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chaleur interne , cette influence persistera pendant un temps illimité, et qu'il s'écoulera plus de 3o,o<X> années avant qu'elle soit réduite à la moitié de ce qu'elle est maintenant. À la vérité , au commencement des choses, les variations ont dû être beaucoup plus rapides ; mais , depuis l'époque des temps historiques les plus reculés , tous les grands phénomènes relatifs à'ia terre ont pris un caractère de stabilité extrêmement remarquable. Il est rigoureusement démontré que depuis l'école grecque d'Alexandrie jusqu'à nous la température de la surface terrestre n'a pas diminué, par suite du refroidissement de sa masse interne , de la trois-centième partie d'un degré de chaleur du globe terrestre.
Concluons de ces différentes réflexions qu'après avoir diminué pendant un temps immense , l'influence de la chaleur interne du globe, quelque intense qu'elle puisse être, ne produit plus à la surface qu'un effet insensible; que cet effet , tout faible qu'il est , ne se dissipera pourtant totalement qu'après un temps illimité, puisque, rigoureusement parlant, il persistera toujours de plus en plus faible jusqu'à ce que la chaleur interne soit totalement dissipée.
Quoique l'effet de la chaleur intérieure ne soit plus sensible à la surface de la terre , la quantité totale de cette chaleur, qui se dissipe dans un temps donné, comme une année ou un siècle , peut se mesurer ; et M. Fourier, qui l'a déterminée , a montré qu'elle était encore assez considérable ; celle qui traverse durant un siècle un mètre carré de superficie et se répand dans les espaces célestes pourrait fondre une colonne de
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glace qui aurait pour base ce mètre carré et une hauteur d'environ trois mètres.
Le même géomètre a déterminé la quantité' de chaleur dont les oscillations déterminent, chaque année, l'alternative des saisons pour chaque point du globe ; celte quantité , en supposant que l'enveloppe terrestre fût de fer forgé t serait, pour un mètre carré de superficie, équivalente à celle qui fondrait une colonne cylindrique ayant pour base ce métré carré, et pour hauteur 3 mètres ; c'est-à-dire que la quantité de chaleur, qui , chaque année , produit à Paris l'alternalion des saisons , serait, dans cette supposition, sensiblement égaie à celle que perd le globe terrestre pendant un siècle, par suite de l'évaporation de sa chaleur interne; mais, l'enveloppe du globe terrestre étant formée de substances qui conduisent beaucoup moins bien la chaleur que ne le ferait le fer forgé , la déperdition annuelle est réellement moins considérable.
II -est l réimportant d'observer que la température moyenne d'un lieu peut subir, par suite de causes accidentelles , des variations incomparablement plus sensibles que celles qui proviendraient du refroidissement séculaire du globe.
L'établissement et le progrès des sociétés humaines , l'action des forces naturelles peuvent changer notablement, et, dans de vastes contrées, l'état delà surface du sol , la distribution des eaux , et les grands mouvemens de l'air ; de tels effets sont propres à faire varier dans le cours de quelques années la valeur de la chaleur moyenne d'une manière très-sensible. En général , le défrichement et la culture des terres , l'établissement
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des villes, les travaux à l'aide desquels on donne aux fleuves et aux rivières un cours déterminé* , le dessèchement dès marais ; en un mot , tout ce qui résulte des progrès de la civilisation, tend à augmenter la température d'un pays. C'est ce qui parait être arrivé jadis pour la Germanie , qui , du temps de Tacite , était beaucoup plus froide que de nos jours , et, à une époque toute récente , pour les Etats-Unis , dont le climat paraît s'être très-sensiblementadouci depuis un demi-siècle. Ces faits incontestables , qui paraîtraient au premier aspect contredire l'hypothèse du refroidissement progressif du globe terrestre, ne prouvent évidemment rien contre elle, puisqu'ils dépendent de causes locales dont la théorie de la chaleur peut faire apprécier l'importance avec assez d'exactitude, tandis que cette même hypothèse prouve, comme nous venons de le voir, que l'influence du feu central est à peu prè3 nulle à la surface.
'Considérons maintenant une troisième cause de la chaleur terrestre, celle qui réside dans la température des espaces planétaires. Supposons pour un instant que le soleil et tous les corps planétaires cessent d'exister ; la région du ciel dans laquelle notre système solaire était placé aura une certaine température que marquerait un thermomètre placé dans un de ses points.
Indiquons les faits principaux qui ont conduit M. Fourier à reconnaître l'existence de cette chaleur propre aux espaces planétaires , indépendante de la cha- • leur primitive que le globe a pu conserver.
