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ENQUÊTE

SUR LES CIRCONSTANCES QUI ONT PRÉCÉDÉ LA MORT D'ANNE DE MONTMORENCY, SEIGNEUR DU BAMEL

Mon intention, Monsieur, n'est pas de publier dans son entier cette pièce remplie de détails précieux; j'en extrairai seulement les passages les plus intéressants, et cela suffira encore pour composer une curieuse étude des mœurs de nos pères.

La querelle de MM. de Nouvion et du Hamel, suivie de leur combat, avait eu lieu le 3 février 4 64 4 M. du Hamel étant mort un mois après environ, sa famille se porta partie civile et intenta un procès criminel à M. de Nouviou. Les magistrats d'Abbeville ordonnèrent une enquête qui , commencée le 6 avril 464 1, ne fut terminée que le 26 du même mois. Les témoins entendus étaient au nombre de quatorze, savoir : François de Buigny, écuyer, seigneur de Cornehotte et de Merliers; Maître Albin Parmentier, Jean Bellard, Oudart de Brestel, écuyer, seigneur de Bonnelles; Nicolas Lourdel, Maître Jean Boistel, docteur en médecine; Louis Obin, maître chirurgien ; Mathieu Millon, Philippe Millon, Maximilien Le Boucher, Jean de La Braielle, Jean Brocquevieille, Pierre de Machy et Charles Four-

drinier. Le résultat de l'enquête ayant été de démontrer l'innocence de M. de Larairé de Nouvion, l'affaire n'eut pas d'autres suites.

Maître Albin . Parmentier fit la déposition suivante :

« Il ne peut rien dire du dit débat, faict, à ce qu'il a entendu dire, joignant la forêt de Cressy; mais a entendu dire que le deffunt sieur du Hamel a esté la cause et l'origine dicelluy, ayant premièrement et grandement intéressé le dict sieur de Nouvion et mis le premier la main à l'espée, estant derrière le dict sieur de Nouvion qui n'eust gardon de luy; et de faict il en eust esté frappé par le dict sieur du Hamel si le sieur de Bachimont, son frère, ne se fut escrié ayant apperceu le dict sieur du Hamel prest à frapper le dict sieur de Nouvion de son espée, qui fut cause que le dict sieur de Nouvion tira aussy son espée pour se mettre en deffense : disant, luy qui parle, que le jour précédant que ceste querelle arriva, il estoit party du village de Buires-au-Bois, lieu de sa résidence, et se vint au villaige de Nouvion pour quelques affaires qu'il avoit avecq le dict sieur de Bachimont *, et cestoit le lendemain de la Chandeleur dernier. Auquel lieu de Nouvion survindrent sur le soir le dict feu sieur du Hamel avecq ses frères, les sieurs d'Acquest et de Cressy, assistez du baron de Ghistellcs,

' Simon de Lamiré, chevalier, seigneur de Bachimont,

qui furent receus fort gratieusement par le dict sieur de Nouvion et souppèrent tous ensemble, leur ayant faict le dict sieur de Nouvion la meilleure chère qu'il peut; et se souvient, luy qui dépose, que le long du soupper ne fut parlé que de choses joïeuses et récréatifves, sans aulcune apparence de noise ou querelle; et après soupper se mirent à dansser au son des violons quy là estoient; et, le lendemain matin , après avoir desjeuné tous ensamble de mcsme façon qu'ils avoient souppé le soir précédent, proposèrent tous ensemble d aller voir la vicomtesse de Verneuil, et principalement à l'occasion du dict feu sieur du Hamel; et de faict le dict sieur de Nouvion le fit monter sur un des meilleurs chevaulx de son estable, et ainsy sen partirent joïeusement pour aller au lieu où ils avoient désigné. Toutefois les sieurs de Cressy et d'Acquest partirent quelque peu paravant les aultres quy estoient les dicts sieurs de Nouvion, du Hamel, Bachimont et Ghistelles, lesquels s'arrestèrent encore quelque temps aulx damoiselles quy estoient chez ledict sieur de Nouvion, et quelque temps après suivirent les aultres; se souvenant, luy qui dépose, que lors le dict sieur de Nouvion estoit monté sur un cheval de fort petite valleur. Ne peut dire aultre chose de ce quy arriva par après entre les dessus dicts, sinon que les dicts sieurs de Nouvion et de Bachimont estant retournez au soir au dict lieu de Nouvion, ou luy qui parle estoit encore, il entendit que le dict sieur de

LES MONTMORENCY DU PONTI1IEU 4î>

Nouvion dict au soupper qu'il estoit marry du coup qu'avoit reccu le dict feu sieur du Hamel, et qu'il souhaitoit fort d'avoir receu le dict coup au lieu d'iceluy, mais qu'il avoit esté grandement intéressé par le dict sieur du Hamel ayant tiré l'espée sans occasion contre luy; adjoustant que les serviteurs desdicts sieurs d'Acquest, Cressy et aultres estoient demourez au logis du dict sieur de Nouvion, attendant leurs maistres qui debvoient là retourner soupper; et de faict les dicts serviteurs souppèrent tous chez le dict sieur de Nouvion où leur fut faict bonne chère, sans qu'il leur fut monstré aulcun mauvais semblant. »

