DEUXIÈME LETTRE
S'eX aVatc^, monBietir, dans là premlêt»é lettf e que j*kl eu rhonneur de vouô écrire, que, sans nous refuser à notice Bentîfiaent intime, à ce sentiment qui seul nous assure qUé nos semblables sont doués des mêmes facultés que nous l'écônnaissons en nous, il était impossible de liiër que les bétes n*eussent des sensations et de la mémoire. Le détail de leurs actions prouve eûcore qu'elles ont lès résultats naturels de cesdeul facultés; ou bien il faudrait admettre des Jugements et déâ déterminations Bans ïQotifs» c*est-à-dire , une multitude d*effets sans causé. t)e là on peut pressentir que, parmi lôs bétes, celles-là doivent avoir un plus grand ensemble de connaissances, qui, en vertu dô leur organisation et de leurs appétits, ont un plus grand nombre de rapports avec les objets qui les environnent. Il doit arriver encore que, si dans chaque espèce, les connaissances sont limitées par Torganlsation et la naturô des appétits, les cii^constances qui rendent
la satisfaction des besoins plus ou moins facile pour les individus, éteadent plus ou moins leurs idées. Que chaque espèce en' ait qui lui soient particulières, et qu'à quelques égards elle y soit bornée, cela est tout simple. La brebis, qui se nourrit d'herbe, ne prend aucun intérêt aux ruses du renard poursuivant une proie qui cherche à l'éviter. Mais toutes les espèces doivent avoir également un exercice de sensations ou de pensées» qui s'étende à tout ce qui est relatif é leurs besoins et à leur sûreté. C'est là ce qui doit décider si les bêtes ont réellement les résultats naturels de la sensation et de la mémoire. Quoiqu'il fût difficile de concevoir l'existence de ces deux facultés sans admettre leur action, ce qui me paraît impossible, il faudrait bien alors consentir à cet étrange phénomène ; mais ce sont les faits qui doivent nous instruire là-dessus. Nos réflexions n'ont pas droit de les prévenir.
Parmi les animaux, ceux que leur appétit porte à se nourrir de chair, ont un plus grand nombre de rapports que les autres avec les objets qui les environnent; aussi marquent-ils une plus grande étendue d'intelligence dans les détails ordinaires de leur vie'. La nature leur a donné des sens exquis avec beaucoup de force et d'agilité; et cela était nécessaire, parce qu'étant, pour se nourrir, en relation de guerre avec d'autres espèces, ils périraient bientôt de faim s'ils n'avaient que des moyens inférieurs ou même égaux. Mais ce n'est pas uniquement à la finesse de leurs sens qu'ils doivent la mesure de leur intelli-
gence; Ce sont les intérêts vifs, comme les difficultés à vaincre et les périls à éviter, qui tiennent sans cesse en exercice la faculté de sentir, et impriment dans la mémoire de Tanimal des faits multipliés, dont l'ensemble constitue la science qui doit présider à sa conduite. Ainsi, dans les lieux éloignés de tonte habitation, et où en même temps le gibier est abondant, là vie des bêtes carnassières est bornée à un petit nombre d'actes simples et assez uniformes. Elles passent successivement d'une rapine aisée au sommeil. Mais lorsque la concurrence de l'homme met des obstacles à la satisfaction de leurs appétits, lorsque cette rivalité de proie prépare des précipices sous les pas des animaux, sème leur route d'embûches de toute espèce, et les tient éveillés par une crainte continuelle; alors un intérêt puissant les force à l'attention, la mémoire se charge de tous les faits relatifs à cet objet, et les circonstances analogues ne se présentent pas sans les rappeler vivement.
Ces obstacles multipliés donnent à l'animal deux manières d'être qu'il est bon de considérer à part. L'une est purement naturelle, très-simple, bornée à un petit nombre de sensations; telle est peut-être,
certains égards, la vie de l'homme sauvage. L'autre est factice, beaucoup plus active et pleine d'intérêt, de craintes et de mouvements, qui représentent, en quelque sorte, les agitations de l'homme civilisé. La première est plus également la même dans toutes les espèces carnassières. L'autre varie davantage
d*Uîië espèce à raliti*é, eh raison de i*ôrganiëatiôii pltis où inôîns heuretifeë. il f^ut fen faire la cbin-
Le loup ést le plurf robuste dés âtiiMâUi êarnâë^giét»B des climats tetopêreg de TEiirope. Là iiattlfe lui a donné aussi une vorâdité et dès besôltis proportionnés à sa fot^cé ; il â d'ailleurs dés gehè élquis, â¥ed Uilô vUq perçante et uiie excellente oUïë , il a un héi qui HiistrUit ehèôré plUs sùrëmëiit de toUt de qui ë'dffre sur sa i*oUte. Il apprend par 66 sens, lorsqu'il est bien exercé, une paftié dés relations que les objets peuvent avoir arec lui; je dis lors^ qu'il est exerdé , car il y â une différence três-sehëîble entré les démarches du loup jeUnë et ignorant et celles du lôUp adulte et insti*Uit.
Les JëUhès loups, aprèS avoir passé deUi indig àù liteau, ôU le père et la nièfêles nourrissent, suivent ëîifln lëU!* mèt*ë qui ne pourrait plus fournir seule à Uiié toracité quië'accrbittouil les jours. Ils déchirent avec elle des animaux vivants, s'essaient à là châsse et parviennent, par degrés, à pourvoir âVëc elle à leurs besoins communs. L'exercice habituel de la l»apliié, soùs lés yeux et à rejtenlplè d'une mère déjà ihstMte, îeUr donné chaque jour qUëlqueg id4es Relatives à ôet objet. île appreUneîlt à reëonnaitre les forts où se t^etlre le gibier : leurs sens sont ouverts à touteë les impressions ; ils s'accbutument à les distinguer entre elles et à rectifier paf Todorat les jugements que leur font porter îesautrëë sens. Lors-
(iu'ils ôttt huit ou neuf mois, l^amour force la loUve à
^Uîttei'k port4ë àè l'àhnéê t)récedetité , ^oUt^ fe* tfttâéhèi» à un màlé. Ce besoin pfessani àri^âtitît là tendfesse clë tiièré ; elle ftiit, du dhassé 8ëë en&ntë qui ne doivent plus avoir besoin d'elle ; et lès Jtiiihes loups se tfdiivent abandonnés à leurs propices fbrceS. Là famille i*estB encore unie pendant quelque temps, et cette association lui sei*ait assez nécessaire; mais la Voracité naturelle à ces aniniaux les sépare bientôt, parce qU^elle ne peut plus souffrit* le partage de la J)roie. Les plus forts restent maîtres du terrain, et ceux qui sont plus faibles vont ailleurs ti*alner une vie souvent exposée à se terminer par la ftilm. D'ailleurs, le peu d^expérience qu'ils ont encore les livte à tous les périls que les hommes leurs préparent. C'est alors surtout qu'ils vont chercher dans les campagnes les cadavres d'animaux, parce qu'ils n'oht encore ni là force, ni l'habileté qui y supplée. Lorsqu'ils t'ésistent à ce temps de nécessité, leurà forces augmentées et l'instruction qu'ils ont acquise leur donnent plus de facilité pour Vivi:*e. Ils sont en état d'attâquér de grands ànimaUx, dont un seul les nout^rlt pendant plusieurs jours : lorsqu'ils en ont abattu un, ils le dévorent en partie et oii cachent soigneusement les restes ; mais cette précaution ne les ralentit point sur la chasse, et Ils n'ont t^ecoUrs à ce quHls ont caché que quand elle a èU malheureuse. Le îôup vit ainsi dans les alternatives dé la chasse pendant la nuit, et d'un sommeil inquiet et léger pendant le jour. Voilà ce qui regarde sa vie purement iiaturelle; mais dans les lieul où ses besoins se
