‹ Lettres sur le vitalismeChapitre 61 sur 65 · VITALISME ET DE L’ORGANICISME · texte numérisé non relu

VITALISME ET DE L’ORGANICISME

Considérations générales.

Puisque les temps de la philosophie médicale sont revenus, puisque l’opinion naguère si distraite semble prêter enfin une oreille attentive à des principes plus ou moins oubliés à Paris depuis un demi-siècle, émettons quelques vérités, qui eussent encore paru intempestives il y a deux mois, et qui seront peut-être accueillies aujourd’hui, grâce à la réaction philosophique qui se consomme en ce moment.

Mais, avant tout, respectons les hommes, respectons les croyances, respectons même les dissidences les plus complètes, et que ce travail, improvisé et livi’é à la hâte, ne soit dans l’estime de tous, tant par le fond que par la forme, qu’un exposé de principes, exposé fidèle et calme, pouvant servir à chacun à condenser son jugement et à se prononcer définitivement sur la valeur et la portée de deux doctrines qui se combattent et s’excluent depuis les premiers âges de la science.

Bichat s’écriait déjà : « On dit que la pratique de la médecine est rebutante ; je dis plus, elle n’est pas, sous certains rapports, celle d’un homme raisonnable, quand on en puise les principes dans la plupart des matières médicales ! » Nous ajouterons aujourd’hui, avec non moins de vérité et de regret, que l’état scientifique de la médecine n’est plus en rapport ni avec la grandeur de ses principes, ni avec l’austé-

ESPRIT DU VITALISME

rite de ses devoirs, ni avec la logique et la lumière des temps. Nous dirons môme avec douleur que, de chute en chute et de pas incertains en pas rétrogrades, on est arrivé à un tel degré de défaillance et d’ignorance, qu’il n’y a peut-être pas quatre professeurs par école organicienne, et vingt élèves dans toutes les écoles, qui soient en mesure de donner une définition intelligible, acceptable et scientifique de ces quatre analectes : la médecine, la maladie, la fièvre, et la thérapeutique, qui, cependant, embrassent et dominent la science et l’art dans leur plus haute expression didactique et dans leur plus vaste généralisation dogmatique. Ainsi, demandez indistinctement à un maître ou à un élève de la dernière heure ce que c’est que la médecine, ce que c’est qu’une maladie, ce que c’est que la fièvre, ce que c'est que la thérapeutique, et vous serez stupéfié et abasourdi du nihilisme creux et hyperbolique de leur réponse sans aucune signification.

Et qu’on ne suppose pas que nous faisons ici de la calomnie ou de l’ironie, car on se tromperait singulièrement; nous racontons au contraire, tristement et bien tristement, une vérité commune. Nous en attestons à la fois, et la plupart des livres qui ont paru depuis un quart de siècle, et l’écho de l’enseignement magistral , et la tourmente anxieuse des examens, et les lamentations de la presse, et les aspirations incessantes des élèves, et chacun, et tout le monde, et le cri générale de l’opinion contristée.

Et malheureusement, il résulte de là que personne ne croit plus à la médecine ; ni les familles, ni les malades, ni les médecins ; et alors, dans cette déroute de la foi, chacun se fait un système à soi, une croyance à soi, une expérience à soi!... Fatales et déplorables expériences d’un homme et d’un jour, qui, en se traduisant incessamment dans les écoles et dans le monde par des mécomptes amers et des déceptions cruelles, ouvrent aux médecins les chemins vicinaux du

KT DE l’organicisme, scepticisiDc, et aux maludes les voies toujours encombrées du charlatanisme !

Nous pourrions citer, à l’appui de ces plaintes, les pages de bien des critiques ; nous nous contenterons de reproduire les termes d’un homme très savant, du docteur Jules Guyot, dont le nom rappelle le beau travail sur la vie universelle, et plusieurs travaux importants de philosophie médicale.

