‹ Lettres sur les révolutions du globeChapitre 35 sur 73 · PALÆOTHERIUM PALÆOTHERIUM · texte numérisé non relu

PALÆOTHERIUM PALÆOTHERIUM

petit.

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de différentes dimensions, ce fut une grande confirmation pour lui que de voir dans les pieds de même espèce des rapports de grandeurs correspondant à ceux que présentaient les têtes.

Pour les anoplotheriums, il se conduisit de la même manière ; et, comme il avait dans les têtes les preuves de l’existence d’un genre et de plusieurs sous-genres, il ne fut pas surpris de trouver des pieds analogues, qui différaient aussi entre eux pour se prêter aux mêmes subdivisions.

Je ne m’étendrai pas davantage sur l’historique de ces recherches,; vous comprenez tout de suite tout ce qu’elles ont d'ingénieux, et quelle connaissance profonde de la nature elles exigent. Qu’il me suffise de vous dire que les troncs ont été recomposés comme les têtes et les pieds, puis ajustés avec ces derniers. Ce qui prouve d’une manière incontestable, et l’excellence de la méthode suivie dans ce travail, et la manière rigoureuse dont elle a été appliquée, c’est que toutes les découvertes d’animaux plus ou moins complets trouvés postérieurement ont confirmé ce qui avait été annoncé, sans que jamais on ait été obligé de rectifier les résultats auxquels l’analogie avait conduit d’abord.

Ce serait maintenant le lieu d’entrer dans quelques détails sur les caractères zoologiques de ces nouveaux genres, mais c’est ce que je n’oserais entreprendre; car, outre la sécheresse du sujet, je me souviens que mon rôle est de vous intéresser, si je peux, aux belles découvertes dont je vous parle, et qu’il ne peut aller au delà. Je me contenterai donc de vous dire que le genre palæothe-

riiun diffère de l’anoplotherium en ce que les animaux qui le composent ont une dent canine saillante, à peu près semblable à celle que présentent les animaux de l’espèce du sanglier, moins saillante que chez ces derniers à l’état sauvage, mais recouverte dans son entier par les lèvres, comme dans l’hippopotame, le tapir et le cochon; que l’anoplotherium, au contraire, est dépourvu de cette dent, et que de son absence il résulte que, bien que tous deux herbivores, ces deux genres devaient, relativement à leurs habitudes, présenter des différences assez marquées. Le genre anoplotherium, manquant de la canine qui distingue le palæotherium , devait renfermer des animaux de mœurs plus pacifiques; c’est aussi ce que rappelle le nom qu’on lui a donné, le mot anoplotherium étant formé de deux mots grecs qui signifient animal inoffensif , tandis que palæotherium veut dire seulement animal ancien.

• On distingue, dans les différents palæotheriums, relativement à leur forme extérieure, le grand, le petit, le moyen, le gros, l’épais, le court. Pour les anoploiheriums, on a établi également les dénominations d’après le volume du corps et les proportions de ses diverses parties. Je vous envoie le trait de celles de ces espèces sur lesquelles nous avons assez de données pour qu’on ait cru, sans trop de témérité, pouvoir se hasarder à les représenter aux yeux ; et vous me saurez peutêtre quelque gré d’y joindre aussi ce que l’analogie peut nous apprendre de plus positif sur les lieux qu’ils habitaient, leur genre de vie, leurs mœurs, etc.

Grand palæotherium [voyez la planche \ ). « Cet

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animal avait la taille cTun cheval de médiocre grandeur ; mais il était plus trapu, sa tète était plus massive, ses extrémités plus grosses et plus courtes. Il n’est rien de plus aisé que de se le présenter dans l’état de vie. » (Cuvier.)

Petit palœolherium ( voyez la planche I). « Si nous pouvions ranimer cet animal aussi aisément que nous en avons rassemblé les os, nous croirions voir courir un tapir plus petit qu’un chevreuil, à jambes grêles et „ légères : telle était sans doute sa figure. Un squelette presque complet de cette espèce a été trouvé à Pantin ; sa hauteur, au garrot, devait être de 16 à 18 pouces. » (Cuvier.)

« On peut se faire une idée assez juste du palæotherium moyen, en se le représentant comme un tapir à jambes grêles; il devait être, dans ce genre, ce qu’est le babiroussa parmi les cochons; sa hauteur, au garrot, était de 31 à 32 pouces. » (Cuvier.)

