PUS
Sierra « Ba: Pex
Nous passons dans la salle des journalistes : quelques-uns sont couchés tout de leur long sur la graude table ; ils sont chez eux! Mais, en général, la tenue est excellente, et si l’on se dit encore des injures au Congrès, — on allait s’en dire une heure plus tard à propos du budget de la guerre, — on à pris des habitudes de décorum qui étaient autrelois
es
nr 2 en
complétement ignorées. Le temps n’est plus où lillustre orateur Henri Clay pouvait, sans que personne | f y trouvât à redire, interrompre une de ses brûlantes $
lirades patriotiques pour se moucher... sans mouchoir. Et avec quelle obligeante libéralité on met à la disposition des journalistes, et mème des simples visiteurs, les volumineux documents du Congrès! Nous désirions nous procurer deux ou trois rapports : nous nous adressons à un employé qui nous conduit auprès d’un de ses collègues, lequel s’informe poliment de l’objet de notre demande, puis nous remet trois gros volumes brochés, en se donnant la peine de les faire emballer, sans rétribution aucune, et sans qu'il nous ait été nécessaire de décliner nos noms et qualités. C'était à ne pas y croire! Nous descendons ensuite au rez-de-chaussée, où un bar et un restaurant offrent aux membres du Congrès et au public mêlés des consommations rafraîchissantes et substantielles à des prix modérés, et nous sortons : de ce Capitole hospitalier, dans lequel l'art d'aménager les services parlementaires n’est surpassé que
par la politesse des employés de tout ordre et par
uelr la 1, la s ineurc on à ‘efois unne antes mouà la mples grès !
J0rls :
nduit poliremet peine e, et r nos Nous bar et rés et santes rtons 'améé que t par
: + A RER EN AU 53 lt Pc æ:
nee Dm 2 +
ET LE CANADA. 05 le désir singulier qu’ils manifestent en toute occasion d’être agréables au public. Le monde renversé !
Nous nous faisons conduire au Smithsonian Inslilule, institution scientifique et musée, établi dans un superbe parc, grâce à un legs de 515,000 dollars fait par un simple citoyen, James Smithson, qui, à l'exemple de beaucoup de ses compatriotes, a légué à la postérité son nom avec ses dollars, Une vanité bien placée, après tout. Le musée Smithsonien conent une collection intéressante d'outils et d'armes préhistoriques, et les badauds peuvent y contempler une pierre de la grande muraille de la Chine. De là nous allons à la Maison-Blanche, dont les appartements de réception sont ouverts au public. La Maison-Blanche, malgré son portique grec, ressemble à une sous-préfecture &e second ordre. Les appartements, suffisamment décorés, sont bas de plafond. Au fond d’une grande salle où règne une fraicheur relative, une vingtaine de visiteurs font la sieste dans les vastes fauteuils de la présidence, revètus de leurs housses. L’huissier de service se garde de troubler leur repos ; seulement, quelques minutes avant cinq heures, il les prie de venir voir « autre chose », et il les conduit dans une série de petits appartements où ils peuvent contempler les traits d'un certain nombre de Présidents et de vice-Présidents des États-Unis, puis il les ramène par un mouvement tournant sous le péristyle, en leur souhaitant le bonsoir.