Déposition de Nicolas Lourdel : « A entendu

dire du serviteur du sieur de Cressy, frère du dict feu sieur du Hamel, la façon que le débat estoit arrivé parce qu'il luy raconta deulx jours après

tout au long Et comme les dicls sieurs de

Nouvion et du Hamel sortirent de la forest de Cressy, sur quelques parolles quy furent tenues entre eulx du faict arrivé entre monsieur de Rambures et le sieur de Saint-Martin, voiant le dict sieur de Nouvion que le sieur du Hamel s'eschauffoit en ses parolles, luy pria ne passer plus oultre, et faire pose à ceste matière : Et neantmoins le dict sieur du Hamel, continuant, dict au dict sieur de Nouvion quy luy mectoit le marché en la main, et cela dict se retira derrière le dict sieur de Nouvion d'environ deulx portées de pistolet, et comme le dict sieur de Nouvion marchoit devant sans

prendre garde à ce que faisoit le dict feu sieur du Hamel, iceluy sieur du Hamel, sans dire mot, lira l'espée du fourreau et picquant le cheval s'en alla droict vers le sieur de Nouvion pour le frapper pardcrrière de son espée; ce que voyant, le sieur de Bachimont commença à sescrier contre le dict sieur du Hamel. — Ha! du Hamel, que veux-tu faire ! — Et à l'instant courut le dict sieur de Bachimont pour empescher le dict feu sieur du Hamel d'effectuer son dessein et se mectre entre luv et le sieur de Nouvion, lequel , a la parolle du dict sieur de Bachimont, sestoit retourné vers le dict sieur du Hamel et tiré son espée du fourreau pour se deffendre; et comme le dict sieur de Bachimont joignit le dict sieur du Hamel, leurs chevaulx sestans ombragez se retirèrent l'un de l'autre, à l'instant le dict sieur de Nouvion donna un coup de son espée sur la teste du dict sieur du Hamel; qu'estant faict, le dict sieur du Hamel se retira et s'en alla droict au village de Machiel chez la dicie

vicomtesse de Verneuil — dict encore, luy quy

dépose, que un jour ou deulx après, estant le dict sieur de Cressy au dict lieu de Neufville, et sceu que luy déposant avoit esté depuis le débat chez le dict sieur de Nouvion, il luy demanda, estant dans lescuric, ce que disoit le sieur de Nouvion et ce qu'il faisoit, et luy ayant respondu que le sieur de Nouvion estoit fort marry de ce quy s'estoit

passé il dit que son frère du Hamel estoit

un homme qui avoit la teste seiche au possible et

qu'il ne pouvoit conserver un bon amy quand il

l'avoit que la plaie qu'avoit receu le dict sieur

du Harael cstoit fort peu de chose et qu'il en seroit bientôt guary. »

Déposition de Maximilien Le Boucher : «... a dict que comme il estoit chez le sieur de Bours, à Gueschard, trois ou quatre jours après que le dict débat fut faict, devisant avecq le dict feu sieur du Hamel , il luy raconta comme il estoit arrivé et luy dict qu'il avoit esté pour le subject d'une espée qu'avoit gaigné le sieur de Saint-Martin 1 sur le

sieur de Rambures 1 qu'estant monté sur un

cheval que lui avoit baillé le sieur de Nouvion et quil ne pouvoit bonnement dompter, l'ayant picqué contre le dict sieur de Nouvion et voiant que le dict sieur venoit vers luy, il meist l'espée parderrière du costé qu'il luy sembloit que tournoit le dict sieur de Nouvion, mais n'ayant peu faire de son cheval comme il désiroit, il n'auroit peu évitter un coup d'espée que luy tira le dict sieur de Nouvion dont il fut attaint de la poincte à la teste : lequel estant faict ils se départirent aussytost l'un de l'aultre, et fut reconduit luy blessé quelque espace de temps par le sieur de Bachiraont;

4 Tbeseus de Bclloy, chevalier, seigneur de Saint-Martin, érhanson du roi, gouverneur du Crotoy, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, capitaine au régiment de Navarre.

