‹ Lettres sur les révolutions du globe (volume 4)Chapitre 6 sur 44 · DE LA MASSE ISTERJN E DU GLOBE · texte numérisé non relu

DE LA MASSE ISTERJN E DU GLOBE

tation irrégulière de la chaleur des couches situées à une certaine profondeur. II a cVu apercevoir que la différence d'accroissement se trouve dans certaines localités, surpasser le double de ce qu'elle est dans d'autres.

En général pourtant, l'augmentation de chaleur lui a paru plus rapide que ^ l'avait trouvé M. Trebra, et la moyenne des observations qui lui sont propres lui ferait penser qu'elle peut aller à un degré par 22 mètres ou 70 pieds environ. Ce dernier résultat pourtant n'est donné par notre académicien que comme approximatif, les observations étant bien éloignées d'être assez nombreuses pour permettre de fixer aucune mesure définitive.

Les observations faites dans les mines ne sont pas les seules qui puissent être invoquées en faveur de l'augmentation de chaleur des couches profondes, et un de nos plus Célèbres académiciens (M. Arago) a trouvé je mçyen de constater cette augmentation par des expériences qui ne laissent rien à désirer pour les profondeurs auxquelles elles s'appliquent ; son procédé consiste à prendre la température de Peau des sources dites artésiennes, de celles qui viennent de profondeurs considérables, el qui,

d'après la loi connue de l'équilibre de la ehaleur, ne peuvent manquer de donner très-exactement la température des couches dans les- , quelles die. bot séjourné. Le résultat des expériences assez nombreuses faites , tant par M. Arago que par les physiciens qui sé sont empressés de concourir à ses recherches, a été de nature à mettre hors de doute l'élévation de la chaleur dans les couches situées à une certaine profondeur au-dessous du sol.

II semblera peut-être , qu'employer tant de moyens divers pour s'assurer du degré de chaleur des couches terrestres situées au-dessous du sol soit prendre des moyens bien détournés pour arriver à une connaissance qu'on pourrait acquérir d'une manière directe. Pourquoi ne pas creuser tout simplement jusqu'à ce qu'une cause quelconque forçât de s'arrêter, et ne pas suivre le conseil de JVlaupertuis, auquel Voltaire a tant reproché d'avoir demandé qû'on fit un trou jusqu'au centre de la terre? Ce serait assurément le moyen ïe plus sûr de savoir ce qui s'y trouve, et c'est dommage que l'entreprise soit impraticable.

Pour arriver seulement à 10 ou 13 lieues

DE LA MASSE itfTERÎïE )3U GLOBE. ^5

il faudrait un travail et dès dépenses immenses. Cependant il serait bien -cuKeux de tenter quelque chose dans ce genre, quand on devrait se borner à profiler des travaux exécutés dans les mines les plus profondes pour y enfoncer une sonde; on pourrait ainsi avec une dépense qui n'excéderait pas celle que pourrait y consacrer un simple particulier, porter uti thermomètre à i5oo pieds au moins au-dessous de ces cavilés : ce qui devrait donner, même dans l'hypothèse de Trebra , une élévation de i5 degrés au-dessus de la chaleur des mines profondes; or, on sait que, dans quelques-unes de leurs excavations, la chaleur est déjà si forte que les ouvriers sont obligés d'y travailler nus. • '

Au surplus, si quelque gouvernement voulait entreprendre de se livrer à des recherches qui seraient d'un si haut intérêt pour la science, il pourrait arriver à des résultats beaucoup plus concluans et constater au moins si, à une distance très-voisine de la surface du sol, à quelques milliers de toises par exemple audessous des mines les plus profondes, la chaleur ne deviendrait pas telle, qu'elle s'opposerait à tout travail ultérieur.

46 LÊTTRK I.

Quoi qu'il en soit, ce que je viens d exposer suffit pour faire comprendre qu'il est impossible de supposer que la terre n'ait pas d'autre chaleur que celle qui lui est communiquée par les rayons du soleil.