Nous avons trop peu de données sur les trois autres espèces de palæotheriums pour oser hasarder aucune conjecture sur leur forme.

Le squelette de plusieurs anoplotheriums a été reconstruit si complètement, qu’on ne peut conserver aucun doute sur l’apparence qu’il devait avoir quand il était recouvert des muscles et de la peau.

Anoplotherium commun ( voyez la planche 2). « Sa hauteur, au garrot, était assez considérable ; elle pouvait aller a plus de. trois pieds et quelques pouces; mais ce qui le distinguait le plus, c'était son énorme queue': elle lui donnait quelque chose de la stature de la loutre,

et il est très-probable qu’il se portait souvent, comme ce carnassier, sur et dans les eaux, surtout dans les lieux marécageux. Mais ce n’était sans doute point pour y pêcher. Gomme le rat d’eau, comme l’hippopotame, comme tous les genres des sangliers et des rhinocéros, notre anoplotherium était herbivore : il allait donc chercher les racines et les tiges succulentes des plantes aquatiques. D’après ses habitudes de nageur et de plongeur, il devait avoir le poil lisse comme la loutre; peut-être même sa peau était-elle demi-nue, comme celle des pachydermes dont nous venons de parler. Il n’est pas vraisemblable non plus qu’il ait eu de longues oreilles, qui l’auraient gêné dans son genre de vie aquatique, et je penserais volontiers qu’il ressemblait, à cet égard, à l hippopotame et aux autres quadrupèdes qui fréquentent beaucoup les eaux.

« Sa longueur totale, la queue comprise, était au moins de huit pieds, et sans la queue, de cinq et quelques pouces. La longueur de son corps était donc à peu près la même que dans un âne de taille moyenne ; mais sa hauteur n’était pas tout à fait aussi considérable. » (Cuvier.)

Anoplotherium léger ( voyez la planche 2). « Il devait avoir un peu plus de t pieds de hauteur au garrot, et égaler le chamois en hauteur, bien que sa tête et ses os ne soient pas si gros ; mais cela tient à l’excessive élongation de ses membres. Sa tête égale à peine celle de la corine. O11 voit qu’ autant les allures de l’anoplotherium commun étaient lourdes et traînantes lorsqu’il marchait sur la terre, autant le léger devait avoir d’agilité et de

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A N O P L O TH E R I U M ANOPLOTH ERIUM

léger. commun.

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grâce. Léger comme la gazelle ou le chevreuil, il devait courir rapidement autour des marais et des étangs, où nageait la première espèce. Il devait y paître les herbes aromatiques des terrains secs, ou brouter les pousses des arbrisseaux. Sa course n’était point sans doute embarrassée par une longue queue ; mais, comme tous les herbivores agiles, il était probablement un animal craintif, et de grandes oreilles très-mobiles, comme celles du cerf, l’avertissaient du moindre danger. Nul doute, enfin, que son corps ne fût couvert d’un poil ras; et par conséquent, il ne nous manque que sa couleur pour le peindre tel qu’il animait jadis cette contrée, où il a fallu en déterrer, après tant de siècles, de si faibles vestiges. Remarquons, en passant, qu’ai nsi revêtu de sa peau, s’il eût été rencontré par quelques-uns dé ces naturalistes qui veulent tout classer d’après les caractères extérieurs, on n’eût pas manqué de le ranger avec les ruminants; et cependant il en est à une assez grande distance par ses caractères intérieurs, et très-probablement il ne ruminait pas. »

L’anoplotherium léger appartient au sous-genre des Xi'phodons, nom formé.de deux mots grecs qui signifient dents tranchantes : en effet, les trois premières dents molaires ont, chez l’adulte, une forme toute particulière; elles sont allongées; comprimées, à bords festonnés et tranchants ; il est très-possible que l’animal en ait tiré quelque parti pour manger de la chair, et il doit être compté probablement parmi les espèces omnivores de l’ordre des pachydermes, comme le sont les cochons.

M. Cuvier croit pouvoir rapporter au genre anoplotherium, mais non pas avec la môme certitude qu’il l’a fait pour les xi phodons dont le squelette lui était entièrement connu, un petit groupe qu’il désigne sous le nom de DichohuneSj à cause des collines disposées par paire que présentent les quatre dernières molaires. Ce groupe comprend trois espèces : la première avait la taille et les proportions du lièvre ; les deux autres avaient seulement celles du cochon d’Inde. Pour celles-ci surtout, la réunion au groupe des anoplotheriums ne semble pas à l’illustre auteur de l’histoire des ossements fossiles suffisamment prouvée. Il se pourrait bien, dit-il, que ces deux petits animaux, quand on connaîtra plus complètement leur squelette, fussent enfin placés parmi fes ruminants.