* Charles de Rambures, chevalier, seigneur dudit lieu, Dompierre et Hornoy, chevalier des ordres du roi , maréchal de camp, gouverneur de Doullens et du Crotoy.

quand au sieur de Nouvion , il s'en retourna en sa maison. »

Déposition de Jean de la Braielle : « ayant

pansé et médicamenté le sieur du Hamel pour sa blessure, il a entendu d'iceluy que la querelle estoit arrivée sur le subject d'une espée qu'il disoit avoir esté gaignée par le sieur de Belloy sur le sieur de Rambures, et que comme le dict sieur de Nouvion disoit que le sieur de Rambures n'avoit laissé tomber son espée sur le pavé dans la ville de Paris, et luy, au contraire sestant fort

eschauffé qu'ayant tiré un coup d'estocq

contre le sieur de Nouvion , et voulu à l'instant faire tourner son cheval, qu'il ne peut faire, il receut un coup d'estramasson du dict sieur de Nouvion qui luy porta sur la teste »

Déposition de Jean Brocquevieille : a que

ceste querelle estoit survenue à l'occasion que les dicts sieurs de Nouvion et du Hamel, cheminant ensemble, estoient tombez sur le subject d'une espée qu'avoit eu le sieur de Belloy du sieur de Rambures; et sur ce que le sieur de Nouvion deffendoit le sieur de Rambures, le sieur du Hamel n'aiant pris cela de bonne part, auroit dict comme en colère que le sieur de Rambures ne luy plaisoit pas, et qu'il n'avoit que faire d'entreprendre avec luy la defiense de sa cause; ce qu'aiant veu le sieur de Nouvion, il auroit prié le sieur du Hamel de ne plus parler de cela et de changer de propos, ce qu'il auroit néantmoins voulu faire, et s'estant en-

core eschauffé davantage auroit en la fin mis la main à l'espée en disant qu'il avoit une espée pour soustenir la querelle et venger le sieur de Belloy

qui estoit son camarade »

Déposition de maître Jean Boistel, docteur en

médecine : « au commencement du caresme

dernier il fut mandé par le sieur de Bours, père du dict defFunct sieur du Hamel, pour venir veoir iceluy qui lors estoit au lict mallade au villaige de Gueschard en son logis, ce qu'il feist ; et estant là arrivé, ayant trouvé la dame de Bours et s'enquit à icelle de la disposition du dict sieur du Hamel, son fils, elle luy dict qu'il s'estoit bien porté quinze ou seize jours après qu'il avoit receu le dict coup, ayant cheminé, faict exercice de corps, au surplus qu'il n'avoit tenu aulcun régime de vivre, ains avoit faict des exercices violents, principallement à danser, avoir beu et mangé par excès plusieurs fois; ce que luy ayant dict, elle le conduit dans la chambre où le dict sieur du Hamel estoit au lict; duquel luy déposant ayant touché le poux, il le trouva avecq une fiebvre ardente, mal disposé et accompaigné de fort mauvais symptômes; et s'estant mis le dict sieur du Hamel hors du lict pour prendre un pot de chambre, il remarqua qu'il trainoit une jambe, indice d'une future paralisie; car ayant dict au sieur du Hamel qu'il mania autrement ceste jambe qu'il ne faisoit, il luy fit responce qu'il ne pouvoit et quelle estoit comme engourdie : puis, estant iceluy remis dans le lict, luy

quy dépose visita la plaie du dict sieur qu'il avoit sur la partie antérieure de la teste et du costé gauche; en quoy faisant, il recongnu que le coup n'avoit touché sinon le péricrane, nayant aucunement offencé le cranc, qui luy a faict juger que ce coup n'a esté de luy seul cause suffisante de la mort du dict sieur du Hamel, et que s'il eut tenu bon régime de vivre, bien se garder et pansser par chirurgiens experts, qu'il eut recouvert facilement sa santé. »

Le président de Boëncourt, dont le nom vous est bien connu, Monsieur *, passera à la postérité pour avoir rencontré aux eaux de Forges la marquise du Defland *. Dans un siècle, Ton saura encore qu'il portait, quoique magistrat, un habit écarlate galonné d'or, pendant l'été, et qu'à ce manque de

1 II s'appelait Louis-Joseph Gaillard, chevalier, seigneur de Boéocourt, Framicoui t-le -Grand et Morival, président au présidial et raayeur commandant d'Abbeville.

* Lettres de la marquise du Deffand , publiées par M. de Lescure, tome Ier.

goût, cachet indélébile de la province, il joignai celui de se targuer d'illustres parentés et d'amitiés haut placées dans l'échelle sociale. Il avait à Abbeville, son hôtel, comme tous les gentilshommes considérables par leur naissance ou par leurs emplois, et il y faisait certes meilleure figure qu'à Forges devant la duchesse de Picquigny ou devant la marquise du Deffand, qui se raillait de lui, et ne le tolérait que pour la gentillesse et la simplicité de Mme la Présidente1. L'hôtel de Boëncourt, situé dans la Grande- Rue-Notre-Dame, où il porte encore le n° 35, avait abrité de bien plus grands personnages que M. le président au présidial, et l'on aurait peut-être bien étonné M. de Boëncourt en lui disant que les premiers possesseurs de la maison où il étalait sa grandeur de fraîche date, avaient du sang de nos rois dans leurs veines. — L'hôtel de Boëncourt s'appelait alors hôtel de Vendôme, et M. de Boëncourt y avait succédé, par droit de conquête, à une branche légitimée de la maison de Bourbon.

