‹ Lettres sur les Etats-Unis et le Canada [microforme]Chapitre 70 sur 81 · ADA · texte numérisé non relu

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\NVI CHICAGO

New-York, le 22 septembre 1876.

De Saint-Louis à Chicago, le paysage change. Aux collines ondulées du Missouri succèdent les plaines à perte de vue de l'Illinois. Les arbres deviesnent plus rares ; on n’aperçoit que des champs de mais ou des prés dans lesquels paissent tranquillement force bœufs et pores, en attendant que Île chemin de fer les transporte aux Stock Yards ou dans les funèbres Pork Packings de Chicago. Le pays est riche et tout rempli de colons canadiens, belges, luxembourgeois, suédois, que n’effraie pas ce climat passablement rigoureux dans les mois d'hiver. Nous traversons une douzaine de villes encore à l'état d’embryons. On a tracé, perpendiculairement à la ligne du chemin de fer, une douzaine de larges ave-

208 LETTRES SUR LES ÉTATS-UNIS nues, en les coupant régulièrement, de distance en distance, par des rues transversales, La place est faite pour un demi-million d'habitants, et davantage ; les spéculateurs en terrains ne comptent pas sur moins. Naturellement, on n’a rien pavé. Seulement, dans les avenues où il y a des maisons, on à établi des trottoirs en planches, avec des passerelles aux encoignures. Une église, un magasin d’épiceries, un bar, quelquefois un doctor et un droguiste, un hanwar en planches sur lequel flotte le drapeau étoilé de l’Union, avec cette enseigne : « Quartiers généaux de Hayes et Wheeler », ou « de Tilden et Hendricks », selon que les républicains ou les démocrates sont en force dans le canton, voilà le noyau de la ville nouvelle. Parfois l'endroit est judicicusement choisi, et comme nous le verrons tout à l’heure à Chicago, le demi-million d'hommes répond à l’appel des spéculateurs. Mais plus souvent, comme à Cairo, la spéculation avorte, et l’on atteint tout au plus 10 ou 15,000 âmes. Il arrive mème que la tentative échoue tout à fait et que l’épicier, le bar keeper, le droguiste, le docteur et le clergyman, fatigués d'attendre une clientèle qui ne vient pas, transportent leurs pénates ailleurs. On sème de nouveau du maïs où les maisons ont refusé de pousser, et la spéculation en terrains à bâtir s’en va chercher à son tour un emplacement plus favorable.

En aucun lieu du monde elle n’a mieux réussi qu’à Chicago. En 1840, Chicago n'avait que 4,855 ha-

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ET LE CANADA, 290 bitants, et la valeur de la propriété assise ou personnelle de cette petite agylomération était de 944,570 dollars seulement ; sa population s'élève aujourd'hui à 450,000 àmes, et la valeur de la propriété soumise à la taxe de 1 8/10 0,0 sur le capipital dépasse 300 millions de dollars. Cet énorme et rapide développement est dû principalement à trois branches de commerce : le grain, le bétail, et en particulier l'espèce porcine, et le bois. 72 millions de boisseaux de céréales ont été emmagasinés en 1875 dans ses 14 elevalors ; une armée de 920,845 têtes de bétail et de 3,912,110 pores à campé, pendant la même année, dans ses Stock Yards. De là, le gros bétail est expédié vivant, pour la plus grande parte, sur les marchés de l'Est, tandis qu'un contingent chaque année plus considérable de l'espèce porcine ne s’en va qu’en barils. 11 y a une vingtaine d'années, c'était Cincinnati qui était la plus grande manufacture de viande de porc de l'Union, d’où lui était venu le surnom caractéristique de Porcopolis ; mais ce surnom, si on le lui donne encore aujourd'hui, c’est par pure politesse. Tandis que Cincinnati n'a préparé dans la campagne de 1874-75 que 960,164 pores, Chicago est arrivé à un chiffre triple de celui-là : 1,690,348. La vraie Porcopolis c’est Chicago.

Un sait que cette jeune ct grandissante capitale de l’Ouest a été presque entièrement détruite par un incendie il ÿ a cinq ans. Dans la nuit du 8 au 9 oc-

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