R E P TI I. E S , CRUS T AGÉS', E TC
d’étonnement quand on pense que les crocodiles vi\ent aujourd’hui dans la zone torride avec les éléphants, les hippopotames et tous les autres animaux dont ces couches recèlent des débris.
Les tortues paraissent aussi anciennes dans le monde que les crocodiles; elles les accompagnent généralement dans toutes les couches, depuis les plus anciennes jusqu’aux plus récentes; mais nulle part elles ne se trouvent si abondantes que dans les formations qui renferment les débris de palæotheriums, et particulièrement dans les environs de Paris.
Le plus grand nombre de leurs débris appartenant à des sous- genres dont les espèces sont propres aux eaux douces et à la terre ferme, leur présence confirme les conjectures que l'étude des crocodiles doit faire naître sur l’existence d’îles, ou en général de terres découvertes avant la formation de la craie et avant qu’il y ait eu des quadrupèdes vivipares, ou du moins avant qu’ils aient été assez nombreux pour laisser une quantité de débris comparables à ceux des reptiles: vérité importante que semblent aujourd’hui vouloir révoquer en doute quelques naturalistes.
Parmi les débris de tortues, on en rencontre qui prouvent que quelques-uns de ces animaux, comme au reste la plupart des reptiles qui ont paru sur les premières terres, avaient acquis des dimensions prodigieuses. On a rencontré, il y a quelques années, dans les carrières de Mont, près de Lunéville, un radius de tortue de mer qui indique une carapace de près de huit pieds de longueur; l’animal qu’elle recouvrait appartient
au sous-genre des chélonées. On a trouvé plusieurs os indiquant le même sous-genre.
Dans presque toutes les parties de la Thuringe et du Voigtland, dans les portions limitrophes de la Hesse, et jusqu’en Franconie et en Bavière, règne une couche de schiste marneux et bitumineux, parsemée de grains de pyrite cuivreuse contenant de l’argent, et exploitée en plusieurs endroits pour ces deux métaux. Cette couche est l’une des plus anciennes parmi celles qui contiennent des débris de corps organisés, et probablement antérieure à toutes celles qui contiennent des ossements de crocodiles ; cependant ce terrain , recouvert par des masses immenses de productions marines des plus anciennes, paraît avoir été formé sous l’eau douce; la nature des poissons qu’il renferme porte du moins à le soupçonner, et ce qui confirme que ce terrain, tout ancien qu’il est, a été, à l’époque la plus reculée, d’abord découvert, puis envahi de nouveau par la mer, c’est la présence de débris de reptiles appartenant à des genres qui fréquentent les marais et les bords des rivières.
Pendant longtemps on a été incertain sur la détermination de ces débris réellement célèbres. Dès le commencement du siècle dernier on s’en occupait , et on les regardait comme ayant appartenu à des crocodiles. Cette opinion, adoptée ou rejetée successivement par différents naturalistes, a été tout récemment combattue par M. Cuvier, qui paraît avoir fixé l’opinion des savants à cet égard. Suivant lui, ces animaux anciens sont des sauriens du genre des monüors . Parmi les poissons d’eau douce qui se trouvent ensevelis avec eux, M. Cuvier en
REPTIJ.ES, crustacés, etc.
a découvert ,1m genre aujourd’hui inconnu, et qui, à l’époque si reculée de la première déposition des terrains secondaires, était répandu sur des points qui appartiennent maintenant aux deux hémisphères : en effet, une espèce très-voisine de celle qui a laissé de si nombreux débris dans les schistes pyriteux de la Thuringe a été trouvée dans des schistes non cuivreux provenant du Connecticut, dans l’Amérique du Nord,- et l’on en a rencontré également dans un gisement analogue aux environs d’Àutun.
Pour terminer l’indication des principaux animaux qui ont élé pris pour des crocodiles, il me reste à signaler le fossile devenu célèbre sous le nom de grand animal de Maastricht. Cet animal n’est pas pourtant ( non plus que les reptiles des schistes cuivreux de Thuringe) un véritable crocodile; comme ces derniers, il appartenait au genre des monitors, ou plutôt il forme à lui seul un genre nouveau voisin des monitors et des iguanes , ainsi que l’a le premier reconnu A. Camper. Ce qui avait surtout induit les naturalistes en erreur relativement au genre de cet animal, c’est l’énormité de ses dimensions comparées à celles des animaux dont il se rapproche le plus : sa longueur était en effet égale à dix fois au moins celle des plus grands de ces animaux. On compte dans son squelette 133 vertèbres; la longueur de sa tête seule approche de 4 pieds ; sa queue, longue de 10 pieds, se terminait en s’élargissant en forme de rame ; la longueur totale de son corps surpassait pieds. La queue forte et robuste de ce grand reptile devait former une rame très-puissante, qui lui permettait d’affronter les eaux de
la mer meme la plus agitée; car cet énorme lézard, quoique appartenant à un genre de reptiles dont aucun ne vit aujourd'hui dans la mer, était évidemment un animal marin.
