‹ Lettres sur les révolutions du globe (volume 3)Chapitre 20 sur 24 · ROTIS · texte numérisé non relu

ROTIS

NOTE YI.

SRUTnOIl BU YiSUYS EN 1737.

( Détails donnés par le prince Gassano , membre de la société royale de Londres ; extrait des Transactions jphilosophiques» )

Le mont Yésure est i la distance d'enyiron sept milles de Naples , et à plus de quatre milles de la mer. Le pied de la montagne commence i la côte , et Ta en montant insensiblement jttsqu^à la première plaine , où l'on peut aisément aller à cheral; cette plaine est presque circulaire , elle a environ six milles de diamètre et un demi-mille de bauteur perpendî» oulaire au-dessus du niTeau de la mer. (?est de là que s^élère une autre montagne qu'on nomme dans le pays Monte- Teccbio : sa bauteur perpendiculaire est d'enyiron quatre cents pas ; elle n'a guère que deux miUes de circonférence au sommet , et est de forme irrégulière. Ce sommet , ayant l'année ]63i , avait la forme d'un bassin: il était environné de vieux cbênes, d'énormes cbâtaigniers , dont les fruits nourrissaient un grand nombre de bestiaux : on y voyait dans le fond une caverne dans laquelle on pouvait descendre jus* qu'à plus de deux cents pas , quoique avec un peu de difficulté. On regardait cette ouverture comme l'ancienne boucbe qui pendant long-temps avait vomi une prodigieuse quantité de matières bituminei^i , et brdilé une partie considérabls du pays d'alentour.

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Qiumt aux éruptions qui se sont succédé jusqu^à nos jours , on peut les diviser en anciennes et modernes. Bérose , Polybe, Strabon, Diodore et Vitruve ont parlé de quelques-unes des premières. Le Tésuye , sous le xègno- de Trajan , devint fameux par la mort de Pline : depuis cette époque mémorable , il est hors de doute que les éruptions furent moins fréquentes jusqu^à Tannée iiSg, où, après une éruption considérable , le Tésuve commença à se reposer , et demeura tranquille pendant près de cinq siècles. Ce long repos efiaça le souvenir des anciens désastres : les habitans du voisinage se flattèrent que la matière inflammable était épuisée, et plantèrent tous les alentours de la montagne , qui , \wr leur fertilité , devinrent les délices du pays ; mais , dans la suite des temps, ils furent trompés dans leurs espérances , car en i63i » pendant six mois , on entendit des mugissemens continuas ^ on essuya des tremblemens de terre ; et en décembre il se fit une terrible éruption de feu , qui d'abord fit sauter en l'air une partie de la montagne , et vomit ensuite de Peau , des cendres , des pierres et du feu , inonda presque toute la contrée jusqu'à la mer , sur une largeur de plus de sept milles, et fit périr au-delà de quatre mille personnes (i).

(i) On pourra juger delà violence de cette éruption psr la relation suivante, que j'ai tirée du numéro 21 des TVtmsactions philosophiques, année 1666. Elle fut c<Hnmuniqnée l)ar le capitaine Guillaume Badillj.

Le 6 décembre i63i , étant à l'ancre dans le golfe deTdo dans l'Archipel , vers les dix heures du soir, il commença à pleuvoir du sable ou de la cendre, et cette pluie continua jusqu'à deux heures du matin. 11 y en avait environ deux pouces d'épaisseur sur le pont , en sorte que nous le netto}'âmes avec des pelles comme nous avions fait pour la neige le jour d'auparavant \ il ne faisait point de vent lorsque cette cendre tomba. Il n'en tomba \>as seulement où nous étions , mais en-

Hons. 343

La montagne après cela demeura en repos , et beaucoup jnoins élevée qu^auparavant. Après un repos de ag ans , elle se ralluma en 1660; son feu remplit toute la capacité du creux immense qui était resté depuis i63i , et dans lequel, après plusieurs moindres éruptions, ilsMleva une nouvelle montagne en i685.

En 1 707 , tous les liabitans des environs et toute la ville de Naples furent en alarme à cause des explosions et des secousses fréquentes qu'on éprouvait , et du feu qui se faisait voir au sommet de la montagne. Une énorme qiuntité de cendres lancées avec impétuosité remplirent toute l'atmosphère, et obscurcirent le soleil pendant un jour entier j mais heureusement ce jour effrayant fut suivi du calme , et la montagne s'apaisa.

En 1794, la quantité de cendres et de pierres lancées par la montagne (ut si grande , qu'elle remplit tout l'espace entre l'ancien et le nouveau mont.

