IL SECTION
Règles de l’art.
L’art médical est le produit de la science médicale appliquée, et le fait d’une conception générale associable à tous les cas identiques et lentement formée par l’observation , l’expérience et la pratique raisonnée.
L’art, dit Hippocrate, consiste à imiter les procédés curatifs; c’est, selon ses propres expressions, « ars curandi qua via curât sua sponte natura ; » et la nature , considérée comme modèle de l’art, est « principium eorum conatuum qui in sanitatis tutelam et œgritudmis medelam, renuenti etiam voluntati, in morbis et in pathematis instituuntur. » Enfin, l’art est complété par trois termes : la maladie, le malade et le médecin ; le médecin est l’interprète et le ministre de la nature, et le malade doit concourir, avec le médecin, à combattre le mal ; le médecin ne doit jamais
KT I)E l’organicisme.
agir que de concert avec la nature, car, lorsqu’elle est contraire, tout devient superflu.
Enfin, comme artiste et disciple de la nature, le médecin doit s’efforcer de ramener la thérapeutique à la discipline de trois lois pathologiques artificielles ou artistiques qui répondent fidèlement aux trois grandes lois médicatrices naturelles, et qui doivent prendre, comme elles, les noms de lois d’expulsion, de neutralisation et de récorporation.
Les lois pathologiques artistiques emploient trois médications spéciales, savoir : les médications expulsive, neutralisante et récorporante , auxquelles répondent trois ordres d’agents médicamenteux : les évacuants, les spécifiques et les altérants.
La médication altérante a pour objet de rendre^ autre (alter), c’est-à-dire de modifier l’état de l’économie; elle emploie dans ce but trois médications spéciales : 1“ la médication tempérante ou antiphlogistique, qui répond à l’état de surexcitation de l’économie; 2° la médication tonique, qui répond à son état de sous-excitation ; 3° la médication régulatrice, qui répond à l’état nerveux ou ataxique.
En résumé, la nature a mis en nous une infinité de ressources, et elle a constitué, pour la défense de la vie, une médecine naturelle qui fait que chaque créature peut, dans la majorité des cas, être guérie par elle-même.
Voilà les dogmes de la science et les préceptes de l’art, tels ([ue nous avons pu les dégager des livres hippocratiques et les condenser dans une rigoureuse synthèse; ils se réduisent, il est vrai, à un petit nombre de principes et de règles, mais les conséquences qu’ils renferment sont incalculables pour qui sait les trouver, et il appartient aux maîtres de les méditer, de les élucider, de les développer et de les faire connaître à la jeunesse studieuse et au génie naissant.
Ces principes ont toujours servi de base à la théorie et à la pratique des hommes considérables des temps anciens et
ESPRIT DU VlTALiSME
modernes; mais, comme les meilleures choses, ils ont eu aussi leurs destinées, et on les a trop souvent oubliés par cette fatalité déjà indiquée par un auteur hippocratique, à savoir, que le nouveau, dont on ignore encore l’utilité, est loué plus que la méthode habituelle dont la bonté est déjà connue , et que les choses étranges sont plus approuvées que les choses évidentes de soi.
Néanmoins, jamais ces principes n’ont cessé de régner complètement, et ils ont toujours caractérisé l’esprit de l’université de médecine de Montpellier et de son école.
Ce qu’on doit entendre par ces mots : École de Paris, École de ITlontpcllicr.
Nous ferons observer ici, à titre d’explication indispensable, que nous n’employons pas les termes d'École de Paris et d’Ecole de Montpellier, pour désigner exclusivement, comme on pourrait le croire, soit la Faculté de Paris, soit la Faculté de Montpellier, réduites chacune à ses professeurs et à ses agrégés, mais que nous appliquons ces expressions à l’esprit public médical diversement spécifié, et faisant école aux deux grands foyers d’éducation médicale (à Paris et à Montpellier), par l’accord scientifique de la majorité des médecins, docteurs, professeurs, agrégés, auteurs, journalistes, académiciens ou praticiens légalement institués dans les deux centres d’activité. Ainsi, nous le répétons, quand nous disons l’École de Paris, l’École de Montpellier, nous entendons simplement caractériser l’esprit public médical dominant soit à Paris, soit à Montpellier, rien de plus, rien de moins. Reprenons maintenant le cours de la question.