trouvent en concurrence avec les désirs de Thomme, la nécessité continuelle d'éviter les pièges qu'on lui tend, et de pourvoir à sa sûreté, le contraint d'étendre la sphère de son activité et de ses idées à un bien plus grand nombre d'objets. Sa marche, naturellement libre et hardie, devient précautionnée et timide ; ses appétits sont souvent suspendus par la crainte ; il distingue les sensations qui lui sont rappelées par la mémoire de celles qu'il reçoit par Tusage actuel de ses sens. Ainsi, en même temps qu'il évente un troupeau enfermé dans un parc, la sensation du berger et du chien lui est rappelée par la mémoire, et balance l'impression actuelle qu'il reçoit par la présence des moutons; il mesure la hauteur du parc, il la compare avec ses forces, il juge de la difficulté de le franchir lorsqu'il sera chargé de sa proie, et il en conclut l'inutilité ou le danger de la tentative. Cependant, au milieu d'un troupeau répandu dans la campagne, il saisira un mouton à la vue même du berger, surtout si le voisinage du bois lui laisse l'espérance de s'y cacher avant d'être atteint. Il ne faut pas beaucoup d'expérience à un loup adulte qui vit dans le voisinage des habitations, pour apprendre que l'homme est son ennemi. Dès qu'il paraît , il est poursuivi : l'attroupement et l'émeute lui annoncent combien il est craint et tout ce que lui-même il doit craindre. Aussi, toutes les fois que l'odeur d'homme vient frapper son nez, elle réveille en lui les idées du danger. La proie la plus séduisante lui est inutilement présentée, tant
qu'elle a cet accessoire effrayant ; et même lorsqu'elle ne l'a plus, elle lui reste longtemps suspecte. Le loup ne peut alors avoir qu'une idée abstraite du péril, puisqu'il n'a pas la connaissance particulière du piège qu'on lui tend : cependant il ne parvient à surmonter cette idée qu'en s'approchant de l'objet par degrés presque insensibles ; plusieurs nuits suffisent à peine à le rassurer. Le motif de sa défiance n'existe plus, mais il est rappelé par la mémoire, et la défiance dure encore. L'idée de l'homme réveille celle d'un piège qu'il ne connaît pas et rend suspects les appâts les plus friands.
Timeo Danaos et dona ferentes. C'est une science que le loup est forcé d'acquérir pour l'intérêt de sa conservation, qui ne manque jamais au loup adulte qui a quelque expérience, et qui s'étend plus ou moins selon les circonstances qui l'obligent à revenir sur lui-même et à réfléchir. Sans argumenter comme nous, il est du moins nécessaire qu'il compare entre elles les sensations.qu'il a éprouvées, qu'il juge des rapports que les objets ont entre eux, et de ceux qu'ils peuvent avoir avec lui ; sans quoi il lui serait impossible de prévoir ce qu'il doit craindre ou espérer de ces objets. Cependant le loup est le plus brut de nos animaux carnassiers, parce qu'il est le plus fort : naturellement plus grossier que défiant, l'expérience le rend précautionné, et la nécessité, industrieux; mais il n'a ces qualités que par acquisition, et ce ne sont point ses moyens naturels. Si on le chasse avec deschiens courants, il ne se dérobe à la poursuite que
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pftp 1^ pupériprité 4g §a vitesg§ et de ^on hftleiije: ij ^'fi ppint recovjrs aux retours et j^ux ai^treg ruspg des animaux plus faibles. La peule précautioi\ qu'il piren^^e e\ qu'e^ effet il jtit à prendre, c'est de fui?* toujours le ne? au vent. : le rapport de ce sens Xin^rr tvuit ftdèlejn^ut des objets dai^gereux qui peuvent se re][iepntf§r ^^V pa route. Il ^ appris h compf^yer le degré 40 seu§atiouque Tqbjetlui fait éprouver, avee la digtftfiee qù il se trouve, et la distsinqe ftvee le danger qu'il peut en erfrindre». il s'en détourne assen pour l'éviter, mais sans perdre le vent qui est tau» jours sa boussole. Comme il est vigoureux et ei^ereé et que souvent la ehasse l'a, fqrcé de parpQurir une grande étendue d^i pays, il dirige sa course vers li^s lieui^ éloignés qu'il fipnnait, et on ne parvient à le dévoyer qu'^u multipliant les embuscades avecbaaur coup d'attirail et d'apprêt.
Tput animal qui passe sueeessivement delà chasse au sommeil, et qui par eonséquent n'est point sujet ^ l'ennui, ne peut avoir que trois motifs qui l'iaté^ressent et qui deviennent les principes de ses connais sances, de ses jugements, de ses déterminations et de ses actions : la recherche de sa nourriture, les précautions relatives à sa sûreté et le soin de se procurer une femelle lorsqu'il est pressé du beseia de l'amour. Nous voyons que le loup emploie, quant à la recherche de sa nourriture, toute rindustrie qui convient à sa force. Il prend des mesures pour s'assurer du lieu où il trouvera sa proie ; et si daas eette reeherehe il choisit un lieu plutôt qu'un autM,
ce çhgiï gyppese ^^n faits précédemment connus. Il observe ensuite pen4BBt longtepîpa lea différents genres de péril suxQuele U s'exppae; il les évalue, et ce Pftlcnl d^ prpl»aliilitÉH }e tient ep puspena juBçu n ce q}l^ y&pçètit vienne mettre un poid^ d^na h baliinççi et le dét^fiqiner yplontairenipnt . ï-ey pji^Ti caution^ f^lative^ à U aùr^té ^^ig^nt plus ^e prti* ■vejaiice, c'eat^à-dirP, un plu§ gr^nd nombre de f^it^ gravés dans la mèmoiye, l\ faut ensuite conîpftrei' tous fiea fEiit^ pvec 1^ pen^atipn §etnello que l'^ninial ^pronvQ. JUB^F du rapport gu'ii y ^ entre ces faits et ta sensittion, enÔB pe 4é^rp)ine!' çl>pr(ts lejugenient PQrté, Toutes ce» (>pér9,iiân8 ^nt absolument néoea- B^iref ; et, p^r eitemple, on suçait tort (le ftroire qil9 1^ crainte qu'excite «p liruit poudgin fût PPMV 1«
plupart doB ftniniauit oarnassiet^ une ijppi^pspjQn
purement pi^Ghinale. L'Agit^tinn d'une feuille n'excite flaus yji jgyn^ l9\)P QU'^n mouT^Ulf nt d^ curiosité i mm le ISUP iHatrult. qui a vu 1^ îpoU' Vgment d'une feuillp RnROfl<ieF un UoniRip, s'en pflVfty? evec raison, parce qu'il juge du rapport yu'il y (t autre ces deux phénpmcnëS- Lorsque les jugen^eiits put été souvent répétés, et qua ]9, répétition A rendu liabituelleg les actions qui en aont la suite, la promptitude avec laquelle l'action suit le jugement la fait pamitre mactiinale; mais avec un peu de réfle il est impossible de méconnaître la gradation i acpnduit, et de ne pas la rappeler à son origii peut arriver que l'idée de ce xapport eptre le yentept 4'HBô fàuiUe et Ja présence d'un liomn
de tel autre objet, soit très-vive et réalisée par différentes occa&dons : alors elle s^établira dans la mémoire comme idée générale. Le loup se trouvera sujet à la chimère et à de faux jugements qui seront le fruit de rimagination ; et si ces faux jugements s'étendent à un certain nombre d'objets, il deviendra le jouet d'un système illusoire qui le précipitera dans une infinité de démarches fausses, quoique conséquentes aux principes qui se seront établis dans sa^ mémoire. Il verra des pièges où il n'y en a point; la frayeur, déréglant son imagination, lui représentera i dans un autre ordre les différentes sensations qu'il aura reçues, et elle en composera des formes trompeuses, auxquelles il attachera l'idée abstraite du péril. C'est en effet ce qu'il est aisé de remarquer dans les animaux carnassiers, partout où ils sont souvent chassés et continuellement assiégés d'embûches. Leurs démarches n'ont plus l'assurance ni la liberté de la nature. Le chasseur, en suivant les pas de l'animal, ne cherche qu'à découvrir le lieu de son rembûchement ; mais le philosophe y lit l'histoire de ses pensées ; il démêle ses inquiétudes , ses frayeurs, ses espérances ; il voit les motifs qui ont rendu sa marche précautionnée, qui l'ont suspendue, qui l'ont accélérée'; et ces motifs sont certains, ou, comme je l'ai déjà dit, il faudrait supposer des effets sans cause.
