EXCÈS DU MAXIMUM SUR LE MINIMUM DE TEMPÉRATURE ANNUELLE
Thermomètres. 1834. 1835.
A 0,58 pieds de prof. . . 13°, 44 centigr ..... 12°, 10 centigr.
1,38 » » ... 12°, 56 » ..... llo,54 »
On ne peut s’empêcher, en jetant les yeux sur ce tableau, d’être frappé de la rapidité avec laquelle diminuent les variations quand la profondeur augmente.
2. Dans nos climats, la couche terrestre, qui n’est pas sujette aux variations de température qui ont lieu dans le cours d’une journée, se trouve située à une fort grande distance de la surface du sol. Il n’en est pas de même sous les tropiques ; et, d’après les observations de M. Boussingault, il suffit de descendre un thermomètre à la simple profondeur d’un tiers de mètre pour qu’il marque constamment le même degré, à un ou deux dixièmes près. Il faut remarquer cependant que ce résultat a été obtenu en faisant l’expérience dans un lieu abrité ( comme sous un hangar), où le sol était à l’abri de réchauffement direct produit par l’absorption des rayons solaires, à l’abri du rayonnement nocturne et de l’infiltration des pluies. En plein air, dans des lieux non abrités , il faudrait s’enfoncer plus profon-
DE LA MASSE INTERNE DU GLOBE
caves de l’Observatoire, qui sont à 87 pieds sous terre, et où les observations thermométriques faites depuis un demi-siècle montrent que la température est restée constante. Mais, si on s’enfonçait plus bas, on trouverait une température de plus en plus élevée, ce qui suffit pour prouver l’existence d’une source de chaleur interne.
A la surface du sol, la chaleur solaire a besoin, pour agir d’une manière énergique, d’être concentrée par la réflexion des corps sur lesquels elle tombe : aussi son effet est-il presque nul sur une surface située à une certaine hauteur au milieu d’un air pur. C’est pour cette
dément pour atteindre la couche douée d’une température constante.
Dans les climats où la température moyenne des jours, au lieu de rester sensiblement la même pendant tout le cours de l'année, comme c’est le cas près de l’équateur, est au contraire extrêmement différente suivant les saisons, il faut descendre très-profondément pour arriver à la couche de température constante. Ainsi, à Yakoutsk, ville de Sibérie, où pendant le mois de juin le thermomètre monte dans la journée à 26° et plus, tandis que dans le mois de décembre il s’abaisse ordinairement jusqu’à 41° cent, au-dessous de zéro, et dans quelques années jusqu’à 48°, c’est à une profondeur de 50 pieds anglais (15 mètres 24 décimètres) que l’on voit le mercure se soutenir constamment à 7°, 5 cent, au-dessus de zéro , qui est la température moyenne du lieu déduite des observations thermométriques faites à l’air libre pendant plusieurs années consécutives. C’est ce qu’a reconnu M. Erman en descendant ses instruments au fond d’un puits que faisait creuser un négociant nommé M. Schergin, et qui était arrivé seulement alors à la profondeur que nous avons indiquée. Les travaux avaient été entrepris d’abord pour avoir de l’eau ; mais comme la température trouvée à 15 mètres montrait qu’il faudrait aller au delà de 100 pour arriver aux couches dégelées, c’est dans un but purement scientifique que M. Schergin a fait continuer l’opération. On s’est arrêté à une profondeur de 116 mètres, et à ce point le thermomètre était encore à plus d’un. demi-degré au-dessous de zéro.
raison que le sommet de toutes les hautes montagnes est couvert de neiges perpétuelles.
Si, au lieu de gravir une montagne, on s’élève à l’aide d’un ballon, on trouve encore Je refroidissement de l’atmosphère beaucoup plus rapide; ce qui tient au plus grand isolement de l’observateur et a l’absence de tout corps propre à réfléchir les rayons solaires. Un célèbre physicien (M. Gay-Lussac), dans une expérience où il s’éleva à une lieue et demie environ au-dessus de Paris, fut soumis à un froid de \ 2 degrés au-dessous de la glace1; ce jour-là il régnait, à la surface de la terre, une chaleur de 25 degrés; plus haut encore, l’influence des rayons solaires diminuerait, et on trouverait un froid que nul homme ne pourrait supporter au delà de quelques instants.
Il y a pourtant une limite au delà de laquelle le froid cesserait de devenir plus intense; c’est ce que tout le monde comprendra facilement; mais ce qu’on n’imaginera pas d’abord, et ce qui pourtant est constant, c’est qu’on est parvenu à fixer quelle doit être cette limite. On sait que le froid irait en augmentant rapidement jusqu’à 40 degrés au-dessous de la glace (ce qui donne un peu plus que le degré de froid suffisant pour la congélation du mercure), mais qu’alors le thermomètre resterait stationnaire, quelle que fut la distance à laquelle on s’éloignât de la terre ; enfin, que cette température est celle des espaces planétaires de notre système
1. MM. Bixicf et Barrai qui, le 27 juillet 1850, se sont élevés à 7,000 mètres, ont observé une température beaucoup moindre ; leur thermomètre est descendu jusqu’à 39° au-dessous de zéro.