Bien qu'Abbeville comptât au xvie siècle, parmi ses habitants, des gentilshommes de grande race, il y en avait un qui les effaçait tous et dont le nom sonnait même plus haut que Montmorency et Melun : c'était M. de Vendôme. On le traitait un peu comme un prince, et il n'en était pas un qui n'eût changé volontiers ses emblèmes héraldiques contre sou

1 Angélique d'Aubervillc.

écusson, malgré le filet d'argent mis en barre qui le traversait diagonalement en se croisant avec la cotice de gueules chargée de trois lionceaux, brisure adoptée par les comtes de La Marche de la maison de Bourbon, puis par les comtes de Vendôme qui en étaient issus l. Cela dura à peine un demi-siècle, puis vint la décadence. La roue de la fortune avait tourné, et les derniers Vendôme, descendus au rang de petits gentilshommes campagnards, en étaient arrivés à renier le nom de leur père à cause de l'illégitimité de sa naissance, à répudier leur blason et à se réclamer d'une famille qui ne leur touchait en rien. Le temps avait marché, les opinions s'étaient modifiées sur bien des choses et le moment approchait où la qualification de bâtard, jusqu'alors sans conséquence , allait devenir un déshonneur et une injure. Malgré ou plutôt à cause de cette excessive susceptibilité, MM. de Vendôme, qui ne voulaient plus être Bourbons, s'éteignirent dans une telle obscurité, que leurs contemporains ne savaient même pas si leurs enfants existaient, et lorsqu'ils habitaient auprès d'Abbeville, on croyait qu'ils avaient quitté la province.

Robert de France, comte de Clermont, sixième fils de saint Louis et de Marguerite de Provence, né en 4256, était mort le 7 février 1317, laissant

1 Cette branche de Bourbon-Vendôme portait : De France , au bâton de gueules en bande chargé de trois lionceaux d'argent , au filet d'argent en barre brochant sur le tout.

de Béatrix de Bourgogne, sa femme, plusieurs enfants, dont l'aîné fut Louis I, duc de Bourbon, mort en janvier 1341 . De son union avec Marie de Hainaut étaient issus neuf enfants : le troisième (ils a donné naissance à la branche des comtes de La Marche. 11 se qualifiait Jacques de Bourbon, comte de La Marche et de Ponthieu, seigneur de Montagu en Combrailles, de Condé et de Carency, connétable de France. 11 couronna noblement son existence chevaleresque en mourant à Lyon, le 6 avril 1361, des blessures qu'il avait reçues à la bataille de Brignais. De Jeanne de Chastillon- Saint-Pol, dame de Leuze, Condé et Carency, il avait eu trois fils : Pierre, l'aîné, mort comme son père et pour la même cause; Jean, devenu l'aîné par le décès de son frère, et Jacques, auteur de la branche des seigneurs de Préaux. Jean de Bourbon, comte de La Marche, lieutenant général pour le roi en Limousin , mort le 1 1 juin 1 393, avait épousé, le 28 septembre 1364, Catherine de Vendôme, fille de Jean VI, comte de Vendôme, et de Jeanne de Ponthieu. Catherine n'avait qu'un frère, Bouchard VU, mort sans postérité moins de dix ans après le mariage de sa sœur, et cet événement inattendu en avait fait une riche héritière. Elle apportait alors à son époux- les comtés de Castres et de Vendôme, et les seigneuries de Lezignem, Bréhencourt, Épernon, du Teil, Romalart, Cailly, Clacy et Quillebeuf. Elle donna le jour à six enfants : 1° Jacques, comte de La Marche, allié d'à-

bord à Béatrix de Navarre, dont Éléonore, duchesse de Nemours, femme de Bernard d'Armagnac, puis à Jeanne II, reine de Naples et de Sicile, de laquelle il n'eut pas de postérité; 2° Louis, comte de Vendôme, qui suit; 3° Jean, auteur des seigneurs de Carency. — Louis de Bourbon, comte de Vendôme et de Chartres, grand chambellan et grand maître de France, gouverneur de Picardie, Champagne et Brie, se maria deux fois : de sa première femme, Blanche de Roucy, il n'eut pas de postérité; la deuxième, Jeanne de Laval, lui donna seulement un fils, Jean, et une fille, Gabrielle, morte sans alliance. Jean II de Bourbon, comte de Vendôme, mort à Lavardin le 6 janvier 1477, avait eu d'Isabelle de Beauvau huit enfants, tige des ducs de Vendôme, des ducs de Bourbon, des princes de Condé,des princes de la Roche-sur-Yon et des ducs de Montpensier. Jean avait eu en outre deux fils illégitimes, l'un de Philippote de Gournay, « son amie », selon l'expression consacrée, charmante et pudique, dont il est à regretter que l'usage se soit perdu; ce fut Jacques, dont nous nous occuperons plus loin; l'autre enfant, né de Guionne Peignée dite de Vieuville, et nommé Louis comme son aïeul paternel, se fit prêtre et eut des commencements bien modestes, si l'on songe au sang dont il était issu. En 4 481, il n'était encore que licencié ès lois et chantre de l'église collégiale de Vendôme. Créé prieur d'Épernon et conseiller clerc au parlement de Paris, le 18 février 4483, il fut nommé évèque

d'Avranches le 47 septembre 1485, avec une pension de 400 livres. 11 mourut à Tours le 24 octobre 4510.