On a proposé pour l’animal de Maastricht le nom de mosasaurus.
On a découvert dans plusieurs localités des reptiles appartenant à des genres plus ou moins semblables à celui que constitue l’animal de Maëstricht, et qu’on peut se représenter comme autant de grands lézards. Tel est celui que M. Cuvier propose d’appeler géosaurus > dont les débris ont été découverts dans les environs de Monheim, et qui devait être long de 1 2 à 1 3 pieds ; pour cette raison on avait proposé de lui donner le nom de lacerta gigantea ( lézard géant ) ; mais ce nom ne peut plus lui être conservé, aujourd’hui qu’on sait que le grand animal de Maëstricht, appartenant au même genre, a une taille doub’e de la sienne, et qu’un autre lézard , dont nous allons nous occuper, présente des dimensions bien plus considérables encore 1.
Ce dernier reptile est celui que M. Cuvier appelle mégalos auras ; ses débris ont été trouvés dans les environs d’Oxford par un célèbre naturaliste anglais, M. Buckland, de qui j’ai déjà eu l’occasion de vous parler pour ses recherches sur les cavernes à ossemenfs.
1. Le Muséum possède des débris très-curieux de ces reptiles: ou y distinguera, entre autres, les vertèbres et différents autres os du grand animal de Maëstricht, classé par M. Cuvier parmi les monitors, et surtout une tète, qui est certainement un des plus beaux débris des créations anciennes qu’on ait découverts jusqu’à 'présent.
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L’énormité des os qui en restent indiquerait pour la totalité de son corps une longueur de 4o pieds. Quelques débris paraîtraient meme faire soupçonner qu’il en a exislé de plus grands encore. Ces conclusions ne sont pourtant légitimes qu’au tant qu’on admet (ce qui est très-probable) que ce reptile avait la forme des monitors, animaux chez lesquels la queue est environ le tiers de la longueur du reste du corps. Mais en supposant qu’il en fût autrement, et que la queue de ces animaux, dont on ne possède pas de débris, fût beaucoup moins longue que celle des reptiles qui leur correspondent, il resterait toujours certain que le mégalosaurus était long de plus de 30 pieds. Encore faut-il remarquer que pour le réduire à ces dimensions il faut aller contre tout ce que les analogies présentent de plus vraisemblable; car et ses dents, et la forme des os de ses membres, doivent le faire placer parmi les monitors; quelques os semblent meme indiquer qu’il ressemblait plus par sa forme à un lézard proprement dit, qu’à tout autre animal du même genre. Ce serait donc à lui que conviendrait plus qu’à tout autre le nom de lézardgéant qu'on avait donné au reptile de Monheim. Le nom que lui a donné M. Cuvier indique en effet la grandeur de ses dimensions.
D’après la forme tranchante des dents du mégalosaurus, il n’est pas douteux que cet énorme lézard n’ait été d’un caractère extrêmement vorace. Du reste, tout ce qui ac ompagne ses débris dans les carrières où il a été enseveli annonce que c’était un animal marin.
On ne peut supposer qu’un animal aussi énorme ait
été confiné dans une seule localité : aussi trouve-t-on des débris qui ont dû appartenir à la même espèce dans plusieurs autres lieux, et entre autres dans le comté de Sussex.
A côté de ces débris on a trouvé des dents ayant appartenu aussi à des animaux du même genre, qui n’ont pas dû être beaucoup moins volumineux que le mégalosauniSj, et qui offrent le caractère unique d’user leur pointe et leur fût transversalement comme les quadrupèdes herbivores ; ces dents ressemblent tellement à celles des mammifères, que M. Cuvier, au premier aspect, les prit pour des machelières de rhinocéros. La présence d’une pareille dent au milieu de couches aussi anciennes que celles qui renferment les espèces voisines du mégalosaurus dérangeait toutes ses idées sur les rapports des os avec les terrains ; ce ne fut qu’à la vue d’une plus grande quantité de ces dents, les unes entières , les autres plus ou moins usées, que notre grand naturaliste découvrit* son erreur. Cette erreur de la part d’un homme aussi habile doit nous apprendre à suspendre notre jugement relativement aux faits qu’on annonce comme étant en opposition avec les lois générales établies sur une masse énorme d’observations. Avec un peu moins d’habileté , M. Cuvier consacrait l’existence d'un fait capable d’arrêter pour longtemps l’adoption de la loi de succession des êtres sur le globe depuis les temps anciens jusqu’à nos jours.
