DE CETTE NOUVELLE ÉDITION
Un des naturalistes les plus célèbres de notre époque, Adrien de Jussieu, examinait un jour des candidats au baccalauréat, qui lui répondaient fort mal. En simplifiant de plus en plus les questions qu’il leur adressait, il ne réussissait qu’à mieux mettre en évidence le désordre et l’incertitude de leurs idées sur les premiers principes de la science. Une réponse hérissée de mots techniques compris à contre sens, lui fit enfin perdre patience; il se tourna vers les jeunes gens qui remplissaient la salle , et les regardant avec son bon et fin sourire : Messieurs, leur dit-il, d’après la manière dont vous comprenez la science , vous devez avoir une singulière opinion de ceux qui , comme nous , lui consacrent leur vie.
M. de Jussieu signalait là, le plus grand inconvénient des études trop hâtives et mal digérées ; elles ne nourrissent pas l’esprit, mais elles l’encombrent, en lui faisant perdre avec la curiosité, l'estime de la science et jusqu’à la croyance au savoir véritable. Le danger est d’autant
PREFACE
plus grand que les questions abordées sont plus complexes et plus difficiles à approfondir. Lorsque la nature du sujet qu’il traite, ne comporte pas, en effet, une intelligence complète de tous les intermédiaires, un auteur, si habile qu’il soit, demande, il le faut bien, à être cru sur parole, mais il oublie quelquefois que les raisons qui s’opposent à l’exposition détaillée des preuves, peuvent rendre les énoncés eux -mêmes incompréhensibles; et que, faute de définir les savantes locutions qui sont pour lui des lieux communs, il ne présente à son lecteur que des mots vagues ou complètement vides de sens. Ajoutons qu’un trop grand nombre de définitions accumulées au début d’un livre, laissent subsister le danger presqu’en son entier. L’ouvrage semble alors écrit dans une langue étrangère , et l’on s’expose à de graves quiproquo , si, pour en avoir parcouru le dictionnaire, on croit l’entendre couramment.
Ces remarques sont applicables à toutes les sciences, mais à la géologie plus peut-être qu’à aucune autre. Les problèmes qu’elle soulève exigent, en effet, pour être non-seulement résolus, mais compri-s, des notions trèsnettes sur les autres sciences mathématiques, physiques ou naturelles. La géologie considère à la surface du globe, une foule de directions et d’alignements qui semblent, au premier abord, réglés par le seul hasard. La géométrie est nécessaire pour débrouiller cette confusion et découvrir, malgré toutes les perturbations, l’empreinte d’un ordre caché dont une savante analyse peut seule déterminer le degré de certitude.
Le géologue a d’immenses mouvements à expliquer. La mécanique doit guider ses conjectures sur les forces qui les ont produits; l’étude des températures terrestres exige la physique la plus profonde , et il faut être géo-