‹ Lettres sur les animauxChapitre 11 sur 22 · REPONSE · texte numérisé non relu

REPONSE

Je réclame ici la justice de l'Observateur contre lui-même. Je n'ai dit nulle part que l'homme ne dut qu'aux arts la supériorité qu'il a sur les brutes ; je suis très-éloigné de le penser, et encore plus de tirer aucun avantage contre nous du degré d'intelligence que je vois clairement exister dans les animaux. J'ai dit, et je crois en être sûr, qu'il y a tel homme dont actuellement la somme des idées et des connaissances acquises est inférieure à la somme des idées de tel renard dont j'ai suivi les manœuvres. Mais je n'ai jamais eu dessein d'en conclure que cet homme n'eût pas en puissance la faculté de surpasser le plus habile des renards.

l'obsebvateub

Le6 sciences abstraites rendent en général plus htupide et plus insensée une bonne partie du corps no la nation.

BÉPONSE

L*Observateur prétend ajouter encore à Tidée de M. Rousseau, qui dit seulement que les sciences contribuent à nous rendre plus méchants » en nous rendant plus éclairés, que ce sont des armes données à des furieux. Mais si elles nous rendent stupides, elles ont dès lors une utilité morale à laquelle sans doute M. Rousseau n'avait pas songé, et cet écrivain doit être moins en colère contre elles. Voilà comme dans Tespèce humaine tout va se perfectionnant par de nouvelles découvertes. Il est vrai que si la première assertion a semblé paradoxale, celle-ci pourrait peut-être élever quelques doutes. Mais aussi, que les sciences nous rendent stupides, ce serait une belle démonstration à faire.

L*OBSEEVATBITE

La sensibilité, ce précieux attribut de l'intelli'i' gence, se montre-t-elle avec quelque énergie dans la plupart des brutes envers leurs semblables?

EÉPONSE

Elle 80 montre avec la plus grande énergie dans toutes les espèces qui vivent ensemble, et qui ont des moyens de s*entre-secourir : celui qui en doutera peut essayer d*a]ler faire crier un porc dans un bois où il y en aura d'autres à la glandée. Les espèces vigoureuses et bien armées défendent avec fureur

les individus de leurs troupes; les espèces faibles s'avertissent du danger; celles qui vivent en famille y concentrent leurs intérêts, et il n'est pas extraordinaire qu'elles n'en prennent aucun à d'autres individus qui n'ont aucun rapport avec elles.

L'OBSBB,VjLTEUB

L'organisation, selon le procédé si connu de la nature, devrait marcher par des nuances insensibles... 11 devrait donc y avoir des animaux presque aussi bien organisés que nous, peut-être d'autres beaucoup mieux, etc.

BBPONSS

Je me contente de voir ce qui est, et je ne me suis jamais inquiété de ce qui devrait être. Un des plus grands obstacles au progrès réel des connaissances c'est cette fureur de présumer, et de décider ensuite sur des présomptions. Il est plaisant qu'avec le peu que nous savons, nous prétendions déterminer les lois de la nature I Qui nous a dit que l'organisation devrait marcher par des nuances insensibles? Si cela n'est pas, pourquoi cela devrait-il être? Les analogies ne sont bonnes qu'à faire conjecturer lorsque les faits manquent ; et toutes les analogies du monde ne valent pas un seul fait bien observé. Que Dieu ait voulu mettre, ou non, une distance plus ou moins g^^ande entre quelques-uns de ses ouvrages

et les autres, ce n'est pas là mon affaire. Je me borne à admirer tout ce qu'il a fait pour sa gloire, et à lui rendre grâce de ce qu'il a fait pour moi.

Voilà, monsieur, ce que j'ai cru devoir relever dans les observations qu'on a faites sur mes lettres. Si l'observateur a pensé qu'elles pussent, en quelque manière, favoriser le matérialisme, je ne peux que lui savoir gré d'avoir pris l'alarme et le remercier de m'avoir donné occasion de m'expliquer et de détruire les impressions qui auraient pu en résulter contre mon intention.

J'ai l'honneur d'être, etc.

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