LES JÉSUITES EN PKAKCB
La voix des siècles contre les jésuites ! J'ai dit que la Sorbonne, que l'archevêque de Paris, que l'université, que les curés, s'étaient accordés pour repousser les jésuites, quand ils voulurent s'établir en France. Prévention injuste, dîrat-on. Il faut voir. Les Lettres patentes de Henri II, de 1550, leur perinirent*de bâtir un collège dans la ville de Paris seulement, et non en autres villes. Quand ils furent expulsés, iU avaient 81 collèges; ainsi quatre-vingts établissements créés contre la volonté du roi, qui avait bien voulu les recevoir. Cela prouve pour eux, direz-vous, et pour l'excellence de leur enseignement. Les faits répondront. Ils s'établirent partout à force d'intrigues, de mensonges et de supercheries. A Paris, ils renièrent leur nom, et se dirent tels quels, A Caen, les habitants s'opposèrent formellement à ce que les révérends pères y fussent reçus ; les jésuites avaient néanmoins
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fait accroire à Henri IV qu'on les suppliait d'y venir pour l'instruction de la jeunesse, en V honneur de Dieu, lis men^ taient donc pour Vhonneur de Dieu. Ce qui ne les empêcha point de l'emporter (1). ATroyes, tous les ordres, y compris le clergé, repoussèrent les révérends des pieds et des mains. Il fallut des ordres réitérés pour les faire déguerpir (2). Ils ne manquaient jamais, pour obtenir des Lettres patentes du roi, de lui exposer comme quoi telle yille les demandait à cor et à cri; mensonge, mais le mensonge ^ pour la plus grande gloire de Dieu, est une vertu, d'après le catéchisme des jésuites; c'est ce qu'ils firent à Clermont, sous le règne de Louis XIV. Ce qu'il y a de plus curieux, c'est que, d'après leurs constitutions, ils ne peuvent pas même demander à être reçus dans une ville. Les constitutions spnt faites pour attirer et duperies niais. Quant aux jésuites, ils s'en moquent. « Non seulement, dit le célèbre jurisconsulte, n Domai, ils demandent et insistent d'entrer dans Cler- « mont, mais ils y entrent par force, et s*opiniâtreni à y » demeurer, quoiqu'on persévère à leur dire qu'on ne les veut ' pas. Ainsi des religieux qui font profession d'enseigner « la piété et les bonnes mœurs commencent par donner • l'exemple de violer en un jour ^ ordonnances, édits^ traitas, « voBîtx, statuts, parole. «
Voilà V excellence des jésuites, d'après la vraie yérité. Des maîtres qui ne parviennent à s'établir qu'en mentant au roi, qu'en violant leurs vœux et leurs constitutions, ne peuvent être que d'excellents professeurs de morale; ils ont la meil-
(1) Dénonciation faite à nos seignears du parlement de Normandie, i^ag. SS^ss. <2) Mercure Jésuite, t, I, pag. 238-240.
leure méthode d'enseigner, c'est de prêcher d'exemple. Et la doctrine donc ! Je cite mes autorités. Etienne Fasguier disait, à la fin du seizième siècle : ' Qu'il importait à la " France que ses enfants ne fussent point nourris chez les » jésuites. Car, dit-il, ils leur enseignent toutes proposi- « tions contraires à la religion et à l'Etat; ils en font une « pépinière pour être ennemis du roi, quand l'occasion » s'en présentera (1). « En 1614, l'université de Paris tient le même langage : * Ceux qui étudient les bel les- lettres, n dit-elle, sont destinés à administrer les grandes charges et >^ dignités de l'Etat, où ils forment la partie la plus consi- 1 dérablé, la plus influente de la nation, soit au sein de la » noblesse, soit au sein du tiers- état. Ne convient-il pas » qu'ils soient institués, dès leur première jeunesse, élevés et « nourris en l'obéissance, crainte et respect dû à Sa Majesté? u Or, est-ce chez les jésuites que les enfants apprendront ce * qu'ils doivent à leur roi et à leur patrie, alors que les 1 maîtres ont leur patrie à Eome? »... « Qu'on laisse l'inif stitution de ceux qui se destinent à l'Etat religieux, au » clergé ségulier, rien de plus logique, mais conçoit-on que n pour rendre la jeunesse capable de manier les affaires " publiques, on les confie à des maîtres qui sont hors de la 1 vie publique (2) ? «
La voix des sages retentit dans le désert : ce fut la bêtise humaine qui l'emporta. Toutefois la haiae contre la compagnie alla en s' accumulant. Elle éclata au dixhuitième siècle. Parmi les crimes qu'on lui imputa, se
(1) Voyez mon Etude sur l'Église ei VEtat. f partie.
(2) Mercure Jésuite, l. I, pag. 677-679.
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trouve en première ligne l'accusation d'avoir faussé Téducation. La Chahtais, s'adressant aii roi dans son célèbre compte rendu , s'écrie : » Laisserez-vous à notçe nation, » pour maîtres et pour précepteurs, des hommes qui ont « des principes et des intérêts différents des vôtres et » de ceux de votre nation, des hommes qui par état n& y peuvent vous faire serment de fidélité? Comment élèveff ront-ils la jeunesse dans l'obéissance qui vous est di^e, « tant qu'ils pensent que vous devez vous-même, dans le » temporel, l'obéissance à un autre?
