‹ Lettres sur les Etats-Unis et le Canada [microforme]Chapitre 71 sur 81 · PL NE · texte numérisé non relu

PL NE

LA 22e æ

= = rs e

mn o = TS om ni

tobre 1871, 17,500 maisons ou édifices, d’une valeur de À milliard 400 millions de francs, ont été la proie des flammes ; un an s'était à peine écoulé qu'il n'y paraissait plus : une nouvelle ville, plus belle et plus colossale encore, s'élevait sur les ruines de l'ancienne. Cependant, on n'avait pu se mettre sérieusement à l’œuvre qu'après la saison d'hiver; mais alors, les capitaux des États de l'Est et de l’Europe aidant, — car Chicago appartient pour une bonne part aux capitalistes de New-York, de Boston, de Philadelphie et même de Londres, de Paris et de Bruxelles, — elle s’est rebâtie avec une rapidité verligineuse. Pour donner une idée de l’activité qui a été déployée dans cette reconstruction, un statisticien ingénieux a fait remarquer que dans l'intervalle du 15 avril au 45 décembre 1872, contenant, à l’exclusion des dimanches, 200 journées de travail de 8 heures chacune, on a bâti par heure de travail, une maison de 25 pieds de façade et de quatre à six étages. C'est le damier le plus colossal que j'aie vu aux États-Unis. Il est posé sur le bord du lac Michigan, dans un ancien marais, à l’embouchure de la rivière Chicago. Les avenues aboutissant au lac ont certainement deux fois la largeur de nos boulevards. Les trottoirs sont pavés de superbes dalles longues de 3 ou 4 mètres, que fournissent les carrières de la Joliette, à 60 milles de Chicago ; en revanche, le pavage en bois des chaussées laisse fort à désirer. Toutes ces avenues, garnies de maisons monumen-

d'une Va- , Ont été la coulé qu'il lus belle et ruines de mettre scd'hiver; t de l’Eu- Pour une e Boston, aris et de idité verité qui à stalistintervalle it, à l’exravail de > travail, atre à six j'aie vu c Michie de la lac ont evards.

ongues s de la le paisirer, imen-

ET LE CANADA. 901 tales, portent les noms des Présidents des États-Unis par ordre chronologique, sauf quelques lacunes : Washington, Monroe, Adams, Jackson, Van Buren, etc., et elles sont traversées par des rues presque aussi larges où se concentre le mouvement des affaires. On ne compte pas moins de 41 banques ct de 201 églises, dont 5 swedenborgiennes. Il y a 41 journaux quotidiens, parmi lesquels le Chicago Times, le Chicago Tribune et V'Evening Journal rivalisent, pour la masse des informations et le tirage, avec les feuilles de New-York ; enfin 35 grands hôtels; celui où je suis descendu, Palmer house, est le palais le plus confortable que le génie de l'hospitalité ait jamais ouvert à l'humanité errante et suffisamment pourvue de dollars. Pas une chambre qui n'ait comme dépendance un spacieux cabinet de bains muni de robinets qui fournissent de l’eau chaude et de l’eau froide à toute heure de Jour ou de nuit. Les garçons viennent à l'appel des sonnettes, et l’on trouve ses bottes cirées tous les matins. Une merveille! — Je vais me promener du côté du lac. Le quai est séparé du lac par une longue pelouse verdoyante, ct par une demi-douzaine de chemius de fer qui sont juxtaposés tout au bord de cette petite mer d’eau douce de 350 milles de long sur 60 milles de large, que l’on appelle le lac Michigan. Le quai n’est encore qu'à moitié bâti. Dans les intervalles laissé: vides entre les maisons monumentales en pierres ou eu briques, des saltimban-

ques ont élevé leurs tentes ; j'entends le vieil air : Dis-moi, soldat, dis-moi, l'en souviens-tu ? C’est une exhibition du Python égyptien, de l'enfant sauvage de l’Asie, et de l'Enfer du Dante, avec un Méphistophélès coiffé d’un chapeau mou et un Satan déguisé en nourrice. En face, à côté de la pelouse, on a construit un gros bâtiment où vient de s’ouvrir une Exposition industrielle des États, qui dépasse, d’après l'affiche, toutes les Expositions précédentes sous le rapport de la nouveauté, de la variété et de la commodité des arrangements. — Prix d'entrée, 50 cents. — J’entre. Les salles ne sont encore qu’imparfaitement garnies : jy remarque un bel assortiment de machines agricoles, une spécialité de Chicago, et deux ateliers de chaussures en pleine activité. Des ouvriers costumés les uns en garibaldiens, les autres en boys in blue (enfants en bleu), y confectionnent en quelques minutes une paire de souliers, en appliquant jusqu’à sa dernière limite le principe économique de la division du travail. Je jette un coup d'œil sur un aquarium où s’ébattent des alligators petit format, et me voici dehors. J’ai devant les yeux trois ou quatre elevators ; mais j'en ai visité un à Baltimore, et ils se ressemblent tous. D'ici à deux ou trois siècles on pourra probablement voir au Havre ou à Marseille un de ces magasins économiques qui réduisent des deux tiers les frais de manutention du blé.

