‹ Lettres sur le vitalismeChapitre 31 sur 65 · XLV · texte numérisé non relu

XLV

11 y a des principes morbifiques ou stimulus vicieux qui sont ordinairement réfractaires aux moyens d’élimination qu’emploie normalement la force vitale, c’est-à-dire l’élimination par les émonctoires naturels , qui sont le plus souvent insuffisants ou même inaptes à cette mission; et il se produit des désordres fonctionnels ou matériels qui peuvent être considérés ! comme des fonctions anormales et supplémentaires.

La force vitale a une grande tendance à reproduire les mêmes actes normaux et anormaux ou à les remplacer par d’autres s’ils viennent à être supprimés. Chacun sait, en effet, que si on supprime une fonction anormale, autrement dit, un désordre fonctionnel ou

organique quelconque, ce n’est pas toujours sans danger; et c’est avec certaines précautions qu’il faut le faire, parce qu’il y a, comme il vient d’être dit, une tendance extrême à la production d’un travail anormal qui doit remplacer le premier, et il arrive souvent que le lieu d’élection est un organe important, dont les lésions menacent la vie; et cette substitution aura lieu d’autant plus facilement que la fonction anormale que l’on supprime existe depuis plus longtemps et i qu’on la supprime plus brusquement.

Il arrive souvent que le stimulus ou agent morbi- I tique réfractaire finit par ne plus occasionner d’actes anormaux et par être toléré par la force vitale. Soit que le stimulus soit atténué par suite d’une élimina tion partielle, au point de n’être plus à un état de concentration suffisant pour déterminer une action spéciale appréciable de la force vitale; soit que la sensibilité et par suite l’irritabilité de la force vitale aient diminué par suite de l’augmentation de l’énergie d’action ou du ton de cette force ; ou encore que sa sensibilité ait fini par s’émousser par l’habitude de la même impression; il résulte de là un état latent du principe morbifique que l’on désigne sous le nom d’état constitutionnel, comme cela a lieu dans la syphilis constitutionnelle, par exemple.

Cependant, de temps en temps, il y aura des réactions de la force vitale, plus ou moins appréciables, plus ou moins tardives , se traduisant par des phé^ nomènes particuliers et bien connus pour plusieurs stimulus morbifiques comme le syphilitique, le scrofuleux, le cancéreux, etc.

Ces réactions sont occasionnées par diverses circonstances : soit que la force vitale venant à diminuer d’énergie par l’affaiblissement accidentel de cette force, ou par les progrès de l’âge, le stimulus qu’elle tolérait comme insuffisant pour déterminer de sa part une ' action spéciale appréciable, lui devienne alors sensible et détermine son action ; comme on le voit, par exemple, pour le principe cancéreux qui bien souvent ne donne lieu à des actes morbides que dans la période décroissante de la vie, ou encore à l’occasion de ' causes qui abaissent le ton de la force vitale, comme, par exemple, des conditions hygiéniques et diététiques mauvaises et prolongées , des chagrins profonds et prolongés qui minent la constitution ; et ces mêmes conditions ont des effets semblables relativement aux manifestations scrofuleuses, syphilitiques, tuberculeuses, etc.; soit que, à la longue, le stimulus morbifique , qui existe ou qui a pénétré dans l’organisme sans avoir encore produit aucune manifestation, ait fini par grandir, par une génération inconnue, par un mode qu’on ne peut apprécier, mais dont cependant l’existence est démontrée par les faits, et par devenir un stimulus suffisant, qui souvent alors détermine tout-à-coup une réaction explosive, comme il arrive dans la rage, dans la variole et dans toutes les maladies qui sont précédées d’un temps d’incubation.

Il y a des stimulus morbifiques tels que ceux de la rougeole, de la scarlatine et de la variole qui, une fois qu’ils ont été mis en rapport avec la force vitale, la rendent ordinairement pour l’avenir insensibles à leurs

atteintes ; ils cessent d’être pour elle des agents inoi*bifiqiies, ou bien, si ce résultat n’est pas complètement atteint, ils ne sont plus pour elle du moins que l’occasion de réactions morbides d’un ordre inférieur.

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