« Est-il permis, dit-il, de voir des hommes éminents par le cœur et par l’esprit, ayant accumulé tout ce que les sciences médicales renferment de positif et de progressif après des années passées dans l’étude et dans la pratique, primes dans la thérapeutique (cette ultirna ratio medicince) par des charlatans , des pseudo-guérisseurs sans instruction et sans garantie morale ! Est-il possible de voir les malades ou leur famille hésiter dans leur choix, ou abandonner la médecine officielle ix)ur implorer de n’importe qui, du premier venu, la santé que l’art et la science sont réputés impuissants à leur donner !

» Pour moi, je l’avoue, cette existence déprimée et dépréciée du médecin dans la société est, depuis longtemps, un sujet de tristesse et d’indignation à la fois ; aussi ai-je longtemps médité sur cette situation pour en découvrir les causes.

» Elles ne résident pas entièrement dans l’injustice, la jalousie et la superstition des masses. Croyez-lebien, ce n’est point de la société que nous avons le plus à nous plaindre, c’est de nous-mêmes, j’en suis profondément convaincu. Ayons le courage de nous faire cet aveu, de constater cette vérité, et, par cela seul, nous entrerons dans une ère nouvelle où la médecine reprendra rapidement la haute et noble influence qui lui appartient en fait et en droit. »

Plus loin, le même auteur ajoute : « La philosophie médicale, la seule qui puisse donner à la pratique toute sa puissance d’action et laisser à la théorie toutes ses chances de

ESPKIT DU VITALISME

progrès, a-t-elle été appliquée à l’enseignement depuis quarante à cinquante ans, c’est-à-dire depuis l’époque où la portion la plus nombreuse et la plus active des médecins actuels a pris ses degrés? Oui, pour la chirurgie, qui n’a pas dévié un seul instant de l’ordre des faits, qui a religieusement profité de la tradition en joignant tout ce que les progrès admirables de l’anatomie, de la physiologie et de la mécanique ont pu lui fournir de ressources et d’idées ingénieuses. Aussi s’est-elle élevée et mainteii|ie à une grande hauteur, au point même de dépasser, en importance et en considération, la médecine, dont elle n’est en réalité que la branche la moins haute dans la région supérieure et pratique. Non, pour la médecine proprement dite, qui, sous l’influence de quelques hardis novateurs, a rompu brusquement avec la tradition, et s’est précipitée hors de la voie des faits pour entrer dans celle d’un rationalisme sans fondement sérieux, mais d’autant plus acceptable, d’autant mieux accepté par les étudiants, qu’il rendait l’étude de la médecine plus simple et plus commode.

» Depuis quelques années, heureusement, la défaillance de pareils systèmes s’est manifestée trop clairement en présence des faits pour ne pas amener une réaction salutaire, et c’est à ce moment de réaction que se posa tout naturellement la question de philosophie médicale. »

Ajoutons à cette critique accablante de notre éloquent confrère que l’état déplorable de la médecine contemporaine a sa source principale dans l’anarchie des doctrines, et que ce qui caractérise notre époque de décadence médicale, c’est l’oubli des principes et le mépris de la tradition. Voyez vous-même, on ne croit plus généralement qu’au fait naissant, et l’école d’hier est déjà l’école d’autrefois!... La génération actuelle va si vite et elle est si capable!... On pourrait dire peut-être qu’elle n’a plus ni yeux, ni sens; mais qu’importe? ne lui reste-t-il pas la science infuse et l’outre-

l-T DE l’organicisme.

cuidance, son nom privé, ses espérances et ses destinées?... Mais arrêtons-nous, car, nous le répétons, nous n’entendons faire ici le procès à personne.