Chaque école, une fois établie, a naturellement cherché à progresser dans la voie du perfectionnement et des ai)plications de sa propre doctrine. C’est ainsi que, depuis Barthez jusqu’au professeur Lordat, l’école de Montpellier, tout
ET DE l’organicisme.
en suivant les progrès des sciences naturelles physiques et chiini(iues, s’est consciencieusement attachée à élucider et à perfectionner les propositions fondamentales du vitalisme hippocratique, qui consistent dans les dogmes de l’activité de la nature médicatrice, de la dualité du dynamisme humain et de l’unité vitale, etc. Tandis que l’école de Paris, conduite par Cabanis, s’est eftbrcée, de son côté, de fortifier ses propres doctrines de toute la valeur contrôlée des tributs apportés par le somptueux commerce des sciences accessoires.
Principes de l’école moderne de Montpellier.
Pour l’École actuelle de Montpellier, il y a dans l’homme un domaine et un propriétaire double : le domaine, c’est l’agrégat matériel , c’est l’organisation ; le propriétaire double, c’est la force vitale et l’âme pensante qui exécutent de concert le grand acte de la vie. Le premier acte de la force vitale est d’animer l’agrégat matériel ; son second soin est de se former des serviteurs fidèles, des organes, des instruments. Quand tout est disposé suivant l’ordre de la nature, l’àme entre en fonctions au sein du corps qu’elle anime, et l’homme est libre.
La dualité du dynamisme, reconnue par Hippocrate, Platon, Aristote, saint Paul, saint Augustin et l’école de Montpellier, est parfaitement démontrée par le professeur Lordat, et la doctrine de l’alliance des deux puissances de la vie devient, par son sublime enseignement, une source profonde de vérités précieuses.
La force vitale agit sans le savoir, et cependant elle va droit à un but déterminé, au but de sa nature ; elle surmonte l’obstacle, elle répai’e ses pertes, elle entretient et
soutient la maison de l’esprit L’àme, au contraire, n’a
dans la matière que des aptitudes, et elle ne parvient à, savoir certaines choses que par l’étude, ’ expérience et une
ESPRIT DU VITALISME
lente réflexion. La force vitale, ou l’esprit de vie, s’épuise et s’éteint avec les armées ; la force intellectuelle, au contraire, se perfectionne avec le temps, mais elle ne vieillit pas, elle ne périt pas, elle disparaît, elle est immortelle.
V En résumé, l’école de Montpellier est vitaliste, en ce sens qu’elle part du fait de la vie pour l’institution et la promulgation de ses doctrines ; mais elle n’est point aussi exclusive qu’on se plaît à le raconter en certain lieu, et la preuve, c’est qu’elle enseigne à qui veut l’entendre (|ue, sous la discipline du fait, principe reconnu par Hippocrate, et qui est à la fois la source de la science et de l’art, il y a trois ordres de phénomènes à étudier en anthropologie, savoir : les phénomènes physico-chimiques, les phénomènes vitaux et les phénomènes psychiques.
Ainsi donc, l’école de Montpellier est encyclopédique, et son but suprême est de coordonner toutes les connaissances médicales dans une large synthèse, atin de les faire aboutir à des applications pratiques au profit de l’art et de l’humanité.
' De l’organicisme.
L’organicisme remonte aux doctrines philosophiques de Thalès, de Leucippe, de Déraocrite, d’Aristote, d’Épicure et de Lucrèce.
