DE LA MASS& DES EAUX
pour y former Tocéau tel qae nous le vayona main^ tenant.
La difficulté n^est pas de répondre à ceux qui don^ leraient que la rupture d'une seule digue eût pu oc* casioner des effets aussi importans que paraissent ravoir été les déluges successifs ; car , outre qu'on peut supposer les laos supérieurs aussi immenses, qu'on voudra , on pourrait toujours imaginer qae rirmption de nouvelles eaux déterminera la rup« ture d'une digue inférieure , et ainsi de suite , de manière à avoir la quantité d'eau nécessaire pour les effets prouvés.
Mais il n'est pas aussi facile , dans ces idées , de rendre raison du très-long séjour que les eaux ont certainement fait, à différentes reprises , sur toutes les parties du globe, et qu'il est impossible d^cxpli* quer par nn simple passage des eaux des lacs supérieurs , quelque lent qu'on le suppose.
Les eaux douces, beaucoup moindres par leur volume que les eaux salées , exercent pourtant sur le globe une influence sensible. Les particules étrangères que les fleuves cbarrient, se déposant peu-àpeu sur leur fond^ l'exhaussent assez promptement; et, si on n'a pas soin de les contenir par des dignes, ils débordent bientôt sur les pays voisins, et finissent par changer entièrement de lit : c'est ce qui serait arrivé depuis long-temps pour le Pô , par exemple , si on n'avait pas pris les précautions nécessaires pour lé retenir toujours dans le même lit.
M. Prony , chargé par le gouvernement d'examiner les moyens à opposer aux dévastations que pour^
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imbnt causer leftcnies de ce fleim, a reeonaa qtie^ depuis Fépoqpie où on Ta enfermé de dignes, il « tellement élevé son fond, quels sorfiiee de sesenas est maintenant plus haute que les toits des maisons de Ferrare. Grâces à ces atterrissemens , le rivage a gagné, à son embouchure, plus de 6,600 toises depuis Tannée 1,604 ; ce qui fait 150, 180, et, en q[aelqats endroits, 200 pieds par an.
11 en est de même , comme nous Tarons yn , pour tous les fleuves ; tous , à leur embouchure , déposent sur le rivage une si grande quantité des troubles qu'ils charrient , que bicnt<ît le terrain se trouvant considérablement élevé, la mer ne peut plus le couvrir.
Si Tindustrie des hommes ne s^opposait pas à la. marche des choses, les terrains d^alluvion (c*est ainsi qu^on appelle ceux qui . sont déposés par le cours des fleuves ) se formeraient sur une beaucoup plus grande étendue ; car aussitôt que le fond d'un fleuve serait assez élevé pour porter ses eaux audessus des terrains environnans, les eaux s^y répan« draient, et il se formerait une nonydle couche, qui B^aceumulendt jusqu*à ce que son élévation détermipât encore un nouveau changement de lit Mais quand, pour prévenir les ravages que causent les débordemens , on leur oppose des digues qui fixent le cours du fleuve, la couche devient de plus en plus épaisse, et on en vient à avoir des fleuves suspendus assez hautau-dessus des terrains qui les environnent* CTest ainsi qu'en ItaKe TÀdige menace, comme le Pd, de se répandre sur les pays voisins, et qu'Ufau*
dm oéoemirement lui oayrir nn noureau Ut dans les partie* basiea sur lesquelles elle a déjà oonlé autrefois.
Le Hhin et la Meuse menacent de même les piu^ riches cantons de la Hollande.
Les atterrissemens, le long des c^tes de la mer du Noidy se farinent avec la même rapidité dans le pays deGroDmgoe. On sait positivement qu'en 1570 des digues forent construites devant la yille , et que , 100 ans après , ou avait déjà gagné trois quarts de lieue en dehors de ces travaux. Les villes de Rosette et de Damiette, bâties au bord de la mer, il y a moins de mille ans, eu sont maintenant à plus d'une lieue.