Un aimable et obligeant cicerone offre de me

e vieil air :

Ss-lu ? C’est enfant sau.

vec un Mét un Satan la pelouse, de s'ouvrir 1 dépasse, récédentes riété et de d'entrée, re qu’imel assortide Chin pleine garibalen bleu), paire de limite le avail, Je ébattent rs. J’ai ais j’en it tous.

lement ns écorais de

de me

conduire aux S{ock Yards, qui sont avec les eleva- Lors, les sources où s’alimente la richesse de Chicago. J'accepte avec empressement. Nous franchissons rapidement 4 ou 5 milles dans un léger boghey en bois d’hickory, un bois dont nos carrossiers ne veulent point, me dit-on, —. est-ce une calomnie ? — parce qu’il a le défaut de durer trop longtemps. Nous traversons des avenues bordées de charmantes villas, des parcs remplis d’élégants massifs de fleurs, et nous voici bientôt en face d’un portique en bois que surmonte, en manière d'ornement ou d'enseigne, une gigantesque paire de cornes ; c’est l’entrée des Stock Yards, autrement dit des pares de bestiaux. Nous faisons une centaine de pas dans une large avenue où la circulation est aussi active que dans Broadway ; tout un monde affairé de commissionnaires, de courtiers, d’ouvriers, de conducteurs de bestiaux à pied ou à cheval, s'y presse, au bruit plus ou moins harmonieux du mugissement des bestiaux et du grognement des pores. Nous entrons dans un vaste bâtiment situé au bord de l'avenue. C’est le siége de la Compagnie propriétaire des Stock Yards. Les bureaux sont installés au rez-de-chaussée. Elle loue le reste des bâtiments à des commissionnaires qui se chargent de la réception et de la vente des bestiaux. Ces opérations se font avec une grande simplicité de procédés. Un propriétaire de bétail du Texas, par exemple, avise par le télégraphe un commissionnaire de l’expédition de 500 têtes de

bétail en le priant de les vendre au mieux. Le commissionnaire reçoit le bétail à l'arrivée, paie les frais du transport, case ses hôtes dans un parc loué à raison de tant par jour à la Compagnie, qui se charge de la nourriture et des soins nécessaires. Elle lui en donne un reçu sur lequel il peut emprunter ou vendre. Toutes les lignes de chemins de fer aboutissant à Chicago s’embranchent aux Stock Yards, en sorte que le bétail ne descend des wagons que pour entrer dans les parcs et remonter dans les wagons, à moins qu'il ne soit manufacturé dans Île voisinage. Nous montons à un belvédère, d’où nous pouvons embrasser l’ensemble des Stock Yards et de leurs attenances. Nous avons sous les yeux un immense damier composé de 5 à 600 cases encloses de planches et séparées par de petites avenues. Ce sont les pares. Ils sont d’inégale grandeur et peuvent contenir en moyenne 5 ou 400 têtes de bétail Les uns, destinés au gros bétail, sont à ciel ouvert ; les autres, où sont parqués les porcs et les moutons, sont couverts d'une toiture en bois. Îls ont un plancher, des auges et un bassin alimenté par un puits artésien dont l’eau est montée dans un réservoir au moyen d’une machine à vapeur. Tout cela est assez proprement tenu. Le bétail est peu nombreux en ce moment; ce n'est pas encore l'époque des grands arrivages, et la plupart des parcs sont vides. D'un côté de l’enceinte des Stock Yards s’est improviste une petite ville de maisonnettes en bois, où se lo-

Le come les frais c loué à , qui se res. Elle

ons que s les wadans le "où nous ards et yeux un encloses ues, Ce et peubétail.

ouvert ; outons, in plann puits ‘voir au st assez *ence grands s. D'un rovisée se lo-

sent les employés et les ouvriers, avec une église et un journal, le Chicago Sun. De l'autre côté sont les chemins de fer, et, quelques pas plus loin, une série de grands bâtiments surmontés de hautes cheminées, vers lesquels je vois s’acheminer des troupeaux de porcs.