Jacques, bâtard de Vendôme, ainsi qu'on l'appelait dans sa jeunesse, fut encore plus heureux que son demi-frère, l'évèque d'Avranches; il dissimula sous des titres sonores la tache originelle et se fit une large et belle place dans le monde. Le couronnement de l'édifice fut des lettres de légitimation accordées par François Ier, en décembre 4518. Il se nomma désormais Jacques de Bourbon -Vendôme, chevalier, baron de Ligny, seigneur de Bonneval, Vançay, Heux en Ternois, La Vaquerie et Vierge. Les rois Louis XII et François Ier, qui l'estimaient, l'avaient successivement et comme à l'envi décoré des titres de chambellan, gouverneur du Valois et Vendômois, capitaine d'Arqués, de Vermandois et de Valois. En 1512, Louis XII lui avait donné 400 livres de pension, et François Ier, en 4520, les parc et château de Villers-Cotterets et 4,250 livres de rente sur les greniers à sel du duché de Valois. Jacques mourut le 4er octobre 4524 et fut enterré dans l'abbaye de Longpont, près de Soissons. Sa femme fut l'y rejoindre quelques années après : elle était déjà veuve de François de Crèvecœur quand M. de Vendôme l'avait épousée, le 9 décembre 1505, et elle se remaria en troisièmes noces avec Perceval de Chepoix, vicomte de Cluny, l'un des plus grands seigneurs du Beauvoisis. Il paraîtrait que, de ses trois alliances, la

deuxième l'avait flattée davantage, ou que le soutenir de Jacques de Bourbon avait survécu et fait tort au vicomte de Cluny. Toujours est-il qu'elle voulut reposer dans la mort à côté de Jacques, et se fit enterrer à Longpont sous le même tombeau que lui. Cette veuve originale, et que, malgré toute la bonne volonté possible, l'on ne peut déclarer inconsolable, était Jeanne de Rubempré, et appartenait à l'une des plus illustres maisons de la Picardie. C'est à cette alliance qu'il faut rapporter l'établissement des Bourbon-Vendôme à Abbeville, où la famille de Rubempré possédait sur la place Saint-Pierre un hôtel, qui, en 4710, était devenu une auberge à l'enseigne de la Ville-de-Calais. Il fut , avec les autres biens des Rubempré, le partage du fils puîné de Jacques de Bourbon, tandis que l'aîné, Claude, acheta ou fit bâtir l'hôtel auquel il donna son nom, et dont il a été question plus haut.

Sept enfants naquirent de Jacques de Bourbon- Vendôme et de Jeanne de Rubempré. Ce furent : 4 ° Claude, qui suivra ; 2° André, qui, quoiqu'il signât toujours du nom de Bourbon, fut plus connu sous celui de Rubempré, et joua un rôle considérable dans les affaires de son temps. Il se distingua à la bataille de Cerisoles, en 4544, et cette journée fut sa première étape dans la voie des honneurs auxquels sa naissance l'obligeait à prétendre. On le trouve en effet, en 4544, lieutenant de la compagnie d'hommes d'armes du duc d'Enghien. En 4 557, il porta la cornette blanche à la bataille de Saint-

Denis, et en 4559 il était de nouveau lieutenant dans la compagnie de M. d'Estrées. L'avancement, on le voit, n'était pas rapide, et cela fait l'éloge du prince, qui ne dédaignait pas de laisser ses parents dans des positions subalternes, servir sous les meilleurs officiers pour y apprendre le métier de la guerre. M. de Rubempré eut donc le temps de mettre en pratique, bon gré mal gré, la maxime fort sage qui dit que pour savoir commander il faut savoir obéir. La bataille de Dreux, le 19 décembre 4562, mit fin à ce temps d'épreuves. Sa conduite dans cette journée méritait une récompense qui ne se fit pas attendre. Le 44 janvier suivant, Charles IX lui donnait enfin le commandement de 50 lances de ses ordonnances et le collier de son ordre, que Ton n'appelait pas encore le collier à toutes bêtes. En 4573, le gouverneur et lieutenant général des ville et château d'Abbeville, Antoine de Clévet, seigneur de Montfort, ayant résigné ses fonctions, peut-être sous une inspiration venue de Paris, André de Bourbon fut agréé par le roi pour le remplacer, et prêta serment en cette nouvelle qualité entre les mains du garde des sceaux. La noblesse de Ponthieu, chose surprenante, ratifia le choix du prince en députant André aux états généraux à Blois, en 4576. M. de Rubempré mourut peu après. Il avait épousé en premières noces Anne de Bensserade *, dame de Rieux,

' Fille de Louis de Bensserade, écuyer, seigneur d'Argoules, et de Marguerite de Boufflers.

