‹ Lettres sur les Etats-Unis et le Canada [microforme]Chapitre 50 sur 81 · CES · texte numérisé non relu

CES

TS

Nr

naisons stratégiques. Il a voulu faire le Carnot, résumait-on, et il n’était pas un Carnot. Hélas ! ni lui ni bien d’autres !

Mais la nuit est tombée, comme elle tombe dans le Sud, à pic, sans laisser de place au crépuscule, II est temps d’aller à l'office nègre. Nous avons le choix des églises ; 1l y en a de baptistes, de méthodistes et de catholiques. Nous donnons la préférence à l’église méthodiste. C'est une vaste halle rectangulaire, moitié en briques moitié en bois, sans aucun signe extérieur qui indique sa destination. Nous entrons, et nous sommes accueillis avec la politesse la plus exquise. On nous conduit aux meilleures places, et nos voisins colorés s’empressent de nous offrir des éventails japonais. L'assemblée se compose d’un millier de fidèles des deux sexes dans leurs brillants habits des dimanches : les hommes en paletots noirs et gilets blancs sur lesquels s’éta- : lent chaines et breloques; les femmes en robes blanches ou de couleurs vives, avec des chapeaux aussi fleuris que possible. Tout ce monde multicolore remplit les bancs du rez-de-chaussée et de la galerie en agitant des éventails. Un orgue tient la place occupée par le chœur dans les églises catholiques. En avant de l’orgue, un compartiment fermé par une balustrade, ct au milieu duquel se dresse un pupitre couvert d’une serviette blanche, est réservé aux clergymen officiants. Au-dessous du pupitre, un guéridon à tablette de marbre dont nous connaîtrons

ot, réni lui

dans le, Il choix distes nce à anguaucun Nous litesse leures nous comdans mmes

s’éta- :

robes eaux olore lerie e oCss. En ‘une pitre clerguérons

tout à l'heure la destination. Les clergymen, tous colorés, que leur costume ne distingue en rien des simples fidèles, sont assis sur des chaises, dans des poses relächées, et ils s'éventent avec activité. Le plafond est orné de peintures à fresque, violemment éelairées par des becs de gaz dépourvus de globes. C'est d’abord l’apôtre Wesley, le père du méthodisme, et le célèbre prédicateur Richard Allen, puis un Christ en croix, la Cène, et finalement une aristocratique lady, vêtue d’une robe verte dont la queue immense remplit tout le milieu du plafond, en éclipsant totalement l’apôtre Wesley et le prédicateur Richard Allen. Cette lady aristocratique est en train de porter à ses lèvres une grosse bouteille de gin, malgré les gestes désespérés d’un clergyman placé au-dessus de la bouteille, sans un respect suffisant des lois de la perspective aérienne. Le long de la robe verte pendent deux rubans portant imprimés en lettres majuscules ces deux mots : Degradation, drunkenness, dégradation, ivrognerie. Ai-je besoin d’ajouter que la peau de cette lady dégradée est d’une blancheur éclatante ? Mais voici que l'office commence. On entonne une hymne avec accompagnement de l'orgue, et il y a vraiment de belles voix dans cette foule qui chante de tout son cœur et à plein gosier. Après le chant des hymnes vient la prière. L'assemblée entière s’agenouille profondément, à la manière des paysans russes ; quelques femmes sont courbées jusqu’à terre. La

D hot Bin dre ge Es + Pere MP F D: £a

on ri Dé ge

ÉSOAE A pe ne ES ER so GERS me. |

3 SR Mg de Le D - ton 4 on D

SE cri rer

ù rare

prière dite, le prédicateur du jour se lève et se place en face du pupitre. C’est un grand jeune homme, très-brun de peau et qu'on m'assure être un nègre, quoique je le prenne plutôt pour un mulâtre, Il commence d’une voix à peine distincte, sans faire de gestes, et il continue pendant un quart d'heure avec la même sobriété de ton et d’allures. Le thème de son discours me paraît heureusement et ingénieusement choisi. Il compare le peuple du Sud aux israélites échappés à la servitude d'Égypte. — Vous êtes délivrés des chaînes de l'esclavage, et vous devez en remercier la souveraine bonté de Dicu (oui! oui! dans l'auditoire) ; mais vous portez encore d’autres chaînes : ce sont les vices et Les mauvaises habitudes que vous avez contractés dans la servitude, Il faut vous en débarrasser (oui! oui !) et vous purifier; il faut qu’un esprit nouveau pénètre dans vos âmes. — Jusque-là, tout allait bien, et le plus blanc des prédicateurs blancs n'aurait pas mieux dit ; mais voici tout-à-coup que l’orateur s’agite comme si l'esprit qu'il venait d'évoquer s’élait emparé de lui, sa parole se précipite, on n'entend plus que des phrases incohérentes, hachées, et sans aucun sens appréciable. Il arpente la plate-forme à grands pas. Il s’arrête et se renverse en arrière à la manière des clowns en étendant les bras, puis il se redresse, et se courbe en se tordant comme un homme atteint subitement d’une violente colique. Il crie, il se redresse et se renverse de nouveau, ct il continue pendant dix mi-

se place 1omme, nègre, Il comaire de re avec ième de nieuse- IX israéous êtes levez en i! oui!

