‹ Lettres sur les révolutions du globe (volume 2)Chapitre 13 sur 26 · LETTRE SIX · texte numérisé non relu

LETTRE SIX

DE L'ÀTMOSflliU»

L'atmosphère affecte une forme spbéroidale, et enr toure notre globe jusqa^à ane hauteur qo^on peut éraloer à dO,(MM> mètres, ou 12 lievee; èa mdns eVel i cette baatesr qi^elle n'exerce pli» ée té* feectioii.

Si la température augmente rapidement à mesure qu^^n enfonce dans Tintéricur de la terre , elle diminue avec une vitesse non moinsgrande quand on s'élève dans les régions supérienres de Tatmosphère. Cette dkumitîoii est limpide, «pelé sommet de toutee les moittagncs un peu éle?éef est ooQTert de neiges perpétanlleft. Le pomt d^éiération oè les neiges com* mencent à se former dans les différentes parties du globe est très-intéressant, parce qu'il indique à quelle kauteuf il faut s'élever , dans chaque région f pemr arriver à la température de la glace.

ITaiUeiirs les sommets dee hantes montagnes pou* .Tant être considérés comme des réservoirs que la nature s^est ménagés pour y conserver , à Fétat solide, Feau qui alimente les fleuves, je crois qu'il est

tSTTRE XIX

à propos que je m^arréte m. instant à vous en parler, n me semble d*antant plus nécessaire de le fidre, que les glaciers , par les conséquences qa^on a yonla tirer de leur accroissement prétendu, jouent un

grand rôle dans toutes les hypothèses où Ton admet le refroidissement progressif de la terre.

Un naturaliste suisse (Grouner), heureusement placé pour étudier ces montagnes , a donné la description la plus exacte, non-seulement des glaciers de son pays , mais encore de tous ceux que des ▼o3ra<gcurs recommandables ont observés avec soin dans toutes les parties de la terre. C^est de son travail que je vais proBter (1).

La neige tombée du ciel et reçue sur les sommets élevés et froids est le principe et Torigine de tous les glaciers. Cette neige , dans les jours d^été les'plns cbauds, se fond et coule dans les. lieux ^plus. bas , où elle se gèle durant les nuits ; enfin , dans les vallons qui se trouvent au pied des glaciers, bien audessous du niveau où se maintiennent les glaces perpétuelles f il se forme , dans Tbiver^ des amas de glace qui, par leur immense volume , rafraîchissent asses. Fatmosphère pour résister aux chaleurs des étés les plus chauds. t

Il faut donc distinguer, 1*» les monts de neige et de glace ; 2* les vallons de glace (situés au-dessous des monts, mais à des hauteurs encore assez considérables pour que la congélation de Feau y ait lieu naturellement); 3» les glaciers formés au-dessous

(1) Descnjitioii des glaciers de la Suisse.

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I de ces masses par la fonte des neiges, et leur regei en glaces qui cheminent et suivent les pentes. Ces

derniers , qui ne sont que les prolongemens des seconds, prennent mille formes difTércntes, suivant les dispositions des lieux qui leur servent de lit.

Je parlerai successivement de ces trois sortes de glaciers.

• a Sur les plus hautes cimes des Alpes , dont les tètes se perdent dans les nues , et où la neige ne • fond qu'un peu à sa surface, est une neige pure, accumulée de siècle en siècle , abaissée , comprimée , et dont une partie de Thumidité a été emportée par les vents. Dans les heures les plus chaudes de 4{uel- ({ues beaux jours de Tété , la surfiiee en est un peu fondue. Cette surperfide regèle aulssitdt dans la nuit, et forme une croûte ferme et solide. Tel est le premier genre des glaciers : on pourrait les appeler monts neigés. n

Souvent cette neige , endurcie , forme comme une calotte , et couvre un mont qm parait un sommet isolé ; quelquefois aussi, cVstune suite de côtes énor* mes qui , à différentes hauteurs , offrent des pointes toujours blanches : ce sont les pointes mêmes des rochers qui servent de base et d'appui aux neiges dont ils sont couverts.

Dans le circuit de ces montagnes coniques , il y a d*autres fois des pentes douces ou des espèces d^appendices «t de plates-formes en terrasses couvertes de neige , où elle fond et regèle. L*ean des sommets s'y épanche aussi et s'y congèle -, ce qui couvre ces

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lieu d^ime maase comfiosée de couches «lteni«ti¥es de neige et 4e 0ace. Grouner appeUe eé» pentee douces et ces terrasses des ohamps de glace* Passons au second genre de glaciers.

