‹ Lettres sur les Etats-Unis et le Canada [microforme]Chapitre 13 sur 81 · LE US · texte numérisé non relu

LE US

dos Fe EE les galeries au moyen d'une étincelle électrique. Le . récif enlevé, New-York aura sur l'Océan deux gran- Fe des portes au lieu d’une. Nous visitons avec conscien- V4 ce les government-works, et nous nous attablons si F auprès de la station devant un verre de pop bier, en | attendant le retour du steamer qui fait le serviec # ds ; de la rivière de l'Est jusqu'au haut de Pile Manhatde tan. La pop bier, c’est la bière recommandée par . les Sociétés de tempérance : de l’eau glacée avec + du gingembre, pétillant comme du vin de Cham- 4. pagne. Ce n est qu'une illusion, mais une illusion Lu hygiénique. Voici un léger stecamer qui aborde au a pier, avec le drapeau brésilien à l'avant et le drapeau des Etats-Unis à l'arrière. I amène l’empereur ” don Pedro, le plus infatigable des empereurs, qui ie vient visiter, sans aucun apparat, selon son habief tude, les government-works. Voici enlin notre || La sicamer à double étage, le Morisania, d'où s'échappent les sons joyeux d’une harpe et de deux on violons. On danse à bord du Morisania. Deux ou “e Lois picnics y sont réunis : une école d'enfants de pe ’ diflérents dues, garcons ct lilles mêlés, avec leurs “pe institutrices, ct un autre picnic de jeunes gens et ep de jeunes filles. On valse et on danse des contreaus | danses : un bossu figure au nombre des danseurs les sd plus dé‘erminés, sans que personne y trouve à resus dire et à rire; tout ce monde s’en donne à cœurie Joie. Nous longeons Blackwell-Island où se trou-

vent accumulés la prison, le workhouse et la maison

des fous, sur laquelle la foudre vient précisément de tomber ; mais cela ne ralentit pas les danses, qui se prolongent jusqu’au moment où le joyeux steamer stoppe à l’'embarcadère de Brooklyn. De là nous allons visiter un asile-école pour les enfants des rues, établi et soutenu par des personnes charitables de Brooklyn, Moyennant la modique somme de 10 cents (50 e.), et de 15 cents, selon les âges, on y donne aux garçons des rues, vendeurs de journaux, nettoyeurs de soulicrs, apprentis, ete., le souper, le gîte pour la nuit el le déjeuner. Le manager décide souverainement, sur leur physionomie, s'il y a lieu de les admettre ou non il leur remet le numéro de leur lit et de la caisse destinée à renlermer leurs habits, recoit leur argent en dépôt, et les fait passer dans une salle de bains d’où ils sortent les pieds propres, — n'oublions pas que les souliers sont un luxe absolument inconnu à cette variété de boys, — pour entrer dans une vaste chambre bien aérée où sont rangés deux élages de Hits. On éteint le gaz à dix heures, et à six heures du matin tout le monde est levé. Un déjeuner substantiel, composé de pain, de thé et de viande froide, est servi, et chacun va à ses affaires. En hiver, une école est annexée au refuge ; les dames patronnesses de PŒuvre y viennent à tour de rôle donner des leçons. Il 4 à aussi dans la mème maison une école de couture pour les lilles ; on leur enseigne à se servir de la machine à coudre moyennant la modique somme de 4 dollar,

ET LE CANADA. 71 et, lorsqu'elles ont achevé cet apprentissage indispensable, on leur délivre un certilicat de capacité. Il y a en Europe des institutions analogues, mais je n'ai vu nulle part régner autant d'ordre ct une propreté aussi exquise.

Les Américains en général, et les habitants de Brooklyn en particulier, ont une manière de passer leurs soirées qui pourrait, à la rigueur, sembler monotone, mais qui à l'avantage de n’exiger aucun effort du corps et de l'esprit. Ils se balancent mollenent dans leurs rocking chairs (chaises à bascule) ou s’asseyent tout bonnement sur l'escalier de la rue. Les riches aussi bien que les pauvres — à Brookiyn du moins — partagent cette habitude démocralique. Que faire, au surplus, par cette chaleur tropicale où tout mouvement est une fatigue, et où les maisons sont des fournaises? L'aristocratie de la o° avenue est allée chercher la fraicheur dans les stations de bains; elle est à Saratoga, à Newport, à Long-Branch, où les dames étalent des toilettes qui ne doivent rien à celles de leurs sœurs, les élesantes habituées de Trouville; tous les conforts et tous les plaisirs sont réunis dans Les immenses hôtels de ces lieux de villégiature aristocratique. C'est de là que les modes, — venues de Paris, — rayonnent sur les régions les plus reculées du Nouveau-Monde. On ne s’y habille point et mème on n’y marche point avec la simplicité et le laisser-aller qui n’ont frappé à New-York et à Philadelphie. Les reines de

en

ris "3

men pers +=

PRE are ue

pape

ee

la mode ont même inventé une nouvelle manière de marcher, dite à la Kanguroo, dont les journaux du high-life étaient naguère unanimes à vanter les attitudes et les mouvements gracieux. Bien cambrées sur les hanches, le buste autant que possible en saillie, les avant-bras collés au buste, les deux pattes, — je me trompe, — les deux mains portées en avant à la manière distinguée de l'animal venu d’Australie, les Manguriennes procèdent par une série de soubresauts légèrement ondulatoires, dont l'effet est inénarrable et irrésistible. Les loisirs me manquent en ce moment pour aller admirer les Kanguriennes à Newport ou à Saratoga. Je me contente de chercher le frais à Coney-Island, la station de bains la plus rapprochée et la plus populaire de New- York : on y va en une heure par le car ct le chemin de fer. On peut se passer de bateau à vapeur. Quoique Coney-Island se décore du nom d’île, qui éveille généralement des idées rafraichissantes, elle n’est séparée que par un simple ruisseau de la terre ferme, La brise y fait totalement défaut ; en revanche, les moustiques y déploient une activité de Yankees.

Au retour, des groupes animés des deux sexes se livrent aux douceurs de la flirtation. Les jeunes misses sont très-démonstratives ; mais les lois de la décence ne cessent point d’être observées. Evidemment, la liberté dont jouissent les jeunes Américaines est très-grande ; peut-être mème seraient-elles

# # # id À

ET LE CANADA. 75 tentées d'en abuser, si elles trouvaient plus aisément des complices. Mais la complicité coûte cher ; nous sommes ici dans un pays qui admet la validité des promesses de mariage et la recherche de la paternité. Cela donne à réfléchir aux gens les plus entreprenants, quoique lillustre jurisconsulte allemand, Lacchariæ, comparant les femmes à des forteresses, ait soutenu, avec une galanterie toute germanique, que les forteresses féminines succombent plutôt par suite de la mollesse de la défense que grâce à la vigueur de l'attaque : d'où il concluait à la nécessité d'interdire la recherche de la paternité, afin d'encourager au plus haut point la défense. On m'assure que les lois américaines obtiennent un résultat satisfaisant en refrénant la vigueur de l’attaque; c’est pourquoi je me plais à espérer que la flrtation animée dont j'ai été témoin à mon retour de Coney-Island n'aura pas eu de conséquences regrettables.

Page 1