d’autres bitudes . I] faut rifier ; il mes, — des préis voici l'esprit sa paphrases précia- Il s’arclowns courbe tement e el se lix mi-

nutes, un quart d'heure, sans trêve ni relâche, cet exercice violent ct incompréhensible, en accentuant de plus en plus ses paroles et ses gestes. Un cri déchirant l’interrompt : c’est une jeune fille qui s’est jetée sur le plancher, à corps perdu, les bras tordus et la face convulsée. Mon voisin, un médecin sceptique, prétend qu'elle a obéi à un signal parti de la plate-forme ; mais, préparée ou non, la scène ne tarde pas à produire un effet contagieux. Des cris perçants s'élèvent de toutes parts : une douzaine de jeunes filles, en proie à un délire nerveux, se roulent sur les bancs; une grosse négresse vêtue de jaune se balance avec frénésie de droite à gauche comme un poussah; derrière moi, un jeune nègre s’étend tont de son long en hurlant comme s’il était frappé d’épilepsie. L'auditoire est haletant, l’excitation est à son comble, l’agitation devient indescriptible. Cependant le prédicateur s’est rassis tranquillement, avec l'air satisfait d’un acteur qui rentre dans la coulisse après avoir produit ses effets et empoigné son public. Il est remplacé au pupitre par un gros garçon à figure réjouie, pendant que deux auxiliaires avancent le guéridon auprès de la balustrade. Cette fois, c’est une autre gamme. Le gros garcon déclare que les finances de l’église ont absolument besoin d’être ravitaillées, que le moment approche où il faudra payer la note du gaz, qu'il y en a pour #1 dollars, sans parler des autres frais. C’est pourquoi il fait un appel pressant à la générosité

- " ts: ET tree ns ue #7 = = = s +: > re - RS = aa é era td s ” ” <= » = Émtpengn mie res à -

F Dr A \ Ki È MY $ M4. s se n © “ , 467 "| \ £:

l 4 % $ Li :

h \ Î ni * $ = « à LE |: % L ,& SU

bien connue du peuple de couleur de la ville de Savannah. Il est allé la semaine dernière à Mâcon, et il y a vu une foule de jolies filles et de jolis garçons qui se sont empressés de lui apporter leur offrande. On trouve certainement à Savannah autant de jolies filles et de jolis garçons qu’à Màcon ; il ne peut pas croire qu'ils se montrent moins généreux. (Non! non ! — Explosion de rires.) D'ailleurs, il n’y a pas que le gaz et les frais de l’église à payer ; ilya un pauvre clergyman noir de la campagne qui vient de faire 6 milles à pied pour assister à l'office, et qui a besoin d’un secours pour aller voir son père mourant. Ce discours habile, qui s’adresse à la bonté native de ces cœurs simples après avoir chatouillé agréablement la vanité des « jolis garçons » et des « jolies filles », produit l'effet désiré. Chacun apporte qui sa pièce de 10 cents, qui sa pièce de 25 cents ou de 50 cents, qui même son dollar. Les deux aides rangent avec soin cette monnaic tandis que l’orateur surveille attentivement, du haut du pupitre, les résultats de l'opération. Il n'en paraît que médiocrement satisfait. Lorsque le défilé est terminé, il gourmande l’auditoire en affirmant que toutes les offrandes réunies sur la petite table n’atteignent pas la misérable somme de 15 dollars. Mon voisin m’assure qu’il ment effrontément. Quoi qu’il en soit, ses doléances demeurent vaines ; le publie se lève et quitte la place en entonnant à pleine voix le chant mélodieux et bizarre des bate-

de Sa-

on, et arçons rande.

Jolies ut pas (Non!

[a pas yaun vient et qui moubonté ouillé et des hacun pièce ollar.

mon:

ment, on. Il ue le aflirpetite ) dolnent.

ines :

ant à bate-

liers nègres ; on se presse dans les escaliers, où quelques fidèles, en proie à un reste de surexcitation,, sont en train de s’administrer des horions : on éteint le gaz, et bientôt nous n’apercevons plus que quelques ombres accouplées qui s'éloignent dans la nuit.

ER RTE EE

TS

a dns

der ou - np

RE SR NT Lie à ee PE TRE D Ps 7

ENST

PR. bn x PU

SE sien RS ER PR Se les m5 er % 277

je F3 | ; h i l E ME

Page 1