LETTRES SUR LES ÉTATS-UMS
pas à sa table un homme de couleur d’une éducation inférieure ; mais qu'un blanc ignorant, malpropre et mal élevé, comnie il y en a, repousse avec indignation l’idée de diner à côté d’un homme de couleur d’une propreté irréprochable et d’une éducation supérieure à la sienne, voilà bien, n'est-il pas vrai? la plus or-
* gucilleuse sottise qu'on puisse imaginer! — Cepen-
dant, me disent les amis du Sud, vous vous trompe, le cas dont vous parlez ne se présente pas; il n’est pas possible qu’un homme de couleur s’élève au niveau d'un blanc; d’ailleurs, pourquoi les gens du Nord veulent-ils nous imposer une égalité sociale qu'ils repoussent pour eux-mêmes ? Est-ce qu’ils invitent à leur table les hommes de cou eur? Est-ce que la présence d’un nègre ou d’un mulätre dans un bal, autrement qu'en qualité de domestique, à Philadelphie ou à Boston, ne mettrait pas aussitôt en fuite toutes les dames abolitionnistes et négrophiles? — Si les gens du Nord refusent d'admettre chez eux et dans leurs réunions un homme de couleur bien élevé et qui ne sent pas le poisson défraichi, ils ont tort; mais la conduite des gens du Nord doit-elle servir de règle à la vôtre? Maintes fois en Europe, J'ai rencontré des hommes de couleur qui ne seraient déplacés dans aucune réunion blanche; et si la société américaine ne veut pas les admettre dans ses rangs, c’est tant pis pour la société américaine, — de dois déclarer que ce speech, dans lequel je m'eflorçais de mettre toute mon éloquénce, n'obte-
cation pre el nation d’une rieure lus or- Cepenpe, le est pas niveau | Nord qu'ils ivitent que la n bal, iladel- 1 fuite CS? — eux ct * bien ils ont it-elle urope, ne se- °etsi > dans Caine,
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ET LE CANADA. 199 nait aucun succès, et une aimable dame à laquelle je demandais pourquoi elle ne recevait pas chez elle un clergyman de couleur, d’une éducation distüinguée et de mœurs irréprochables, paraissait aussi choquée de ma question que si je lui avais demandé pourquoi elle n’invitait pas à diner un singe ou un porc.
En ma qualité d’Européen non américanisé, je fais le voyage de Charleston à Savannah dans le car du peuple de couleur, colored people, comme on nomme ici tout ce qui n’est pas blanc de race pure. J'ai pour voisines deux vieilles négresses couleur de suie, des négresses de Guinée; en face de moi un vieux nègre dont la tête est couverte d’une épaisse Loison de laine blanche toute bouclée ; plus loin une jeune négresse d’un noir tirant sur le brun, une négresse Congo, dont le nez retroussé, les grosses lèvres gourmandes, les yeux brillants et humides ne manquent pas d’un certain agrément ; çà et là quelques mulâtres élégamment vêtus d’un paletot noir avec un gilet d’une blancheur immaculée sur lequel s’étalent une chaîne d’or et des breloques. Ce sont des politiciens, probablement des fonctionnaires qui gouvernent le peuple blanc, mais qui se gardent prudemment de mettre les pieds dans la voiture réservée aux blancs. Leur présence y souléverait une cmeule! Ils auraient certainement le droit d’user de représailles à mon égard, et je leur sais gré de se inontrer plus tolérants que leurs voisins. Le paysage
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