Il est difficile de savoir si l'amour fournit aux loups un grand nombre d'idées ; il est certain seulement que les mâles sont plus nombreux que les
femelles, qu'entre eux il y a des combats sanglants pour jouir, et qu'il s'établit un mariage ; mais on ne sait pas si la louve en chaleur reste la proie du plus fort, ou si un choix libre la livre aux empressements du mieux aimé. On sait cependant qu'il entre dans la conduite de la louve une sorte de coquetterie qui est commune à toutes les femelles dans toutes les espèces : elle entre en chaleur la première, mais elle dissimule ou même refuse assez longtemps ce qu'elle désire ; et il est assez vraisemblable qu'il entre du choix dans son association ; car elle s'enfuit avec celui qui reste son mari, et se dérobe aux autres prétendants. Alors et pendant tout le temps de la gestation, elle demeure avec celui qu'elle a adopté ou qui l'a conquise, et ensuite ils partagent ensemble les soins de la famille. Ainsi, quel que soit le principe de cette société, elle établit des droits réciproques et fait naître de nouvelles idées. Les loups unis chassent ensemble, et le secours qu'ils se prêtent rend leur chasse plus facile et plus sûre. S'il est question d'attaquer un troupeau, la louve va se présenter au chien, qu'elle éloigne en se faisant poursuivre, pendant que le mâle insulte le parc et emporte un mouton que le chien n'est plus à portée de défendre. S'il faut attaquer quelque béte fauve, les rôles se partagent en raison des forces : le loup se met en quête, attaque l'animal, le poursuit et le met hors d'haleine, lorsque la louve, qui d'avance s'était placée à quelque détroit, le reprend avec des forces fraîches, et rend en peu de temps le combat trop inégal.
l\ ^st aisé d0 voir combien de telles actions supposent de connaissances j de jugepients et d'inductions; il parait méipe difficile que d^s çpnventions de cetto nature puissent s'exécuter saus uu laug^^ articulé, et c'est ce que nous examinerons ailleurs. Cependt^nt, cofpuie uous l'avons dif , le loup est un des ^nÎQ^aui^
carnassiers qui, attei|4u ^^ f^r^P) & l^ i^Pin§ l>esQin d'ayoiî* beaucoup d'jdées factices, e'est-§-dire, 4q celles qui se fornient pi^r \^ réiles^ipQ qu'pp f&it ^m? Ips sensations qu'oQ g éprpiiYée§. IaQ, npG^^sité 4ô, Ift > rapine, Vbabitude 4u njeiirtr^ etlft jouig^aiiee journalière de niepabres d'ftftiînaux déchires pt sanglants ne paraissent pas devoir fprmar au loup un catactppft tnoral bien intéressant : cependant, excepté le cas de rivalité en amour, c^s privilégié pour tpus les ftni^ maux, on ne voit pas que les loups exercent de cruauté directe les uns contrp les autres. Tant que la société subsiste entre eux, ils se défendent mutu0llement, et la tendresse maternelle est portée dans les Iquv»)S jusqu'à l'excès de fureur qui wéconnait entièrement le péril. Oft dit qu'un Ipup blessé est suivi au sang pt enfin achevé et dévoré par ses semblables : mais c'est un ff^it peu constaté, qui sùrempnt n'e?jt pas ordinaire, §t qui peut avoir été quelquefois l'effet dU dernier terme de la nécessité qui n'a plus de loi. Les relations mprales ne peuvent pas être fort étendues entre des animaux qui n'ont nul besoin dp société ; tout être qui mène une vie dure et isolée, partagée
entre un travail solitaire et la sommeil, doit ùtve
très-peu sensible aux tendres mouvements de comTpassion.
Léi*eiiftt»dâ léë iiiémes besoins qtié le lôlip, et là même iricHii&tibti poUr la fàpine : il â les Bctis aUssî fiîlë, plus d'agilité et de soupléèse ; niais la force lui tûahr^iie; et il est ccintràiftt de là i^emplaedi* pfti» l^ôdféfesë,lâ i^usê et la patience. Un dés t)rëtniei^ effets de l'industrie ph\} laquelle il est supérieur aU loUp, c'est de se creuser Un terrier qui le ttiet à l'abri des liijùreë dé l'àir et lui sert en même temps de retraite. Pour ^'^pàrgtier de là peine, il s'empare ordinaîreineht de deux qu'habiteiit le^ lapins ; il les eii châsse et s'j établit. Lorsque quelque raison le détcrmilie â changer de pays, soU premier soin est d'aller visiter tous les terriers dont la position peut lui convenir, surtout ceux qui ont été anciennement habités par des renards. Il les nettoie successivement; et ce n*eet qU'âprès les avoir tous parcourus, (iU'il se fixe & la fin : mais s'il est troublé, même légèrement, dans éelUi qu'il a choisi, il en change bientôt, et il ne souffre pas qUe rinquiêtUdë approche dU lieu qu'il destine ft Sa demeure. Le renard ainsi établi parcourt en peu de temps touë leS entôUrs de soU terrier à utlé assék grande distatice ; il preiid cohnaissance dés villages, des haineaux, dès Inaisotts isolées, et il éventé les Volailles ; il s'assUre des coUrs oU l'on entend des iîhîéns et du mouvehient, et de celles où le repos règne ; il reconnaît les haies et les Heux couverts ^ui pourraient, en cas de péril, favoriser son évasion. Cet attirail de précautions, tant de possibilités pTé- Vues, sujiposent nécessairemetit beaucoup de faits déjàdôiinUs ! tbUjôUfsgUidé datië sa marche par une
défiance raisonnée, il se laisse rarement emporter à l'ardeur de poursuivre une proie qui fuit ; il arrive près d'elle en se traînant et s'en saisit en sautant légèrement dessus. Lorsqu'il est bien assuré que la tranquillité règne dans une basse-cour où il a éventé des volailles, il tâche d'y pénétrer, et son agilité naturelle lui en donne aisément les moyens. Alors, s'il n'est point troublé, il en profite pour multiplier les meurtres, et il emporte ce qu'il a tué, jusqu'à ce que les approches du jour lui fassent craindre moins d'assurance pour sa retraite. Il amasse ainsi des vivres pour plusieurs jours, et cache avec soin tous ses restes, pour les retrouver au besoin. Si le renard est établi dans un pays giboyeux, son industrie a d'autres formes à prendre pour suffire à sa voracité : tantôt il parcourt les campagnes, marche le nez au vent, prend connaissance ou de quelque lièvre au gîte, ou de perdrix couchées dans un sillon ; il en approche en silence; ses pas, marqués à peine sur la terre molle, annoncent sa légèreté et l'intention qu'il a de surprendre ; il réussit souvent. Quelquefois sa ressource est dans la patience ; il se glisse le long des bois, observe le passage d'un lapin, se cache, attend, et le saisit lorsqu'il rentre d'assurance. Mais la chasse n'est pas toujours immédiatement l'objet des courses du renard : quoique déjà rassasié, sa prévoyance active le fait marcher encore, moins dans l'intention de chercher une nouvelle proie, que pour prendre des connaissances plus sûres et plus détaillées du pays qui lui fournit à vivre. Il revient souvent aux dif-