et n'avait eu d'elle qu'un fils, Jean de Bourbon, mort jeune au château de Cagny; sa deuxième femme, Anne de Roncherolles, mariée le 18 septembre 4560, lui donna six enfants : Charles de Bourbon-Vendôme, seigneur de Rubempré, gouverneur de Rue, mort sans alliance en 1595; Louis, seigneur de Rubempré et de Grainville, mort également sans alliance, à l'âge de 24 ans, en 1598; Marguerite, dame de Rubempré par la mort de ses frères, alliée le 27 novembre 1595 à Jean de Monchy, seigneur de Montcavrel; Madeleine, femme de Jean, seigneur de Gonnelieu ; Jeanne, abbesse de Saint-Étienne de Reims, et Marguerite, religieuse à l'abbaye du Trésor en Vexin. Les biens d'André passèrent donc dans la branche aînée de la maison de Monchy, qu'ils enrichirent, en même temps que l'influence de dette belle alliance faisait obtenir au marquis de Montcavrel, en 1633, le collier des ordres du roi, la plus éminente et la plus enviable de toutes les distinctions accordées par l'ancienne monarchie *.

Il faut revenir aux autres enfants de Jacques de Bourbon- Vendôme. Ils étaient sept, vous ai-je dit: Claude, André, Jean, abbé de Cuivy, mort le 9 novembre 1571 , Catherine, femme de Jean

• Jean de Monchy, marquis de Montcavrel, chevalier des ordres du roi, fut encore gouverneur d'Ardres et d Étaples, et mourut en octobre 1638. Il était le chef de la noble maison de Monchy, qui a joué un grand rôle en Ponthieu et en Vimeu, et qui s'éteignit au siècle dernier dans toutes ses branches.

d'Estrées, seigneur de Cœuvres, grand maître de l'artillerie de France; Jeanne, abbesse de Saint- Étienne de Reims, et enfin Madeleine, qui, d'abord religieuse à Notre-Dame de Soissons, succéda à sa sœur à l'abbaye de Saint-Étienne , et mourut le 25 août 1588.

L'histoire est à peu près muette sur Claude de Bourbon -Vendôme. 11 semble que, laissant à son t frère les hasards et les aventures de la vie des camps et de la cour, il ait gardé pour lui la paisible existence du gentilhomme de province, et respirât à l'aise dans l'atmosphère calme de la petite ville qu'il avait choisie pour patrie. M. de Vendôme ne fut jamais que chevalier de l'ordre du roi, gentilhomme de sa chambre et gouverneur de Dou liens ; mais il était puissamment riche, et il avait en propre et de son chef les seigneuries de Ligny, Fortel, Authie, Cambron et Béhen, de nombreux fiefs au Quesnoy, à Wailly, à Hères et à Waben. Sa femme, Antoinette de Bours vicomtesse de Lambercourt, lui avait apporté les seigneuries de Lambercourt, de Saint-Michel, d'Onival et de Friaucourt, autrement dit la plus grosse part de l'héritage de son père, Claude de Bours, qui n'avait que deux filles. Lambercourt avait été pour un temps la résidence de cette famille ; elle y avait sa sépulture et un chà-

1 Elle était fille aînée de Claude de Bours et de Jeanne de Vaudricotirt. Elle et sa sœur puînée furent les dernières de cette ancienne maison, qui portait : D'or à la croix ancrée de gueules.

teau où M. de Vendôme venait fréquemment, partageant son temps entre sa nouvelle habitation et son hôtel d'Abbeville. Les habitants de Lambercourt montrent encore remplacement du château qu'ils disent avoir été détruit à l'époque de la Révolution. Était-ce bien celui de M. de Vendôme? Quoi qu'il en soit, Claude de Bourbon et Antoinette de Bours ont laissé dans ce petit et assez pittoresque village, placé au fond de l'étroite et verdoyante vallée de la Trie, des traces de leur passage que les révolutionnaires ont respectées. Faisant le plus noble usage de leur grande fortune, ils rebâtirent en 1584 l'église de Lambercourt et avaient édifié cinq ans auparavant une chapelle destinée à abriter leur sépulture et celle de leurs descendants. Celle-ci n'eut pas un meilleur sort que le château, et fut démolie par les intelligents patriotes comme un vestige de ce fantôme de féodalité qui les poursuivait partout. Les Rambures et les La Roche-Fontenilles, possesseurs de la seigneurie de Lambercourt après les Vendôme, reposèrent sous les mêmes dalles funéraires qui, comme toutes les pierres de l'édifice, furent dispersées et profanées, et dont on n'a retrouvé aucune trace. — Ce ne fut pas tout : M. et Mme de Vendôme reconstruisirent en 1574, à leurs frais, leur paroisse àAbbeville, l'église de Notre- Dame du Chastel, qui tombait en ruines, et s'y réservèrent une chapelle sépulcrale. L'année suivante ils y fondèrent un office perpétuel moyennant une rente de 133 livres et des gratifications au clergé.