Les reptiles de la famille des sauriens dont il nous reste à nous occuper sont incontestablement de tous les êtres de la création les plus singuliers, les plus hétéro-
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dites, ceux dont l’organisation a présenté aux naturalistes les formes les plus inattendues.
Yers la fin du siècle dernier on trouva à Eichtedt, dans la vallée de rAltmühl, un peu au-dessous de Solenhofen, village du comté dePappenbeim, dans des schistes calcaires qui abondent en pétrifications animales, le squelette entier d’un être sur lequel on fit successivement bien des conjectures différentes.
Suivant les uns, c’était un oiseau, suivant d’autres, c’était un mammifère qui formait une espèce, plus intermédiaire encore que celle des chauves-souris, entre les mammifères et les oiseaux. Il s’est trouvé mêmemn naturaliste qui se croyait si sur de cette vérité, qu’il s’était amusé à le dessiner en entier revêtu de son poil.
Un autre naturaliste le considérait comme un reptile.
Ce défaut d’accord entre les opinions émises, après mur examen, par des hommes qui. tiennent le premier rang dans la science, était d’autant plus surprenant, que, possédant une grande partie du squelette de l’animal, il semblait- que rien n’aurait dû être si facile que de déterminer au moins à laquelle des quatre grandes classes des animaux vertébrés on doit le ranger. Mais l’étonnement que peut produire la divergence d’opinions que nous signalons ici cesse quand on considère que l’animal au sujet duquel elle existe réunit le singulier assemblage de caractères propres à chacune des trois grandes classes auxquelles on a voulu successivement le rattacher.
Cet animal avait en effet, comme les oiseaux, un long cou et un corps en proportion très-court. Il portait
comme eux des ailes qui. par leur charpente, d’ailleurs, rappelaient celles des chauves-souris, et dont les dimensions étaient proportionnées à sa taille. La forme de ses membres et celle de sa queue le rapprochaient tellement des mammifères, que plusieurs naturalistes paraissent ne pouvoir encore se décider à le ranger parmi les reptiles. Sa tète présente un crâne d’une petitesse qu’on ne remarque que chez ces derniers, jointe à une gueule garnie de soixante dents pointues, et couvertes par un bec d’oiseau.
L’opinion de M. Cuvier, qui, dans son grand ouvrage, a consacré un long chapitre â l’interprétation des débris de ce singulier animal, est qu’on ne peut conserver aucun doute sur la classe à laquelle il appartient. Selon lui, l’ensemble de son organisation prouve de la manière la plus évidente que c’était un reptile. L’autorité et la force des arguments de cet homme célèbre paraissent avoir entraîné l’opinion de la plupart des naturalistes, qui s’accordent à voir dans le ptérodactyle (c’est le nom qu’a imposé M. Cuvier h l’animal qu’il a si bien fait connaître ) un véritable reptile volant. Je citerai encore ici les conclusions de notre grand naturaliste.
(( Voilà, dit-il, un animal qui, dans son ostéologie, depuis les dents jusqu’au bout des ongles, offre tous les caractères classiques des sauriens : on ne peut donc pas douter qu’il n’en ait eu aussi les caractères dans ses téguments et dans ses parties molles, qu’il n’en ait eu les écailles, la circulation, etc. Mais c’était en même temps un animal pourvu des moyens de voler, qui dans
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la slation devait faire peu d'usage de ses extrémités antérieures, si môme il ne les tenait toujours reployées comme les oiseaux tiennent leurs ailes; qui cependant pouvait encore se servir des plus courts de ses doigts de devant pour se suspendre aux branches des arbres, mais dont la position tranquille devait être ordinairement sur les pieds de derrière, encore comme celle des oiseaux.; alors il devait aussi, comme eux, tenir son cou redressé et courbé en arrière, pour que son énorme tète ne rompit pas tout équilibre. »
D'après ces données on pourrait le dessiner k fétat de vie; mais la figure qu’on obtiendrait serait des plus extraordinaires, et semblerait au premier aspect le produit d'une imagination malade plutôt que des forces ordinaires de la nature.
