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L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE PHILADELPHI

Philadelphie, le 9 juillet 1876.

Le parc deFairmount, où se trouve installée l'Exposition universelle de Philadelphie, ressemble à notre bois de Boulogne, si ce n'est qu'il est beaucoup plus accidenté, partant plus pittoresque. La partie ouest, dans laquelle on a taillé un morceau de 'Joli acres, environ 100 hectares, pour y placer l'Exposition et ses annexes, renferme un lac, une jolie vallée, des pelouses ornées de bouquets d'arbres; elle est enclose par des pieux à claire-voie. Ce vaste et agréable morceau de terre a la l'orme d'un bonnet de coton, ou, si cette comparaison vous parait manquer de noblesse, d'un bonnet phrygien. Dans la coiffe sont les deux bâtiments principaux, le Main-Building et la galerie des machines, un-

menses parallélogrammes jumeaux, bâtis en fer et en venc, que précède un édifice en pierre où l'on a placé l'Exposition des beaux-arts; la pointe du bonnel esl occupée par Agricultural-Hall^ construction énorme et originale, formée de deux transepts croisés à angle droit, en style ogival, flanqués de tours en bonnets d'évêques el de petits dômes que l'on peut comparer, sans irrévérence, à des citrouilles; le tout peint en vert, les citrouilles exceptées, qui sont du plus beau jaune. L'intervalle qui sépare le Main-Building et le bâtiment des machines cl'ylgricultural-Hall est rempli par une multitude de constructions de toutes les dimensions, de tous les styles, de toutes les couleurs, affectées aux destinations les plus variées. II y a le bâtiment de l'exposition du gouvernement des États-Unis, celui de l'exposition des femmes, une annexe du Main-Building, renfermant des locomotives et des voitures, le bazar japonais, les cottages des différents États de l'Union, les restaurants et les cafés, eUune foule d'annexés et d'édicules particuliers, en tout 171 bâtiments couvrant une superficie de 75 acres, séparés par des allées qu'on a eu la fâcheuse idée de couvrir d'asphalte ; des pièces d'eau et des fontaines jaillissantes; — il y en a une fort jolie de M. Bartholdi, l'auleur de la statue de l'Indépendance, — et reliés par un chemin de fer qui n'est pas le moindre agrément de l'Exposition. La couleur choc, lai au lait, si chère aux Américains, domine comme de

raison dans le Main-Building et dans la galerie des

machines; mais ailleurs éclatent toutes les couleurs de la palette, avec toutes les formes possibles et impossibles de l'architecture. Surmontez celte ville cosmopolite des drapeaux et des banderoles des diverses nations de la terre, se détachant sur un ciel bleu, pendant qu'un soleil tropical fond l'asphalte des allées, peuplez-la d'une foule bigarrée qui circule armée d'un parasol et d'un éventail chinois ou japonais, qui se presse aux gares du chemin de 1er intérieur, qui s'attable sous les tentes des restaurants cl sous les auvents des cafés, affamée d'ombre, la ligure en sueur et la bouche desséchée par un si- ,-,„.,, dont le souffle chargé d'asphalte l'ait la fortune de la multitude des débitants de boissons qualifiées de rafraîchissantes, ice creams, sodawaterau gingembre, à la salsepareille, aux fraises, aux ananas, limonade glacée, café glacé, bière glacée, et vous aurez une idée approximative de l'aspect extérieur de l'Exposition.

Le parc de Fairmount est passablement éloigné de Philadelphie, 10 bons kilomètres; mais nous ne sommes pas ici dans le pays des monopoles : des véhicules de toutes sortes, cars, omnibus, chemins de 1er et bateaux à vapeur, se font concurrence pour nous v transporter, sans que jamais nous sojojis exattendre plus de cinq minutes et à payer plus de 10 cents (511 c). Prenons le chemin de fer de Pennsylvanie qui nousmettra en nue demi-heure

à l'une des dix-sept portes à tourniquet de l'Exposition. Inutile 'de se presser aux guichets : on vend, comme des timbres-poste, les tickets des chemins de fer et des cars, et, lorsque vous en achetez six, vous ncn paye/, que cinq. Moulons dans le train. 11 a commencé à marcher, mais peu importe! Le conducteur nous laisse faire. Nous avons pu lire une affiche placée bien en vue et avertissant les voyageurs qu'il est dangereux de monter dans les voitures quand le train est en marche. Cela suffit, la Compagnie est en règle avec nous. Le reste nous regarde. Aux stations du chemin de fer intérieur, on y ajoute la recommandation de prendre garde aux pick-pockcts, de ne pas mettre la tête en dehors de la voiture (la Compagnie de Pennsylvanie a préféré griller ses fenêtres, précaution utile, mais contraire aux principes), de ne pas fumer, parce que cela incommode les dames, enfin de se plaindre des employés qui se montrent peu respectueux à l'égard du public. Nous arrivons à une station qui fait face au Main-Building. Nous présentons un billet de 1 dollar au tourniquet, on nous renvoie à un bureau de change ouvert à côté, où l'on nous remet deux billets de 50 cents, la Compagnie n'acceptant que des pièces ou des billets ronds de cette somme, pour la facilité du contrôle.