En témoignage de ce que nous avançons, prenons pour type d’examen la Faculté de Paris, si savante d’ailleurs, et justement célèbre par la prodigieuse érudition de ses professeurs, par l’activité scientifique de ses agrégés, par l’autorité européenne de tous ces maîtres réunis, et nous reconnaîtrons qu’en dépit de tant d’éléments de prospérité et d’illustration, la Faculté, exclusivement envisagée comme école enseignante, est essentiellement végétante, discordante, et, par conséquent, impuissante, par le vide et le vague de ses doctrines, par l’absence des principes qu’elle devrait répandre, par le dénombrement incohérent des règles pratiques qu’elle recommande. Et tout cela parce qu’on ne s’entend point, parce qu’il n’y a pas communauté de vues, et par conséquent pas d’harmonie de pensée et d’action, c’est-à-dire point d’école dans l’acception véritable du mot.

Du reste, une expérience prochaine, déjà dressée sur la médecine dogmatique comme une épée de Damoclès, prouvera bientôt la vérité de nos paroles. En effet, dans sa sollicitude active pour la fertilité et l’éclat du haut enseignement, ' S. E. le Ministre de l’instruction publique a institué, dans les Facultés de droit, des conférences applicables plus lard aux Facultés de médecine, conféi'ences appelées, selon nous, à infuser une vie nouvelle dans ces existences qui languissent et qui dépérissent. Ces conférences devront porter sur le développement et l’application des principes exposés dans les leçons orales, et donneront lieu à des interrogatoires sur des sujets indiqués d’avance par les professeurs; elles auront pour but de féconder les leçons et d’habituer les élèves à tirer des conséquences logiques des principes qui font l’objet de l’enseignement, afin de saisir les diverses applications de ces principes.

liSPniT DU VITALISMK

Eh bienl nous le disons en toute humilité : On pourra, à la rigueur, faire des conférences sur les leçons professées à la Faculté, mais nous craignons que les professeurs de conférences ne soient gravement embarrassés à l’endroit du dogme et des principes à élucider, par cette raison qui dispense de toutes les autres, que la Faculté ne consacre pas de doctrine générale. Bien plus, sa philosophie est de n’en pas avoir, et l’on s’en vante. C’est ainsi qu’un professeur de clinique disait dernièrement à ses élèves : « Messieurs, je ne suis pas l’homme des grandes généralités, des abstractions, j’ai instinctivement une répulsion pour la philosophie médicale, peut-être, probablement même, parce que je ne la comprends pas assez pour y voir clair ; mais je préfère de beaucoup observer les faits, leurs détails, les rassembler, les grouper et en déduire quelque théorie simple et pratiqué. »

A coup sûr, il doit y avoir un peu de modestie dans cette déclaration de principes d’un professeur très considérable d’ailleurs , mais toujours est-il qu’il se targue majestueusement de comprendre fort peu de chose à la philosophie médicale ; et c’est là, il faut bien le dire, un aveu très grave, car il résulte de ce fait, si simple en apparence, que les élèves sont en quelque sorte autorisés à regarder la philosophie médicale comme inutile et stérile , puisqu’on peut occuper avec éclat une des magistratures de l’enseignement, sans se donner la peine de faire connaissance avec cette orgueilleuse du logis 1 II est presque inutile d’ajouter que nous protestons de toutes nos forces contre ce scepticisme hautain de notre spirituel professeur.

Faisons connaître maintenant les principes des écoles vitalistes et organiciennes ; comparons leurs dogmes et leurs règles pratiques ; montrons où l’on pourrait trouver les conditions de la conciliation scientifique si désirée , et réduisons enfin à quelques conclusions générales l’éco-

ET DE l’organicisme.

noniie pliilosophique et toute la logâpie de la question régnante.

Des écoles en général.

Dans l’ordre entier des connaissances humaines soumises à la discussion philosophique (dispiitationibiis eorum), l’esprit investigateur finit toujours par se résoudre et se diviser en deux grandes opinions distinctes , en raison de cette inexorable dualité de causes, d’effets et de propositions contraires qui s’en prend à notre faiblesse et qu’on retrouve toujours comme un gouffre au fond de toutes les questions !