DE LA MASSE INTERNE DU GLOBE
solaire. C’est à M. Fourier qu’est dû ce curieux résultat. Ne me demandez pas comment ce grand géomètre a pu y arriver; c’est son secret et celui du petit nombre d’hommes qui peuvent être initiés à ses profondes recherches. Qu’il nous suffise de savoir que plusieurs considérations, outre la manière dont la température baisse à mesure qu’on s’élève dans l’atmosphère, ont pu l’y conduire. N’est-il pas évident, par exemple, que la différence qu’on observe entre la température qui règne pendant les heures où le soleil brille sur l’horizon et celles de la nuit dépend nécessairement de cette température des espaces planétaires; que la différence des saisons est aussi nécessairement modifiée par elle? Il n’en faut pas davantage à un géomètre profond pour qu’il puisse, à l’aide de ses calculs, remonter, d’une manière certaine, des effets connus à la cause qui les produit.
Au surplus, ce qui assure la certitude du résultat annoncé par M. Fourier, c’est que, quel que soit le phénomène connu, et influencé par la température planétaire, d’où l’on veuille partir pour arriver à la connaissance de cette température, le calcul donne toujours le même résultat.
Les mêmes recherches ont appris d’une manière certaine à M. Fourier que la température des pôles, sur la surface desquels la chaleur propre du globe doit être très-peu sensible, et qui ne sont d’ailleurs qu’effleurés par les rayons solaires, doit être de très-peu supérieure à celle des, espaces planétaires, résultat qui fait évanouir bien des suppositions sur l’existence d’une mer libre
au delà des glaces éternelles, et environnant immédiatement les pôles1.
. Il y a soixante ans, un astronome de Gœttingue (Mayer) supposait que la température moyenne du pôle nord n’était pas inférieure à zéro, c’est-à-dire à celle de la glace fondante. Le célèbre navigateur Scoresby a détruit, il y a quelques années, cette erreur. Un peu plus tard, le capitaine Parry, si connu par ses courageuses entreprises, nous a appris que, dans l’île Melville, sous le 75e degré de latitude, la température moyenne de l’année était de — 18 degrés ; on a calculé qu’en admettant un refroidissement progressif jusqu’au pôle, sa température moyenne devait être de 3â degrés au-dessous de la glace, en supposant toutefois qu’audelà du continent d’Amérique il se trouvât encore de vastes terres : car, dans le cas où l’Océan se prolongerait jusqu’au pôle, la température devrait être supérieure, et pourrait ne pas être au-dessous de celle de l’île Melville, — ^0 (4 8 degrés au-dessous de la glacé).
Mais revenons à ce qui regarde l’intérieur du globe.
Si la croûte minérale était moins épaisse, la chaleur interne, devenant plus sensible à la surface du sol, lui erait éprouver une température plus élevée que celle que nous ressentons dans l’état actuel des choses : aussi tout porte à croire que la surface de la terre a été jadis douée d’une température bien plus élevée que celle que nous lui voyons aujourd’hui.
Un grand nombre de naturalistes ont même été con-
1. Voyèz à la fin du volume la note sur les recherches de M. Fourier.
DE LA MASSE INTERNE DU GLOBE
duits à regarder notre globe comme un petit soleil encroûté. Suivant eux, sa masse entière aurait été primitivement incandescente comme celle du soleil. Par suite de son mouvement dans l’espace, il se serait assez refroidi pour permettre la solidification de l’enveloppe la plus extérieure. Cette enveloppe solide a dû, dans cette hypothèse, devenir de siècle en siècle plus épaisse; et la terre, qui se refroidit ainsi peu à peu, est irrévocablement condamnée 'a finir par n’être plus qu’une masse glacée, roulant sans vie autour d’un soleil dont la chaleur diminuant aussi peu à peu finira également par se dissiper entièrement.
Personne n’a le droit de mépriser une pareille opinion, car elle a été admise par Buffon; mais ne nous en effrayons pas trop non plus, car d’autres savants ont prétendu avoir de fort bonnes raisons pour nous rassurer. L’un des plus célèbres d’entre eux 1 a même prouvé mathématiquement que, dans l’état actuel des choses, la chaleur interne du globe, si tant est qu’elle ait encore quelque influence sur la température de sa surface, ne peut l’élever de plus d’un dixième de degré, terme moyen: d’où il suit que le refroidissement total du globe n’entraînerait aucun changement appréciable dans les saisons de chaque climat, tant que l’intensité de la chaleur fournie par le soleil restera la même : or, rien ne prouve que cette chaleur ait diminué depuis les temps les plus reculés.
Plusieurs géologues, dont les opinions, il est vrai, ne