XVI
Des considérations rapides que je viens d’(îxposer il ressort : I” que la force vitale est une, ce que prouvent surabondammentses actes et plus évidemment que tous les autres faits la formation des organes et de leurs fonctions, avec leurs détails si variés et leur coordonnation si admirable, pendant l’incubation de l’œuf.
g XVll.
2“ Quoique la force vitale soit matérielle, ce que prouve sa divisibilité , elle n’est pas évidemment du même ordre que les agents impondérables qui régissent le monde physique. Elle s’en distingue éminemment et d’une manière absolue par les résultats de son action qui sont d’un ordre à part et supérieur. Nous voyons dans le polype une partie de la force vitale, inhérente à une partie du corps que l’on vient de détacher d’un individu, se constituer en unité, et cette partie, livrée à elle-même et devenant par cela même unité, se trouve avoir les propriétés de produetion et d’arrangement des tissus et produire une tête avec une bouche et des bras ou appendice, etc., de manière à reproduire un être semblable au premier.
Nous voyons parla , que les propriétés d’une partie détachée de la force vitale sont exactement les mêmes que celles du tout dont elle a été séparée. Or cette condition n’est-elle pas celle des fluides impondérables? Toute partie d’un fluide a les mêmes propriétés que le tout dont on l’a séparée.
Ce que nous venons de remarquer pour le polype, nous le voyons du reste dans tous les modes de générations pour les autres etres vivants ; nous voyons l’animalcule spermatique et le granule qui nage dans la liqueur séminale du grain de pollen , emporter avec eux une parcelle delà force vitale et, si les conditions convenables sont réunies, cette parcelle grandira et reproduira par degrés la série complète des phénomènes vitaux, de manière qu’il en résultera un être semblable à celui dont il émane.
11 n’y a donc rien de déraisonnable de considérer la force vitale , qui est matérielle, comme un fluide ayant des propriétés d’un ordre supérieur à celles des fluides impondérables de la nature physique , ayant son unité dans chaque corps vivant ou destiné à le devenir, étant inhérent à leurs tissus, car ce fluide n’existe pas sans support organique , et ayant sa diversité dans tous les phénomènes vitaux ; de même que la force luminique a son unité dans l’univers entier, a pour support tous les corps, et sa diversité dans ses manifestations électriques, calori- (|ues, magnétiques, etc.
Ces considérations sur le mode d’être ou constitution matérielle de la force vitale ne sont pas oiseuses, comme il pourrait le sembler à la première vue, et peuvent donner lieu à des conséquences de nature à laciliter l’étude et la compréhension des phénomènes vitaux. Car si la force vitale est un fluide , elle aura certaines propriétés inhérentes aux fluides; ainsi, par «exemple, le (luid«^ vital pourra, par diverses causes.
s’accumuler dans une partie de l’organisme au détriment des autres points.
Si l’on considère la force vitale comme un fluide, on pourra par là se faii*e une idée assez satisfaisante de l’augmentation de son énergie d’action par l’excitation et l’exercice physiologique, qui détermineraient une plus grande production , une plus grande tension et par conséquent une plus grande énergie d’action du fluide vital dans l’organisme ; ce qui serait l’analogue de ce qui se passe dans l’action des corps de la nature physique les uns sur les autres, d’où résulte une plus grande tension et une plus grande énergie d’action des fluides électrique et calorique , par exemple. On se fera encore, par cette conception , une assez bonne idée de son épuisement ou déperdition par l’action et de sa réparation par le repos relatif ou partiel, pendant lequel il peut se reproduire par l’exercice des fonctions vitales réparatrices. Dans cette hypotlîèse,le fluide vital se reproduirait par l’exercice des fonctions radicales, c’est-à-dire, des fonctions nutritives et les sources de sa déperdition principal emml etphysiologi-
([uement dans l’exercice des fonctions de relations; et dans les maladies elles seraient non-seulement dans l’exagération d’action de la force vitale sur un point de l’organisme, mais encore dans l’action des agents morbifiques qui mettent directement obstacle à l’exercice des fonctions radicales et les altèrent, etc.
On voit que l’on pourrait tirer d’assez nombreuses conséquences du fait de la fluidité de la force vitale. Mon intcjition n’est pas d’aller plus loin dans cette voie.
quant à préisent, et je ne me servirai pas, pour le moment, de cette donnée qui me pai'aît être l’expression de la vérité, et dont le lecteur pourra du reste faire luimême l’application dans le cours de cette étude.
Quelle idée pourrait- on, en effet, se faire d’une substance matérielle qui ne serait ni solide, ni fluide? aucune assurément. C’est là, à peu près, ce que l’on a fait jusqu’ici; on ne s’est fait aucune idée précise de la force vitale , et s’il y a vingt-cinq ans quelques-uns l’ont considérée comme un fluide impondérable, c’était vaguement sans appuyer cette bypothèse sur aucun fait et sans déterminer du reste aucune de ses propriétés élémentaires. On a toujours laissé cela dans le vague comme étant inaccessible à notre raison (k). On se faisait une idée si peu précise de la force vitale, qu’on a été jusqu’à confondre cette force avec le fluide nerveux et il en est encore en ce moment qui sont de cet avis (1).
