‹ Lettres sur les révolutions du globeChapitre 10 sur 73 · Voyez note première · texte numérisé non relu

Voyez note première

INTRODUCTION. — SYSTÈMES

jusqu’à l’entière dépuration de l’atmosphère. Elles ont gagné successivement du terrain, et sont arrivées aux contrées de l’équateur, et enfin elles ont couvert toute la surface du globe, à 2,000 toises de hauteur audessus du niveau de nos mers actuelles.

La terre entière était alors sous l’empire de la mer, à l’exception peut-être du sommet des montagnes primitives, qui n’ont été, pour ainsi dire, que lavées et baignées pendant le premier temps de la chute des eaux, lesquelles se sont écoulées de ces lieux élevés pour occuper les terrains inférieurs dès qu’ils se sont trouvés assez refroidis pour les admettre sans les rejeter en vapeur. Les sommets de ces montagnes furent les premiers lieux où se manifesta la nature organisée, et elle s’y développa d’abord avec la plus grande énergie. Ils se couvrirent donc de grands arbres et de végétaux de toute espèce, qui furent bientôt après précipités dans les flots et transportés au loin par eux.

À la même époque, toutes les mers se peuplèrent aussi d’habitants dont les débris, ensevelis avec ceux des végétaux des montagnes, se précipitèrent au fond des eaux qui ont fait place à nos continents.

On demandera peut-être comment ces continents ont pu être mis à découvert. Rien de plus facile à expliquer dans les idées de Buffon ; car il était arrivé à la terre, en se refroidissant, ce qu’on remarque sur tous les corps qui passent d’une très-haute température à une autre moins considérable : il existait à sa surface, nonseulement des bosses et des cavités, mais encore des boursouflures qui formaient d’immenses cavernes, au-

dessus desquelles la mer reposait d’abord, mais dans lesquelles elle se précipita dans la suite, lorsque la masse des eaux eut miné et brisé, par son poids, la couche de terre assez mince qui les recouvrait. L’abaissement produit dans le niveau des mers par l’écoulement des eaux qui remplirent ces cavernes, qu^on peut supposer aussi grandes et aussi immenses qu’on le voudra, mit donc à sec les terrains que nous habitons aujourd’hui, et qui, comme on voit, ont tous été des fonds de mer, dans l’opinion de Buffon, comme dans celle de la plupart des auteurs qui avaient fait avant lui des systèmes sur le même sujet. Mais son système n’emporte pas, comme celui de Maillet par exemple, que la mer continue encore à baisser progressivement, de manière à laisser un jour notre planète tout à fait à sec.

Les idées systématiques de Buffon sont les dernières qui aient joui en France d’une certaine faveur. Quant à celles qui ont pu être émises par des auteurs encore vivants, je n’oserais entreprendre d’en parler moi-même, et je suis trop heureux de pouvoir me mettre à couvert en me bornant à transcrire le petit exposé qu’en fait un naturaliste à qui la gloire de ses travaux semble avoir donné le droit d’une juridiction absolue sur toutes les parties de la science.

« De nos jours, dit M. Cuvier, les esprits, plus libres que jamais, ont aussi voulu s’exercer sur ce grand sujet. Quelques écrivains ont reproduit et prodigieusement étendu les idées de Maillet : ils disent que tout fut fluide dans l’origine; que le fluide engendra d’abord des animaux très-simples, tels que les monades

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ou autres espèces infusoires et microscopiques; que, par la suite des temps, et en prenant des habitudes diverses, les races de ces animaux se compliquèrent et se diversifièrent au point où nous les voyons aujourd’hui. Ce sont toutes ces races d’animaux qui ont converti par degrés l’eau de la mer en terre calcaire. Les végétaux, sur l’origine et les métamorphoses desquels on ne nous dit rien, ont converti, de leur côté, l’eau en argile; mais ces deux terres, à force d’être dépouillées des caractères que la vie leur avait imprimés, se résolvent, en dernière analyse, en silice ; et voilà pourquoi les anciennes montagnes sont plus siliceuses que les autres. Toutes les parties solides de la terre doivent donc leur naissance à la vie ; et, sans la vie, le globe serait encore entièrement liquide1.