Chacune de ces opinions de l’esprit public se fortifie ensuite par les oppositions et les résistances, et elle constitue, en se coordonnant didactiquement, ce qu’on appelle une école, c’est-à-dire une secte spéciale ayant ses principes à part, ses moyens et ses manières. C’est ainsi du moins que se sont établies, et les écoles des premiers temps, et toutes celles qui leur ont succédé soit en philosophie, soit dans les sciences, soit dans les lettres ou dans les arts.

La médecine a dû subir le sort commun ; et , depuis son origine jusqu’à nos jours , elle a perpétuellement tourné sur un axe dont les deux pôles s’appellent le vitalisme et V organicisme.

En effet , il n’y a réellement que deux écoles médicales fondamentales : l’école vitaliste, dont la Faculté de Montpellier est la splendide expression, et l’école organicienne , dont la Faculté de Paris est la manifestation la plus considérable. En dehors de ces deux écoles rivales, nous le répétons, il n’y a point de souche véritable , mais seulement des satellites, des appendices, des succursales, ou de petites communions qui , sous des noms ambitieux , ampoulés ou déguisés, vivent au jour le jour de leurs fantaisies, et font maigre chère de leurs oraisons et de leur doctrine pareillement !

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ESPRIT f)E VITAUSME

Constatons aussi un fait liistorujue important; c’est quo depuis l’époque de leur fondation, en 1220 pour la Faculté de Montpellier, et en 1270 pour ta Faculté de Paris, ces deux écoles, qui se composaient alors de l’universalité des docteurs appelés à tour de rôle à professer, à prendre part aux actes publics et aux examens des élèves; ces deux écoles, disons-nous , ont toujours magistralement admis et professé la seule et même doctrine jusqu’au temps de la révolution philosophique opérée par Descartes.

Dans l’une comme dans l’autre , on étudiait , on enseignait et l’on pratiquait la doctrine hippocratique , qui était lue aux élèves par des professeurs qu’on appelait lecteurs successifs, et dont les fonctions consistaient à transmettre la science dogmatique et traditionnelle.

Ce ne fut donc, notons-le bien, qu’après le triomphe du cartésianisme que les écoles de Paris et de Montpellier se séparèrent d’intention , de vues et de doctrines. L’école de Paris accepta la réforme dans laquelle se précipitèrent ensuite, à des degrés plus ou moins avancés , Bellini , Boerhaave, Hoffmann, Stahl lui-même; et l’école de Montpellier, plus courageuse et plus docile à la raison , resta fidèle à l’hippocratisme, qui trouva toujours chez elle un sanctuaire et un noble refuge.

Remercions-la de nous avoir conservé intact ce dépôt sacré, aujourd’hui qu’un orateur a pu se faire universellement applaudir en pleine Académie de médecine , en proclamant que le vitalisme est et sera toujours, pour l’honneur de la science et pour le salut des malades, la doctrine dominante, malgré les dissentiments qui se partagent et se partageront encore le domaine de la science et de l’art. Reconnaissons surtout que nous lui devons notre meilleure instruction ; instruction qui n’a jamais fait défaut à ceux qui ont voulu la chercher et la puiser dans ses livres, dans ses cours, dans ses journaux et dans sa pratique, dont les

ET DE l/onfiANICISME, lieureux résultats ont constitué pendant longtemps la gloire même de la médecine en Europe.

Ef«prit du vitalisme et de l'organieisme ,

Deux grandes doctrines anciennes comme le monde se disputent encore aujourd’hui l’empire absolu de la médecine : ce sont le vitalisme et l’organicisme, dont les principes résument l’iiistoire de la nature vivante.

Ces deux doctrines remontent à l’origine même des deux premières écoles philosophiques qui, sous le nom de spiritualisme et de matérialisme, n’ont pas cessé de remplir le monde de leurs controverses , sans être jamais parvenues , l’une ou l’autre, à le conquérir souverainement !...