De ce matérialisme philosophique sont sortis successivement le solidisme et l’humorisme ; le solidisme, qui est représenté sous des nuances differentes par l’atomisme d’Asclépiade, le dichotomisme de Thémison, l’iatro-mathématicisme de Borelli, le solidisme de Baglivi, et l’anatomisme de Théophile Bonet ; l’humorisme, qui est représenté parle galénisme et l’arabisme, par l’alchimisine deRhazès, d’Ali-Abbas et de Paracelse, et par la chimiatrie de LeBoé Sylvius.
L’organicisme repose sur ce prétendu fait, que la vie est le
KT DE l,’ü«GANI('.ISMK.
rêsullat el non la cause de l’organisation, que la substance organisée est à la fois matière et ouvrier, et partant, que ce n’est point l’homme qui est malade, mai s que c’est seulement un ou plusieurs de ses organes qui le sont.
Pénétré de ces principes, qu’il regarde comme fondamentaux, l’organicisme enseigne : 1° Que toute maladie est le produit d’un changement organique ou fonctionnel opéré dans l’économie par l’action d’une cause morbifique interne ou externe ; 2“ que ce changement est révélé par le développement plus ou moins appréciable d’une lésion, d’une altération matérielle qui provoque et entretient ces phénomènes heurtés et insolites que nous désignons en bloc sous le nom de symptômes ; 3° que cette altération organique ou fonctionnelle, locale ou générale, peut parcourir tous les degrés de destruction et de perversion, et qu’elle est, en cela, complètement subordonnée à la nature et au siège du changement primitif; U° que l’œuvre du praticien est de s’occuper principalement des organes, des états locaux, des modifications moléculaires des solides et des liquides, en un mot, de toute la partie matérielle chimique et mécanique des maladies ; 5“ enfin, que toute maladie simple, composée ou compliquée, doit être traitée résolument et rapidement par des agents capables de remédier à la lésion primitive, cause essentielle et incessante de l’état morbide anatomiquement diagnostiqué.
Tels sont les principes fondamentaux de l’organicisme. On est libre de les trouver grêles , abrupts et écourtés ; mais, quels qu’ils soient, on s’en contente dans la première ville du monde! C’est avec eux qu’on fait les deux tiers et demi de la médecine, et ils constituent, pour la majorité des praticiens de la dernière vendange ( des médecins reçus depuis vingt-cinq ans), ce qu’on peut appeler les articles organiques de la charte fédérative de l’école de Paris.
ESPIUT DU VITA-LISME
Principes «le l’école «le Paris.
A l’ancienne Faculté de Paris, composée, comme nous l’avons déjà fait observer, de runiversalité des médecins classés alors en licenciés, maîtres régents et docteurs régents, a succédé, à dater du triomphe du cartésianisme, une école schismatique dont la secte organicienne actuelle est la pieuse continuation.
Cette dernière école, dont l’étoile commence cependant à pâlir, a été, à la bien prendre, le fruit sec et insipide du rationalisme matérialiste imprudemment appliqué à la médecine.
Elle a eu pour précepteurs , Condillac , Diderot, Helvétius; pour fondateurs, Fourcroy et Cabanis; pour physiologistes, Bicbat et Broussais ; pour adeptes et pour des, servants, tous les médecins qui, depuis trente ans, se sont plus ou moins séparés de l’école hippocratique de Thouret, de Pinel, de Corvisart, de Bayle, de Laënnec, et de Chaussier.
A quelques variantes près, ses principes sont exactement ceux que nous venons d’exposer, et qui ressortiront davantage du parallèle que nous allons faire des deux écoles. Quant à ses préceptes, ils sont basés la plupart sur les révélations du stéthoscope, du microscope et du plessimètre; ils reposent sur les dépositions des sciences physico-chimiques, et ils ne tendent à rien moins qu’à faire considérer la médecine comme un appendice de ces superbes en si grand honneur aujourd’hui.
Comparaison des principes des deux écoles.
