H0TB
lent y c^est de tous communiquer une histoire simple et sani parure, et c^est ce que je Tais &ire STec candeur et Térité. n est peut-être nécessaire de tous dire d'abord que , depuis le commencement de Tannée xfSo^ nous STons eu beaucoup moins de pluie qu'à l'ordinaire ; on n'en «Tait jamaii moins tu , de mémoire d'homme , jusqu'au printemps dernier 9 qui d(mna la pluie nécessaire pour produire des récoltes très-4dx>ndantes. L'été a été plus frais que de coutume ^ et , pendant les derniers quarante jours , le temps a été très* clair et très-beau , sans cependant qu'il j eût rien de remai^ quableà cet égard. Le i^'' de ce mois, Tcrs les neuf heures quarante minutes du matin , une très-TioIente secousse de tremblement de terre se fit sentir ; elle parut durer enTiron un dixième de minute , et en ce moment toutes les églises et les couTCns de la TiUe , aTec le^palais du roi et la magnifique salle d'Opéra , qui était attenante , s'écroulèrellt ; en un mot, il n'y eut pas un seul édifice considérable qui restAt debout : euTiron un quart des maisons particulières -eurent le mèsM sort; et, suiTant un calcul très-4uodéré , il périt enTÎron 3o,ooo personnes. Le spectacle funeste des corps morts, les cris et les gémisèemens des mourans à demi enserelis dais les ruines , sont au-delà de toute description j la crainte et la consternation étaient si grandes , que les personnes les plus résolues n'osèrent rester un moment pour écarter quelques pierres de dessus l'indiTidu qu'elles aimaient le plus , quoique plusieurs eussent pu être sauTés par ce moyen : mais ou ne pensa à rien autre chose qu'à sa propre consenratioa. Le moyen le plus probalile était de gagner les places découTcrtes et le milieu des rues. Ceux qui étaient dans les étages supérieurs furent, en général, plus fortunés que ceux qui tentèrent de s'échapper par les portes j car ceux-ci furent enscTolis sous, les ruines , STec la plus grande partie des gens qui pas-
tuent à pied. Ceux qui étaient dans det équipages s'en tirèrent le mieux , quoique les cochers et les olievaux fussent très-maltraités j mais le nombre des personnes écrasées dans les maisons et dans les rues ne fut pas comparable à celui des mns qui furent ensevelis sous les ruines des églises : comme citait un jour de grande fête , et à Phenre de la messe , elles étaient toutes très-pleines. Or , le nombre des églises est ici plus grand qu'à Londres et à Westminster ensemble j les docbers, qui étaient fort élerés, tombèrent presque tous •Tec les Toutes des églises, en sorte qu'il ne s'échappa que peu de monde.
Si la misère eût fini là , éUe aurait pu se réparer à certain pcunt; et quoique les yies ne pussent être rendues, les ridiesses immenses qui étaient sous les mines auraient pu en être retirées en partie : mais toute espérance est presque perdue à cet égard ; car , enriron deux heures après le choc , le €eu se manifesta en trois différons endroits de la yille ; il était Qocasioné par les feux des cuisines , que le boulcTersement avait riqyproehés des matières combustibles de toute espèce. Ters ce temps aussi un vent très-fort succéda au calme , et anima tellement la fiolence du feu , qu'au bout de trou jours la Tille fut réduite en cendres. Tous les élémens parurent conjméapour nous détruire : aussitôt apr^ le ohoo , qui futà* pen-près au temps de la plus grande élération des eaux , le flot num<a.dans un instant quarante pieds plus haut qu'on ne l'sTait jamais obserté, et sa retira aussi subitement. S'il ■'eût pas ainsi rétrogradé, U Tille entière serait restée sous l'eau.
Aussitôt que noua eûmes le temps de réfléchir , la mori seule se présenta à notre imaginatio n
Premièrement , la crainte que le nombre des corps morts , la confusion générale , et le manque de bras pour les enter .
rer , ne donnassent naissance à nne maladie oontaçieuse , était très-alarmante j mais le feu les consuma , et prérint ce manrais effet.
Deuxièmement, la crainte de la fiunine était terrible; car Lisbonne est le magasin à blé pour tout le pajs à cinquante milles à la ronde. Cependant quelques-uns des greniers furent heureusement sauyés ; et quoique dans les trois jours qni suivirent le tremblement de terre une once de pain yalut une lirre d'or , il devint ensuite assez abondant , et nous fcuses déliyrés de la disette.
La troisième grande crainte était que la classe vile du peuple ne prît avantage de la confusion pour tuer et voler le petit nombre de ceux qui avaient sauvé quelque chose. Cela arriva jusqu'à un certain point ; sur quoi le roi ordonna qu'on dreasAt des gibets tout autour de la ville , et après environ une centaine d'exécutions, dans lesquelles se trouvèrent compris quelques matelots anglais , le mal Ciit arrêté.
Nous sommes encore dans un état de perplexité; nous avons essuyé jusqu'à vingt-deux secousses différentes depuis la dernière , quoique aucune n'ait été assez violente pour renverser les maisons qui ont échappé au premier choc. Mais personne n'ose encore coucher dans les maisons; et quoique nous soyons généralement exposés -aux injores de l'air , &ute de matériaux pQur faire des tentes , et quoiqu'il ait plu pendant quelques nuits , j'observe que les personnes les plus délicates souffrent ces incommodités avec aussi peu d'inconvéniens que les plus saines et les plus robustes. Tout est encore pour nous dans la plus grande confusion imaginable : nous n'avons ni vétemeas, ni meubles , ni argent pour en tirer d'ailleurs.
Toute l'Europe est intéressée dans la perte immense d^argent et de marchandises qu'a causée cette catastrophe ; mais aucune nation n'y a autant perdu que la nôtre. U y a eu peu