LOIS GÉNÉRALES BE LA FACULTÉ VITALE MÉDICATRICE. — CONCLUSIONS
I. Le nombre et la variété des phénomènes que nous avons énumérés dans le cours de ce Travail , mais plus encore la régularité avec laquelle ils se produisent et la marche qu’ils affectent , révèlent à la pensée l’existence d’une faculté particulière de la Force Vitale , appelée Médicatrice, et de lois qui guident et gouvernent l’action de cette Force dans la guérison spontanée des maladies.
Ces lois, dont l’observation n’avait échappé, comme nous l’avons prouvé en commençant , ni à l’esprit de l’Antiquité , ni à l’attention des Médecins instruits attachés à la méthode naturelle et sûre d’Hippocrate ; ces lois , disons-nous , n’ont cependant été formulées dans aucun des ouvrages où l’on a traité le sujet qui nous occupe. M. Pidoux seul , dans sa Thèse inaugurale, dont nous avons eu déjà occasion de parler, et sur laquelle nous reviendrons en quelques mots pour justifier la nouvelle opinion que nous émettons plus loin , a énoncé les principales lois de la Force Médicatrice.
Mais ce savant Médecin ne fait aucune mention
de la Résistance Vitale, qui est un mode d’action de la faculté conservatrice de la Force Vitale; il ne dit rien non plus de ce qui concerne la conduite médicatrice de cette Force dans les maladies affectives, soit aiguës, soit chroniques. M.Pidoux, après avoir comparé les fonctions générales de l’économie, et surtout la nutrition à l’état normal , avec ce qu’il appelle la vie spéciale et qui comprend l’ensemble des phénomènes dépendant du genre nerveux , trouve ces derniers moins utiles à la curation des maladies , et s’exprime ainsi dans sa première loi pathologique : « Une cause morbide étant donnée, la réaction organique par elle provoquée sera d'autant plus légitime, salutaire, régulière, calculable, critique, exigera d’autant moins l’intervention de la thérapeutique, qu’elle s’accomplira par des actes plus généraux et plus rudimentaires. » Les autres lois qui suivent ne sont que des rédactions différentes et des corollaires de celle qu’on vient de lire.
Or, il est évident que celle-là ne comprend qu’un genre de maladies, les réactives, qui se guérissent , en effet, spontanément par la réaction même qui, lorsqu’elle est régulière et par conséquent médicatrice , se rapproche et ne se distingue point des actes généraux et rudimentaires de l’économie vivante.
Mais en est-il de même des maladies affectives ,
et peut-on raisonnablement attendre leur solution de la réaction seulement ou de la fièvre , acte rudimentaire qui ne fait que préparer le travail salutaire de la Force Médicatrice, et que quelques Pathologistes ont considérée comme pouvant dépendre de l’action nuisible de la cause morbide même? En effet, dans les maladies affectives, le travail de coction ne commence que lorsque la
fièvre a cessé ou sensiblement diminué. Ces rai- >
sons et toutes celles que nous avons eu occasion d’émettre , et sur lesquelles nous ne reviendrons pas afin d’éviter des redites fatigantes , étant suffisantes pour modifier ce qui a été formulé des lois de la Force Médicatrice, nous avons réfléchi sur ce sujet , et maintenant nous nous permettons de formuler les lois suivantes, qui résultent nécessairement , comme conséquences, des propositions capitales que nous avons énoncées.
Nous n’avons pas la prétention de déterminer irrévocablement les voies dans lesquelles se meut la Force Vitale pour la guérison des maladies, et d’épuiser ainsi toute discussion à ce sujet. Non, le petit nombre de travaux entrepris dans ce but n’a pas diminué l’intérêt qui s’attachera long-temps encore à la solution définitive de ce problème médical. Toutefois, si nous n’avons pas trop bien auguré de nos efforts , ils n’auront pas été sans utilité pour dissiper quelques nuages qui obscur-
dssaient le principe immuable de la Force Médicatrice.
Voici les principales lois qui, suivant nous, rcglémentent cette Force :
Première Loi. A l’état physiologique, la Force Vitale protège incessamment l’économie vivante contre l’action des causes qui tendent à détruire l’harmonie des fonctions et à produire la maladie : elle prend alors le nom de Résistance Vitale.
Deuxième Loi. La Force Vitale Médicatrice guérit les maladies chirurgicales constituées par une solution de continuité de l’agrégat matériel , en dirigeant la fonction assimilatrice dans ce but réparateur : opérant ainsi de la même façon que dans la nutrition normale , c’est-à-dire par un dépôt de molécules organisées.
Troisième Loi. Les maladies chirurgicales résultant d’un vice nutritif , d’une exagération anormale dans la fonction assimilatrice locale, et produisant des tumeurs en général et toutes les aberrations hypertrophiques simples qui ne dépendent pas d’une affection interne, guérissent spontanément au moyen de Vabsoi'ption dirigée par la Force Vitale Médicatrice.
Quatrième Loi. Toutes les maladies chirurgicales
qu’on ne peut spécialement ranger dans l’une ou l’autre dès deux catégories précédentes et formées en général d’une solution de continuité avec complication , rétention d’un élément vivant ou inorganique remplissant le rôle de corps étranger, guérissent spontanément sous l’action réunie de V assimilation plastique et de Vabsorption.
Cinquième Loi. Les maladies qui résultent d’un effort simple, mais souvent énergique de la Force Vitale contre une cause provocatrice quelconque , et nommées à cause de cela réactives , se dissipent spontanément par cette réaction même, quand elle est franche, régulière, normale.
Sixième Loi. Les maladies aiguës dépendant d’une affection interne (maladies affectives), disparaissent spontanément par un travail particulier intime et caché ; élaboration de la Force Vitale Médicatrice contre le principe morbide, et connue sous le nom de coction. Le produit qui en résulte est expulsé hors de l’économie à des jours marqués, au moyen d’évacuations nommées crises.
Septième Loi. Les maladies chroniques, toujours de l’ordre des affectives, sont régies comme elles par la loi qui précède. Néanmoins, les révolutions naturelles , plus lentes dans ces maladies , nécessitent de la part de la Force Vitale Médicatrice
des phénomènes particuliers pour arriver à leur solution spontanée. 'Tels sont : 1° le développement d’une affection contraire à celle dont la maladie chronique est formée , et qui tend à la combattre par son opposition ; 2° la succession d’autres maladies qui font disparaître les affections chroniques précédentes en les remplaçant.
II. Mais, quels que soient le mode d’action de la Puissance Médicatrice et les caractères qu’elle affecte pour s’opposer à la production des maladies ou pour les guérir, on ne peut la considérer autrement qu’une faculté de la Force Vitale qui anime et vivifie toute l’économie humaine.