En 1730, il 7 eut une nouvelle éruption du Tésuve , qui, quoique peu considérable en coipparaison de la dernière, occasions néanmoins beaucoup de craintes.

Cette année 1 737 , au mois de mai , la montagne ne fut jamais tranquille : elle jetait tantôt beaucoup de fumée, tantôt des pierres ardentes qui retombaient sur la montagne. Du 16 an 1 g on entendit des mugissemens souterrains.

Le ig , on vit le feu sortir dans d'épais nuages noirs , et

core en d'autres endroits , sur des vaisseaux qui venaient de Saint-Jean-d'Acre à notre port , et qui étaient alors à cent lieues de nous. Nous comparâmes les cendres , elles étaient de même nature.

N. B. Cette pluie de cendre venait de l'éruption du Yésnve dont il est question.

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le mente jour il se fit pluneurt détonations bm3rante8 qui devinrent plus fréquentes rers le soir , et augmentèrent dans la nuit. La montajfne vomissait alors une très^paisse fiimée mêlée de cendres et de pierres , et on sentit aux environs quelques légères secousses de tremblement de terre.

Le lundi, ao , à 9 heures du matin , la montagne fit une si forte explosion, que le choc fut sensible à plus de doute miUes à la ronde. Une fumée noire mêlée de cendres parut s'élever tout d'un coup en vastes globes ondoyans , qui se dilataient en s'éloignant du cratère Les explosions continuèrent trSs-fortes et très-fréquentes toute la journée , lançant de très-grosses pierres au milieu des tourbillons de fumée et de cendres jusqu'à un nulle de hauteur.

A huit heures du soir j au milieu du bruit et des affreuses secousses , la montagne creva sur la première plaine à un mille de distance du sommet , et il sortit un vaste torrent de feu de la nouvelle ouverture : dès lors toute la partie méri* dionale de la montagne parut embrasée. Le torrent coula dans la plaine en-^lessous , qui a plus d'un miUe de longueur et près de quatre milles de largeur. Il s'élargit bientôt de près d'un mille , et à la quatrième heure de la nuit il atteignit l'extrémité de la plaine et le pied des monticules bas qui sont du côté du sud. Mais ces monticules étant composés de rochers escarpés , la plus grande partie du torrent coula dans les intervalles de ces rochers , parcourut deux vallons y et tomba successivement dans l'autre plaine qui forme la base de la montagne. Après s'y être réuni , il se divisa en quatre branches , dont l'une s'arrêta au milieu du chemin , à un mille et demi de Torre-del-Greco ; la seconde coula dans un large vallon ; la troisième finit sous Torre-del-Greco , au voisinage de la mer , et la quatrième à une petite distance de la nouvelle bouche.

hd torrent çui roulait dans le yallon arriva entre Pégliae des Carmélites et celle des Ames du purgatoire à quatre heures du matin. La matière courait comme du plomb fondu y et fit quatre milles en huit heures ; yitesse remarquable et ex» traordinaire , puisqu^on avait trcfuvé surprenant que dans Téruption de 1 61 8 la lave eût avancé de soixante pas dans un^ heure.

Le torrent qui courait derrière le couvent des Carmélites , après avoir mis en feu la petite porte de l'église , y entra, et se fit jour aussi par les fenêtres dans la sacristie et dans deux autres pièces; il brûla les fenêtres du réfectoire, et les vaisseaux de verre qui ^étaient sur les tables furent mis en pâte par la violence du feu. Seize jours après , la matière était encore chaude et très-dure , mais on la brisa à force de coups.

Un morceau de verre fixé au bout dW bâton et approché de cette matière se réduisait en pâte au bout de quatre minutes ; on entendait sous la masse du torrent des détonations fréquentes qui faisaient trembler l'église. Sur tout» la surfiuse du torrent on voyait de petites fentes par lesquelles sortait une fumée ayant Todeur du soufre mêlé avec de Teau de mer, et les pierres qui étaient autour étaient couvertes de sublimations salines j le fer introduit dans ces fentes en sortait humide , mais le papier paraissait s'y durcir.

En même temps que la nouvelle bouche s'ouvrait , celle du sommet vomissait une vaste quantité de matière brûlante, qui, se divisant en torrens et en petits courans , se dirigea en partie vers le Salvadore , et en partie vers Ottajano ^ et on voyait en outre des pierres ardentes s'élancer du haut de la montogne au milieu d'une épaisse fumée accompagnée d'éclairs et de tonnerres fréquens.

