‹ Lettres sur les Etats-Unis et le Canada [microforme]Chapitre 23 sur 81 · LES CHUTES DU NIAGARA — MONTRÉAL · texte numérisé non relu

LES CHUTES DU NIAGARA — MONTRÉAL

Montréal, le 29 juillet 4871,

Grâce à la concurrence acharnée que se font les Compagnies du New-York Central and Hudson river, de la Pennsylvania et de l’Erié, on va, ence moment, de New-York aux chutes du Niagara — distance, 4#2 milles, environ 600 kilomètres — à raison de la très-modique somme de 5 dollars ou même de 9 dollars, aller ct retour. A Niagara, vous entrez dans le premier office venu, où l’on vend des Journaux, des livres et un immense assortiment de tickets de

chemins de fer valables pendant six mois, avectoute :

sorte d'itinéraires illustrés que les Compagnies concurrentes répandent à profusion, et vous achetez pour 59 dollars une série de tickets de chemins de fer et de bateaux à vapeur pour le lac Ontario, Mon-

tréal, Québec, avec retour à New-York par le lac Champlain, le lac Georges et Naratoga. En tout, 44 dollars, 200 fr. (le dollar en papier perd actuellement 42 070), pour un parcours de plus de 2,000 kilomètres. Ce n’est pas cher si l’on songe surtout que Île niveau général des prix est ici infiniment plus élevé qu'en Europe. Je prends le chemin de fer de l'Erié qui traverse les pittoresques vallées de la Delaware ct de la Susquehannah, avec des courbes d’un rayon tellement court qu'on voit, des dernières voitures, cheminer devant soi la locomotive sans avoir besoin de se pencher en dehors de la fenêtre. On monte jusqu'à ce qu'on atteigne le village de Summit, point de partage des deux val lées, à 1,366 pieds au-dessus du niveau de la mer. Dans les 8 derniers milles, la montée est de 369 pieds. Le chemin de fer suit de très-près le cours des deux rivières qui coulent entre de hautes collines couvertes de bois touffus ; çà et là une éclaircie où l'on aperçoit tantôt une maison, tantôt un petit groupe de maisons blanches en bois, avec des persiennes vertes. Dans le drawing car Pullman (le drawing car est la voiture de jour ctle s/eeping car la voiture de nuit), des fauteuils à pivot permettent au voyageur nonchalant de contempler sans se déranger les divers aspects du paysage, tandis qu'une foule de marchands de journaux, de livres, de cocoa nuls, d'oranges ct de glaces Allegretti conservées dans des boîtes métalliques, se succèdent sans interrup-

tion pour lui offrir de quoi satisfaire ses appétits intellectuels et matériels. Nous traversons Buffalo, le grand entrepôt du lac Erié, d'où un embranchement nous amène, une demi-heure plus tard, aux célèbres Niagara falls. Nous descendons à Cataract house, hôtel situé entre les rapides et les chutes. Nous sommes venus en seize heures de New- York. Il est minuit passé.

Nous nous endormons au bruit d’un sourd grondement qui nous rappelle le canon du siège de Paris, et le lendemain, de bonne heure, nous courons aux chutes. À la sortie de l'hôtel, un cocher des plus démonstratifs nous adresse ur discours plein de promesses et nous pousse, bon gré mal ré, dans sa voiture. Nous faisons { mille, 2 milles à travers champs, et nous constatons, non sans inquiétude, que le bruit diminue au lieu d'augmenter. Nous voici enlin au bord d’une rivière large comme la Seine, mais dont les eaux tourmentées coulent entre deux brèches verticales de 150 à 200 pieds de hauteur. Nous nous arrêtons en face d’une maisonnette en bois où l’on vend du soda water et des photographies ; moyennant! 50 cents (2 fr. 50 c.), nous prenons un ticket pour l'ascenseur. Nous descendons pendant quatre: minutes, dans une obscurité complète, et on nous dépose sur une grève rocailleuse, où il y aune «salle d'accommodation pour lesladies », mais point de chute. Toutefois, à part la salle d’accommodation, le site est suffisamment sauvage ct pitto-

æ RE D

Page 1