férents terriers qu'il a nettoyés d*abord , il en fait le tour avec beaucoup de précaution , il y entre et en examine avec soin les différentes gueules; il s'approche par degrés des objets qui lui sont nouveaux : toute nouveauté lui est d'abord suspecte, et chacun de ses pas vers l'objet indique la défiance et l'examen. Cependant, avec des appâts dont les renards sont friands , on les fait aisément donner dans les pièges, lorsqu'ils ne leur sont pas encore connus ; mais sitôt qu'ils sont instruits, les mêmes moyens deviennent inutiles. Il n'est point d'appât qui puisse alors faire braver au renard le danger qu'il reconnaît ou qu'il soupçonne. Il évente le fer du piège ; et cette sensation, devenue terrible pour lui, l'emporte sur toute autre impression. S'il aperçoit que les embûches soient multipliées autour de lui, il quitte le pays pour en chercher un plus sûr. Quelquefois cependant, enhardi par des approches graduelles et réitérées, guidé par le sentiment sûr de son nez, il trouvera le moyen de dérober légèrement, et sans s'exposer, un appât de dessus un piège.
On voit que cette action suppose, avec ses circonstances, une quantité de vues fines et de combinaisons assez compliquées. On ne finirait point si l'on voulait détailler toutes les intentions qui lui font changer ses re fuites, les motifs qui balancent en lui le pouvoir de l'habitude, si puissant sur tous les animaux, et toutes les variétés que les circonstances nouvelles jettent dans sa conduite. Tout cela est
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nécessaire à un animal faible (|ui se ti^oùvè en doiicurrehce aveô l'hômnié, ei qiil nliit â séd bésoiiis ou à sfes plaisirs. Si c'est polir lui un àvaniàgë naturel d'avoir une retraite ei d'être domicilié, c'est aussi un moyen de plus qu'à sôti eniieml pôui* l'ftttaqUer : il découvre aisément sa detiieùré et vient l'y surprendre; mais l'homnie, àvéô &és machillfeë, atësoih lui-même de beaucoup d'exj)ériende pôtir n'être pas mis en défaut par là prUdetifce et les rusëë du t*enaM. Si toutes les gueules dU tet*rier sbiit masquées par des pièges, Tanimal lés éventé, lés reconhàit, et plutôt qUe d'y donner, il s'eiposé à là faim là plus erUelle. •t'en ai vu s'obstiner àihsl à rester jusqU^à quinze jours dans le terrier^, et ne se déterminer à sortir que quand l'excès de là faim ne leur laissait plus de choix que celui du ^èiire de înort. Cette &ayeiii*, qui retient lé renard, n*esl àlôt'S lii inàchinale, iil înactive : il n'est point de téiitative qu'il ûe faëse pour s'arracher aii péril; tant qu'il lui reste des ongles, il travaille à se faire Une nouvelle is&ue, par laquelle il échappe souvent àul êmb&cheg du chasseur. Si quelque lapin enfermé avec lui dans le ter-^ rier vient à se prendre à l*un des pièges, ôU si quelque autre hasard le détend, Tanîmal juge que la machine a fait son effet, et il y passe hardiment et sûrement. La seule passion qui fasse oublier au renard une partie de ses précautions ordinaires, ' c'est la tendresse pour sa famille : la nécessité de la nourrir, lorsqu'elle est enfermée dans le terrier, rend le père et la mère, mais surtout celle-ci,
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p\ûs îiàrdis qu'As né lé sont pour eux-mêmes, ei Cet intérêt pressant lètir fait souvent braver lo ipérli. Les chasseurs sàvetit bien profiter de cette
tendresse dti renard jiôur sd famille. La communauté de soins et d'iniérétâ suppose une sorte de itiorale • dans Tamour et des arfections qiii s'étendent AU delà deâ besoins physiques proprement dite. Céâ animaux, familiarisée avec les sdônes de sang, n'en* tendent pas sànâ être êmiis lés cris de leurs petits soîitfrants. Les poules ont sans doUte le droit de ne îpàs les régarder conime des animaux compatissants; mais leurs femelles, leUrs enfants et même tôUs ceUx de leur espèce n'ont pas dû moins à s'en plaindre. Cette tendre inquiétude, qui porte la renarde à B*oUbliei' elle-même, là rend infiniment attentive à tous les dangers qUi peuvent menacer séâ petits. SI quelque homme apptoéhe du terrier, elle les transporte pendant la nuit suivante ; et elle est souvent exposée à délogei* ainsi, parce qUe dans ces temps les renards signalent lôUf voisinage par des ravages plus grands, et qu'on est plus intéresse & s^en défaire.
Outre l'intérêt qU'a l'hoînme dô détruire lé renard, il a fait encore de la chasse de cet animal un objet d'amusement. On le chasse avec des bassets ou dô petits chiens courants. D'abord l'animal ne s'écarte pas beaucoup de sa retraite, et il fait plusieurs randonnées; mais comme on garde ordinairement son terrier, et que souvent il y est tiré, il prend enfin le parti de s'éloigner; et pour ret-arder la poursuite
des chiens, il passe dans les plus épais halliers dont il a la connaissance et Thabitude. Si quelques chasseurs cherchent à prendre les devants pour le tirer au passage, il les évite et tente tout plutôt que de passer à côté d'un homme. J*en ai vu un sauter alternativement jusqu'à trois fois un mur de neuf pieds de haut, pour éviter les embuscades qu'on lui préparait. Mais enfin, comme il n'a que la fuite pour défense , et qu'il n'a qu'une vigueur moindre que celle des chiens qui le poursuivent, après avoir épuisé tout ce que la fuite peut comporter d'habileté et de variétés, la lassitude le force à se retirer dans quelque terrier où souvent il périt.