On en voit quelquefois d’approchantes dans les peintures fantastiques des Chinois. M. Cuvier parle d’une de ces figures tirée d’un livre d’histoire naturelle chinois, que l’on conserve dans la bibliothèque de Trewa-Altorf : elle représente une chauve-souris avec un bec d’épervier et une longue queue de faisan ; mais ce ne serait pas là, poursuit-il, ce qu’on pourrait appeler une représentation de notre animal.
Ce qui frappe surtout dans la description du ptérodactyle, c’est l’assemblage bizarre d’ailes vigoureuses attachées au corps d’un reptile; l’imagination des poètes en a seule fait jusqu’ici de semblables. De là la description de ces dragons que la fable nous représente comme ayant, à l’origine des choses, disputé pour ainsi dire la possession delà terre a l’espèce humaine, et dont la des-
traction était un des attributs des héros fabuleux, des demi-dieux et des dieux.
On ne peut supposer cependant que le souvenir confus, conservé par les anciennes traditions, de quelquesuns de nos animaux, ait donné lieu aux fables que nous rappelons. Tout prouve que les ptérodactyles et ceux des genres semblables qui ont pu exister, sans qu’aucuns de leurs débris se soient conservés, étaient depuis longtemps ensevelis sous d’énormes débris de productions marines à l’époque où l’homme a paru sur la terre; aucun mammifère n’existait même probablement avec eux, dans ces îles primitives où la chaleur et l’humidité donnaient à tous les êtres organisés un développement dont la fécondité des régions chaudes et humides de l’Amérique équinoxiale ne peut nous fournir que de trèsfaibles vestiges.
Aujourd’hui un seul reptile est pourvu d’ailes : c’est celui que pour cette raison les naturalistes ont désigné sous le nom de dragon, comme trace des anciennes traditions fabuleuses; mais les dragons modernes ne peuvent être comparés au ptérodactyle de l’ancien monde. Leurs ailes, trop faibles pour frapper l’air et les faire voler à la manière des oiseaux, ne servent qu’à les soutenir comme un parachute lorsqu’ils sautent de branche en branche.
Tous ces dragons, au surplus, sont des animaux d’une petite taille, vivant au sein des forêts qui recouvrent quelques contrées brûlantes de l’Afrique et une partie des grandes îles de l’Océan indien, surtout à Java et à Sumatra. C’est dans ces lieux déserts qu’ils pour-
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suivent les insectes avec adresse, en sautant, ou, si Ton veut même, en volant de branche en branche ; ils descendent rarement à terre, parce qu’ils rampent avec peine.
On voit donc que rien dans ce portrait ne rappelle l’idée que les narrations fabuleuses de toutes les époques ont cherché à nous donner de ces terribles dragons enfantés par l’imagination des poètes1.
Le mécanisme de l’appareil du vol était, chez le ptérodactyle, essentiellement différent de ce que nous le voyons aujourd’hui, tant chez le dragon que chez les oiseaux ou les chauves-souris: en effet, les oiseaux volent avec une aile dans laquelle on n’observe rien qui rappelle les doigts des extrémités antérieures des mammifères; les chauves-souris, avec une aile soutenue par
1. Nous voyons le dragon, consacré par la religion des premiers peuples, devenir l’objet de leur mythologie, rendu célèbre par les chants des poètes grecs et latins, et, dit M. de Lacépède , « principal « ornement des fables pieuses imaginées dans des temps plus récents , « dompté par les héros et même par les jeunes héroïnes qui combat- « taient pour une loi divine ; adopté par une seconde mythologie qui « plaça les fées sur le trône des anciennes enchanteresses. Devenu « l’emblème des actions éclatantes des anciens chevaliers, il a vivifié « la poésie moderne ainsi qu’il avait animé l’ancienne. Proclamé par « la voix sévère de l’histoire , partout décrit, partout célébré, partout « redouté ; montré sous toutes les formes , toujours revêtu de la plus « grande puissance , immolant ses victimes par son seul regard , se « transportant au milieu des nues avec la rapidité de l’éclair, frappant « comme la foudre, dissipant l’obscurité des nuits par l’éclat de ses « yeux étincelants, réunissant l’agilité de Uaigle, la force du lion, la « grandeur du serpent géant; présentant même quelquefois une figure « humaine, doué d’une intelligence presque divine et adoré de 110s « jours dans les grands empires de l’Orient, le dragon a été tout et « s’est trouvé partout, hors dans la nature. »
quatre doigts très-prolongés unis par une seule membrane, le pouce seul étant libre. L’aile des dragons est formée par des prolongements de leurs côles, qui se replient pour lui fournir un soutien. Pour le ptérodactyle, il volait à l’aide d’une aile soutenue principalement par un doigt très-prolongé, tandis que les autres avaient conservé leurs dimensions ordinaires.