La marcbe des atterrissemens , et le plus ou moins
de rapidité avec laquelle se déposent les terrains d'alluvion, sont très-importantes à noter, car elles fournissent des données précieuses pour calculer, d'une manière approximative , Tépoque à laquelle peut remonter Tordre actuel des choses. Of , il est très^remarquable que tous les phénomènes natureb» d*accord ayeo les traditions historiques et religieuses , se réunissent pour prouver qu'il ne peut eiis* ter depuis plus de 5 ou 6 raille ans. Relativement aux fleuves dont je viens de vous parler, par exemple, il est constant que, d'après les données obtenues « il a £sllu aêses peu de temps au Fô et à F Adige pour former les terrains d'allurion qui les entourent
Les lacs d*eau douce nous présentent les mêmes phénomènes d'élévation de leur fond , et conduisent à la même conséquence > car on en voit qui reçoi-
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veut des cours ïTeau ijni.ue peuvent man<][uer d^exer-cer une influence assez forte sur Félévation de leur fond , et qui seraient certainement comblés si la dernière révolution qui a déterminé la forme actuelle de nos coutineus remontait à une époque plus reculée.
Toutes les hautes montagnes ont leur sommet couvert de glaces éternelles , qui proviennent de la fonte des neiges. Ces amas, connus sous le nom de
glaciers, s^étendent plus ou moins vers la base de la montagne ; et leur propre poids les faisant descendre au-dessous de leur niveau naturel , elles sont fondues par l'action de la température plus élevée qui règne vers le pied de la montagne. L^eau, en fondant, abandonne les parties terreuses qu^elle rete-* nait , et en forme les dépôts qu^on désigne sous le ' nom de murèmes.
La fondation des murèmes dépendant de causes périodique > et à peu près constantes, il n'est pas très-difiiçile d'évaluer quel temps a dû être nécessaire pour leur donner le volume qu^on leur con- ' nait; et, comme elles datent certainement du com* mencement de Tordre actuel , elles fournissent un nouveau moyen d'arriver à une connaissance approximative du temps qui s'est écoulé depuis le dernier cataclysme.
Cette évaluation conduit encore au même résultat, et nous donne 5 à6 miUs^ans tout' au plus pour Tâgc de notre monde. Les glaciers , dans certains lieux , sembleraient même ne demander qu'un temps beaucoup moins considérable; mais cela tient à des
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circonstances locales, telles que Fezistencc de cours d^eaux qui , tombant des montagnes , layent les mn-
• rèmes et entraînent au loin leurs débris.
Ce serait peut-être ici le lieu de vous parler des glaces perpétuelles qui couvrent le sommet de toutes les hautes montagnes , et de celles qui, probablement depuis le commencement de Tordre actuel des choses, entourent les deux pôles dans une étendue égale au moins au dixième de la surfaee du globe terrestre; mais, comme je me propose de m'étendre un peu sur ce sujet dans ma prochaine lettre , je me contenterai de noter qu'elles n'offrent rien qui ne s^accordc avec Fopinion qui ne donne pas an monde plua de cinq ou six mille ans.
Les calculs qu'on peut faire sur les dunes conduisent au même laps de temps. On sait en effet de combien (terme moyen) elles s'avancent par siècle et même par année. On sait que , du côté de Bordeaux , leur marche est de 60 à 70 pieds par an , et que , si on ne leur opposait aucun obstadie , il ne leur Êindrait que 2,000 ans pour arriver à cette ville; d'après leur étendue actuelle , il doit y en avoir un peu plus de 4,000 qu'elles ont commencé à se former.
Ce qu'il y a de phis curieux, c'est que les traditions historiques de tous les peuples s'accordent d'une manière singulièrement frappante avec ce résultat constant. La Genèse est certainement Fun des plus anciens livres qui existent, et on ne peut guère* lui refuser 3,300 ans d'antiquité: Moïse , son auteur, vécut long-temps avec son peuple en Egypte , c'està-dire , chez une des nations les plus anciennement
^26Ç tsms xviu.