On a pu remarquer que la manière de vivre habituelle du renard, et le détail de ses actions journalières, supposent un plan mieux réglé, un ensemble de réflexions plus compliquées, et de vues plus étendues et plus fines que ne le sont celles du loup. La prudence est la ressQurce de la faiblesse, et souvent elle la guide mieux que l'audace ne conduit la' force. Au reste, on remarque également dans ces animaux une aptitude à se perfectionner qui leur est commune, malgré la différence que l'organisation et les besoins mettent dans les résultats : ignorants, grossiers et presque imbéciles dans les lieux où l'on ne leur fait pas une guerre ouverte, ils deviennent habiles, pénétrants et rusés lorsque la crainte de la douleur ou de la mort, présentée sous mille formes, leur a fait éprouver des sensations multipliées ; qu'elles se sont établies dans leur mémoire ; qu'elles
ont produit des jugements ; r][u'ensuite, rappelées par des circonstances intéressantes , Tattention les a combinées avec d'autres et en a tiré des inductions nouvelles. Ces jugements , qui sont le produit de l'induction, ne sont pas toujours sûrs ; mais Texpérience les rectifie , et il est aisé de reconnaître dans les différents âges de ces animaux leurs progrès dans Tart de juger. Dans la jeunesse, l'imprudence et l'étourderie leur font faire beaucoup de fausses démarches ; ensuite les périls auxquels ils sont exposés leur causent une frayeur qui souvent égare leur jugement, leur fait regarder comme dangereuses toutes les formes inconnues, attache l'idée abstraite du péril à tout ce qui est nouveau, et les jette par conséquent dans la chimère. Les vieux loups et les vieux renards, que la nécessité a mis souvent dans le cas de vérifier leurs jugements, sont moins sujets à se laisser frapper par de fausses apparences, mais plus précautionnés contre les dangers réels. Comme une crainte déplacée peut leur faire manquer leur nuit et les réduire à une diète incommode , ils ont un grand intérêt à observer. L'intérêt produit l'attention, l'attention fait démêler les circonstances qui caractérisent un objet et le distinguent d'un autre ; la répétition des actes rend ensuite les jugements aussi prompts et aussi faciles qu'ils sont sûrs. Ainsi, les animaux sont perfectibles ; et si la différence de l'organisation met des limites à la perfectibilité des espèces, il est sûr que toutes jouissent jusqu'à un certain degré de cet avantage, qui doit nécessai-
reiïiéht ftpjiartetili* à tous les êtres qùî ont dés séîi=featîons et Ae la mémolfë : Ife sage âutéiir de la natuhe â proportionné dans toutes les inôyené àUX bdëoitis. Bn parcourant, monsieur, quelques autres espèces lahs la première lettre que j*aural ThonneUr de tous ^crîrê, cette vérité se fera sentir de pluâ en plUé. De quelque côté qU*on rdgardè léë ouvrages dd Vëtèrnel Artisan, on ne peut qu'être frappé de la profondeur de séô vUes, et rendre hommage à sa gloire.
J'ai l'honneur d'être , etc.
TRÛISIÈVË UTTRS
L'Uistpiredeg ftftiiftftU3|: p|^rp^ssier>i, (Jpnt vous ave» vu, monsieur, quelques e^^^U d^ii» }u§ dernière lettre, donne de^ scènes changeantes que b§ peut p£^s offrir pelle des anilWîiUX qui vivent d'I^erbiJ^ ^t d|j fruits, Une prpie fugitive que des attaque? répett^ew rendent elle-même très-industrieuse, la cpncurrençft avea un rival que la supériprité de ses moyens fait regarder comme le roi de la nature, tous Ips intérêts qui peuvent naître de ces deux états pombipc^ij d'attaque et de défense, tiennent oontinuellemenl éveillée dans les carnassiers leur faculté de sontir^ et les forcent à une attentipn, à une habitude d^ réflexion qui étend chaque jour la mesure de Umv intelligence. Les frugivores n'ont aucun besoin de réfléchir ni de raispnner pour vivre ; ijs piit moihs d'idées et plus d'innocence, des mœurs douces, une conduite uniforme qui ne présente pas beaucoup d^ révalutions, m^is qui dpnne le speatapli^ du calme
et de la paix. On dit que l'histoire d'un peuple sans passions serait une histoire sans intérêt. Celle des animaux qui se nourrissent d'herbes est presque dans ce cas ; elle est aussi simple que leurs besoins : toute leur science se borne au souvenir d'un petit nombre de faits; et si quelques animaux destructeurs ne troublaient pas leurs asiles, ils sauraient encore moins ; mais leur vie serait libre et heureuse autant qu'elle est naturellement uniforme. C'est surtout l'homme, avide et cruel, qui ne laisse pas jouir en paix des fruits de la terre celles des bêtes qui peuvent servir à sa nourriture ou à ses plaisirs. S'il fait la guerre aux tyrans carnassiers des forêts, ce n'est point comme bienfaiteur, c'est comme rival, et pour se réserver le droit de dévorer seul la proie commune. Le cerf, le daim, le chevreuil, le lièvre, le lapin, sont pour lui des objets de protection et de rapine ; la mort de ces animaux est la fin dernière des soins qu'il en prend. Il est vrai que quelquesuns d'entre eux doivent un assez grand nombre d'idées à cette nécessité d'éviter les embûches de l'homme. Ils sont forcés de se composer un système de défense qu'ils n'auraient point, et si le savoir était un bonheur absolu, ils auraient à cet ennemi l'obligation d'avoir contribué au leur, en développant leurs facultés sensitives et intellectuelles ; mais le savoir a-t-il jamais valu le repos? Ce peut être un moyen de bonheur pour l'homme oisif et agité, qui a besoin d'occupation pour éviter l'ennui ; c'est un remède a cette maladie de curiosité qui le tourmente :
mais parmi les êtres sensibles, ceux qui n'éprouvent point habituellement le besoin d'être fortement occu«pés, n'ont point la maladie que guérit l'occupation forte. Dans l'homme même, ce malaise inquiet, qui le porte sans cesse à chercher du secours au dehors, et qui par là devient la source de la plus grande partie de ses connaissances, n'est peut-être qu'un vice acquis et un produit de l'éducation. Les peuples sauvages, qui ne connaissent que peu de besoins, ne paraissent pas moins heureux que les peuples policés, qui en connaissent beaucoup qu'ils ne peuvent • satisfaire. Quand on considère toutes les conditions et tout l'appareil devenus nécessaires au bonheur de . l'homme oisif et civilisé, au petit nombre de ceux qui jouissent, et au nombre prodigieux de ceux qui souffrent parce qu'ils désirent, on serait tenté de croire que l'espèce entière aurait gagné à être moins * instruite. Peut-être aussi qu'une instruction plus générale et plus perfectionnée apprendrait aux hommes le vrai terme de leur bonheur, leur ferait connaître la manière d'être précise, de laquelle il doit résulter, pour le plus grand nombre des individus, et fixerait leur inquiétude et leurs désirs par le sentiment et l'évidence. Quoi qu'il en soit, il est certain que ceux des animaux, dont la vie peu variée ne suppose qu'unnombre d'idées fort borné, paraissent plus voisins du bonheur que ceux dont les mouvements continuels annoncent beaucoup d'intérêts ^t d'activité. Ceux-ci ont une existence plus vive et des sensations plus fortes ; mais cette intensité de
vie n^eât due souvent qu'à Tinquiétude, à la orainta, à dei ientimenti pénibleg: Lors môme qu'ils poursuivent le plaisir avec une ardeur mêlée d'espéranee, on ne peut pas les regarder comme heureux. C'est le besoin de jouir qui est actif; mais la jouissance ellemême est tranquille.