C'est là que s'opère le Pork Packing, c'est-à-dire le massacre et la préparation des 1,700,000 pores que Chicago fournit annuellement aux amateurs de charcuterie des deux mondes. La période d'activité de ces établissements dure six ou sept mois, de novembre en avril ou en mai; quelques-uns égorgent et préparent alors jusqu'à 12,000 pores par jour. Cependant plusieurs sont déjà à l’œuvre, et nous obtenons aisément la permission de visiter l’un des principaux, appartenant à MM. Murphy et C’. Le lroupeau que nous venons de voir sortir des Stocx Yards est entré dans un enclos attenant à l’établissement. Un couloir en pente conduit de lenclos au premier étage, où se trouve la tuerie. Nous montons un escalier et nous voici dans un vaste atelier dont le plancher et les murs sont tout imprégnés de matières animales, et où une âcre odeur de sang nous prend à la gorge. L'atelier est divisé en deux vastes compartiments, lun plus élevé que l'autre de quelques marches. Nous les franchissons, guidés par des grognements désespérés qui partent d’un réduit carré construit en planches et en poutrelles de bois. Une douzaine de porc sviennent d'ar-

river par le couloir, non sans y être un peu poussés, car ils ont de la méfiance ! Quelques-uns sont d’une taille monstrueuse. La porte s’est refermée sur eux. Un homme est debout au milieu de cette troupe grouillante et grognante. Il lient à la main une courte mais solide chaîne en fer, dont un bout s’élargit de manière à former un grand œillet surmonté d’un crochet. Il enroule avec dextérité cette chaine autour de la patte de derrière d’un des arrivants, et il passe le crochet dans l’anneau d’une corde placée sur une poulie. La corde monte son fardeau à une hauteur d’environ trois mètres, à l’entrée d’un couloir au-dessus duquel est fixée une tringle en fer. C’est là que se tient le tueur, le couteau à la main, Au moment où la victime se sent enlevée du sol, elle pousse un grognement effroyable en essayant de se débattre; mais, dès qu’elle arrive en face du couloir, la tête en bas, ce n’est plus qu'une masse inerte et sans voix, L'œillet de la chaîne glisse sur la tringle, l'animal suspendu passe devant le tucur qui lui enfonce d’un mouvement presque mécanique son couteau dans la gorge, un flot de sang jaillit et s'écoule sur le plancher en pente. — À un autre! — Une douzaine de corps pantelants défilent sous nos yeux en trois ou quatre minutes. Une nouvelle escouade est poussée dans le réduit, et ainsi de suite. Cependant, les corps pendus à la tringle, et dont quelques-uns conservent un reste de vie qui se trahit par des mouvements convulsifs,

er SE EE

” DT el iteciaesten de

u poussés, sont d’une e sur eux.

nain une bout s’6illet surrité celte des arriau d’une ionte son es, à l’en-

e couteau ent enle- "oyable en arrive en us qu'une la chaîne se devant t presque n flot de ente. — antelants minutes.

> réduit, dus à la reste de nvulsifs,

DAME vegas pen gro

sont lestement décrochés et précipités dans une vaste cuve remplie d’eau bouillante en contre-bas du couloir. On les y laisse deux ou trois minutes; on les ressaisit au moyen d’une énorme cuiller qui les étend sur une longue table, on les dépouille de leurs soies avec un racloir, après leur avoir préalablement coupé la tête, puis une corde sur poulie les suspend de nouveau à la tringle ; on les fend, on les vide, et, ces opérations achevées, on les fait glisser jusqu’à une autre extrémité de l'atelier, où on les coupe en deux, et d’où on les descend dans une glacière. Au bout de quarante-huit heures on les retire de la glacière, on les sale et on les met en barils. Les dépouilles sont jetées dans de vastes chaudières à suif, Rien ne se perd ; mais, en somme, c’est

‘une vilaine besogne assez vilainement faite. On paie

les ouvriers de 1 dollar 1/2 à 5 dollars 1/2 par jour, et jusqu’à 5 en hiver, au moment du coup de feu. Le tueur, un grand garçon aux muscles solides, ne reçoit que 2 dollars 1/2; mais on me fait remarquer que sa besogne n’exige pas un déploicment particulier d'intelligence. En sortant de cette géhenne porcine, nous apercevons de jolies fillettes pieds nus, qui portent toutes sortes de débris saignants dans leurs paniers. Ce sont des restes dont on fait cadeau aux ouvriers par-dessus le marché, Voilà ce que c'est que le Pork Packing.

Il ne me reste plus graid’ehose à voir à Chicago. J'achète, au premier office venu, un ticket pour

n EL \

np Es ppp + +

ee

LT

SL

Page 1