‹ Lettres sur les révolutions du globe (volume 4)Chapitre 19 sur 44 · DES MASTODONTES · texte numérisé non relu

DES MASTODONTES

lelte avec le fémur dont il s'agit ici; en le supposant, il faudrait aussi supposer un animal inconnu qui aurait des défenses semblables à celles de l'éléphant, et des dents molaires semblables à celles de l'hippopotame. »

L'existence de cet animal , que Daubenton ne voulait pas d'abord reconnaître , fut bientôt après admise par Bufïbn , puis par Daubenton lui-même, qui ne tarda pas à changer d'avis , et par tous les naturalistes du temps. Le mastodonte est même le premier animal qui ait convaincu les naturalistes qu'il pouvait y avoir eu autrefois des espèces détruites aujourd'hui.

A cause du lieu dans lequel avaient été trouvés les débris qui fixèrent pour la première fois sur lui l'attention des naturalistes, il lui fut donné le nom A* animal de l'Ohio, d'éléphant, et de mammouth de l'Ohio.

Tous ces noms, sous lesquels on avait désigné jusqu'ici le mastodonte , sont impropres, comme on peut le voir.

Celui d'éléphant de l'Ohio ne convient pas, puisque ce n'est pas un éléphant.

Celui de mammouth ne convient pas davantage, puisque mammouth est le nom sous

lequel les Russes ont désigné l'éléphant fossile de leur pays.

Celui d 'éléphant Carnivore qu on lui donne quelquefois, est le plus mauvais de tous, puisqu'il consacre déux erreurs, l'animal n'étant ni éléphant ni Carnivore. *

Enfin, celui d'animal de l'Ohio, qu'on aurait pu lui laisser, n'était pourtant pas trèsconvenable, puisqu'on ne le trouve pas seulement sur les bords de ce fleuve et dans toute .•Amérique septentrion,!», m ,i S enenre dan S plusieurs parties de l'ancien continent ■

Le nom de mastodonte , que M. Cuvier a substitué à tous ceux-là , dérive de deux mots grecs qui expriment le caractère principal auquel on peut reconnaître l'animal , la forme mamelonnée de ses dents.

Les habitans de l'Amérique septentrionale n'ont pas plus manqué de rattacher aux mastodontes fossiles qu'ils trouvent»dans leur pays des idées superstitieuses , que les Russes de la Sibérie aux éléphans fossiles du leur. Aussi quelques sauvages disent-ils que ces grands animaux ont existé autrefois avec des hommes d'une taille proportionnée, et que le grand Être foudroya les uns et les autres.

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Ceux de Virginie croient qu'une troupe de ces terribles quadrupèdes détruisant les autres animaux créés pour l'usage des Indiens, Dieu les avait foudroyés tous , « excepté le plus gros mâle, qui, présentant sa téleaux foudres, les secouait k mesure qu'ils tombaient ; mais qui , ayant à la fin été blessé par le côté, se mit à fuir vers les grands lacs , où il se tient caché jusqu'à ce jour. »

Ainsi , les sauvages de l'Amérique paraissent être tombés , relativement au volume des mastodontes, dans la même erreur que noire Bulïbn ; niais ils a'auront pas sans doute fait autant de raisonnemens pour y arriver. Un avantage des ignorans sur les savans est peut-être de se tromper à moins de frais.

La forme des dents du mastodonte , qui se rapprochent plus de celles de l'hippopotame que d'aucun autre animal , doit nous porter à croire que, comme ce dernier, le mastodonte choisissait de préférence les racines et les autres parties charnues des végétaux; et cette sorte de nourriture devait sans doute l'attirer sur les terrains mous et marécageux , sur le bord des fleuves. Mais, néanmoins , iL

IQ2 LETTRE XI.

ne devait pas plus que L'hippopotame vivre réellement dans les eaux , car il n'était pas fait pour nager, et c'était un véritable animal terrestre.

L'espèce de mastodonte dont je viens de vous parler, et qu'on désigne sous le nom de grand mastodonte , n'est pas la seule connue jusqu'ici : il en a existé une autre bien caractérisée, celle des mastodontes a dents étroites , dont on trouve des débris surtout dans l'Amérique méridionale , et notamment près de Santa-Fé de Bogota. Le lieu que dans le pays on appelle le Camp des gcans est uû endroit où on en trouve beaucoup, et où ils ont sans doute donné lieu à des traditions populaires d'où il a pris son nom. Cette espèce se trouve , plus souvent encore que celle du grand mastodonte, ensevelie sous des débris marins.

Les ossemens du mastodonte à dents étroites sont bien plus rares que ceux du grand mastodonte ; il n'existe à Paris aucun des grands os de son squelette, excepté un tibia rapporté du Camp des géans par M. de Humboldt, et fort mutilé à tous ses angles (i) : d'après ce seul

(i) Depuis que ceci est e'crit , notre Muséum a reçu plusieurs débris de cet animal rare. On peut les voir

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