Dans cette supposition , -en eflet , on trouverait sous chaque latitude, à une certaine profondeur, une température qui seraitla moyenne entre toutes celles qui se succèdent à la surface, et qui se prolongerait toujours la même, jusqu'aux plus grandes profondeurs.

Mais les choses se passentautrement.il suffit bien de s'enfoncer quelques pieds au-dessous du sol pour se soustraire aux variations diurnes. C'est ce que tout le monde peut observer dans les caves un peu profondes. Il est bien vrai que plus bas encore la température ne varie plus du tout. Celle des caves de l'Cfbservatoire, à 87 pieds sous terre, est restée la même depuis un demi-siècle; mais si on s'enfonçait plus bas, on trouverait une température de plus en plus élevée, ce qui suffit pour prouver l'existence d'une source de chaleur interne.

A la surface du sol, la chaleur solaire a bc- » soin pour agir d'une manière énergique cl Vire

DE LA M Y S, S F. INTERNE I>U GLOBE. 4j

concentrée par la réflexion des corps sur lesquels elle tombe; aussi son effet est-il presque nul sur une surface située à une certaine hauteur au milieu d'un air pur. C'est pour cette raison que le sommet de toutes les hautes montagnes est couvert de neiges perpétuelles. '

Si, au lieu de gravir une montagne on s'élève à l'aide d'un ballon, on trouve encore le refroidissement de l'atmosphère beaucoup plus rapide; ce qui tient au plus grand isolement de l'observateur et à l'absence de tout corps propre à réfléchir les rayons solaires. Un célèbre physicien (M.Gay-Lussac), dans une expérience où il s'éleva à une lieue et demie environ au-dessus de Paris, fut soumis à un froid de ia degrés au-dessous de la glace : ce jour-là il régnait, à la surface de la terre , une chaleur de 25 degrés; plus haut encore, l'influence des rayons solaires diminuerait, et on trouverait un froid que nul homme ne pourrait supporter au-delà de quelques instans.

Il y a pourtant une limite au-delà de laquelle le froid cesserait de devenir plus intense ; c'est ce que tout le monde comprendra facilement ; mais ce qu'on n'imaginera pas d'abord, et ce qui pourtant est constant, c'est

qu'on est parvenu à fixer quelle doit être celle limite. On sait que le froid irait en augmentant rapidement jusqu'à 4o degrés au-dessous de la glace (ce qui donne un peu pl us que le degré de froid suffisant pour la congélation du mercure), mais qu'alors le thermomètre resterait stationnaire, quelle que fût la distance à laquelle on s'éloignât de la terre; enfin, que cette température est celle des espaces planétaires de notre système solaire. C'est à M. Fourier qu'est dû ce curieux résultat. Ne me demandez pas comment ce grand géomètre a pu y arriver; c'est son secret et celui du petit nombre d'hommes qui peuvent être initiés à ses profondes recherches. Qu'il nous suffise de savoir que plusieurs considérations, outre la manière dont la température baisse à mesure qu'on s'élève dans l'atmosphère, ont pu l'y conduire. N'est- il pas évident, par exemple, que la différence qu'on observe entre la température qui règne pendant les heures où le soleil brille sur l'horizon et celle de la nuit, dépend nécessairement de cette température des espaces planétaires ; que la différence des saisons est aussi nécessairement modifiée par elle. Il n'en faut pas davantage à un

DE LA MASSE INTERNE DU GLOBE. /jp

géomètre profond pour qu'il puisse, à l'aide de ses calculs, remonter, d'une matière certaine, des effets connus à la cause qui les pro- '

duit. #

Au surplus,* ce qui assure la certitude du résultat annoncé par M. Fourier, c'est que, quel que soit le phénomène connu, et influencé ; par la température planétaire, d'où l'on veuille partir pour arriver à la connaissance de cette température, le calcul donne toujours le même

résultat. • ,

Les mêmes recherches ont appris d'une manière certaine à M. Fourier que la température des pôles, sur la surface desquels la chaleur propre du globe doit être très-peu sensible, et qui ne sont d'ailleurs qu'effleurés par les rayons solaires, doit être de très-peu supérieure à celle des espaces planétaires , résultat qui fait évanouir bien des suppositions sur l'existence d'une mer libre au-delà des glaces éternelles , et environnant immédiatement les

pôles. *

Il y a soixante ans , un astronome de Gottingue (Mayer) supposait que la température moyenne du pôle nord n'était pas inférieure à zéro, c'est-à-dire à celle de la glace fondante.