rrchons à droite, et allons d'abord jeter un coup d'œil sur l'exposition des beaux-arts. Sous le péristyle, une femme piquant un buffle représente la

marche en avant, toujours en avant, des Etats-Unis. A coté, le président Blanco, du Venezuela, à cheval, fait pendant à un prince de Bismarck à pied. Entrons à droite : c'est l'exposition française. Voici lez Sept pendus, de M. Becker, le portrait équestre de mademoiselle Groizette, des paysages et des tableaux de genre. En face, c'est l'exposition allemande. Voici la Capitulation de Sedan, dont il a été fait quelque bruit. Mais était-ce bien la peine? Un vaincu pâle et d'apparence malingre s'incline devant un vainqueur bien en chair et haut en couleur. Entre eux, la partie n'était-elle pas vraiment par trop inégale, et peut-on savoir mauvais gré au peintre d'avoir fait ressortir d'une façon aussi palpable combien peu de mérite un vainqueur si gras avait eu à venir à bout d'un vaincu si maigre? Mais pas- Sons, et jetons un coup d'œil sur l'exposition des États-Unis. Quelques portraits montrent de sérieuses qualités. Voici M. I hiers, par Healy, qui a pris sur le \iï cette physionomie spirituelle et malicieuse; voici un Lafayette en pantalon jaune serin ; puis M. Washburne et le président Lincoln à ses derniers moments. Un des assistants est assis sans façon sur le lit du mourant. C'est de la couleur locale. Viennent ensuite quelques bous paysages représentant la célèbre et romantique vallée de Yosemite, une des merveilles de la Californie; une récolte de la canne à sucre dans le Sud, qu'il est prudent de regarder avec un verre noirci, de crainte d'ophthalmie ; enfin un

tableau historique, bien américain celni-là, repré* sentant l'effet de l'électricité sur la culture de l'homme. Il est à compartimenta et divisé en deux époques, intitulées l'Ère de l'imagination et l'Ère de la science. Dans la première, on voit un homme et une femme peu velus, qui reculent épouvantés devant les éclats de la foudre; cette terreur ignorante donne naissance au mythe de Jupiter lançant ses carreaux, appuyé sur un aigle; après quoi un personnage d'une longueur extraordinaire, en costume de jésuite, répand les nuages de la superstition et fait allumer le bûcher de Jean lluss. On pourrait signaler ici une légère erreur de chronologie, cl faire remarquer que les jésuites n'existaient pas au temps de Jean lluss. Mais ce serait du pédantisme de la vieille Europe, et nous sommes en Amérique. Il y paraît bien dans la seconde période. On y voit d'abord Washington tenant d'une main le drapeau étoile et de l'autre la Constitution américaine, éclairée par un jet de lumière électrique, avec cette légende : « La Constitution américaine clùt l'ère de la superstition en assurant la liberté de la pensée. » Après Washington, voici Franklin, accompagné de son fils tenant, un cerf-volant; il reconnaît l'identité de la foudre avec l'électricité. Voici encore Galvani, Volta, Œrstedt, dans des attitudesjscientifiques, qui découvrent les moyens de développer le fluide électrique, et finalement Morse, l'Américain Morse, qui invente le mécanisme nécessaire pour l'utiliser. Le

désert et l'Océan attestent, dans les deux derniers compartiments, la découverte de Morse; le désert est représenté par un buffle qui se précipite avec une rage impuissante contre un poteau du télégraphe, tandis qu'au fond de l'Océan un gros poisson ahuri s'accroche au lil transatlantique. On voit que ^Amérique possède des peintres dont l'originalité ne le cède en rien à celle de nos réalistes et de nos impressionnistes.