Les vomissemens enflammés continuèrent jusqu'au mardi , et oe jour l'éruption des matières fondues, les éclairs et le

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bruit ceMèrent; maisnii Tent du 8udH>ueit s^étant misa souffler fortement , les cendres furent charriées en grande qutntitéjusqu^aux extrémités du royaume. Dans quelques endroits elles étaient très-fin<es , dans d'autres grosses comme du gravier. Dans le Toisinage du Vésuve , on éprouva non>-seulemeiit la pluie de cendres , mais encore une grêle de pierres ponces et autres.

La fureur du volcan ayant commencé i s'apaiser le mardi au soir , le dimanche suivant il n'y avait presque plus de flaiames àlabouclie supérieure , et lé lundi on ne vit que peu de fumée et de cendres. Il commença de pleuvoir abondamment ce jour-là, et la pluie continua le mardi et plusieurs jours ensuite ; circonstance qui a constamment accompagné les érup< tiens.

Les dommages occasionés dans le voisinage par cette éruption de feU et de cendres sont incroyables. A Ottajano y situé à quatre ou cinq milles du Tésuve, les cendres avaient quatre palmes de hauteur sur le terrain. Tous les arbres étaient brûlés , les habitans dans la consternation et l'efiroi , et beaucoup de maisons écrasées tous le poids des cendres et des pierres.

ffons. Mf

NOTE yii.

Ile nouvelle sobtie de là hsb pbbs se

TBBCiBS EN 1720.

( Bdlation donnée par M, Th. Forster. }

John Robinson , capitaine d'un petit senan de la Nonyelleikttgleterre, atriraà Tercère le lo décembre 1720; il vit près de oelte tle nn feu aortir de la mer. Le goaTemeur rengagea à en approcher ayec son bâtiment, éi envoya à bord seize matelots et denx prêtres. Toici son récit :

Le dimanche 1 8 décembre nous mimes à la voile à minuit , et portâmes au sud-est d'Angra; le lendemain , à deux heures après midi , nous approchâmes d^une île toute de feu et de famée. Nous continuâmes notre route jusqu'à ce que les cenr dres tombassent sur notre pont comme de la grêle ou de la neige , ce qui dura toute la nuit ; nous primes le large , le feu et la fumée grondaient comme le tonnerre ou comme de grands coups de canon. A la pointe du jour nous nous en approchâmes; à midi nous fûmes à portée de bien observer , en étant à deux lieues au sud. Nous fîmes voile autour de l'He , et l'approchâmes de si près que le feu et la matière qu'elle lançait forent sur le point de nous endommager. Nous eûmes en même temps la crainte d'être jetés sur la côte ; mais nn vent de sud-est, qui se leva pendant que nous étions tons en prières , nous délivra du danger. La brise fut accompagnée d'une

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petite ondée qui fit toiiil>er beaucoup de ponssiire tar notre pont. Nous profitAmes du yent pour regagner Tercire.

Le gouremeur nous informa que le feu arait éclaté le ao norembre 1 7110 dans la nuit , et que le bruit affreux qu^il oo casiona fit trembler la terre et renversa plusieurs maisons . dans la tUIo d'Angra et dans les euTÎrons , àla grande firajenr des babitans. On irouyades quantités prodigieuses de pierres ponces, et des poissons à demi grillés , flottant sur la mer à plusieurs lieues autour de VÛe , et des nuées d'oiseaux de mer rassemblés pour s'en nourrir. Cette nouyelle fle est à-peu-prèt ronde , et peut avoir environ deux lieues de diamètre. Sa latitude est de 38 degrés ag minutes , sa longitude de a6 dogrés 33 minutes ( méridien de Londres )•

Une personne de ma connaissance passant de Cadix à Londres vers la fin d'avril 1 7 a 1 , me dit qu'elle avait trouvé la mm couverte de pierres ponces , depuis le cap Finistère presque jusqu'à Feutrée du canal, et m'en donna quelque»-iines.

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NOTE YIII.

Le cratère ayait cinq milles de circonférence , et enyiron mille pas de profondeor. Ses côtés étaient conyerts d'arbrisseanx, et il y ayait au fond une plaine où le bétail paissait; les san^^ers firéqnentaient les parties boisées. Au milieu de la plaine , dans le cratère , était un passage étroit à trayers lequel , par un sentier tortueux , on descendait enyiron un mille parmi les rocbers et les pierres jusqu'à une autre ]^aine plus spacieuse couyerte de cendres. Dans celle-ci se trouyaient trois petits étangs placés en triangle : Pun yers Fest , rempli d'eau cbaude extrêmement amère et corrosiye ; un autre yen Pouest, d'eau plus salée que celle de la mer; le troisième contenait de l'eau cbaude qui n'ayait aucun goût particulier.

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