Bien que la connaissance du ptérodactyle ait dû vous préparer à rencontrer dans l’organisation des habitants du monde primitif bien des singularités et des bizarreries, vous ne pourrez lire sans plus d’étonnement encore ce qui me reste à dire sur quelques-unes des plus antiques espèces de reptiles. Ceux dont je vais indiquer la forme se trouvent dans des couches au moins aussi anciennes que les monitors de Thuringe. J’emprunterai encore ici les propres expressions de M. Cuvier; j’ai presque besoin de son autorité pour oser retracer ces organisations si étranges.
« Nous voici arrivés, » dit cet illustre naturaliste en commençant le dernier chapitre de son grand ouvrage (tom. Y, 2e part., p. 445), « nous voici arrivés à ceux de tous les reptiles, et peut-être de tous les animaux fossiles, qui ressemblent le moins à ce que l'on connaît, et qui sont le plus faits pour surprendre le naturaliste par des combinaisons de structure qui, sans aucun doute, paraîtraient incroyables à quiconque ne serait pas à portée de les observer par lui-même, ou à qui il pourrait rester la moindre suspicion sur les authenticités.
« Dans le premier genre, un museau de dauphin, des
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dents de crocodile, une tête et un sternum de lézard, des pattes de cétacé,' mais au nombre de quatre, enfin des vertèbres de poisson.
« Dans le second, avec ces mêmes pattes de cétacé, une tête de lézard et un long cou semblable au corps d’un serpent; voilà ce que le plesiosaurus et l’ichthyosaurus sont venus nous offrir après avoir été ensevelis pendant tant de milliers d’années sous d’énormes amas de pierres et de marbres ; car c’est aux anciennes couches secondaires qu’ils appartiennent. On n’en trouve que dans ces bancs de pierre marneuse ou de marbre grisâtre remplis de pyrites et d’ammonites, ou dans les oolites, tous terrains du même ordre que notre chaîne du Jura. C’est en Angleterre surtout que leurs débris paraissent abondants: aussi est -ce au zèle des naturalistes anglais que la connaissance en est due. Ils n’ont rien épargné pour en recueillir beaucoup de débris et pour en reconstituer l’ensemble autant que l’état de ces débris le permet. »
Les animaux dont il est question, malgré les anomalies de leur structure, ressemblent plus aux lézards qu’à tout autre animal connu.
Mais ces lézards ne vivaient que dans les eaux de la mer, qu’ils parcouraient facilement à l’aide de leur double rang de nageoires. Comme nous possédons toutes les parties de leurs squelettes, rien ne nous empêche de nous représenter complètement ces animaux, qu’il serait possible de peindre, si nous connaissions la forme de leurs écailles et leurs couleurs. ( Voy. la planche 3).
Parlons d’abord de Yichthyosamycs.
(( L’était, dit AJ. Cuvier, un reptile à queue médiocre et à long museau pointu, armé de dents aiguës; deux yeux d’une grosseur énorme devaient donner à sa tête un aspect tout à fait extraordinaire, et lui faciliter la vision pendant la nuit. Il n’avait probablement aucune oreille extérieure, et la peau passait sur le tympan comme dans le caméléon, la salamandre et le pipa, sans meme s’y amincir.