Mais nous avons une longue course à fournir. Quittons l'Exposition des beaux-arts et son annexe pour entrer dans le Main-Building. A l'intérieur, ce bâtiment principal de l'Exposition fait l'effet de deux gares de chemins de for juxtaposées et reliées par un immense vestibule ; mais les vitraux colorés, les éfelages bariolés, les drapeaux et les bannières rouges sur lesquels se détachent les noms des nations exposantes, les fontaines de soda-wàter en marbre avec leurs naïades en ruolz qui surmontent d'ingénieuses machines à rincer les verres, lui donnent un aspect original et gai ; le son d'un orgue colossal y domine le bruit des pianos de toutes provenances et de tous Formats, et même la voix d'une reine du chant irlandais, qui fait les délices du public assis autour d'un orchestre placé au centre de l'édifice.

Des police n en uniforme bleu, un bâton blanc à

la main, se promènent gravement, tandis que des a polisseurs » en uniforme gris font circuler de petites voilures dans lesquelles des \isiteiu\- des

deux sexes parcourent sans fatigue l'Exposition à raison de 50 cents l'heure. Des prises d'eau auxquelles des tuyaux de pompes toujours prêts peuvent être adaptés en un clin d'œil attestent que toutes les précautions nécessaires ont été prises contre l'incendie. Par une dérogation à l'une des libertés les plus chères au peuple américain en ce temps de Centennial, une pancarte bien en vue va jusqu'à interdire formellement aux visiteurs de tirer des feux d'artifice dans l'enceinte de l'Exposition. Quoique les restaurants abondent au dehors, il y en a un dans le Main-Building, avec deux vastes cabinets de toilette munis de leurs annexes parfaitement tenues: l'un pour les gentlemen, l'autre pour les ladies. Les commissions étrangères sont installées dans de grandes cabines, au milieu même de leurs expositions, ou dans les galeries. D'admirables glaces de Saint- Gobain, hautes comme des maisons, signalent aux regards l'exposition française; voici la céramique de Limoges ; la librairie parisienne : Hachette, Charpentier, lleUel, Jouaust, des reliures adorables; voici même noire vieille connaissance, le Journal des Économistes ; voici un merveilleux étalage de dentelles de Valeneiennes, de (Jrannnont et de Bruxelles, devant lequel s'arrêtent avec une admiration respectueuse des ladies vêtues de robes de toile ; voici un excellent modèle de maison d'école expose par la Belgique; voici des meubles et des pianos des États-Unis, de formes massives el

lourdes : le goût fait défaut, mais il y a des tentatives originales pour sortir des chemins battus; qui sait s'il n'eu sortira pas un nouveau style? Seulement, l'orthographe laisse encore à désirer, lue législation garantissant la propriété des modèles et dessins de fabrique, et de bonnes écoles de dessin industriel ne seraient pas inutiles aux États-Unis. Voici des lits américains, aussi larges que longs, des lits de famille. Tirez une ficelle ou poussez un res- ,ori. et |e lit se métamorphose eD commode ou en bibliothèque. Voici des montres américaines fabriquées à la mécanique, et qui pourraient bien faire une rude concurrence aux montres de Genève : la fabrique en produit 2,500 par semaine. Traversons le transept, où des ladies plus que jamais en robes de toile font émeute devant l'éblouissant étalage de Tiffany, le grand joaillier de New-York, une annexe des Mille et une Nuits. Nous y rencontrons la riche exposition de l'Angleterre et de ses colonies, des tapis magnifiques et beaucoup de savons, des verres de Bohème d'une légèreté idéale, de l'orfèvrerie russe, des coupes, des tabatières en argent niellé, ,me cheminée en malachite, des tables en lapislazuli, de somptueux ornements sacerdotaux; tout riche, original et de bon goût, quoique un peu massif. Mais la perle de l'Exposition, c'est sans contredit l'étalage de la Chine, et surtout celui du Japon. On voudrait être millionnaire, ne fût-ce que pour acheter ces deux vases élancés comme des

lis en porcelaine de Kyoto, et ces vieux bronzes, ei ces laques et ces ivoires ! Allons-nous-en 1 La tenta- ■ tionest trop forte. L'exposition du Japon est le grand succès de Fairmount Park, et les Japonais, en gens positifs, ne se sont pas contentés du tribut d'admiration que leur apporte le public : ils ont établi un peu plus loin un bazar où ils récoltent une ample moisson de dollars. Très-pratiques, ces Japonais !