De retour à New-York, nous remontons lHudson jusqu'à-West Point. L'Hudson, c'est le Rhin des États-Unis, le Rhin, moins les vieux burgs ruinés, mais plus large et plus varié d'aspects. Après avoir côtoyé la longue île Manhattan, à moitié remplie par la ville de New-York, on traverse la région des palissades, murailles de granit à pic de 200 à 600 pieds de hauteur qui bordent la rive droite du fleuve, tandis qu’à gauche s’étagent, au milieu de bois épais d'un vert intense, la multitude des villas de tous les styles et de toutes les couleurs des riches négociants de New-York. (à et là elles forment un groupe, ordinairement relié par un télégraphe local, qui permet aux voisins de correspondre entre eux, et même de jouer aux échecs sans avoir besoin de se déranger de leur rocking chair. Je venais précisément d'être témoin, à New-York, d’une petite scène qui m'avait montré toute Putilité pratique du libre emploi du télégraphe. Un individu se présente dans un bureau pour obtenir un secours, en déclarant qu'il ne sortira pas avant de l'avoir obtenu. On pousse un bouton. Au bout de quatre minutes paraît un agent de police, dont la seule présence suffit pour faire battre en retraite ce visiteur importun. On s’abonne ici à l'électricité comme au gaz. À la camvoagne, toutefois, on fait son gaz soi-même, au moyen d'un de ces appareils ingénieux que le génie pratique des Américains applique aux services les plus modestes. Mais revenons à l'Hudson. Voici le
ER M Er CE
1 nn ' Ce de Si RE Di
LOT CT ANS e
ET LE CANADA. 07 Spuyten Duyvel Creek, embouchure de la rivière de Harlem, qui sépare l’île Manhattan du continent. Voici Irwington, où demeurait Washington lrwing,
que mon Guide illustré compare avec aisance à
Shakespeare. Nous entrons ensuite dans le Tappan Zee, élargissement de lHudson, qui devient un lac jusqu’à ce qu'il se resserre de nouveau dans la région des Highlands, où il prend l'aspect poétique du Rhin à Bingen. Nous passons devant la fameuse prison de Sing-Sing qui a l'apparence d’une grande fabrique ; en face une glissoire amène de Rockland Lake jusqu'à une flottille de bateaux spéciaux l’énorme quantité de glace que consomme New-York. On s’abonne à la glace comme à l’électricité et au gaz. Seulement, le prix varie suivant la saison et la température. En ce moment tropical on paie jusqu'à 70 cents (3 fr. 50) par semaine; en temps ordinaire l'abonnement tombe à 50 cents et au-dessous. Voici enfin, dans le site le plus romantique du monde, sur un plateau entouré de montagnes boisées, et bordé par les sinuosités pitto-
resques de l’Hudson, l’École militaire de West Point,
Les bâtiments sont construits en granit, sur un des côtés d’une large pelouse; voici la bibliothèque, où plusieurs cadets en petit uniforme gris clair et pantalon blanc sont occupés à lire, sous les bustes de Washington ct de Lafayette ; l’un d'eux cst un multre. L'église est fermée, mais nous visitons les salles de cours, dont les portes sont ouvertes; elles
LE
RES æ- 0e FE Lego six Der ne ES
; ' u " hu, Læ ee { } He hs F 14 :
Ë A] Pr M ren # à J #t NE # +
Us LETTRES SUR LES ÉTATS-UNIS
sont petites, mais admirablement tenues ; plus loin, un vaste corps de logement pour les élèves ; plus loin encore, sur un autre côté de la pelouse, les Jolies maisons toutes fleuries des professeurs et des fonctionnaires de l’École. Une seule sentinelle en faction suffit pour garder ce groupe d'établissements militaires. Voici encore des batteries de canons pour les exercices du tir, et plus bas, s’avançant en pointe vers l’Hudson, un promontoire boisé, avec de jolis sentiers ombreux, où l’on vient faire des piquenique. Plusieurs jeunes couples sont en train de {lirler, mais sans y mettre une activité dangereuse. lei un jeune homme est profondément endormi tandis que sa compagne écarte avec une tendre sollicitude les mouches et les moustiques ; là, une jeune lille lit à haute voix la New-York Tribune, pendant que son compagnon, que cette lecture parait intéresser vivement, tient une wmbrella ouverte audessus de la jolie tête de la lectrice. Il est évident que la /lirtation ainsi comprise et pratiquée n'a rien de particulièrement menaçant pour les mœurs, Mais n'est-elle jamais entendue autrement ? D’après toutes les informations que j'ai pu prendre jusqu’à présent, les accidents sont infiniment plus rares, sous ce régime de free trade, que sous le régime de protection usité en Europe. Les jeunes gens des deux sexes vivent ensemble, comme des camarades, font des promenades et des excursions, vont au bal et au spectacle, par couples ou en bande, sans que les parents
loin,
plus s Jo- |
des
e en ients pour pointe jolis quen de use.