Nous allons essayer de taire ressortir l’esprit , sinon la lettre de ces deux doctrines, et peut-être alors, du choc des opinions qui vont se rencontrer sur le terrain médical , il jaillira peut-être quelque lumière profitable à la philosophie transcendante, qui, depuis Hippocrate jusqu’à nos jours, a plus d’une fois trouvé de grands enseignements dans les contrées fertiles de la médecine.

Toutefois, avant d’entrer en matière et afin de mieux faire apprécier ces deux doctrines comme types de haute expression scientifique et de dernière généralisation , nous allons préalablement formuler quelques principes applicables à l’institution et à la vérification de toutes les sciences sans exception , et nous aurons ainsi , pour nos propres doutes, un critérium absolu toujours utile à consulter dans les questions litigieuses.

Toute science véritable découle naturellement et immédiatement du fait-principe (jui , dans l’espèce qui la caractérise, conduit, règle et embrasse tous les autres faits. Elle on dépend comme tout système acceptable dépend lui-même

l'.spurr mj vitausmi:

du fait initial qui le domine et dont il est l’expression-prin- | cipe généralisée. |

Par cette raison , il n’y a point de science légitime là où 1

il n’y a pas un fait primordial à la tète de toutes les propo- i

sitions, attendu que toute science doit être contenue dans •

■" son principe comme tout effet dans sa cause. C’est au titre .j

de cette condition absolue que les sciences physiciues sont .|

basées sur lè fait de l’attraction et de l’affinité , comme les ]

sciences morales le sont elles-mêmes sur le fait de la charité et sur l’amour du prochain , cette autre attraction , cette attraction du cœur de source si pure.et presque divine !

Quant au fait-principe, pour être reconnu vrai et efficace, il faut qu’en toute science il soit expérimental et rationnel , ;

c’est-à-dire qu’il soit le résultat de l’expérience et le produit rigoureux de l’analyse et de la synthèse; il faut surtout qu’il embrasse tous les faits de l’ordre qu’il généralise ; qu’il explique tous ces faits, et que l’on puisse à sa faveur, comme avec l’X algébrique en matbématiciues , dégager les inconnues et formuler les lois de la science toujours sur le métier en vue du perfectionnement et du progrès.

Nous pouvons maintenant, à l’aide de ces généralités, et sans d’autres secours que ceux de notre propre raison, apprécier nous-mêmes les prétentions et les données du vitalisme et de l’organicisme, et par conséquent accorder à l’un ou à l’autre la prééminence et la suprématie qui leur appartiennent.

Du Titalisnic.

Dans l’acception la plus générale, les mots naturisme, Itiljpocratisme ei vitalisme sont strictement synonymes; ils i désignent la doctrine fondée par Hippocrate, et qui repose \

sur le grand fait de la vie ou de la force vitale, c’est-à-dire \

de la nature formatrice, -conservatrice et médicatrice re- ,

connue par l’antiquité savante. :

|;T l)i; l.’OHOAMCISME.

L(! vitalisme remonte au spiritualisme de Pytliagore et de Zenon ; il a donné naissance au pneumatisme d’Athénée, à l’arcbéisme de Van Helmont, à l’animisme de Stahl et à l’école moderne de Montpellier, instituée par Barthez et perl'ectionnée par le professeur Lordat.

Le vitalisme hippocratique est la doctrine médicale qui a pour point de départ, pour appui et pour lien de ses principes et de ses règles, le grand phénomène de la vie dominant toutes les propriétés générales de l’organisme, c’est-àdire le lait primordial de la force vitale enchaînant comme une loi tous les états et tous les actes de l’organisme ainsi que les mouvements variés qui dépendent de ces actes ; c’est la philosophie des causes finales appliquée à la médecine et s’appuyant sur ses bases naturelles; c’est la haute raison de l’esprit humain formulant les lois de la science de l’homme, dont le mot d’ordre est nature; enfin, c’est l’œuvre de l’observation et du temps fondée sur la connaissance des choses médicales et de leurs rapports ; c’est la science des anciens siècles fécondée par le nôtre.