Pour l’école de Paris, la philosophie médicale est une fantaisie; en conséquence, elle ne recommande aucune
ET DE l’organicisme.
méthode ni aucun principe. Gravement préoccupée des localités anatomiques et des menus détails de la science, elle ne remonte jamais au point de départ, et elle marche toujours.
Elle regarde la vie comme le résultat et non comme lu cause de l’organisation. Satisfaite de posséder un fait secondaire de cette importance, elle entame la médecine par le milieu ; autrement dit, elle entre brusquement en matière sans s’occuper autrement des principes qui doivent ’ préexister à tout enseignement logique et pratique ; en un mot, elle est encore aujourd’hui l’école cnidienne fondée par Euryphon il y a trois mille ans. Avec elle, en effet, elle considère la maladie comme une altération organique ou fonctionnelle produite par une cause morbifique, altération qui peut aller jusqu’à la destruction des tissus et à la décomposition des liquides, et déterminer ainsi tous les phénomènes que l’on désigne sous le nom de symptômes. Enfin, comme aux premiers jours de la médecine, toute maladie doit être traitée sans répit ni merci, et tout traitement doit avoir pour objet de réparer, dans le plus bref délai , le dommage matériel , cause et fin de tout l’état morbide.
L’école de Montpellier, au contraire, est, depuis l’époque de sa fondation, en possession d’une philosophie, d’une méthode, et surtout d’un principe qu’elle regarde comme la source de la science et de l’art.
Pour elle, la vie est la cause de l’organisation ; la science médicale est la science des faits vitaux, des causes morbifiques et des forces médicatrices dans leurs luttes contrastantes : la santé et la maladie sont les deux grandes expressions de la vie. Pour elle encore , la maladie est un acte conservateur, une série de fonctions nécessaires, un effort synergique et médicateur qu’il faut respecter d’abord, étudier ensuite, puis diriger. D’autri' part, elle regarde les
ESPRIT DU VITALISME
lésions organiques , les altérations matérielles, comme des effets secondaires éventuels entièrement subordonnés au mouvement général.
Enfin, pour l’école de Montpellier, c’est la nature, et non pas le médecin, qui guérit les affections ; et par cela même, après avoir employé toutes les ressources hygiéniques, elle se borne à surveiller les mouvements de la nature , à les favoriser quand ils sont salutaires , à les combattre quand ils sont nuisibles , à les régler, les surveiller et les diriger toujours.
Eu résumé, aux termes de la thérapeutique, qui est vraiment le point culminant, les deux doctrines impartialement jugées présentent ceci de remarquable : L’école vitaliste est l’activité patiente, recueillie et convaincue ; l’école organicienne, au contraire , est l’activité inquiète , impatiente et crédule ; la première ne compte qu’avec la nature et sur la nature, la seconde se décide sur la simple mesure de ses ressources artistiques. L’école vitaliste attend pour agir le moment opportun; l’école orgaiiicienne commande, sans hésiter, à l’évolution lente des événements ; elle brusque , elle perturbe, elle jugule, dit-elle, les maladies.
Enfin , dans leur opposition constante et dans leurs méthodes contrastantes, ces deux écoles offrent l’image de la raison et de l’émotion aux prises avec la tourmente des affections ; mais cependant ni l’une ni l’autre ne rejettent le cri de l’inspiration, ce jet intime et presque divin, qui constitue dans les arts le goût , en littérature le trait , en philosophie le sens, en médecine le tact, s’il n’est, en tout et pour tout, le génie lui-même se révélant à l’homme?
Y a-t-il une conciliation possible entre ces deux écoles ?
