LETTRE XII. DE LHIPPOPOTAME. IC
raît avoir été à peu près de la grosseur de l'espèce qui vit actuellement çn Égypte, cependant un peu plus volumineuse; elle devait avoir le cou plus court, mais présenter d'ailleurs, quant à la forme, peu de différence avec cette dernière. -
En exécutant les travaux nécessaires à la construction du pbBt d'Iéna , on a trouvé, dans la plaine de Grenelle , une portion de défense d'hippopotame très- reconnaissais.
Outre cette espèce, il en a existé Une autre qui n'était pas phis grande que notre cochon, et dont on possède assez d'os au Muséum pour être assuré de sa forme , de sa taille et de son âge*
Une portion de mâchoire, conservée aussi dans notre Muséum avec plusieurs dents , fait présumer qu'il doit y avoir eu une espèce intermédiaire, cependant plus rapprochée, par la taille, de la petite que de la grande.
Enfin , quelques dents fossiles , trouvées avec des dents de crocodiles, à vingt pieds, dans un banc calcaire près de Blaye, département de la Charente, indiquent une autre espèce voisine de l'hippopotame, et plus petite que le cochon.
Les rhinocéros ont dû être . beaucoup plus nombreux dans l'ancien inonde qu'ils ne le sont de nos jours. Nous ne connaissons , eu effet, que deux espèces vivantes des ces animaux ; mais , à l'état fossile, outre deux grandes espèces, de la taille à peu près de celles qui vivent encore aujourd'hui, et qui sont connues depuis 1 ong-tem ps , iUen existe très-probablement deux petites, dont on ne possède que très-peu d'os, et qui n'ont été connues que plus tard.
L'espèce fossile la plus anciennement connue, celle dont les individus se trouvent en plus grand nombre dans l'Europe moyenne et septentrionale, ainsi que dans l'Asie, se distingue des espèces vivantes par une circonstance très-remarquable. . ,
Ce qui frappe le plus dans le rhinocéros, c'est la corne volumineuse qu'il porte sur sa tête ; et quand on examine son squelette, et qu'on cherche quelle base a été donnée par la nature à un organe d'un si grand poids, on s'aperçoit avec étonnement qu'il est implanté sur l'extrémité des os du nez, lesquels forment une voûte assez épaisse, il est vrai , mais sans aucun appui sur le reste du crâne.
L'espèce qui a dû être la plus commune dans l'ancien monde parait avoir été, sous ce rapport, beaucoup plus avantageusement organisée que les espèces actuelles. Elle était, en effet, pourvue dans les narines d'une cloison osseuse qui , servant d'appui à la voûte qui supporte la corne, lui donnait plus de solidité. Joignez à cette circonstance favorable, que la voûte formée par les os du nez est, dans l'espèce fossile, moins élevée, et plus abaissée vers la mâchoire inférieure.
L'immense majorité des os fossiles appartenait à cette espèce, qui était encore la seule connue il y a quelques années. . %
Pal la s, célèbre naturaliste, dont je crois vous avoir déjà parlé , et qui voyagea en Sibérie, donna la relation de la découverte d'un rhinocéros entier de cette espèce, trouvé, avec 6a. peau, en décembre 1771, sur les bords du Wilaji , rivière qui se jette dans la Lena. Depuis l'observation de Pa lias , un grand nombre de faits semblables ont été consignés par les voyageurs et les naturalistes. Les rhinocéros conservés ainsi dans les glaces du Nord ont tous présenté la même particularité que l'éléphant de IL Adamsi on a trouvé leur
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peau couverte d'un poil qui semble annoncer qu'ils étaient destinés à vivre sous un climat rigoureux.
L'explication la plus vraisemblable qu'on puisse présenter de la présence de ces rhinocéros dans des pays froids ,et de leur étonnante conservation, est celle que nous avons indiquée pour l'éléphant dont nous venons de rappeler la découverte ; tout porte, à croire que les rhinocéros ont vécu jadis, comme les éléphans , dans le nord de l'Europe , de l'Asie et de l'Amérique, et jusque dans les régions polaires; qu'ils y ont été soumis, au moins dans les derniers temps , à un climat beaucoup moins chaud que celui que supportent leurs analogues dans les régions équatoriales , et qu'enfin ils ont été victimes d'une révolution jusqu'ici incompréhensible, mais violente, et assez subite pour que leurs cadavres aient été saisis par le froid en moins de temps qu'il n'en aurait fallu pour les décomposer (i).
(i) On a proposé tout récemment , de la présence de
ces cadavres de rhinocéros en Sibérie, une explication que nous reproduisons ici sans la regarder en aucune manière comme propre à faire abandonner celle qu'a donnée M. Cuvier. L'auteur dr cette explication est
L'Europe fournit aussi des rhinocéros fossiles; on les trouve particulièrement dans le val d'Arno, si célèbre par les débris d'éléphans et d'hippopotames qu'il renferme en si
M. Huot ( Annales des Sciences naturelles , tome X , page 274 > cahier de mars 1827.) Elle est fondée sur la supposition de Pantique existence d'un continent boréal , dont le Spitzberg et les îles connues sous le nom de nouvelle Sibérie indiqueraient la trace. Ce continent aurait été habité par de grands animaux tels que Télépbant et le rhinocéros , mais modifiés dans leur organisation de manière à pouvoir vivre sous un climat froid. Une irruption marine , venue du nord, aurait couvert ce continent boréal , et transporté dans la Sibérie septentrionale quelques-uns de ces animaux ; puis, par un mouvement d'oscillation qui n'a rien d'impossible, cette mer, se retirant peu de temps après, eût laissé dans un terrain de sable quelques cadavres de ces animaux que les glaces auraient ensuite conservés presque intacts jusqu'à nos jours. Cette catastrophe, qui appartiendrait à la plus récente des révolutions de notre planète , expliquerait facilement la présence de ces animaux sur le sol de la Sibérie; eUe indiquerait la possibilité de trouver encore vers l'embouchure de quelques-unes des rivières qui se jettent dans l'océan Glacial d'autres individus conservés de même sous les glaces ; enfin eUe s'accorderait avec la configuration des contours septentrionaux des deux conlinens de l'Asie et de l' Amérique. « Au reste , poursuit M. Huot , sans attacher une