Le vitalisme est à la fois un véritable système et un système vrai. C’est un véritable système, car il repose sur un fait initial qui domine tous les détails; c’est un système vrai, car il explique avec clarté et simplicité tous les phénomènes physiologiques et pathologiques ; et la vérité systématique en tout genre n’est jamais que l’unité embrassant l’universalité.

Le vitalisme a pris naissance le jour où l’on a constaté au sein de notre organisme vivant , au dedans de nous, une force qui, si elle n’est la vie elle-même , en maintient du moins et en répare les principes, une force qui se soulève conlre tout ce qui trouble les fonctions de l’économie animale, et ne cesse son ouvrage de médicatiun qu’autant que tout est rentré dans l’ordre. On a donné à cette force le nom de nature, et le dogme fondamental de la médecine a été

l'SPillT DU VITAUS.MU

formulé quand le génie d’Hippocrate a établi pour la leçon de tous les siècles, que tout dans la science de l’honnne, comme dans la pratique de la médecine, consiste à observer les mouvements de la nature providentielle , à calculer ses forces, à prévoir scs efforts et la puissance de son activité, à savoir enfin qu’il y a au sein de l’organisme une force qui, simplement conservatrice tant qu’elle ne préside qu’à l’harmonie et à l’entretien des corps qu'elle-mêrae a formés, devient médicatrice aussitôt qu’une cause offensive vient à troubler soit l’état des solides ou des liquides, soit l’équilibre des fonctions ; le Créateur ayant voulu, en formant rbomme , lui assurer la faculté de résister, dans certaines limites, à tout ce qui peut porter atteinte à sa conservation et à son existence. Or cette nature est si puissante , que les médecins attentifs et patients trouvent tous les jours dans l’activité de ses efforts des ressources qu’ils ne sauraient ni prévoir ni procurer, ce qui expli([ue jusqu’à un certain point comment Stabl et ses sectateurs ont été entraînés à la considérer comme une faculté de notre âme toujours en exercice pour la conservation de la santé et la guérison des maladies.

Ainsi doue le vitalisme est cette doctrine de la nature, simple comme elle ; modeste, graduelle et lumineuse comme elle ; qui, créée par Hippocrate et fécondée par le génie de la Grèce savante et des plus célèbres médecins de tous les temps, présente, à (jui sait l’interroger patiemment, l’accord admirable des principes et de leurs conséquences, de l’observation et de l’expérience, de la théorie et de la praticpie.

Pour bien comprendre le vitalisme, il faut se reporter à l’idée même qu’Hippocrate se faisait de la nature en général, et de la nature de l’homme en particulier. Hippocrate donnait le nom de nature à la force qui pénètre l’organisme et (jui préside à tous les phénomènes de la santé et de la maladie. « La nature de rbomme, dit-il, c’est l’homme lui-

ET DE L’ORGAMCISME.

nuMne sentant, agissant et réagissant; c’est l’ensemble des forces qui régissent les êtres par des lois immuables; c’est la puissance constamment active qui dirige toutes les fonctions physiologiques et pathologiques. » Or, quand on a bien saisi le sens de cette définition, on est par le fait dans le sentier de la lumièi’e et de la vérité, et tous les détails du système hippocratique se rangent et se coordonnent d’euxmêmes dans l’esprit.

En résumé, la vraie médecine a été fondée le jour où Hippocrate a découvert le fait fondamental de la nature formatrice, conservatrice et médicatrice, et il a fallu tout. le génie du divin vieillard pour distinguer l’action de cette puissance au milieu de la multiplicité des phénomènes vitaux qui dénotent et caractérisent un état morbide.

Voici quelques citations qui donneront une idée exacte de la doctrine d’Hippocrate.

