DES LETTRES SUR ROUSSEAU
Le premier ouvrage connu de madame de Staël a été l’expression de son enthousiasme pour celui de nôs grands écrivains nvec .lequel elle devait avoir le plus de rapport.
C’est ün beau début pour le talent que l’examen d*un sublime génie." Madame de Staël, élevant uninonurnentàla gloire de J.-J. Rousseau , put déjà faire prévoir quel serait son 'talent, si l’on peut jamais prévoir ce qui doit étonner.
Nous n’examinerons pas ces cinq lettres en
ü LETTRES SlfR LES OUVRAGES
detail. Nous ne dirons, pas les endroits où il nous semble qu’elle a trop- ou pas assez loué ; nous ne ferons point remarquer la justesse de certains aperçus , et la profondeur et la force naissantes de ses pensées. Nqus jetterons sur ces lettres un coup d’œil général.
Madame de Staël s’élève en parlant de l’auteur qui à fc mieux su toucher son cœur, ébranler son âme , de celui avec lequel elle s’est trouvée avoir lé. plus de sympathie.
On ne l’accusera pas d’exagération. Elle se contient dans son admiration; elle veut être
sage dans son enchantement. Quoiqu’elle avoue que plusieurs des idées de Rousseau sont fausses, elle le reconnaît , à tout prendre, l'homme de la nature et de la vérité. Elle a dit beaucoup sur lui-, il ne. nous semble pas cependant qu’elle ait tout dit. En examinant ses plus forts écrits, elle n’a point parlé d’.un des grands effets qu’ils produisent. Elle a loué l’Emile , mais elle n’a pas fait l’observation que çet- ouvrage révèle, pour * ainsi dire, les, droits de l’homme. On se sent
fier et libre après l’avoir lu; il donné le sentiment de la grandeur et 4e .1? dignité humaines; c’cSt une école de liberté autant que
de morale.
. ■ • • Remontant toujours aux sources des idées de
l’homme ; pour trouver la vérité. dans sa pureté
première, Rousseau a ramèné l’humanité à la liberté naturelle comme aux' sentiments primitifs. Donnant toujours les théories abstraites, • travaillant d’une manière spéculative , il a fait le Discours sur l’inégalité des, conditions, il a Fait le Contrat social; génie universel et profond, il a jeté les bases immuables, il a révélé: les principes éternels, laissant à d’autres le soin de construire sur ces bases et de faire Application de c’es principes. Il vous fait l’homme de ^indépendance en vous faisant l’homme' d,e la nature.- Et en effet l’espèce humaine, %lan's son innocence, est a la’ fois libre et sensible. La perfection de la société , c’est d’avoir-Consacré ces vertus de fierté et de sentiment que la nature indique. Dans ses progrès elle s’écarte quelquc-