LETTRES SUR LES ÉTATS-U“IS
en bateau à vapeur dans la Potapsca, branche de la
baie de Chesapeake, sur laquelle est bâtie la ville
de Baltimore. Nous visitons une fabrique de briques réfractaires et de tuyaux en terra cotta, dont on se sert pour les égouts de préférence aux tuyaux de fonte, et un elevator. Nous avions beaucoup entendu parler des elevators de Chicago. Celui-ci est construit sur le même modèle. C’est un énorme bâtiment en briques rouges de 180 pieds de hauteur, aussi long que haut et moins large de moilié, situé au bord de l’eau. Les wagons du chemin de fer viennent s’v décharger au rez-de-chaussée, d'où un ruban sans fin à godets monte le grain aux étages supérieurs. IE y reste emmagasiné jusqu’à ce qu'on juge le moment favorable pour l'exporter. Alors, il est versé par des tuyaux en bois dans le navire placé à quai. Deux machines à vapeur, ensemble d’une force de 300 chevaux, suffisent à accomplir tout le travail de cet elevator, qui peut contenir À million 1/2 de boisseaux de grains. L’emmagasinage pour dix jours et la réexpédition se paient à raison de À 1/4 cents par boisseau ; l’'emmagasinage pour chaque quinzaine supplémentaire , 3,8 cents. Avant l'invention de cet énorme et ingénieux mécanisme qui embarque les grains d’une facon pour ainsi dire automatique, les frais d’embarquement seuls s'élevaient à 3 cents par boisseau ; aussi commence-t-on à en établir dans tous les ports d'où s’expédient des céréales. Au moment où
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nous visitons l'elevalor de Baltimore, il s'en écoule des torrents de maïs avec le bruit de l’eau qui se précipite dans les gouttières après une violente pluie d'orage. Nous jetons un dernier coup d'œil sur le panorama pittoresque de la baie, et nous passons une soirée délicieuse, mollement bercé dans un rocking chair sur la piazza de la maison hospitalière qui nous à accueilli. Une caille à aigrette de la Calilornie, un cardinal, le rossignol de la Virginie, et un oiseau moqueur, nous réjouissent de leur plumage ou de leur chant. Seulement, il y a trop de mouches, ct passablement de moustiques. Les mouches, on les chasse pendant le diner en posant sur Ja table un mécanisme aussi simple qu'ingénieux, une tige verticale surmontée de deux branches horizontales à palettes qu’un mouvement d’horlogerie fait tourner. On se préserve du moustique — ennemi nocturne autrement redoutable — en entourant son lit d’une enveloppe de gaze hermétiquement fermée, sous laquelle on se glisse avec toutes les précautions nécessaires pour ne pas introduire dans la place l'insecte féroce qui rôde, quærens quem devoret, en susurrant son chant de guerre. Le lendemain matin de bonne heure, loiseau moqueur nous réveille en chantant Pair des Lampions aussi correctement que pourrait le faire un vieil habitué des clubs, et deux heures plus tard nous sommes à Washington.
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