Si les médecins qui appelèrent la force vitale l’impondérable physiologique en eussent donné une idée positive , d’abord en citant des faits à l’appui de cette hypothèse, en second lieu en déterminant quelquesunes des propriétés élémentaires de cette force, et enfin en faisant apercevoir que l’état de fluidité de l’impondérable physiologique est favorable à l’expli-
(k) . Kecainicr, Irailc du caacei', l. 2, p. 370. — Bai'Üicz, nouveaux «‘léments de la science de riioiniue, 2>-' édit. , (. I, p. 83 de l'ouvraf^e et 07 et 08 des notes.
(l) . Edouard Auber, traité de la science médicale, p. 359 el 3fi0.
cation des phénomènes de l’organisnie; si encore on ne s’étaitpas donné le ridicule de prétendre que les altérations de ce fluide étaient du domaine de l’anatomie pathologique; il est probable que M. Cayol et ses élèves ne l’auraient pas traité d’être imaginaire, comme ils l’ont fait alors (m). La raison n’eût pas été de leur côté, à eux qui ne se faisaient aucune idée de cette force considérée en elle-même et qui se contentaient d’étudier les phénomènes de l’organisme sans autre direction et sans autre point de départ que l’antique tradition, qui nous représente à la vérité la force vitale, désignée sous le nom de nature, produisant les phénomènes de l’organisme et nous met par là dans la bonne voie , mais ne nous donne pas l’idée du modiis faciendi élémentaire de cette force que ces phénomènes ont pour point de départ, et qu’il serait si essentiel de connaître cependant.
En ne nous montrant d’ailleurs que des résultats et en posant en principe que la nature suffit à tout (n) , les dogmes hippocratiques ont une certaine tendance à engager le médecin à se croiser les bi'as et à être spectateur plutôt qu’acteur. Mais Hippocrate et ses disciples ont fait comme récemment Broussais et les siens ; l’inflexibilité des faits les a forcés à rabatti-e de l’absolutisme de leurs dogmes ; on a joint aux dogmes des correctifs et on a dit, qu’il faut écarter tout ce qui peut entraver l’action de la nature médicatrice et
(m) . Cayol, clinique mcclicale, ji. 32 el 33.
(n) . Cayol, clinique médicale ,i>. 0.
de plus qu’il fîuit l’aider et la diriger quand besoin est. Voilà qui est bien; mais il faut pour cela, eu bonne logique, s’efforcer de connaître, autant que faire se peut, les propriétés et le mode d’action élémentaire de cette force qu’il s’agit d’aider et de diriger. Pourrait-on diriger avec intelligence l’action de la force électrique , pour obtenir un résultat déterminé , si l’on ne connaît pas les propriétés et le mode d’action de cette force? Evidemment on ne le pourrait faire qu’empiriquement, comme font les physiciens des places publiques.
Si je me sers ici des expressions de mode d’action élémentaire, de propriétés élémentaires, je n’ai pas besoin de dire que je ne les emploie pas dans un sens absolu, mais relatif. Quoi que nous sachions, il y aura toujours, en ceci comme en toutes choses, des profondeurs auxquelles nous ne pourrons pas atteindre ; nous ne saurons jamais le tout de rien, et, dans ce sens, nous pourrons toujours dire avec Socrate que ce que nous saA^onsle mieux c’est que nous ne savons rien.
Pour résumer ma pensée relativement à la constitution de la force vitale et pour la formuler d’une manière exacte, je dirai que je considère la force vitale comme un fluide inhérent aux corps organiques vivants ou destinés à le devenir; de même que les fluides impondérables qui constituent les forces qui régissent la nature physique sont inhérents aux corps physiques.
Le fluide vital est dans les corps organisés à l’état latent, il n’en est dégagé et mis en activité que par l’excitation des stimulus, il agit alors suivant les lois
préétablies qui lui sont propres et sa déperdition est un résultat de son action. Semblable en ceci aux fluides éleôtricpie et calorique, par exemple , ({ui sont à l’état latent dans les corps physiques, se dégagent et sont mis en activité par l’action d’excitateurs et agissent alors suivant les lois préétablies qui leur sont propres.
Les faits que cite Barthez, dont il est question au § 1, et qui sont relatifs aux rotifères et autres animalcules qui reviennent à la vie, apres avoir été desséchés pendant longtemps , si on vient à les imbiber d’une goutte d’eau, sont extrêmement favorables à l’idée que je donne ici de la force vitale.
§ XVIll.
5® La force vitale a des lois préétablies suivant lesquelles elle agit normalement quand elle est mise en action par des stimulus normaux, qui sont naturellement appropriés à ses aptitudes; alors les résultats de son action sont la formation des organes dans leur coordonnation parfaite et avec leurs fonctions diverses, ce qui constitue la vie organique , et la conservation d’un équilibre plus ou moins parfait entre les fonctions , ce qui constitue la santé de l’organisme. La force vitale agit anormalement quand elle est mise en action par des stimulus viciés ou anormaux, et alors les résultats de cette action sont les phénomènes anormaux si variés de la maladie; et finalement cette action peut cesser, si les conditions des stimulus deviennent incompatibles avec les aptitudes de la force vitale, ou si les actes morbides déterminent dans les
orj*anes imporlunts des lésions incompatibles avec les l'onctions desdits organes. Car la force vitale n’est pas intelligente, comme on s’est quelquefois plu à le dire et souvent pour obéir aux exigences d’une cause morbifique, nous la voyons déterminer dos lésions graves, mortelles.