Le cerf est un de ces animaux que leur constitua tion, les inclinations qui en résultent, la manière de se nourrir, et les rapports qu'ils peuvent avoir avee les autres, ne mettent pas dans le cas d'avoir beau« coup d'idées. Il n'a nulle difficulté à vaincre quant à la recherche de sa nourriture. S'il souffre de la disette, il n'a d'autre ressource que de changer de lieu, et il ne peut être servi par aucun genre d'industrie; ainsi, sa mémoire ne se charge à cet égard que d*un petit nombre de faits qui lui suffisent. Il apprend et sait bientôt où il trouvera des chatons et des bourgeons tendres au commencement du printemps, de l'herbe nouvelle et succulente pendant l'été, des grains à la fin de cette saison, et des ronces ou des pointes de bruyères lorsque l'hiver a durci les bois et flétri les herbes. La répétition de ces actes si sim* pies ne suppose ni ne donne beaucoup d'instruction. Sortir le soir de sa retraite pour aller viander, y rentrer à la pointe du jour, et s'y mettre à la reposée; relever quelquefois vers midi, ou pour manger, ou, s il fait fort ehaud, pour aller boire à quelque mare, voilà l'histoire de la journée d'un cerf; et ce serait eelle de toute sa vie, si le temps du rut et les embûches deThemme n'y jetaient quelque variété. Cepefl«
dant, ees aet«8, tout simples qu-ils sont, supposent encore dans le cerf, expérience, réflexion et choix, puisqull est nécessaire qu'il change de ^agnag;e et de retraite selon les saisons. Au printemps et au com* mencement de Tété, la nécessité de refaire sa tête et de ménager un bois encore tendre et sensible, Toblige à chercher les buissons écartés dans lesquels il peut espérer une tranquillité profonde. En hiver, la rigueur du froid le porte à habiter les futaies à Tabri et les fonds de forêts, voisins des gagnagea convenables à la saison. Mais ce choix de retraite ne suppose encore qu'une seule conséquence tirée directement d*une seule observation. Lorsqu'il a été plusieurs fois inquiété dans son asile, il met à le cacher un art qui ne peut être que le fruit de vues plus fines et de réflexions plus compliquées. Souvent il change de buisson en raison du vent, pour être à portée de sentir et d'entendre ce qui peut venir le menacer de dehors. Souvent au lieu de rentrer d'assurance et d'aller droit se mettre à sa reposée, il fait de £aux rembûchements ; il entre dans le bois, il en sort ; il va et revient sur ses voies à plusieurs reprises. Sans avoir d'objet présent d'inquiétude, il fait les mêmes ruses qu'il ferait pour se dérober à la poursuite des chiens 8*il se sentait chassé par eux. Cette prévoyance annonce des faits déjà connus, et une suite d'idées et de présomptions qui sont la conséquence de ces faits ; car il faut nécessairement qu'une telle démarche soit le produit des raisonnements qui suivent : « Un chien, conduit par un homme» m'a plusieurs fois forcé de
fuir et m*a suivi longtemps à la trace, donc ma trace lui a été connue : ce qui est arrivé plusieurs fois peut encore arriver aujourd'hui; donc il faut qu'aujourd'hui je me précautionne contre ce qui est déjà arrivé. Sans savoir comment on fait pour connaître ma trace et la suivre, je présume qu'au mojen d'une fausse marche je pourrai dévoyer mes poursuivants; donc il faut que j'aille et revienne sur mes voies pour leur en dérober la connaissance et assurer ma tranquillité. » Quiconque réfléchira sur la nécessité d'un motif pour produire une détermination aussi compliquée, et l'action qui en est la suite, verra que celle-ci ne peut pas être le produit de ce qu'on appelle instinct ; car les actions de l'instinct ne supposent dans ranimai qu'une seule idée ou sensation actuelle. Ainsi, c'est en conséquence d'une seule sensation que le cerf broute l'herbe, que l'animal carnassier se jette sur sa proie, que l'enfant saisit le téton de sa nourrice; mais il est impossible qu'une sensation seule et immédiate fasse' inventer des ruses à un animal, en conséquence d'une importunité qu'il a précédemment éprouvée, et de la manière dont il l'a éprouvée.
Nous avons dit que le temps du rut rompait aussi l'uniformité de la vie naturelle des cerfs, cependant, ni l'amour, ni la société qu'ils ont ensemble pendant l'hiver, ne sont encore pour eux les sources d'un grand nombre d idées. L'amour n'est en eux qu'un besoin momentané de jouir qui admet toutes les femelles indistinctement, qui n'établit aucun choix
réciproque, aucun soin de famille. Pendant Thiver, ils ne yiyent pas proprement en société; seulement ils se rapprochent les uns des autres pour se garantir du froid : ce besoin passé, ils se séparent ou du moins ne paraissent en aucune façon attachés les uns aux autres, excepté les jeunes et les femelles, que la faiblesse et la timidité retiennent ensemble. Ils sont inutiles l'un à Vautre pour les besoins ordinaires de la vie, et ils vivent à peu près isolés. On en pourrait conclure que toute société entre les animaux est uniquement fondée sur les secours mutuels quMls peuvent se donner. Mais il y a, dans quelques espèces, des exemples qui prouvent qu'il existe une société d'attrait indépendante de tout autre besoin. Comme les cerfs n'ont point d'affections sociales, leurs haines aussi ne sont que passagères. On ne voit de combats entre eux que dans le temps de l'effervescence amoureuse qui leur est commune. Alors ceux qui n'ont pas dans leur pays assez de femelles ou qui sont maltraités par de plus forts qu'eux, changent de lieu, et vont quelquefois fort loin pour chercher fortune. Lorsque les désirs sont devenus tout à fait pressants, les cerfs sont dans un mouvement continuel, ils n'ont ni gagnage ni reposée fixes ; ils font retentir les forêts d'un bruit terrible qui a l'accent de la profonde douleur; ils courent comme ivres, regardent sans voir, et perdent en fort peu de temps toute la venaison qu'ils ont acquise pendant l'été. Parmi les femelles, on ne voit point, comme dans les espèces qui font un choix, ces refus simulés qui attachent le mâle et
irritant eft lui le dëtir d« la jottissanoe ; et 1«« «om«' bat« entre lei mâles ne paraissent avoir pour oliget que le besoin de jouir» sans aucun motif de préfé* renée. Lorsqu'il y a inégalité de forces, le plus faible cède promptement au fort le champ de Tamour. Dans cette espèce» les vieux ont Tavantage singulier d'être les plus ardente; oe sont eux aussi auxquels les biches se livrent d'abord» soit par attrait» soit par crainte : cependant» lorsque des forces à peu près égales ren«> dent entre deux rivaux le sort du combat douteux et long» les biches destinées à être le prix du vainqueur deviennent souvent la proie d'un jeune auda* deux qui jouit et s'échappe*
