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arbuste couvert de milliers de fleurs rouges, le Lagerstræmia indica rubra, que je prenais, dans mon ignorance, pour le laurier-rose ; en sortant du car, j'ai fait à pied dans la campagne une promenade de plusieurs kilomètres au milieu des champs de mais, des prés et des massifs de chènes-verts. Je ne rencontrais que des nègres. Tous me saluaient avec unc respectucuse déférence, et ceux auxquels je demandais des indications sur ma route s’évertuaient à me remettre sur le bon chemin. Les nègres ont beau être devenus les maîtres de leurs maitres, ils n'ont pas moins conscience de leur infériorité, et le jour où des carpet baggers du Nord cesseront d'exploiter leur ignorance dans des vues politiques et surtout financières, tout rentrera dans l'ordre : les conservateurs blancs ressaisiront le pouvoir qu’ils sont seuls capables d’exercer, et les politiciens nègres reprendront qui le rasoir, qui le plumeau et le chasse-mouches, qui la poêle à frire. N’est-il pas plus honorable, après tout, d’être un barbier adroit, un bon domestique et un parfait cuisinier, qu'un mauvais politicien? En attendant, la situation de ce malheureux pays livré aux carpet baggers et aux scalawags me rappelle une amusante caricature de Cham représentant un tribunal où trois forçats, le bonnet vert sur l'oreille, sont en train de juger leurs ci-devant juges. La comparaison n'est pas aussi forcée qu'elle en a l'air. La Législature vient précisément de nommer à une des fonctions les
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ET LE CANADA. 197 plus élevées de la magistrature un simple voleur nègre, et la chose à paru, malgré tout, si exorbitante, que le gouverneur, homme de bon sens quoique carpet bagger, a cru devoir contester la validité de cette nomination. Mais qui aura le dernier mot du gouvegneur blanc ou de la Législature nègre?
Je ne fais qu’un court séjour à Charleston, et je prends le chemin de fer de Savannah, où m'’attendait la plus gracieuse et la plus cordiale hospitalité. Quoique politiquement les maîtres, — et c’est ici que l'influence des mœurs apparaît dans toute sa force, — les nègres sont relégués dans une voiture spéciale, de mème qu'ils ont leurs écoles, leurs églises et leurs cimetières particuliers, de même encore qu'aucun homme de couleur n’oserait franchir le seuil d’un hôtel fréquenté par les blancs. On ne les admet que dans les cars des rues. Il me semble même, depuis que je suis dans le Sud, que le préjugé de couleur s’est ravivé etexalté en proportion des efforts que le gouvernement a faits pour le détruire. Ce préjugé, les Européens américanisés le partagent avec les Américains de naissance, et peut-être l’exagèrent-ils encore. Certes, je comprends qu’on n’aime point à voyager à côté d’un nègre qui exhale une odeur analogue à celle d’un marché aux poissons après un violent orage, — car certains nègres, ceux de la Guinée en particulier, ont positivement une odeur sui generis, provenant de la sécrétion des glandes de l’aisselle; — je conçois qu'on n’invite
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