Y a-t-il, nous demandera-t-on, une conciliation possible entre ces deux écoles en quelque sorte stellées aux deux
ET DE r’OROANlt^ISME.
hémisphères de la philosopliie comme aux deux points extrêmes de l’analyse humaine? Non, certainement, surlout dans les termes absolus dans lesquels la ([uestion est posée, particulièrement à l’endroit de la thérapeutique ; mais la conciliation se fera d’elle-méme, aussitôt que le bon sens proclamera que ces deux systèmes de deux écoles toujours rivales ne sont que les deux moitiés d’un tout qu’on a violemment désuni par un travail analytique, sans songer à le reconstituer synthétiquement.
En effet , en médecine , en physique , en philosophie , en tout on retrouve forcément cet antagonisme accablant : l’esprit et la matière ; le corps et l’àme ; le mouvement et l’inertie ; l’organe et la fonction ; la vie et la mort. Mais il ne se dresse ainsi en antithèse , dans notre entendement , que par suite d’un effort de la pensée, qui, dans sa fatigue et son impuissance , cherche toujours à tout diviser, même jusqu’à l’unité absolue, énigme sublime du Créateur !
Ainsi donc, le vitalisme et l’organicisme se résoudront un jour dans une splendide unité qui absorbera la raison des deux systèmes ; mais avec cette condition, que la vie étant la cause de l’organisation , le système qui est l’expression coordonnée de cette vérité devra lui-même se poser en tête comme principe? En conséquence, les lois artificielles de la thérapeutique, à l’institution desquelles toute la science doit converger, seront avant tout , dans cette reéditication , la forme et le modèle des lois primitives établies par l’auteur de la vie.
En définitive , quelque difficile à opérer que puisse paraître cette harmonie de la médecine , elle s’effectuera et passera dans les faits dès qu’on aura reconnu et adopté la logique des quatre analectes dont nous avons déjà parlé et qui forment les véritables assises de la médecine.
Examinons d’abord les définitions qu’on a données de ces quatre analectes ; la médecine , la maladie , la fièvre et la
F.SPnir DU VITALlSMt;
thérapeutique, et nous verrons ensuite si, en les remplaçant par des formules véritablement hippocratiques, on ne parviendrait pas à s’entendre et à se rallier dans une unité d’idées, source de toute harmonie scientifique.
DéOnitions classiques.
Si nous ouvrons les livres qui font autorité dans l’enseignement médical depuis vingt-cinq ans , nous trouvons les définitions suivantes que nous soumettons à la critique du lecteur, après lui avoir rappelé cependant ces vers quasi scientifiques de Chénier :
Des elTels démontrés que l’on remonte aux causes,
Mais qu’on pèse les mots, car les mots font les choses.
La médecine est, suivant le docteur Raige-Delorme , la science qui a pour objet l’histoire physique de l’homme , qui fait connaître l’organisme de cet être dans toutes les modifications qu’il éprouve, au milieu des influences nécessaires ou accidentelles des divers corps de la nature, et qui fournit les règles propres à conserver sa santé et à guérir ses maladies.
La maladie, selon le professeur Chomel, est un changement notable soit dans la position, soit dans la structure des parties, soit dans l’exercice d’une ou de plusieurs fonctions relativement à la santé habituelle de l’individu.
M. Cbomel ajoute ensuite avec une loyauté qui est l’apanage des hommes de sa haute valeur : « Cette définition nous a paru plus exacte que les autres , bien qu’elle soit défectueuse à quelques égards , ce qui tient peut-être à l’objet même qui nous occupe. »
ET DE l/ORGAMCI.SME.
Suivant M. Coutanceau, la fièvre n’est point un substantit dont le singulier est plus clair que le pluriel, mais c’est un substantif dont le singulier et le pluriel ont été pris successivement dans diverses acceptions. On a employé cette expression pour désigner : l’augmentation de la chaleur animale ; l’accélération des contractions du cœur sans augmentation de la chaleur du corps ; un trouble général des fonctions sans lésion locale; un effort salutaire de la nature pour guérir les maladies, ou pour cuire les humeurs crues qui infectent la masse des fluides animaux ; une modification primitive et générale de l’économie produisant quelquefois des phlegmasies, etc.