On voit que le cerfi avec des sens asseï ans, rcsil bon» l'ouïe et l'odorat excellents» n'acquiert pas beaucoup de connaissances» parce qu'il n'a pas beaucoup de motifs qui le forcent à l'attention. Avec les animaux de son espèce» il n'a que des rapports pas-* sagers qui ne supposent que des sentiments simples et n'exigent point de réflexion. Avec les autres et avecThomme» il n'a de relation que celle de sa propre défense, pour laquelle il n'a de moyen que la fuite : c'est donc dans sa manière de fuir qu'il faut Texa» miner» pour voir le développement de tes facultés. Être effrayé du bruit des chiens et tâcher d'échapper
. à leur poursuite» c'est dans un animal timide un pur effet de l'instinct. Mais diriger sa fuite d'après des
, faits connus» la raisonner» la compliquer» c'est l'effet d'un principe intelligent» et c'est ce qu'on ne peut pas méconnaître dans le cerf. Lorsqu'il est encore sans
expéri«tic«, sa fuite est limple et mUs méthodt. Comme il ne connaît que loi lieux voisins de celui ob il est né, il y revient Bouvent, nelea quitte qu'* regret et A la dernière extrémité. Mais lonque la ndcessiti répétée de se dérober & la poursuite l'a forcé de réfl^ cLir sur la manière dont il a été poursuivi, il se oom« pose un système de défense et il épuise tout c* que l'action de fuir peut comporter de variétéi «t de da^ seins. Il s'est aperçu que dans les bois fourrés où la contact de tout son corps laisse un eentiment vif dé eon paEsage, les chiens le suivent avec ardeur et sans interruption : il quitte donc les bois fourrés, passa dans les futaies ou longe les routes. Souvent il forlonge, c'est-à-dire qu'il change de paya et profita, pour s'éloigner, do l'avantage de sa vitesse. Mais, quoiqu'il n'entende plus les chiensjl sait que bientôt il sera rapproché par eux; aussi, loin de se livrar à une sécurité dangereuse, il profite de ce temps da répit pour imaginer des moyens de tromper ses ennemis. Il a remarqué qu'il était trahi par Ws traoei da ses pas, et que la poursuite s'y attachait oonstamment : pour dérober sa marche, il court souvent «n ligna droite, rerient sur ses voies et, se séj ensuite de la terre par plusieurs sauts consécnl met en défaut la sagacité des chiens, trompe du chasseur et gagne au moins du temps. Qu( fois il prend le parti de forlonger aussitôt qu attaque. Quelquefois il commença par des ruseï Jette sur le ventre, se fait relancer comme s'i mal mené, et puis tout ft coup il s'éloigne aveo
la vitesse dont il est ^capable. S'il parait vouloir prendre du repos, ce n'est jamais lorsque les chiens sont éloignés de lui. "Mais s'il est pressé, il lui arrive de se jeter sur le ventre, dans l'espérance que l ardeur les emportera et qu'ils outrepasseront la voie ; et quand cela est arrivé, il retourne sur ses derrières. Souvent il va chercher d'autres bêtes de son espèce pour s'accompagner. On pourrait croire que c'est l'effet de ce sentiment naturel qui porte à chercher la compagnie pour se rassurer; mais une preuve qu'il a un autre motif, c'est que son association ne dure pas aussi longtemps que le danger. Lorsque la harde à laquelle il s'est mêlé est assez échauffée pour partager le péril avec lui et que l'ardeur des chiens peut s'y méprendre, il la laisse exposée et se dérobe par une fuite plus rapide. Le change en résulte souvent, et cette ruse est une de celles dont le succès est le plus assuré.
Entre les animaux dont la manière de vivre est la même et qui n'ont que des moyens semblables, les plus faibles doivent toujours être les plus rusés, parce que la ruse n'est nécessaire qu'où la force manque. Le daim, qui est à peu près de même nature que le cerf, et qui a beaucoup moins de vitesse et de force, emploie, pour se défendre, les mêmes moyens, et les emploie beaucoup plus tôt. Le chevreuil se sert aussi des mêmes ruses et les multiplie encore plus. Son agilité naturelle le servirait bien, s'il n'avait pas le désavantage de laisser des voies chaudes, que les chiens chassent avec beaucoup d'ardeur. Le chevreuil
a d'ailleurs, avec une forme extérieure assez ressem* blanie à celle des deux autres, des inclinations particulières qui annoncent une supériorité d'instinct. Le mâle et la femelle, ordinairement frère et sœur d'une même portée, vivent ensemble et montrent un attachement réciproque qui ne cesse que par la mort de l'un des deux. Cependant ils ne peuvent se servir de rien l'un à l'autre quant aux besoins communs de la vie, et ceux de l'amour ne durent pour eux qu environ quinze jours par année. Us ont donc un besoin de s'aimer indépendamment de tout autre. Ils vivent avec leur famille jusqu'à ce qu'elle-même soit en état d'en produire une nouvelle. Ainsi, l'on voit toujours les chevreuils dans une union successivement fraternelle et conjugale ou bien en famille, c'est-à-dire le père et la mère avec deux ou trois petits. La tendresse maternelle est à peu près la même dans ces trois espèces et se marque par les mêmes caractères. Inquiétude tendre et courageuse, qui fait courir au devant des chiens pour les écarter de sa progéniture, fuite simulée d'abord et retour ensuite lorsque le péril est éloigné; mais partout le courage est en raison des moyens et des forces, et les ruses sont en raison de la faiblesse. C'est donc en effet parmi les plus faibles des animaux, organisés pour vivre de la même manière, qu'il faut chercher la plus grande intelligence. Le lièvre, par exemple, auquel la nature a donné des sens moins bons qu'à beaucoup d'autres, a recours, lorsqu'il est chassé, à des ruses qui donneraient de la jalousie à un renard. Le lapin, plus faible
encùTéf annoAdo une liit(llig«Ao« bien plus étendue, puisqu'il 8é creuse une demeure, se choisit une 6oin« pagne, rit en société. Ses intérêts ne sont pas mémo concentrés dans sa famille, ils s*étendent à toute la république souterraine « à tous les êtres de son espèee qui ont avec lui des rapports de roisinage. Lorsque les lapins sont sortis du terrier pour repaitre, eeut d'entre eux que Texpérience a aoooutumésà l'inquiétude, partagent toujours leur attention entre le repas qu*ils font et les dangers qui peuvent survenir. S'ils se croient menacés de quelque surprise, ils sonnent Talarme aux environs en frappant la terre avec les pattes de derrière, et les terriers retentissent au loin de ces coups i*edoublés. Toute la peuplade |e presse ordinairement de rentrer; mais si quelques lapins plus jeunes et plus imprudents ne cèdent pas aux premiers avertissements, les vieux restent en frap» pant toujours et s'exposent eux<^mémes pour la sûreté publique.