taneune dant inté-
rien Mais
s'en inquiètent autrement ; des deux côtés, on apprend à se connaître beaucoup mieux qu'il n'est possible de le faire dans des entrevues officielles, sous l'œil inquisiteur d’un chaperon. Comme on n'a point l'habitude de doter les jeunes filles, les mariages sont presque toujours des mariages d’inclination, et quoique la statistique demeure muette sur ce point, il semble que les unions contractées sous les auspices de la liberté du commerce entre les deux sexes soient généralement heureuses. En tout cas, les jeunes filles apprennent de bonne heure à se protéger et à se tirer d'affaire elles-mêmes ; nulle part, dans les cars, les chemins de fer et les bateaux à vapeur, on ne les voit embarrassées de leur personne; elles prennent elles-mêmes leurs üickets et s’occupent de leurs bagages sans réclamer aucune aide. Est-ce un mal”? Et puisque l'état actuel de nos idées et de nos mœurs ne nous permet pas de les estropier à l'exemple des Chinois, ou de les renfermer comme les Turcs, n'est-il pas juste et raisonnable de leur permettre de marcher seules ? Le lendemain, samedi, visite au Stock-Exchange ct aux Banques de Safe-Deposit ; ie dimanche, excursion au cimetière de Greenwood. Le Stock-Exchange, la Bourse de New-York, n’a rien de remarquable, à l'exception d’un système de ventilation qui permet de renouveler continuellement l'air de la salle, où se négocie la masse des valeurs commercales ct industrielles ; les valeurs du gouvernement
se traitent dans une salle spéciale. Le ventilateur du Stock-Exchangene fournit pas moins de 25,000 pieds cubes en sept minutes, et la salle de médiocre grandeur dans laquelle fonctionne cet appareil rafraichissant ne manquerait pas d’être envahie si l’accès n'en était point interdit aux personnes étrangères à l'As- À sociation des brokers, propriétaires de la Bourse. Le
public n’est admis que dans une étroite galerie du
premier étage. — Les banques des Safe-Deposit sont
une des curiosités de New-York, où le danger du feu
et la crainte des voleurs ont contribué également à
les populariser. Entrons dans le sous-sol du magni-
fique bâtiment de l'Equilable insurance C°. Voici
d'abord une forte grille ; derrière cette grille, posée
sur un soubassement en gramt, une vaste caisse
large de vingt pieds au moins, sur une profondeur double, haute de six ou sept pieds, toute en fer et en acier. La double porte qui y donne accès est bardéc de serrures. On me fait remarquer un mécanisme qui empèche le caissier lui-même d'ouvrir la porte avant une heure déterminée. Si la clef est mise dans la serrure avant l'heure, la porte reste obstinément close ; en revanche, la police, avertie par une à : sonnette électrique, arrive sans tarder. Un autre mécanisme oblige les veilleurs de nuit à attester leur présence de demi-heure en demi-heure. L'intérieur de cette caisse si bien gardée est divisé en compartiments d’inégale grandeur ; 1l y a de petits compartiments loués à raison de 15 dollars par an, et
r du eds l'anchisn'en l'As- >. Le e du sont 1 feu nt à \gni- Voici )OSÈC aisse deur »r et
bar-
ieur par-
de grands compartiments dont le loyer s'élève jusqu’à 200 dollars. Chacun est fermé par une serrure spéciale, ordinairement à combinaisons, dont le locataire a seul la clef. Tant pis pour lui s’il oublie sa combinaison ou s’il perd sa elef! Il faut alors briser le compartiment, et c’est un travail de plusieurs jours. De plain-pied avec la caisse, règnent deux galeries de boxes affectées l’une aux ladies, l’autre aux gentlemen. On s’enferme à clef dans ces boxes, éclairées au gaz, sans craindre les importuns, pour détacher ses coupons, expédier ses valeurs, etc. ; il y a des boxes pour une, deux et plusieurs personnes, enfin à chacune des deux galeries se trouve annexé un cabinet de toilette. Rien n’a été oublié. Les dames affectionnent particulièrement cette caisse coquette, et elles constituent une bonne partie de la clientèle de la Mercantile Safe deposit Company. Des écussons emblématiques, une chouette, une serrure perfectionnée, une corne d’abondance illustrée la signalent aux regards des passants de Broadway. D'autres ont une apparence plus sévère, mais on n'en cite jusqu à présent aucune qui ait trompé la confiance de ses clients. Le fameux dragon qui gardait le Jardin des Hespérides, Cerbère avec sa triple gucule hurlante, les crocodiles qui veillaient sur le trésor du roi de Siam, n’étaient-ils pas de pauvres et grossiers conservateurs, en comparaison de ces appareils ingénieux ct formidables ?
Voici toutefois un établissement qui conserve
mieux encore qu'aucune Safety Bank les dépôts qu’on lui confie, je veux parler de cet admirable et pittoresque cimetière de Greenwood, avec ses collines ses lacs, ses grands saules pleureurs, ses érables et ses chênes verts, qui domine la baie de New-York, sur une superficie de 600 acres (240 hectares). Grâce à cette vaste étendue, les concessions sont à bon marché et chacun s’y case à son aise ; certaines familles occupent une surface grande comme un cimetière de village. Des communautés y ont leur place particulière, où les brebis sont groupées autour de leur pasteur. Le Père-Lachaise renferme sans doute de plus beaux monuments funéraires, mais comme on y est à l’étroit ! En Amérique, l’espace ne manque ni aux vivants ni aux morts.
ipôts e et ines es et ork, res).
at à ines
un leur our ans AIS > ne