Entre les monts dont je viens de parler, il y a des intervalles ou des vallons qui sont plus élevés que les sommets inférieurs ^ etau-dcASUs d'un niveau où fondent naturellement les neiges. A^ssi ces vallons Bont-ib toujours remplis de la neige qui y tombe dans toutes les saisons de Tannée. Gep^dant les rayons du soleil , dans les longs jours d^été , réfléchis par les monts neigàs , fondent la surface de cette neige , qui regèle pendant la nuit. Voilà une croûte de glace sur laquelle il va tomber de 'la neige nouvelle à ijuclques jours de là ; car il ne pleut jamais sur ces Talions. Far cea alternatives, il se forme à la longue un amas considérable de neige compacte et de glace opaque qui en élève considérablement le fond. Si cette masse est soutenue et comme encaissée tout autour^ il ne peut y avoir d'écoulement que par-dessous , au travers des fentes des rocbers et dans ies ¥ides de ri«térieuB des montagnes; si le vallon se comble jusqu^à une certaine issue ou une gorge , Técoulement extérieur de Feau produite par la neige fondue commence à se faire sur ce débouché.

Quelques-uns de ces vallons ofirent, en été , une sur&ce unie comme celle d'un lac gelé , où les yeux éblouis se perdent dans Tétendua de qudqnes lieues : on en a ?u un qui avait jusqu'à 14 lieues sans interruption.

D'autres présentent pluiieiin irrégularités : tan- fcàt des avriandies ou lawige» de neige tombent des sommets enTiromians , et, grossis pendant leur efaote, ils tiennent former nn monticule ctmsidé- '

rable sur la surface plane de la glace inférieure. La chaleur du soleil les arrondit et leur donne mille lonnes diverses ; mais il suffit dW ét€ un peu chaud pour les fiûre fondre , et changer ainsi totalement respect da vidlon qoi les «apportait. YcHlà poorfQoilei descr i p ti ons, fastes d'une année àTautre de Ta^ect de ces Talions se ressemblent si peu. Tantôt la neige, poussée par les vents lorsqu'elle tombe du ciel, ou enlevée des sommets supérieurs, se dispose par gradins ou par petites élévations qui ont quelque sorte de régularité» On croirait alors Toir les codes d'un iac agité par nne furieuse tempête, et qui aunient été subitement surprises et endsordes par une congélation soudaine et simultanée.

Le soleil d'un été chaud efface , sur les Alpes , tous ces objets brillans , et on ne trouve plus Tannée suivante .qu'un spectacle totalement changé et des fermes différentes qnè ansoncent réiMudie de non** Tflanx glaicierSf de nouveaux vallons, de nouveaux champs de glace et de nouveaux lacs.

Telles sont les causes bien simples données par . Grouner aux changemens éprouvés par les glaciers du second ordre, sur lesquels osk avait fait, avant kd, mille hypothèses biaarres.

Çuelqueibis les masses énoimes vallons de , glace , légèrement déplaoéM par un grand dégel , et se trouvant porter à fimx, se fondent avec un

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grand bruit , qui , répété mille fois par les échos des âiontagnéSi frappent de surprise et d'admiration les voyageurs on les paysans du Toisinage.'Plus d^une fois ces fentes ont servi de tombeau aux, voyageurs et aux chasseurs imprudent. Il est remar- (^ablc que très-souvent, 12, 24 ou 36 heures après le moment où les malheureux ont disparu dans une de ces fentes^ on retrouve leur cadavre très-bien conservé et rejeté sur la glace dans le même lieu; ce qu^on ne peut attribuer qu*à des courans qui ont un cours réglé. Au reste , on voit très-souvent, dans les fentes , Teau liquide qui reste constamoient à cet état sous la glace.

Les glaciers du troisième genre, qu'on peut nommer vallées ou amas de glaces qid éhswhMtU^ méritent peut-être plus que les deux autres, le nom de gladers, puisquHls sont uniquement formés par le regel de Teau qui coule des monts neîgés et des champs de glace. Aussi la glace qui les compose est-elle beaucoup plus semblable à celle qu'on trouve partout en hiver que celle des glaciers supérieiurs; car cette dernière, qnoiqu^on la désigne partout sous le nom de glace, mériterait peut-être aussi bien le nom de neige durcie , ou plutôt formée par un mélange de glace rendue opaque par la grande quantité de matières terreuses qu'elle renferme , et de neige très-dure et très^comprimée ; elle n'a guère de commun avec la neige et la glace ordinaire que d'êtredeleau àl'état solide. £Ue est poreuse et extrêmement dure; mais elle n*est point transparente , quoique 'Aiistote ait cru

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qu*elle poayait se changer en un yéritable cristal.