« D’autres écrivains ont donné la préférence aux idées de Kepler. Comme ce grand astronome, ils accordent au globe lui-même les facultés vitales* : un fluide, selon eux, y circule; une assimilation s’y fait aussi bien que dans les corps animés; chacune de ses parties est vivante; il n’est pas jusqu’aux molécules les plus élémentaires qui n’aient un instinct, une volonté, qui ne s’attirent et se repoussent d’après les antipathies et les sympathies. Chaque sorte de minéral peut convertir des masses immenses en sa propre nature, comme nous convertissons nos aliments en chair et en sang. Les mon-

1. Voyez la Physique de Rodig, pag. 106, Leipzig, 1801 ; et la page 169 du 2e tome de Telliamed. M. de Lamarck est celui qui a développé, dans ces derniers temps, ce système avec le plus de suite et de sagacité dans son Hydrogéologie et dans sa Philosophie géologique.

tagnes sont les organes de la respiration du globe, et les schistes ses organes sécrétoires; c’est par ceux-ci qu’il décompose l’eau de la mer pour engendrer les déjections volcaniques. Les filons enfin sont des caries, des abcès du règne minéral, et les métaux un produit de pourriture et de maladie1 : voilà pourquoi ils sentent presque tous si mauvais1.

« ïl faut convenir pourtant que nous avons choisi là des exemples extrêmes, et que tous les géologistes n’ont pas porté la hardiesse des conceptions aussi loin que ceux que nous venons de citer; mais, parmi ceux qui ont procédé avec le plus de réserve, et qui n’ont point cherché leurs moyens hors de la physique ou de la chimie ordinaire, combien ne règne-t-il pas encore de diversité et de contradiction !

« Chez l’un , tout est précipité successivement par cristallisation, s’est déposé à peu près comme il est encore, mais la mer, qui couvrait tout, s’est retirée par degrés 2.

« Chez l’autre, les matériaux des montagnes sont sans cesse dégradés et entraînés par les rivières, pour aller au fond des mers se faire échauffer sous une énorme pression, et former des couches que la chaleur qui les durcit relèvera un jour avec violence3.

1. M. Patrin a mis beaucoup d’esprit à soutenir cette manière de voir dans plusieurs articles du Nouveau Dictionnaire d’histoire naturelle.

2. M. Delamétherie admet la cristallisation comme cause principale, dans sa Géologie.

3. Hutton et Playfair, Illustrations of the Huitonian theory of the earth, etc. Edimbourg, 1802.

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« Un troisième suppose le liquide divisé en une multitude- de lacs placés en amphithéâtre les uns au-dessus des autres, qui, après avoir déposé nos couches coquillières, ont rompu successivement leurs digues pour aller remplir le bassin de l’Océan U

« Chez un quatrième, des marées de 7 à 800 toises ont, au contraire, emporté, par la suite des temps le fond des mers, et l’ont jeté en montagnes et en collines dans les vallées ou sur les plaines primitives du continent1 2.

« Un cinquième fait tomber successivement du ciel comme les. pierres météoriques, les divers fragments dont la terre se compose, et qui portent dans les êtres inconnus dont ils recèlent les dépouilles l’empreinte de leur origine3.

« Un sixième fait le globe creux, et y place un noyau d’aimant qui se transporte, au gré des comètes, d’un pôle à l’autre, entraînant avec lui le centre de gravité et la masse des mers, et noyant ainsi alternativement les deux hémisphères4.»

Après avoir exposé ainsi les principales hypothèses auxquelles on a bien voulu jadis donner le nom de théorie de la terre , nous ajouterons avec M. Ampère « qu’aujourd’hui, grâce aux travaux des géologues mo-

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