‹ Lettres sur les ouvrages de madame de StaëlChapitre 28 sur 28 · LETTRES SUE LES OUVRAGES · texte numérisé non relu

LETTRES SUE LES OUVRAGES

chercher et admirer le ■génie se" montre dans tous ses ouvrages ; car nous ne saurions trop

• répéter qu’eife est partout là même : il semble 1 que l’expérience n’a fait qufe confirmer et étendre les idées dé sa jètmesse. •

Dès sa. jeuriessé elle a soutenu ce qu’fellc a redit partout, qne lé génie de l’homme doit s’aider à la fois, de la raison, de l’imagina- * • lion., e't du sentûfientv sans rejeter jamais aucun de ces moyens de connaissance. Si glle a tant

• vànté la puissance de ces trqis facultés réunies, je crois que c’est qu’elle les possédait toutes également. Les hommes vantent en général les moyens qu’ils se sentent, car ils éproùvent surtout l’utilité -ou le «charme de ceux-là. Elle est peut-être entre nos grands écrivains

çelui.qui a réuni ensemble le plus tle grandes facultés dans une juste proportion et on peut

lui appliquer ce qu’elle disait.de- la philosophie • ■ française, en la comparant a la philosophie anglaise ; m La philo^pphie française tient davantage au sentiment età l’imagination, sans

DE madame de sTafx- . . I 3.9 avoir pour cela moins de profondeur,' car cés, deux facilités de l'homme, lorsqu’elles sont ■dirigées par la raison , éclairent sa marche \ et l’aident à pénétrer plus avant dans la confnaissance du cœur-humain. » Aussi nous dirions, si nous l'osions , ■qu’elje nous semble un des auteurs qui ont le mieux Compris la nattjré humaine, qui sont le' mieux entrésdans ses secrets, dans ses faiblesses r dans scs souffrances, qui ont * suie mieux descendre et s’élever jqsqu x à elle pour partager ses;différenles émotions. 11 fallait avoir beaucoup- compris et beaucoup senti pour pouvoir ainsi sentir pour les autres. Sans être au-dessus de toutes , sa supériorité était , pqur ainsi dire, la plus complète, çt c’est sans doute ce qui donne à sa morale cet acCent touchant'

et persuasif qui ‘lui soumet tout cœur qui sait • •

l'entendre. •

Par la même raison .qu’elle n’ écoutait que son sentiment , nous n’àp|)ellerons point son langage du style. De nos jours , quelques hommes et quelques femmes ont eu un style beau*,

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élégant' ou soigné; on sent le travail, on peut l’admircé. Chez madame de Staël, c’est de l’âme, c’est de ia vérité, c’est dé la pensée, de l’émotion. Ce tout ensemble forme son géqic , sa puissartce. C’est tout l’homme à un degté plus haut et f>îus profond dans la vie que toute l’espèce humaine. - " ' '

La carrière ni lès écrits ne sont indépendants des circonstances, pas plùs qu’ils ne sont entiè- -rement produits par elles. C’est en vain que l’homme voudrait être son propre . ouvrage , pouvoir à lui seul se donner toutes’ les connaissances ; à fout moment-il se sent entraîné , mer- ' difié, éclairé par les accidents de la vie. Sans savoir les raisons qui ont déterminé madame de Staël dans lé choix des sujets qu’elle a traités, on peut Observer combien ces choix sont en rapport avec son caractère, ou avec les. circonstances où èlle à’eft trouvée. . ' •

Sans parler de quelques écrits qui lui furent inspirés à différentes époques , noûs avons vu «lue Son premier ouvrage fut l’expression d’un

enthousiasme qui depuis prit tant de force et dé raison. L’analyse des passions, l’observation de scs propres sentiments les chagrins , la douleur , lui inspirèrent le second. Ce n’est pas encore l’exposition dos sentiméntsjde l'ame en opposition avec les iois.de la Société'; ce sont plutôt les malheurs attachés ayx senti rpçnts mêmes. Dans l’ ouvrage sur la littérature , èlle arrive à des considérations générales d’un autre ordre , et telles que 'devait bientôt les aborder un esprit penseur. Cet-. ouvrage respire la l U p~ ralité la pluà haute, mais c est la moralité des nations , la moralité .des hommes ; et l’on peut avoir bien compris celle -lâ avant de s’être fortement attaché à- cette- moralité particulière qui fait la base des deux romans qui se succédèrent • après lâ lîttélrature. Ici ce sont les passions aux prises avec la société ; madame de jSjael est tout entière dans, -ces deux ouvrages, puisqu'elle y .présente à la fois de,s sentiments naturels et les circonstances sociales. - r; * ,

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'■ Nous a^ons dit comment l'Allemagne fut le fruit de l*e.xil , et l’occasion d’une grande jndé*pendânce et d’un grand essor de la pensée. Enfin* les derniers ouvrages de madame de Staël furent plus que tous autres sous l’empire des passions personnelles' produites par les circonstances de sa vie. -é • ‘ ",

Hélas f. les objets d’affection périssent, mille événements vous en séparent; mais ces ouvrages immortels, appuis et consolateurs dra* M vie , viennent dans toutes les circonstances , dans tous les lieux du monde ,• vous apporter leurs bienfaits; et, rencontrant des sentiments sympathiques , vous pouvez sortir de cette vie réelle à laquelle la nécessité oblige , . mais qui paraît toujours si aride, si- monotone , et parfois' si donloti- • reuse. ’ ' .

Telles fupentles productions de cette femme, laipremièrq de sbtrséxe par l’âme, le génie , la pensée., et supérieure à tant d’auteurs de ce sexe fort admirable par les grands esprits

DE MADAME . DE STAËL, 'l* . l/£5

qu’il a montrés, mais qui se vante beaucoup trop individuellement. v ' * ,

La réputation de madame de Staël grandira chaque jour j et le temps, qui ne consacre que les généralités , qui ne juge que lés> choses en

masse, conservera un souvenir glorieux d’une

personne en qui le bien , ,1a grandeur l’emporta tellement sur les imperfections humaines ; et la postérité la justifiant ,, comme JTdrç-® tesquieu se plaisait dans son enthousiasme à

justifier le plus généreux des grands hommes , dira que toute cetté 'supériorité d’esprit,* toute cette profondeur de pensée, toute cette force de jugement , ne donnant ni plus de courage à son caractère, ni plus de calme à son imagination , ni plus de fermeté à sa douleur , elle joignit, de grandes facultés de souffrance à des facultés extraordinaires de

sorte que la pitié pour elle , se joignant à l’admiration, en fit^de l’attachement ; de sorte que ses faiblesses s’ennoblissant par son génie , on l’aima de toute son âme , en la regardant comme

; rf|4 SDRtÆS OUVRAGES DE MAD. DE STAËL.

*.une • merveille ; de sorte que l’enthousiasme ,* qu’elle inspira fut un culte rempli d’amour, de tendresse, et d’un trop impuissant dév'ode-

ment. .

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