5o LETTRE !..

Tout récemment, le célèbre navigateur Sco resby a détruit cette erreur. Un peu plus tard le capitaine Parry, si connu par ses courageuses entreprises, nous a appris que, dans File Melleville, sous le 75 e degré de latitude, la température moyenne de l'année était de — 18 degrés; on a calculé qu'en admettant un refroidissement progressif jusqu'au go me , sa température moyenne devait être de 3a degrés au-dessous de la glace, en supposant toutefois que le continent d' Amérique se prolongeât jusque dans son voisinage ; car, dans le cas où l'océan se prolongerait jusqu'au pôle, la température devrait être supérieure, et pourrait ne pas être au-dessous de celle de l'île Melleville, — 18 0 ( 18 degrés au-dessous de la glace).

Mais revenons à ce qui regarde l'intérieur du globe.

Si la croûte minérale était moins épaisse , la chaleur interne, devenant plus sensible à la surface du sol, lui ferait éprouver une température plus élevée que celle que nous ressentons dans l'état actuel des choses ; aussi tout porte à croire que la surface de la terre a été jadis douée d'une température bien plus élevée que celle que nous lui voyons aujourd'hui.

DE IA MASSE IJfTERlfE DU GI.OBE. 5l

Un grand nombre de naturalistes ont même été conduits à regarder notre globe coflime un petit soleil encroûté. Suivant eux, sa masse entière aurait été primitivement incandescente comme celle du soleil. Par suite de son mouvement dans l'espace, il se serait assez refroidi pour permettre la solidification de l'enveloppe la plus extérieure. Cette enveloppe solide a dû, dans cette hypothèse, devenir de siècle en siècle plus épaisse; et la terre, qui se refroidît ainsi peu à peu, est irrévocablement condamnée à finir par n'être plus qu'une masse glacée, roulant sans vie autour d'un soleil dont la chaleur, diminuant aussi peu à peu, finira également par se dissiper entièrement.

Personne n'a le droit de mépriser une pareille opinion , çar elle a été admise par Buffon ; mais ne nous en efîrayons pas trop non plus, car d'autres savans ont prétendu avoir de fort bonnes raisons pour nous rassurer.

L'un des plus célèbres d'entre eux (i) a même prouvé mathématiquement que, dans l'état actuel des choses , la chaleur interne du globe, si tant est qu'elle ait encore quelque influence

(i) M. Fourier.

5l LETTRE I.

sur la température de sa surface, ne peut l'élever de plus d'un dixième de degré, terme moyen; d'où il stiit que le refroidissement total du globe n'entraînerait aucun changement appréciable dans les saisons de chaque climat, tant que l'intensité de la chaleur fournie par le soleil restera la même : or rien ne prouve que cette chaleur ait diminué depuis les temps les plus éloignés.

Plusieurs géologues , /iont les opinions, il est; vrai , ne sont pas plus fondées que celle de Bu fi on , ne nous offrent pas une perspective plus agréable : ils nous condamnent , nous , ou plutôt nos despendans, à voir les fleuves, les lacs, les rivières, toutes les mers, et l'océan lui-même, s'évaporer peu à peu, jusqu'à ce que la terre desséchée prenne feu au soleil.

Mal pour mal, je préférerais cette fin à l'autre : elle est plus prompte, et le grand feu d'artifice qu'elle offre en perspective effraie moins l'imagination que l'éternelle mort glacée dont nous menaçait Buffon.

Ajoutons que quelques chimistes nous assurent que la terre doit renaître de ses cendres , et que cette grande combustion donnera lieu à une quantité d'eau si considérable, qu'il fau-

Page 1