Les espèces que nous venons de décrire appartiennent spécialement au bassin dans lequel se trouve Paris, et il est assez remarquable qu’on ne les rencontre nulle part ailleurs. On a cependant découvert des individus appartenant aux mêmes genres dans quelques endroits de la France ou des pays voisins : par exemple, à Issel, aux environs du Puy-en-Velay, près d’Orléans et de Montpellier. Il y a quelque lieu de croire que les os de ces deux derniers endroits appartiennent à une seule et même espèce.

Quant aux plâtrières des environs de Paris, outre les ossements des animaux dont nous venons de parler, elles offrent de rares débris de deux autres pachydermes. L’un, qui a été désigné sous le nom de Chœropotame , parait encore plus voisin des cochons que. les anoplo-

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theriums : « Je soupçonne, dit M. Cuvier, que le sousgenre des diehobunes dont les pieds ressemblent si fort à celui de cochons; était fort voisin de ce nouveau genre et établissait même le passage entre lui et les anoplotheriums proprement dits. »

L’autre animal, V Ad apis, avait dans la disposition de ses dents quelque chose qui semblait indiquer un genre de vie encore plus omnivore que le cochon, ou du moins dans lequel les aliments empruntés au règne animal prédominaient davantage; l’adapis, par sa dentition, se rapprochait, a certains égards, des carnassiers insectivores, et sa forme générale paraît avoir été à peu près celle du hérisson, quoique dans des dimensions d’un tiers plus fortes.

« C’est une chose bien remarquable, dit M. Cuvier en terminant l’histoire des pachydermes de Montmarlre, que l’abondance des animaux de cetordre parmi les fossiles, comparativement à leur proportion dans le nombre des animaux vivants : aussi les nuances qui lient les genres entre eux, ces formes intermédiaires, ces passages d’un genre à l’autre, si communs dans les autres familles, semblaient-ils manquer dans celle-là. Il élait réservé à l'histoire des os fossiles de les retrouver dans les entrailles de la terre, parmi les races qui complétaient l’ensemble du grand système des êtres naturels, et dont la destruction y a produit ces lacunes si frappantes. »

Peut-être, en ne voyant que des animaux phytophages pour habitants de nos contrées, vous faites-vous une idée séduisante de la vie qu’ils devaient y mener dans

ces temps reculés; mais n’allez pas trop tôt vous presser d’en conclure que tout temps le territoire de Paris a été un lieu privilégié, de manière ou d’autre, pour former le plus agréable séjour de la terre. Je suis fâché d’être obligé de vous le dire, mais nos doux anoplotheriums ne devaient pas toujours jouir en paix des lieux qu’ils animaient par leur présence : des animaux carnassiers leur faisaient la guerre, et la révolution qui les a détruits a enseveli avec eux leurs persécuteurs.

Le plus fort, le plus cruel, le plus terrible ennemi des habitants de nos contrées, était un animal de la famille des ratons ; dont la taille égalait presque celle du loup, mais qui, d’après la forme de ses dents, devait surpasser de beaucoup ce dernier en férocité. Il ne devait le céder, sous ce rapport, à aucun des animaux actuellement vivants ; ce que rendent évident la grandeur de ses dents, leur forme tranchante, et les indices qui nous restent sur la vigueur de ses mâchoires.

Il existait aussi dans nos environs un animal du genre canis > dont on a trouvé une mâchoire très-bien caractérisée, mais qui n’appartenait à aucune des espèces actuellement vivantes; il présente, en effet, des caractères qui le distinguent très-positivement de nos chiens domestiques, des renards, des chacals et des loups1.

1. On a trouvé à Avaray, près de Beaugency, dans une couche qu renfermait des ossements de mastodontes, de rhinocéros et de dinotheriums, quelques débris d’une espèce gigantesque du genre Chien , qui, on supposant l’animal construit dans les proportions du loup, était deux fois plus grand à peu près. Il devait en effet n’ayoir pas moins de huit pieds, depuis le bout du museau jusqu’à la racine de la queue, sur au moins cinq pieds de hauteur au train de devant.

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