MoncUr s'exprime avec la même énergie : » Les lois na- « tionales nous avaient donné les universités pour l'instruc-
• tion de la jeunesse. H rCy a qiie des traîtres A leur a ROI qui puissent regarder comme suspect renseignement
• qui est celui de VÉtat et qui est sous les yeux des magis- H trats, et commue uniquement désirable celui qui dépendd'un Il religieux ultramontain. « Les amis des jésuites exaltaient les services rendus à l'instruction. Écoutons Monclar : • De bonne foi, n'est-ce pas une espèce de délire, n d'oser vanter ici Futilité des jésuites pour les études? Il » y a cent quarante ans qu'ils occupent le collège d'Aix : « jetez les yeux sur l'état déplorable des lettres dans ce 1 pays. Les jésuites ne font pas les savants, ils les redoutent, u ils les persécutent. Ils ont ailleurs quelques collèges n plus célèbres : qu'est-ce que la jeunesse en rapporte, « après avoir perdu tout le temps précieux de l'jenfance ? tf Quelques talents frivoles y une vanité décidée ^ une connais- » sance superficielle des auteurs profanes, quelques pratiques « de dévotion extérieure qui sont bientôt négligées , une
• ignorance profonde de la religion , et un vide affreux
• de ces principes solides qui préparent le citoyen et le chri^ M tien (1). •
La compagnie de Jésus, supprimée dans tous les £tats cathob'ques, fut abolie par le pape lui-même. Comme chrétiens, comme catholiques, comme jésuites, les révérends devaient obéissance aux princes et au souverain pontife. J'ai dit coinment ils obéirent, en insultant et en calomniant les rois et le pape. Le cardinal de Bernis écrit en 1774 : • Le ' saint-père pense que la désobéissance formelle du « PLUS o^h.'ST) ^owh'BLE de jésuites sécularisés démontre tous » les jours davantage la justice et la nécessité de la suppres^ a sion d*une compagnie si peu soumise à V autorité du chef de
• r Église (2). ' Et cependant cette compagnie faisait un vœu spécial d'obéissance au pape!
Comment se fait-il que les jésuites furent soufferts aussi longtemps? Un avocat général au Parlement de Paris répondra pour nous : « C'est parce qu'ils ont ébloui le monde par le lustre de leur hypocrisie (3). • Pourquoi le pape rétablit-il un ordre d'hypocrites? Pourquoi les £tats qui les avaient expulsés les reçurent-ils? Parce que depuis la réaction de 1815, l'hypocrisie est à l'ordre du jour. Ce que l'on appelle réaction religieuse, est trop souvent une apparence, un semblant de religion. Si elle était réelle, si elle pénétrait dans les entrailles de la société, on ne verrait pas Tégoïsme régnant sur le monde, on ne verrait pas la rage des jouissances matérielles envahir toutes les classes. A un semblant de religion, il fallait aussi un organe, des repré-
(1) JUonclar, Plaidoyer, pag. i4i-i45.
(2) Theiner, Hislorire de Clément XIV, t. II, pag. 498.
(3) Mercure Jésuite, 1. 1, pag. 563.
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sentants, des chefs qui fussent en harmonie avec l'hypocrisie universelle. C'est dire que les jésuites, docteurs de mensonges, maîtres en pharisaïsme devaient prendre la direction du monde,
Fais-je injure aux jésuites, en supposant qu'ils sont restés ce qu'ils étaient? Je leur ferais plutôt injure en suppo« sant qu'ils ont changé. Ils sont toujours les pharisiens du monde catholique ; et, chose triste à dire, c'est leur pharisaïsme qui fait leur force. Notre société est hypocrite jusqu'au bout des ongles. Voilà pourquoi les jésuites y sont les bienvenus. Est-ce que je calomnie par hasard les pères, qui n'étant pas catholiques eux-mêmes, n'ayant pas la foi, mettent leurs enfants chez les jésuitesses ; est-ce que je les calomnie, dis-je, en les appelant des hypocrites? Est-ce que je calomnie ceux qui, n'étant pas plus catholiques que moi, et ayant infiniment moins de religion, sont néanmoins dans les rangs du parti catholique, que dis-je? en sont les chefs, est-ce que je les calomnie en les appelant hypocrites? Et les catholiques qui affichent le libéralisme, ne sont-ils pas des hypocrites? Hypocrisie partout I
L'hypocrisie est la lèpre de notre société, elle la rongera et la réduira en pourriture, s'il ne se fait point une violente réaction contre le pharisaïsme et ses docteurs. La réaction est déjà commencée. Elle poursuivra son cours. Les jésuites y périront. Malheur à l'Eglise, si elle identifie sa cause avec celle de la compagnie de Jésus ! Malheur aux gouvernements qui se font complices du jésuitisme! La révolution qui se prépare les balaiera, avec les immondices jésuitiques qui infectent l'air et qui compromettent la santé morale de l'humanité. Dans leur stupide aveuglement, les catholiques
poussent à la révolution. Les imprudents! La révolution se fera, mais elle se fera contre vous 1 II n*y a qu'un seul moyen de la prévenir, c'est de répudier les hommes et les doctrines du moyen âge, et de se rallier franchement et loyalement autour du drapeau de la liberté.