« Il y a un principe simple dans sa nature et multiple dans ses effets, qui préside à l’économie des êtres vivants ; ce principe, c’est la nature. Elle fait la vie du tout et la vio des parties; elle suffit seule aux animaux pour toute- chose, et elle sait d’elle-même tout ce qui leur est necessaire ou superflu La nature est en réalité une faculté première ou principale; mais il en est bien d’autres qui en dépendent, et ce sont ces dernières qui gouvernent le corps ; c’est par elles que la nature attire ce qui est convenable à chaque espèce, qu’elle retient et prépare ce qu’elle a attiré; c’est par elles qu’elle sépare ou qu’elle rejette ce qui est mutile ou nuisible, car cette nature, est essentiellement providentielle. »

« La nature s’exprime par des instincts, par des cris ou des symptômes qui forment son langage. Ces symptômes nous indiquent, tantôt qu’elle est suffisante et qu’elle triomphera de la cause anorbifique ; tantôt, au contraire, qu’elle est trop faible et qu’elle a besoin d’être secourue; tantôt, enfin, que ses irrégularités ou ses mouvements désordonnés

ESPRIT üü VITALISME

vont rendre ses efforts pernicieux, et qu’il faut la régler et la diriger. »

« On ne saurait établir do règles absolues en thérapeutique; car la nature diffère de la nature comme l’àge de l’àge, et ce qui se fait un jour avec avantage est souvent nuisible le lendemain. »

« Le médecin ne doit jamais être que l’interprète et le ministre de la nature; son art doit toujours avoir pour objet d’imiter les procédés curatifs de la nature. »

Ajoutons que le vitalisme a toujours fait appel aux autres sciences et qu’il a profité de leurs découvertes; d’où il résulte qu’un médecin vitaliste doit rigoureusement savoir tout ce que les anciens et les modernes ont écrit de certain sur toutes les parties des connaissances liumaines, et savoir ajouter encore ses propres réflexions à toutes ces découvertes.

En résumé, du moment que le vitalisme a été créé, la mé decine n’a plus été la servante de la philosophie; elle a cessé de faire partie des dépendances de cette iière souveraine, et elle s’est posée avec raison comme une science autocrate.

Jusque-là les tourmentes de l’économie avaient été regardées, même par les médecins, comme des accidents làtalement dangereux! Le vitalisme démontra que ces phénomènes, en apparence si effrayants, étaient, en définitive, de deux espèces, et qu’il y avait deux parts importantes à établir pour tous ces symptômes (lui se poursuivent, qui s’enchaînent, et dont l’action, bien différente, a un but bien différent aussi.

On prit ses enseignements en considération ; on fit, au lit du malade, une part pour l’affection morbide et une autre part pour l’action médicatrice de la nature, et, à dater de cette séparation légitime, si pi’écieuse ej, malheureusement si oubliée et si dédaignée aujourd’hui, la thérapeutique fut établie sur ses bases véritables. .

ET DE l’organicisme.

Pour nous, restons fidèle aux principes, et, avant d’agir, mesurons avec attention, d’abord, la puissance de la cau.-e morbifique et de son action ; puis, la puissance de la nature médicatrice soutenue et dirigée par l’art, et nous parviendrons à faire de la vraie et salutaire médecine.

Maintenant, et pour résumer les principes de cette doctrine , à peine reconnaissable dans les meilleurs essais de pathologie générale, suivons le précepte d’un prince de la pensée ; élevons les propositions pour les simplifier, et simplifions-les pour les résoudre, nous arriverons ainsi aux conclusions suivantes, qui ont pour nous le caractère d’une solution philosophique, et que nous soumettons, en dernier ressort, au jugement des hommes éclairés (1).

La médecine est à la fois une science et un art; c’est la science des faits physiologiques et pathologiques, et de leurs rapports ; c’est l’art de traiter les maladies d’après les procédés indiqués par la nature.

En vertu de cette double qualité de science et d’art qui appartient à la métlecine, ses préceptes doivent être divisés en préceptes de la science ou principes de l’art, et en règles de l’art ou principes de la science appliquée ; de là surgissent naturellement deux grandes sections principales que nous allons examiner successivement.

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