Sortons du Main-Building en jetant un coup d'œil sur son annexe, spécialement consacrée à la carrosserie ; des voitures de chemins de fer formant des appartements complets, cuisine comprise, y sont rangées à côté de jolis bogheys américains en bois d'hickory, léger et solide comme du fer, de lourds landaus et de graves corbillards. Entrons dans la salle des machines, presque aussi vaste que le Main- Building. Un énorme moteur de Corliss, de 1,400 chevaux, donne le mouvement et la vie à un monde de machines qui filent, tissent, impriment, cousent, brodent, ne laissant plus à l'homme que le soin de diriger leur activité bruyante. Voici une machine à fabriquer des cheveux, et vraiment la clientèle ne lui manquera pas ; voici une cataracte, une vraie cataracte de 20 pieds de hauteur, dont les eaux répandent leur fraîcheur bienfaisante dans un vaste bassin d'où une pompe les lait remonter ; voici des canons et encore des canons, au milieu'fl'esquels un krupp colossal ressemble à un gros bouledogue entouré de simples malins. Il y a pointant, dans les

expositions de l'Angleterre e« des États-Unis, des monstres assez bien engueulés pour lui donner la réplique. Le gouvernement des États-Unis expose, dans un bâtiment à pari, un formidable et complet assortiment de ses engins de guerre, monilors, torpilles, mitrailleuses GaUing, sans oublier non plus un.- machine à tailler des pantalons. Dans le, même bâtiment, à côté du matériel de guerre, se trouve placé le matériel de l'instruction. — Ceci tuera cela, dirait M. Victor Hugo ; mais, hélas ! ceci ne se presse

Pas-

De l'exposition spéciale du gouvernement des

États-Unis à l'exposition non moins spéciale des femmes, il n'y a qu'un pas. Toutes les industries el tous les produits du travail féminin y sont exhibés. A la porte, on vend un journal rédigé par des femmes el pour les femmes: thenew Cenlunj for Woman. A l'intérieur, des femmes, de jolies misses, auxquelles on esl prie de ne pas adresser la parole, sont en train de composer le prochain numéro. D'autres tissent des rubans ou cousent à la machine ; on ne coud plus autrement aux États-Unis. Voici un ingénieui appareil de sauvetage, spécialement destiné aux personnes du sexe faible, et dont une gravure illustrée l'ail ressortir tous les avantages au double p..int de vuede la sécurité el du confort. I ne jeune ladv naufragée avec ses deux babiesest assise, an milieu des vagues de l'Océan déchaîné, sur un matelas insubmersible et breveté. Dans ses grands

yeux limpides, on peut lire, avec une expression d'inquiétude que sa position isolée et la présence des deux Indues peuvent raisonnablement justifier, les sentiments d'indicible bien-être dont il lui est impossible de se défendre en reposant ses membres délicats sur ce matelas élastique et moelleux. Que celui qui s'aviserait encore, après cette expérience décisive, de refuser aux femmes le génie de l'invention, soit précipité dans les abîmes de l'Océan sans matelas insubmersible !

Prenons maintenant, au prix de o cents, un des trams du chemin de fer circulaire qui se succèdent presque de minute en minute et descendons à une des stations d'Agricultural-Hall. Une partie de cette immense construction est occupée par des instruments d'agriculture, charrues d'une centaine de modèles, quelques-unes entièrement en acier, machines à semer, à moissonner, à couper l'herbe, sans oublier une jolie machine à peler les pommes de terre, qui fonctionne arec activité au milieu d'un cercle féminin. Mais il n'y a pas seulement des machines à Agricultural-Hall. Voici, au centre, un moulin à farine, à cité une collection d'animaux antédiluviens, un dinotherium, un megatherium, un glyptodon, des défenses gigantesques de VElephas ganera, une boutique de dragées, des caisses de tomates illustrées, des boucauts de tabac gardés par un Indien féroce en bois peint, une cage grande comme une chambre à coucher avec un serin vivant,

un kiosque rimant, entièrement construit avec du coton du Brésil, une famille de tigres empaillés, des instruments de pêche, des aquariums remplis de tortues multicolores et de grenouilles vertes, des vins de Champagne de la Champagne et de la Californie, du claret, du sherry, du tokay américains, du whisky du Centennial; bref, assez de vins et de spiritueux pour griser tous les visiteurs de l'Exposition, si lesSociétés de tempérance n'en avaient, assez sagement, on en conviendra, fait interdire la vente au détail. En sortant d'Agricultural-Hall, jetons un coup d'oeil sur le campement des miliciens vêtus de gris clair, avec de grosses épaulettes blanches, dont la musique et les exercices sont une d ni tractions les plus prisées du public américain. On aime ici l'uniforme el la parade tout autant qu'en Europe, et le goûl des décorations j est peut-être encore plus vil'. Je ne rencontre que gens dont la boutonnière est garnie de médailles ou d'écussons bariolés, et voici deux francs-maçons qui portent avec gravité un immense collier tricolore, avec des étoiles eu verre coloré et deux ciels d'argent en sautoir. La seule différence, c'est qu'aux États-Unis les décorations sont « libres » comme les feux d'artifice, tandis qu'en Europe les gouvernements s'en sont attribue le monopole. Gardons-nous d'éveiller les susceptibilités des décorés des deux mondes en discutant les mérites de l'un et de l'autre système. Prenons plutôt un ticket pourtraverser ce vallon boisé

