et mourut sans enfants, le 24 novembre 4716; la troisième, Cathe-

LtTTUE II

rine, mademoiselle de Villeroy, n'eut pas d'enfants de son mari, Nicolas de Fontaines- la-Neuville, colonel d'infanterie, qu'elle avait épousé le 10 septembre 1 697, étant âgée de 38 ans et lui de 29 ans ; Charlotte, la quatrième, n'en eut pas non plus de Charles de Lamiré, chevalier, seigneur de La Retz, son mari; Marthe, la cinquième fille, âgée de 55 ans, fut d'abord alliée le 12 février 1707 à Pierre de Lagrenée, seigneur de la Mothe, âgé de 45 ans, puis à Guillaume-Nicolas du Bois de Belhostel, dit le comte de Bours; elle était riche, car ce fut à son mari que l'on délivra la succession du dernier Montmorency d'Esquancourt; Marie, sixième fille de Daniel, mariée le 25 avril 1705 à Nicolas Manessier, seigneur de Selincourt, capitaine au régiment du roi, infanterie, âgé de 25 ans, mourut en novembre 1706 à l'âge de 45 ans, en couches de son premier enfant; elle fut inhumée dans l'église de Saint-Éloy, d'Abbeville; quant à Madeleine, dite mademoiselle de Gourlay, la dernière de toutes, elle devint la femme du marquis de La Rue, qui habitait à Romescamp, canton de Formerie (Oise), avec les huit enfants issus de son premier mariage. Vous voyez, Monsieur, que si M1,cs de Montmorency ne se mariaient pas jeunes, il se trouvait pourtant des gentilshommes moins âgés qu'elles, pour lesquels le prestige de ce grand nom paraissait une compensation suffisante du ridicule d'unions aussi disproportionnées.

Daniel de Montmorency, seigneur d'Acquest et delà Cour-au-Bois, fils aîné de Daniel, résidait aussi dans sa maison seigneuriale à Boubers en Vimeu. Après avoir été longtemps capitaine de carabiniers, il devint mestre de camp de cavalerie et mourut à Montauban, au mois de novembre 1708. Sa première femme, Marie de Lesca d'Abesse, veuve d'un gentilhomme béarnais, lui avait donné deux fils; de la seconde, Charlotte Le Ver, qu'il avait épousée le 30 octobre 1699, il n'eut pas d'enfants. Le puîné de ses fils, Charles de Montmorency, colonel réformé à la suite du régiment de Bourbon, infanterie, et premier gentilhomme de la chambre de Charles de Bourbon, comte de Charolais, mourut sans alliance en 1757. Son frère aîné, Joseph-Alexandre de Montmorency, dit le comte de Montraorency-Bours, vendit sa seigneurie de la Cour-au-Bois à M. Bourrée, et son fief de la prévôté de Boubers à M. Gaffé, lieutenant de la maréchaussée. Aucun intérêt ne l'attachant plus à la France, il passa à l'étranger, prit du service en Pologne et devint successivement sous-lieutenant des chevaliers-gardes du roi Auguste, maréchal de camp des armées saxonnes, puis enfin lieutenant général. Son union avec la comtesse de Pocei, veuve du grand maréchal de Pologne, étant demeurée stérile, il mourut sans enfants dans ce pays, le 13 mars 1759. Il fut le dernier de sa branche, et avec lui le nom de Montmorency disparut du Ponthieu pour jamais.

Page 1