çivilisées , et il ne Ikit pad remonter le déluge k pht» de 15 ou 1,800 ans aTantrépoqueoûil écrit. Or, «m ne doit pas supposer qu'il ait , èontre la propension orw dînaire , cherché à rajeunir Tespèce humaine; la vanité de son peuple , qui connaissait les traditions . égyptiennes , se serait déclarée contre l«i.
Bérose» qui écrivait à Babylone au tempe d^A<lexandre , parla du déluge comme Moïse , et il le ]dace immédiatement ayant Bélus , père de Ninus.
Les Védas, ou livres sacrés des Indiens, ont été composés à peu près dans le même temps que la Genèse (1,500 ans avant Jésus-Christ) , et ils font aussi remonter la révolution dont ils parlent à 1,500 ans»
Les Guèbres parlent du même désastre comme ayant eu lieu à la même époque.
LaXhine nous foumit, sur le déluge , des documens plus positifs encore ; car Confucius ( qui vi* vait près de 2,000 ans avant Jésus-Christ) commence rhistoire de ce pays par un empereur nommé lao , qu^il représente comme occupé à fiiire écouler les eaux qui , s^étant élevées juipt'au ciel , haigfudemi mteôre le pied dès phu hauUê montagnes, otmoniênê Us eoUines moins élevées, ei rendmiên$ les plownse impraticables (1).
La seule science qu^on a prétendu fournir des xen^eignemens contraires à ceux dont nous venons de parler, est Fastronomie; elle nous apprend en effet qu'il y a près de 8,000 ans, les Chaldéens et lea
( l) Les détails précédens sont puises dans radmirable Discours sur les ré¥olutioiis du globe , par G. Guvier.
IndieiiB ayaienfr la coonamance àt la longueur de raniiée , ainsi c[ae des jnonycmenB relatifs'de la lune et du soleil. Mais qu'y a<*t-il dans ces connaûsancet
tjui contredise ropinion de la nouveauté de Tordre actuel? Qu'on considère les progrès immenses qne l'astronomie a faits en quelques siècles , depuis Co-> pemic, et on ne sera plus étonné que le temps pendant le^el ils ont pu trarailler ait suffi pour don-» ner ^pielques connaissances élémentaires d^astrono-^ mie à des hommes si favorisés dans Fétude de cette science, par leur genre de vie et la pureté du ciel sous lequel ils vivaient. Au surplus , quand il serait démontré que laslronomie avait , à cette époque reculée , &it des progrès qui demandaient plus de 2|009 ans d'observations suivies, en pourraU-on conclure autre chose, si ce nVst que le peu d^hommes échappés à la destruction générale avaient conservé les connaissances astronomiques acquises avant le déluge , et les avaient transmises à leurs descendans ? C'est ce que suppose dans son histoire de l'as-r tronomie le célèbre Bailly, qui explique très^bien par cette hypothèse Pidentîté des noms donnés aux douce signes du zodiaque par des peuples entre lesquels on ne peut guère supposer que des communications antérieures à la dernière grande catastrophe.
La même hypothèse rend aussi raison de l'état de Tastronomie chez les anciens, qui paraissent avoir possédé plutôt les débris de cette science qne ses élémens, puisqu*on trouve dans Tbistoire de leurs connaissances, conjointement avee les notions qui demandent les recherches les plus profondes ,
Digitizad
268 Lfitras xyiu.
Ytne ignorance des laits les plas simples , qu^on ne pourrait supposer chez un peuple qui aurait eu la gloire d^être Finventeur de la Sjoience.
Toutes les eaux des pluies ne sont pas destinées à couler à la surface de la terre ; une partie pénètre dans la croûte minérale, et forme les eaux de sources, qoi en sortent ensuite à des températures variables. Ces cours d*éau intérieurs agissent mécaniquement , en déplaçant certaines parties des couches les plus meubles ; ils jouent aussi un rôle dans les phénomènes volcaniques, quoique ce rôle soit, comme * nous l'avons vu précédemment , beaucoup moins important qu'on ne le suppose d'ordinaire, puisqu'ils ne serrent qn^à fournir, par la décomposition de leurs principes, les parties gazeuses qui sortent du cratère.