sur Yelevated railway, un chemin de fer suspendu sur une seule ligne de piliers en fer, donl la locomotive et l'unique voilure circulent à cheval sur des poutrelles posées en triangle, auxquelles mordent les petites roues horizontales de la locomotive. Ce système est appliqué, nous dit-on, à New-York. De là taisons une visite sommaire aux cottages particuliers de chacun des États de l'Union ; on y trouve des salons de réception pour les ladies, avec pianos et cabinets de toilette, des salons de lecture, des rocking-chairs où les visiteurs fatigués peuvent se balancer agréablement. Le Colorado et IcKansas.y ont ajouté une collection de leurs produits naturels, avec une vieille commode à vendre qui a appartenu au président Lincoln. Traversons la région des restaurants : il y a le grand restaurant amériricain ; le restaurant des États du Sud tenu par des nègres luisants et polis; le restaurant des Trois Frères provençaux et le restaurant Lalayette, où se manifeste la supériorité indiscutable de la cuisine française; le restaurant autrichien; le département du public cm fort où l'on peut luncher à l'américaine, sur un tabouret de quatre pieds de haut, pour la modique somme de 50 cents. Dans le même département se trouvent réunis la poste, le télégraphe, la vente des tickets pour les chemins de fer ei les théâtres. I n avis imprimé en sept langues, y compris le chinois, avertit le publie que la levée des boîtes aux lettres a lieu toutes le< heures. Dans

le voisinage, le département de la presse met une grande hn/l el des salons particuliers au service des journalistes des deux sexes. Mais l'heure s'avance, et nous sommes à ! mil de forces. En vain le kiosque de i,i Société biblique nous offre au choix la Bible traduite en cent langues ; en vain une séduisante princesse égyptienne âgée de trois mille ans et coquettement momifiée a ius invite à entrer dans le kiosque de l'illustre Cook, l'entrepreneur des voyages en Palestine et de tous les voyages : la vraie providence des voyageurs, cet illustre Cook ! il leur délivre des tickets à prix réduits pour faire le tour du monde, avec réduction de 20 pour 100 dans les hôtels ; mais en ce moment, nous refuserions de faire le tour du monde, même sur le matelas moelleux et insubmersible delà Womens Exibition. Voici pourtant, un peu à l'écart, un kiosque d'une architecture simple, d'unaspect tranquille, quiinvite au repos. Nous ne pouvions mieux rencontrer pour finir. C'est l'exposition des Centennial caskets, cercueils du centenaire, de MM. Schuyleret Armstrong, de Philadelphie, et quels caskets! en ébène, en palissandre, capitonnés de salin, lamés d'argent ou de vermeil. Voulez-vous un cercueil sérieux, un cercueil de politicien, declergyman, de lawyer ou de stock broker? prenez ce majestueux casket revêtu de salin noir, barré el lamé d'argent. Préférez-vous ancasket de salin blanc? en voici au choix, tous du goût le plus exquis. Aimez-vous mieux un msket de fan-

fil) LETTRES S! Il LES ÉTATS-UNIS ET LE CANADA. taisic? en voici de gros bleu ou de bleu tendre, avec capiton rose ou aventurine, ornés et enjolivés comme des boîtes à liants. Les visiteurs ne s'attardent pas dans le kiosque où sont coquettement étalées ces merveilles, et je remarque même qu'ils s'abstiennent généralement de prendre les cartes d'adresse des exposants, quoiqu'on y puisse trouver des renseignements utiles, en cette saison féconde en insolations, congestions cérébrales, attaques d'apoplexie, pleurésies, etc. Le public est informé que MM. Scbuyler etArmslrong, de Philadelphie, restent à sa disposition à toute heure du jour et de la nuit, et qu'ils sont, de plus, brevetés pour un procédé de « conservation des corps par l'air froid. » Pour moi, je l'avoue, si j'étais capable de formuler un souhait quelconque après le terrible voyage de cimtm Exposition que je viens de faire par une température de 40 degrés, ce serait d'aller goûter un repos bien gagné dans l'un ou l'autre de ces rafraîchissants et délicieux caskets.

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