La thérapeutique est, selon le professeur Chôme!, l’art de modifier l’action intime des organes pour obtenir la guérison ou le soulagement des malades.
Eh bien ! maintenant , que vous en semble de ces morceaux chcrisis, de ces définitions incroyables empruntées cependant à des auteurs justement estimés? Définitions sur lesquelles s’appuie l’enseignement à Paris depuis un temps qu’il serait peu généreux d’indiquer! Etquepenseriez-vous, dans un autre ordre de choses, d’une compagnie d’architectes qui présiderait aux constructions gigantesques de Paris, sur des données scientifiques de cette force et de ce vague admirable!... Que penseriez-vous surtout d’une minorité éclairée qui laisserait passer sans protester un aussi déplorable état de choses de la part de ceux qui sont chargés de veiller à la réparation et à la conservation des édifices vitaux?.. . Nous vous abandonnons sur ce chapitre à la profondeur de vos réflexions, ePnous livrons à votre impartialité les définitions suivantes dont vous trouverez les commentaires dans notre Traité de la science médicale.
ESPRIT DU VITALISME
DéAnitions liippocratiques.
La médecine est à la fois une science et un art ; c’est la science des faits vitaux et de leurs rapports; c’est l’art de traiter les maladies d’après les règles fondées sur l’observation de la nature vivante.
La maladie est , selon la définition qui nous appartient, un état anormal composé : 1“ d’une affection produite par un agent morbifique ; 2° d’une réaction ou d’un effort de la vie qui prend sa source dans la propriété qu’a l’organisme de résister à la mort et de lutter contre les causes destructives. Nous avons par conséquent à étudier successivement dans toute maladie : 1° la cause morbifique ; 2° les effets produits par elle, ou l’affection morbide; 3“ la puissance vitale ou la nature de l’individu malade ; 4° les modes de réaction ou de médication que cette puissance oppose à la cause morbifique et aux effets organisés par elle.
La fièvre est , selon l’école vitaliste , un effort de la vie soulevé par la nature contre un effort de désordre. C’est une réaction générale de l’organisme ayant un but et une fin ; c’est par conséquent une fonction . Il ne faut donc plus demander quel est le siège de la fièvre, mais quels sont ses agents, et la réponse coule d’elle-môme : La fièvre a pour agents le cœur et les centres nerveux, quand elle est générale ; les vaisseaux et les nerfs de la partie affectée, quand elle est locale et ne constitue encore que l’inflammation proprement dite ou la réaction partielle.
Telle est la formule hippocratique du savant professeur Cayol : elle a toujours fait la base de son enseignement, de sa pratique et de sa critique profonde et si lumineuse.
La thérapeutique est l’art de diriger, de régler les forces vitales et de traiter les maladies; elle a pour base la connaissance delà nature médicatrice; elle a pour modèle la pathologie natiu’elle, c’est-à-dire la connaissance des lois
ET DE l’organicisme.
primordiales auxquelles la force vitale obéit dans ses luttes avec les agents morbifiques : lois admirables, qui ont pour résultat de présider à la guérison des maladies , quand on ne les dérange pas, quand on ne les trouble pas dans leur action salutaire I
Si ces définitions, qu’un enfant comprendrait aussi clairement qu’un académicien, sont un jour acceptées, l’entente scientifique s’établira rapidement , car en partant logiquement des mêmes principes , on arrive toujours aux mêmes conclusions.
Utilité d’an congrès médical.
Pour précipiter ce résultat, il n’y a qu’une seule chose à faire, c’est de former un congrès médical et de le charger de fixer dogmatiquement tous les principes de la science, et les préceptes de l’art qui doivent toujours en être les conséquences. Qu’on s’adresse d’abord à l’autorité, et quand on aura obtenu son autorisation, on fera un appel honorable à tous les hommes de la médecine , à ceux des plus petites localités comme à ceux des plus grands centres de population , pourvu qu’ils soient capables, diligents et sincères. Alors on soumettra au congrès le programme des deux doctrines encore rivales aujourd’hui, avec ordre de les étudier, de les comparer et de les juger dans leurs principes et leurs applications.