A peine la chapelle de Lambercourt était-elle terminée qu'Antoinette de Bours mourut à Abbeville, le 7 janvier 1585, et fut enterrée à Lambercourt auprès de ses aïeux : elle s'était mariée le 20 juin 4542. Trois enfants étaient nés de cette union, un fils et deux filles. Ces dernières avaient été mariées du vivant de leur mère et avaient contracté deux bonnes alliances, Claude, le 24 juin 4 574, avec Jean de Rambures, comte de Dammartin, et Anne avec Claude de Créquy-Hémont, le 21 septembre 4584. Elles n'apportaient à leurs maris que peu de biens, mais un bel écusson pour leur arbre généalogique, ces fleurs de lis qui brillent d'un tel éclat que l'œil le moins exercé les découvre aussitôt entre mille autres emblèmes. M. de Vendôme aimait ses filles et surtout les petits-enfants qu'elles lui avaient donnés. Ce sentiment, si naturel, perce dans plusieurs documents émanés de lui. Il avait pourtant une préférence marquée pour Mmo de Créquy, car il voulut, en la mariant, lui faire des avantages qui éveillèrent la jalousie de Mme de Rambures, et cette dernière, lors de la signature du contrat à Lambercourt, le 21 septembre 1584, déposa une protestation en règle contre les projets de son père.

Mais le véritable objet des préférences de M. de Vendôme était son fils. Antoine de Bourbon-Vendôme, vicomte de Lambercourt, apanagé de la seigneurie de Ligny, dont il avait d'abord porté le nom, avait commencé par servir en qualité de guidon , dans la compagnie du comte de Chaulnes,

en 4568. M. de Vendôme se démit en sa faveur du gouvernement de Doullens, vers 4 580 ; mais le vicomte de Lambercourt n'en jouit pas longtemps, car il fut tué en duel à Paris, en 4 584 : il n'était pas encore marié. La douleur de M. de Vendôme fut immense : il l'épanché dans divers actes où il appelle Antoine « notre très-cher fils, très-digne chevalier », et ne prononce son nom qu'avec un pieux et tendre respect. On remarque notamment cette formule de regret dans le second testament qu'il fit alors, rendu d'autant plus nécessaire que Mme» de Créquy et de Rambures ne paraissaient pas s'aimer tendrement. 11 était prudent de prendre à l'avance des dispositions pour éviter des querelles de famille et de scandaleux procès.

Après avoir fait choix de ses deux gendres, MM. de Rambures et de Créquy-Hémont, pour ses exécuteurs testamentaires, M. de Vendôme, selon l'usage général alors, commence par quelques pieuses fondations : il donne aux églises de Notre-Dame du Chaste), de Lambercourt, de Friaucourt et de Ligny, 20 écus pour son service : il constitue une rente de 400 livres à Notre-Dame du Chastel et à Lambercourt pour deux services annuels, et « un hault obit » par mois dans la seconde des deux églises. Il veut qu'à son inhumation il y ait 50 pauvres, 25 vêtus de drap noir et 25 vêtus de drap blanc, tenant chacun une torche à la main ; il veut que tous ses serviteurs les accompagnent, revêtus chacun du costume distinctif de leurs fonctions, et qu'on leur

alloue pour cela une année de leurs gages. U donne au couvent de Saint-Claire de Hesdin 45 écus, à l'Hôtel-Dieu, aux cordeliers et aux minimes d'Abbeville 6 écus, aux religieuses de Saint-Dominique et de Saint-François 4 écus. Passant ensuite à ce qui devait composer l'héritage de son fils bienaimé, Claude laisse à Mme de Rambures, sa fille aînée, tous les biens qui venaient de son père, et, quoiqu'il ne le dise pas, une partie de ceux que sa femme, Antoinette de Bours, lui avait apportés. Le principal fief des Bours, Lambercourt, fut en effet l'apanage de la maison de Rambures. Il détache de suite de ce gros lot la seigneurie d'Authie en faveur de Geoffroy de Rambures, fils puîné de sa fille, et il exprime en outre le désir que celle de Ligny-sur- Canche, dont il le qualifie déjà seigneur en parlant de lui, lui soit attribuée également, ce qui eut lieu. — Mme de Créquy n'a que la moitié de Cambron et de Béhen, et encore à certaines charges et conditions ; mais, en rapprochant cette réserve de la protestation de Mme de Rambures contre les avantages faits à sa sœur lors de son mariage, il est impossible de ne pas admettre que ces avantages durent être réels et importants. Le reste de tous les biens, tant en meubles qu'en terre, devait être partagé par moitié entre les deux sœurs. Le testament en donnait l'exemple en leur distribuant les vases de la chapelle de leur père. Mmo de Rambures avait le calice, les burettes, une boite et une paix d'argent, et MŒC de Créquy une grande croix, un bénitier et

deux chandeliers. — Le testament est daté du 4 5 septembre 4 586. Par un codicille du 8 février 4591, écrit aussitôt après la mort de MM. de Rambures et de Créquy. ses gendres, M. de Vendôme nomme pour les remplacer Charles de Rambures, son petit-fils, âgé de 49 ans, et François Rumet, seigneur de Beaucorroy et de Buscamp, licencié en droit, maïenr d'Abbeville, son ami. — Il mourut enfin en 4595, et fut enterré comme il l'avait expressément demandé, sous un beau mausolée, dans sa chapelle de l'église Notre-Dame du Chastel, à Abbeville.