Quelques sources rencontrent, dans la terre, des dépôts salins , et se chargent de leurs principes, qu^ils rapportent à la surface. Ds lavent donc peu-à-peu ces dépôts ; aussi les sources d'eau salée sont-elles sujettes à s'altérer, et yoit-on .souvent leur degré de salure diminuer graduellement.
Quand les eaux pénètrent très-profbndément dans la croûte minérale , elles contractent la température élevée qui règne dans les profondeurs de la terre , et plusieurs sources s'échauffent assez pour conserver , même en sortant à la surface du sol, une température voisine de l'eau bouillante ; on' en ren* contre plnsienrs en Irlande qui sont dans ce cas. Telle est Forigine des eaux thermales , qu'on remarque le plus ordinairement dans les pays volcaniques , mais qui se rencontrent pourtant quelque
Digiti^ca by te
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fois bien loin des volcans brûlans. Pre8q[ue toujours leseausqui descendent assez bas pour devenir thermales rencontrent différentes matières > sulfureuses ou autres, dont elles se chargent, et deviennent
ainsi minérales.
Ce qui prouve combien les eaux thermales pénètrent profondément , c^est le peu d^influence qu^ont sur leur écoulement les plus grandes sécheresses. eUes continuent de couler dans des cas où toutes les sources ordinaires sont taries.
Presque toutes les sources sortent de la terre à une température supérieure à celle du climat dans lequel on les rencontre, parce que presque toutes proviennent de cours d'eau qui pénètrent plus ou moins profondément dans les terres. Quanta celles qui descendent des montagnes, eUes sont, au contraire, plus froides, à cause qu'elles conservent toujours un peu de la température des lieux d*oti elles viennent.
n n'entre pas dans mon sujet de vous parler en détail des sources ou amas d'eau souterrains plus ou moins singuliers pour la température ou toute autre circonstance ^ je me contenterai de vous dire , relativement aux glacières naturelles qui se rencontrent dans quelques cavernes , qu'elles sont ordinairement produites par Tezistence de dépôts de sels , au travers desquels Fcau qui tombe dans ces cavernes est obligée de passer , et qui la refroidissent jusqu'à la température de la glace (1).
Les eaux des pluies .sont presque les seules qui ■
(1) Si on mêle ensemble du* sel et de la nei^Oi on obtient
270 LETTBB XTtn.
« «otteotiftHt à là formatioii des «ourees; car celles de Focéiii et des grands kcs ne pénètrent gaè^ dans l^tériear des terres, le fond des mers ne
pouTant pas offrir les fentes et les crevasses qui se trouvent sur le sol des continens , et qui , si elles ont existé primitivement , n'ont pu manquer d^étre bientdt comblées par les troubles qui se déposent dans les eaux , et q[iik ont comme Inté leur fond. Aussi font ce qu'on a dit des ^filtrations à de très-grandes distances est-il purement bypofhéttcpie , et inventé par les auteurs de systèmes pour soutenir leurs idées.
Il existe dans le comté de CornouaîJle , paroisse . ^aint-Just , une mine de cuivre dont les travaux ont été poussés jnscpi^à 600 pieds sons la mer. Les ouvriers n'étaient, à cette distance , séparés des flots que par une épaisseur dkine trentaine de pieds. Lors* ^e la mer était agitée , eUe produisait dans ces souterrains un tel bruit et un tel ébranlement, que les ouvriers, se croyant quelquefois menacés d'être ' submergés, cherchaient leur salut dans la fuite, liais ce qu'il y a de remarquable dans ces travaux soas-marms , c^est qa^on y est très^pen incommodé par les eaux : le pen qu^ y en a est génétalemeut salé , ou au moins un peu saumâtre.
On a lieu de faire la même remarque relativement à toutes les autres mines dont les travaux ont été ainsi poussés jusque sous la mer.
ime f eanpénitiirp csjpaUe d^opérer la ocngâÉt^ da metevre* eVst-A-^e, va froid de fias de 36 degrés anrdessoos de la
glace. 1