Ce travail une fois accompli , l’assemblée se diviserait en deux sections représentant chacmie une des doctrines ; puis une discussion soutenue, une argumentation complète s’engagerait entre les rapporteurs de chacune de ces sections, et, après le débat, l’assemblée tout entière se prononcerait, et fixerait par un vote la suprématie de celle qui lui aurait paru l’eniporter sur l’autre. De ce moment, cette doctrine, revue et perfectionnée dans son ensemble par tous les mem-
LSPRIT du VITALISMK
bres du congrès, deviendrait l’objet d’une dernière élaboration qui, par un travail synthétique, l’immatriculerait en autant de principes qui seraient enseignés par toutes les écoles soüs l’autorité du dogme et de la loi.
On parviendrait de la sorte à donner à la médecine l’essor dont elle a besoin pour remplir sa destinée, quoi qu'en ait pu dire un anonyme dans une critique violente aussi injuste qu’impuissante, que nous voulons oublier.
C’est ainsi , du moins , que procéda au moyen âge saint Benoît de Nursia, fondateur de l’ordre des Bénédictins. Les associations religieuses suivaient en Occident des règles différentes : saint Benoît les soumit toutes aux mêmes principes et à la même discipline, et sa règle, quoique très sévère, fut approuvée par saint Grégoire et suivie par toute l’Église latine.
Grâce à cette énergique constitution, l'ordre des Bénédictins devint célèbre, et il rendit les plus grands services à l’humanité, à la religion et aux lettres. Les nouveaux apôtres portèrent la foi aux barbares, reculèrent les limites de la civilisation, et transmirent à l’Europe entière les chefsd’œuvre de l’antiquité grecque et latine.
En attendant des temps aussi prospères, que l’étude de la doctrine hippocratique redevienne dès aujourd’hui, pour le médecin, ce qu’est pour l’artiste l’étude de l’antiquité grecque, et que tous ceux qui cultivent et enseignent notre belle science s’efforcent, en agissant de concert, de réunir tous les membres de la grande famille médicale dans un seul et même collège académique. Alors, nous jouirons d’un majestueux spectacle : celui d’un savant aréopage obéissant à une même loi, parlant une même langue, et marchant glorieusement vers la plus noble des enti’eprises, celle de concilier l’esprit de toutes les écoles dans une seule et même religion scientifique.
' Terminons par un acte de justice de toute opportunité i
ET DE l/ORGANIClSME. «'1
prions noire confrère et ami le docteur Amédée Latour, rédacteur en chef de V Union médicale, de trouver ici, et comme un premier écho, l’expression de notre reconnaissance particulière. Nous lui devions déjà le Congrès médical, qui a été si fertile à nos intérêts, et au sein duquel tant des nôtres ont trouvé une voie nouvelle, une direction, une position, une présentation, des honneurs! Nous lui devons maintenant la discussion solennelle qui a eu lieu dernièrement à l’Académie impériale de médecine, et dont les retentissements, qu’on le veuille ou qu’on ne le veuille pas, remueront le monde médical jusque dans ses fondations, et amèneront tôt ou tard la révision si importante du code entier de ses vérités et de ses dogmes. Honneur donc, pour tant de titres, à notre savant et vigilant confrère !
Dans un temps peu éloigné, nous publierons un recueil biographique et bibliographique, dans lequel nous ferons connaître par leurs œuvres, leur enseignement et leur pratique, les hommes les plus éminents de la Faculté, de l’Académie, de la presse et des hôpitaux, désirant offrir ainsi un hommage public aux maîtres de notre science, aujourd’hui si compromise par les beaux exploits de quelques protestants de la médecine.
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