Il était presque de mode dans cette famille d'avoir des enfants naturels. M. de Vendôme ne dégéuéra pas sous ce rapport, et d'une demoiselle de Courcelles il avait eu un fils nommé Jacques de Bourbon-Vendôme. C'est à lui et à son souvenir que s'applique un mémoire secret dont Claude de Bourbon parle dans son testament, et dont il recommande l'accomplissement à ses exécuteurs testamentaires. Malgré cela, il est certain que ce fils ne remplaçait pas dans son affection celui qu'il avait perdu et dont il ne cessa de pleurer la mort. La meilleure preuve en est qu'il ne fit aucune démarche pour obtenir la légitimation de Jacques, ce qui lui aurait été d'autant plus facile que sa mère appartenait à une noble maison. Jacques reçut de son père la terre de Lévigny et de sa mère celle de Courcelles, et il se maria deux fois, avec Marie de Bomroy, puis avec Louise de Gouy. Il mourut en

1 6321 laissant six enfants, peu fortunés comme vous pouvez le penser. L'aîné, François-Claude de Bourbon-Vendôme, seigneur de Lévjgny, major de la ville de Doullens, dont son cousin, Charles de Rambures, était gouverneur, épousa Louise de Belleval et mourut sans enfants en 1658 : ses frères se partagèrent sa succession le 25 novembre de la même année. Le second, François, seigneur de Brétencourt, se fit une triste destinée et sembla se complaire à s'abaisser de plus en plus. Après avoir été capitaine d'infanterie au régiment de Saint- Prcuil, en 4641, il épousa, le 18 février 1649, Jacqueline Tillette d'Achery et se fixa à Caumartin; où sa femme avait une maison et 300 livres de rente : bientôt lui naquit un fils qui disparut et dont on n'a pu trouver la trace. Sa femme étant morte, François se remaria avec sa servante, de laquelle il eut deux filles, l'une femme d'un sieur des Lyons, qui habitait à Machy, l'autre alliée à M. de Fortel des Essarts, et deux fils sur le sort desquels planait également un mystère que l'on ne put jamais éclaircir. Les contemporains croyaient qu'ils étaient allés prendre du service chez les Espagnols, mais ils n'avançaient cette hypothèse qu'à l'état de supposition gratuite et sans aucune preuve. En un mot, ils voulaient paraître savoir et ne savaient rien.

François, qui était connu sous le nom de M. de Brétencourt, loin de revendiquer avec orgueil, comme son frère aîné, le nom de Bourbon-Vendôme

et l'écusson de leur père, s'attacha à renier son origine et sa famille, et cette rupture avec les siens fut peut-être la cause de sa vie obscure et misérable : il ne prit que le nom de Vendôme et adopta des armoiries de gueules coupé chargent au lion de l'un en Vautre, à la bordure de sable, rappelant, à quelques légères différences près, celles de la maison de Vendôme. Il le fallait d'ailleurs pour venir en aide au système qu'il tentait d'édifier et de faire accepter par l'intendant d'Amiens, lorsque celui-ci, en exécution des ordonnances royales, lui signifia en 1667 de justifier sa noblesse. Il produisit donc à l'appui de sa prétention des titres tendant à prouver sa descendance directe et légitime de Jean de Vendôme, seigneur de TrefFontaine et Vindehent, et de Marguerite d'Ougnies, sa femme, vivant en 4529, et qu'il disait être ses bisaïeuls. Cette indigne supercherie fut découverte par le procureur du roi qui conclut, le 4er août, au rejet des pièces comme visiblement falsifiées. Malgré cela, l'intendant, on ignore pour quel motif ou sous quelle influence, les accepta le surlendemain, et reconnut François pour un membre légitime de la famille de Vendôme. Les enfants de François ne profitèrent pas, comme on l'a vu, de cette action déshonorante, et ce dut être le plus cruel châtiment de ce fils qui avait osé renier son père et fouler aux pieds les sentiments de la nature pour cacher le vice de sa naissance.

Le troisième fils de Jacques de Bourbon- Veu-

dôme et de Louise de Gouy, Charles, fut lieutenant de cavalerie en 4 644 : c'est tout ce que l'on sait de lui. Quant à ses trois sœurs, Marguerite épousa Jean de Monchy, seigneur de Lamberval, et mourut avant 4658; Marie-Gabrielle mourut jeune en 4629, et enfin Antoinette épousa la même année Alexandre de Touzin, chevau-léger de la garde du roi et lieutenant au gouvernement d'Ardres, dont elle était veuve en 4658.

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