Puisque je tous parle de la dureté de la glace, permettez-mci de vous rappeler que, dans les régions oh le ftcià est rigoureux et long-temps soutenu , elle parvient a un degré dont on se ferait difHcilement une idée. Vous avez peut-être mille fois entendu parler de la salle construite à Saint- Pétersbourg avec de la glace; elle était longue de 52 pieds , large de 16 , et hante de 20. On fit plus : os tailla avec la même substance six pièces de canon ; on les tira à 60 pas sur une planche épaisse de 2 pouces, qui fut percée de part en part, et les canons n'éclatèrent pas. Ceux qui seraient entièrement étrangers «1 la physique seraient peut- être plus surpris encore d'apprendre qu'on a construit avec de hi glace polie et transparente des miroirs ardens qui ont produit presque autant d^effet que ceux de métal.

Je ne m'arrêterai point ici h décrire les différens accidens que les localités peuvent produire dans la forme , Tapparence et la disposition réelle du troisième genre de glaciers ; car il ne tous sera pas difficile de tous figurer comment, par suite de la dÎTersité d*exposition au soleil, des parties , garanties par Fombre des montagues , restant intactes , tandis que d'autres , plus basses , sont fondues par Tardeur de ses rayons , il en résulte ces arcs de glace éclatans que Ton contemple avec admiration d'une Tallée inférieure. Quelquefois des causes semblables produisent des escarpemens , des coupes presque Terticales, de Téritables murs de glace qui

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descendent fort bas, et même dans des vallées profondes.

Dans dVtttres lieux» on admire une multiliide de qpiîlles énormes ^ se troayent h l'extrémité des TalléeB , et surtout vers leurs déboudiés dans une yallée inférieure; ce sont quelquefois comme des stalactites cylindriques ou pyramidales, formées par Teau qui tombe des lieux plus élevés, et que le froid a saisie à Tinstant où elle a touché la glace*

Dans les Alpes, les glaoease maintiennent perpétuellement à une hauteur de 1,500 toises au-deasus du niveau de la mer ; dans les Andes , au Pérou, à 2,434; sur le pic de Ténériffe , le terme in> férieur constant de la neige est 2,800 toises. Si on va vers le nord , au contraire , le terme inférieur se trouve plus bas : en Norwége , on trouve les gla-« ces à 600 toises; enLaponie^ elles descendent ju^ qu*an pied des montagnes, et plus loin, sous le pâle, tout est glacé.

Les montagnes couvertes de glaces perpétuelles deviennent de plus en plus communes, k mesure qu'on se rapproche des pays les plus voisins du pôle, ^oique, dans ces régions, les montagnea BOtent beaucoup moins élevées que vers réquateui^

En Norwége , les sommets de tontesles nmitagnea un peu élevées sont couverts de glaciers qui ressemblent , plus qu'en aucun autre lieu , à ceux des Alpes.

La Suède a aussi des monts couverts de glaces perpétuelles, d'où sortent de grandes rivières.

Les montagnes d'Islande présentent le même phénomène; mais dles offrent une circonstanoa bien

remarfaable , qui oonriste en ce que ce ne sont pfts les sommets les plus élevés qui conservent leurs

glaces toute Tannée , ce qui tient à des circonstances locales qui ne sont pas assez bien déterminées.

Quel^pies-QSi de ces monts sont tout a la fois des glaciers et des Volcans. L^Hécla est le plus célèbre de tous : quand il Tient à s'enflammer, les glaces du sommet se fondent , et il en résvdte des torrens

qui se précipitent sur les campagnes, les inondent, et détruisent les villages qui se trouvent sur leur passage. Yous avez pu voir tout récemment, dans les journaux, les détails donnés sur une éruption récente de ce volcan, qui paraissait vomir avec les flanmitts , les pierres et ks glaces qu'il lançait au loin.

Les autres volcans de l'Islande sont beaucoup moins célèbres que l'Hécla, parce que leurs éruptions ont été jusqu'ici beaucoup moins fréquentes. Deux de ces derniers, quoiqu'ils soient très-élevés, n'ont point de neige à leur sommet, ce qu'on peut attribuer à la chaleur que leur sol conserve constamment. Dans une contrée qui parait si éminemment volcanique, il nie semblerait raisonnable de supposer que cette singularité , qui fait que des montagnes très-^levées sont exemptes des neiges qu'on rencontre sur d'autres qui le sont moins, d<Mt être attribuée aux feux souterrains, qui, bien qu'ils ne * fiissent pas d'éruption, ont cependant assez de force pour fondre des amas de glace. /

C'est également à la chaleur interne du sol que

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