« Pour acquérir la connaissance de ce singulier phé- >» nomène , il faut examiner quei serait l'état thermomé- » trique de la masse terrestre si elle ne recevait que la » chaleur du soleil; et pour rendre cet examen plus fa-
» cile , on peut d'abord supposer que l'atmosphère est w supprimée : or, s'il n'existait aucune cause propre à » donner aux espaces planétaires une température com- •Jmune et constante, c'est-à-dire si le globe terrestre »> et tous les corps qui forment le système solaire étaient » placés dans une enceinte privée de toute chaleur , on «observerait des phénomènes entièrement contraires à >» ceux que nous connaissons , les régions polaires subi- » raient un froid immense, et le décroissement des tem- » pératures, depuis Téquateur jusqu'aux pôles, serait w incomparablement plus rapide et plus étendu.
» Dans cette hypothèse du froid absolu de l'espace , » s'il est possible de la concevoir , tous les effets de la » chaleur , tels que nous les observons à la surface du m globe , seraient dus à la présence du soleil les moi n- » dres variations de la distance de cet astre à la terre » occasioneraient des changemens très -considérables » dans les températures; l'intermittence des jours et » des nuits produirait des effets subits et totalement » différons de ceux que nous observons. La surface des » corps serait exposée tout à coup , au commencement »de la nuit, à un froid infiniment intense; les corps » animés et les végétaux ne résisteraient point à une » action aussi forte et aussi prompte, qui se reproàui- » rait en sens contraire au lever du soleil.
» La chaleur primitive conservée dans l'intérieur de » la masse terrestre ne pourrait point suppléer à la » température extérieure de l'espace , et n'empêcherait » aucun des effets que l'on vient de décrire ; car nous » connaissons avec certitude (ainsi que nous venons de » le voir) par la théorie et les observations, que l'efTet » de cette chaleur centrale est devenu depuis long-»
» temps insensible à la superficie quoiqu'il puisse être » t rcs-grand à une profondeur médiocre.
» Nous concluons de ces dernières remarques, et prin- » cipalement de l'examen mathématique de la question , » qu'il existe une cause physique toujours présente qui » modère les températures à la surface du globe terrestre, » et donne à cette planète une chaleur fondamentale , » indépendante de l'action du soleil et de la chaleur » propre que sa masse intérieure a conservée: cette tem- » pérature fixe, que* la terre reçoit ainsi de l'espace , » diffère peu de celle que l'on mesurerait aux pôles ter- » restres ; elle est nécessairement moindre que la tem- » pérature qui appartient aux contrées les plus froides ; » mais dans cette comparaison l'on ne doit admettre ».que des observations certaines, et ne point considérer » les effets accidentels d'un froid très-intense qui serait » occasioné par l'évaporation , par des vents violeus et » une dilatation extraordinaire de l'air (i).
» Après avoir reconnu l'existence de cette tempéra- » ture fondamentale de l'espace , sans laquelle les effets » de la chaleur observés à la superficie du globe seraient » inexplicables, nous ajouterons que l'origine de ce phé- » nomène est pour ainsi dire évidente. Il est du au » rayonnement de tous les corps de l'univers, dont la >> lumière et la chaleur peuvent arriver jusqu'à nous ; » les astres que nous apercevons à la vue simple, la mul-
» titude innombrable des astres télescopiques ou des
(î) C'est de cette manière qu'on doit expliquer ce qu'a rapporté le capitaine Parry, qui dit avoir observé un froid de 5<» rt à lllc Mcllcvillc.
m corps obscurs qui remplissent l'univers, les atmo-r » sphères qui environnent ces corps lumineux , la » matière rare disséminée dans diverses parties de l'es- » pace concourant à former ces rayons , qui pénètre n t »de toutes parts dans les régions planétaires. On ne » peut pas concevoir qu'il existe un tel système de corps » lumineux ou échauffés , sans admettre qu'un point >• quelconque de l'espace qui les contient acquiert une » température déterminée.
» Le nombre immense des corps célestes compense » les inégalités de leurs températures , et rend l'irradiam tion sensiblement uniforme.
» Cette température de l'espace n'est pas la même »» dans les différentes régions de l'univers ; mais elle » ne varie pas dans celles où les corps planétaires sont » renfermés , parce que les dimensions de cet espace » sont incomparablement plus petites que les distances » qui les séparent des corps rayonnans. Ainsi dans tous » les points de l'orbite de la terre , cette planète trouve » la même température du ciel.
» Il en est de même des autres planètes de notre sys- » tème. Elles participent toutes à la température com- » m une , qui est plus ou moins augmentée pour chacune m d'elles par l'impression des rayons du soleil , selon la
» distance de la planète de cet astre, »
Nota. Dans tous les résultats obtenus par M. Fourier , les températures sont évaluées en degrés de Réaumur. Nous atons oublié d'en avertir. Il est d'autant plus important de réparer celte omis lion, qu'elle peut dounerlieu à de fausses idées.
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