Il me semble, monsieur, qu'en rassemblant lei faits simples que présente la vie commune des diffé* rents animaux dont je vous ai parlé , nous avona droit d'en conclure que toutes les espèces ont une faculté qui leur est commune, la sensibilité. Noui pouvons encore ajouter que cette faculté, plus ou moins exaltée par les besoins et les circonstances, produit les différents degrés d'intelligence que noua remarquons, soit dans les espèces, soit dans les individus. Souvent ce qu'on regarde en eux comme sagacité naturelle d'instinct n'est qu'un développement
do odt amour de soi qui est un produit nécêssfdre de la sensibilité. Tout être qui sent» connaît par cela même le plaisir ou la douleur : il désire Tun, et est importuné de Tautre : ses sensations lui donnent la conscience de son existence actuelle; sa mémoire lui donne celle de son existence passée; et c^est le oa^ raotôre de Taffection qu'il éprouve, ou qu'il se rappelle, qui le fait jouir ou souffrir, qui donne l'être à ses désirs ou à ses craintes, et par là détermine ses actions. Ce qui appartient proprement à l'instinet dépend entièrement de l'organisation : ainsi, c'est par instinct que le cerf broute l'herbe, et que le re* nard se nourrit de ohair. Mais ce n'est pas à l'instinct, c'est à la faculté de sentir et à ses effets qu'appartiennent les moyens que ces animaux emploient pour satisfaire les besoins de leur appétit naturel. L'instinct détermine l'objet du désir, le désir donne l'attention, Tattention fait remarquer les circonstances, et grave les faits dans la mémoire; la mémoire des faits donne l'expérience , Texpérience indique les moyens. Si les moyens ont quelque succès, ils constituent la science; s'ils n'en ont pas, ils produisent la réflexion, qui combine de nouveaux faits et enfante de nouveaux moyens. Les actions qui sont communetà 'is les individus d'une espèce, et qui paraissent la aii!^«ilnguer d'une autre, ne sont pas toujours des effets de l'instinct, c'est-^à^-dire d'une inclination sourde, indépendante de l'expérience et de la réflexion. Par exemple, la disposition qui porte les lapins À se creuser un terrier n'est pas
purement machinale, puisque ceux qui ont été longtemps domestiques manquent absolument de cette industrie. Ils ne s'en avisent que quand la nécessité de garantir leur faiblesse du froid et du danger les a forcés de réfléchir sur les moyens d*y pourvoir. Ce n'est donc pas toujours en vertu d'un instinct supérieur en soi que nous voyons quelques espèces faire des choses qui annoncent plus de sagacité que n'en montrent quelques autres. Il paraît certain que si le froid, ou d'autres inconvénients, ne faisaient pas plus souffrir le lapin que le lièvre n'en est incommodé, cet animal, qui se creuse un terrier, n'en prendrait pas la peine. On fait peut-être honneur à son industrie de ce qui n'est dû qu'à sa faiblesse. Mais lorsque le besoin a conduit une espèce d'animaux à une découverte de cette nature, ce premier pas fait, il doit en résulter une foule d'idées successives qui élèvent cette espèce fort au-dessus des autres. Travailler de concert à se loger et habiter ensemble, c'est un nouvel ordre de choses qui devient bien fécond pour des êtres sensibles qui erraient auparavant sans demeure. Il est impossible que l'idée de propriété ne naisse pas de la peine qu'a causée le travail joint au sentiment de son utilité, et que la cohabitation n'établisse pas des rapports de voisinage. L'idée de propriété est certaine chez les lapins. Les mêmes familles occupent les mêmes terriers sans en changer, et la demeure s'étend lorsque la famille augmente. Nous avons vu qu'ils prennent un intérêt vif et courageux à tous ceux de leur es-
pèce. La vieillesse et la paternité sont fort respectées parmi eux. Par ce qu'on voit, il est vraisemblable que si l'on pouvait juger de l'économie domestique de ce peuple souterrain, on y trouverait autant d'ordre qu'on croit en remarquer parmi les abeilles. Quoique les animaux doivent principalement à leurs besoins la plupart de leurs inventions, il paraît cependant que ceux qui sont plus heureusement organisés doivent avoir plus d'industrie, relativement à ceux de leurs sens qui sont les meilleurs. Il est vraisemblable que Taigle, par exemple, a, pour les idées qui dérivent du sens de la vue, beaucoup d'avantage sur le lièvre qui a les yeux assez mauvais. Nos métaphysiciens paraissent s'accorder assez sur ce que les jugements de l'œil ont besoin d'être rectifiés par le toucher. Ce sont nos mains, disent-ils, qui nous apprennent à distinguer les formes, et nos pieds qui nous mettent dans le cas de juger à Tœil des distances. A l'égard des distances, les quadrupèdes ont autant que nous la faculté d'en juger par le toucher, puisqu'ils parcourent des intervalles. Ils ont même, pour la plupart, dans un odorat exquis, une espèce de toucher très-fin qui assure le jugement de leurs yeux : mais il me paraît que sans le toucher ils savent très-bien distinguer les formes, et que, si on leur en présente d'illusoires, Tillusion ne dure pas longtemps, quoiqu'ils ne touchent point. Pour ce qui est des oiseaux, ils évaluent très-sûrement les distances sans avoir besoin du toucher. Un faucon, qui du haut des airs fond sur une perdrix qui
Yole» a besoin d'évaluer juste et la distâHoe à laquelle il est de sa proie, et le temps quUl lui faut pour la paroourir, et le chemin que fera la perdrix pendant ce temps , car si quelqu'une de ces conditions n'était pas évaluée, il ne tomberait pas juste, et manquerait son coup. Il est vraisemblable que ceux qui perdent quelque avantage sur un sens, le regagnent sur les autres, comme nous voyons parmi nous les aveugles avoir Touïe et le toucher supérieurs à ceux qui voient, soit que la nature ait proportionné la finesse des sens à Tintérét de Tanimal, ou que cet intérêt lui-même rende le sens meilleur par le fréquent exercice.
Quoi qu'il en soit, lorsqu'on ne s'arrête pas à la la première vue, et qu'on observe avec attention, on est tenté de croire que l'inégalité fondamentale d'intelligence n'est pas considérable entre les animaux des différentes espèces. La faculté de sentir, qui est commune à toutes, est plus habituellement développée dans quelques-unes; mais il y en a d'autres auxquelles il parait ne manquer que des circonstances et des besoins pour amener ce développement. L'organisation borne sans doute^ à quelques égards, l'exercice de Tintelligence naturelle aux animaux, et détermine les effets de leur faculté de sentir. C'est en conséquence des besoins et des moyens donnés par l'organisation, que l'un acquiert le génie de la fuite, Tautre celui de la rapine. Si les végétaux manquent à un animal frugivore, la conformation de ses dents et sa répugnance pour la ohair ne lui
l&i«ftdnt point de ressource, et le plus haut degré d'in*telligence ne Tempécherait pas de mourir de faim. L'industrie est alors bornée par Timpossibilité. Pour décider cette question de l'inégalité fondamentale d'intelligence entre les différentes espèces d*animauXf question qui n'en est pas une pour ceux qui n'ont regardé que superficiellement, il faudrait savoir si la faculté de sentir peut avoir des degrés, si l'huitre, par exemple, est, de sa nature, moins susceptible que telle autre espèce des impressions du plaisir et de la douleur. Il est impossible de prononcer làdessus, parce que les sensations sont absolument incommunicables, et que l'action peut bien indiquer leur caractère, mais ne peut pas représenter leur intensité. Cependant, nous ne pouvons pas douter qu'il n'y ait de l'inégalité dans la manière dont un être peut sentir en différents moments, puisque l'action des mêmes objets est différente sur nous en raison de nos dispositions. De là on peut inférer que des espèces entières n'exercent leur faculté de sentir qu'à différents degrés d'intensité. Presque tous les animaux qui vivent d'herbe passent une partie de leur vie dans un état qui paraît être celui d'une torpeur habituelle : la vie des carnassiers est beaucoup plus occupée et plus active; mais les uns et les autres trouvent leur bonheur dans l'exercice de leurs facultés naturelles, et il n'y a que très-peu d'espèces qui paraissent éprouver quelque besoin d^agitation et de mouvement, indépendamment de leur simple appétit. Cette disposition au repos est peut-être ce
qui empêche, en partie, les espèces de se perfectionner autant que leur organisation pourrait le permettre. Je tâcherai , monsieur, dans un autre moment, de rassembler quelques réflexions que j'ai faites là-dessus. Elles nous conduiront à reconnaître quelles sont les circonstances et les conditions nécessaires pour que la perfectibilité naturelle aux animaux se développe.
J*ai l'honneur d'être, etc.