« Il recevait l’air en nature, et non pas beau, comme les poissons; ainsi il devait revenir souvent sur la surface de l’eau. Néanmoins ses membres courts, plats, non divisés, ne lui permettaient que de nager. Il y a grande apparence qu’il ne pouvait pas même ramper sur le rivage autant que les phoques, mais que, s’il avait le malheur d’y échouer, il y demeurerait immobile comme les baleines et les dauphins. Il vivait dans une mer où habitaient avec lui les mollusques qui nous ont laissé les cornes d’Ammon, et qui, selon toutes les apparences, étaient des espèces de sèches ou de poulpes qui portaient dans leur intérieur (comme aujourd’hui le nautüus spiral a ) ces coquilles spirales et si singulièrement chambrées; des térébratules, diverses espèces d’huîtres, abondaient aussi dans cette mer, et plusieurs sortes de crocodiles en fréquentaient les rivages, si même ils ne l’habitaient conjointement avec les ichthyosaurus. »
La longueurdece singulier animal était très-variable; tandis que les plus petits avaient trois pieds et demi de longueur, on a trouvé des débris qui annoncent des individus de trente pieds et plus. On en a rencontré plusieurs de grandeur intermédiaire;
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Quant au plesiosaurus , il offrait des dimensions plus considérables encore que celles de Fichthyosaurusy dont il différait d’ailleurs prodigieusement sous certains rapports. Il est vrai qu’il a dû être contemporain de ce dernier ; qu’il n’avait, comme lui, pour tout moyen de progression, que des nageoires , dont il devait lui être impossible de se servir sur terre. Mais ce qui devait lui donner un aspect totalement différent, c’était son cou énorme, véritable cou de serpent, porté sur un tronc dont les proportions différaient peu de celles des quadrupèdes ordinaires, et terminé par une tête qui se rapprochait plus de celle des lézards que de tout autre animal. Les dimensions de cette tête, proportionnées a l’étroitesse du cou, n’étaient nullement comparables à celle de l’ichthyosaurus, qui faisait à elle seule à peu près le tiers de l’individu; la queue du plesiosaurus, moins étendue que celle de l’ichthyosaurus, ressemblait plus à celle d’un quadrupède ordinaire qu’à celle d’un reptile.
Le peu de détails que je viens de vous donner sur les reptiles qui peuplaient la terre à l’époque reculée où ils étaient probablement, avec quelques poissons, les seuls vertébrés existants, suffira pour montrer qu’ils semblaient alors, tant par leurs dimensions que par la variété de leurs formes, avoir l’importance que les mammifères ont acquise depuis. Ils peuplaient à la fois la terre , la mer et Fair. Il y en avait, comme le jnegalosaurus, dont les dimensions ne le cédaient qu’à celles qu’offre aujourd’hui la baleine. Le mososaurus (grand animal de Maëslrichtj, le plesiosaurus et même Fichthvosaurus, n’étaient guère
moins volumineux que ne l’est aujourd’hui l’éléphant. Les mammifères seuls aujourd’hui se distinguent a la fois par la meme variété dans leurs formes, et par les énormes dimensions qu’ils sont susceptibles d’acquérir. Les baleines, les cachalots, vivent dans la mer comme le plesiosaurus et l’ichthvosaurus ; les chauves-souris volent comme les ptérodacthyles , pendant que le reste des mammifères terrestres offre dans sa structure une variété qui donne lieu à cette multitude de genres et d’espèces reconnus dans la grande classe à laquelle ils appartiennent.
On aurait droit de s’étonner si, à l’époque où la classe des reptiles offrait un si grand nombre d’espèces détruites aujourd’hui, et des formes si nombreuses et si variées, quelques familles de cette classe avaient été inconnues. On les y retrouve toutes en effet; cepen-, dant celle des batraciens1 paraît, si on en juge par le petit nombre de débris qui se sont conservés, avoir présenté jadis proportionnellement le plus petit nombre d’individus. L’existence de leurs ossements n’a été même, longlemps, bien constatée que dans une seule localité (celle d ’Œningen2) ; et parmi ceux sur le caractère desquels on ne peut plus conserver d’incertitude, on doit compter le fameux homme fossile de Scheuchzer .
1. Les batraciens sont les reptiles analogues à la grenouille, au crapaud , à la salamandre. Us se distinguent de tous les autres reptiles pas leur corps nu et les métamorphoses auxquelles ils sont sujets.
2. On trouvera à la fin du volume une note relative à des empreintes de pieds de divers animaux dont quelques-uns pourraient bien' avoir été de grands batraciens.
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II était naturel que ceux qui attribuaient foutes les pétrifications au déluge fussent disposés à voir partout des ossements humains, et que, par suite de cette préoccupation, ils prissent pour humains des débris qui n’étaient que ceux de quelques espèces, ou détruites, ou dont Fostéologie était mai connue. Aucune illusion sur ce sujet n’a été plus complète et plus célèbre que celle de Scheuchzer médecin théologien, qui accueillit avec transport un schiste d '(Eningen qui lui sembla offrir l’empreinte très-évidente du squelette d’un homme. Il décrivit ce morceau en abrégé dans les Transactions philosophiques pour 1726 (t. XXXIV, p. 38). Enfin il en fit l’objet d’une dissertation particulière intitulée : V Homme témoin du déluge , qu’il publia avec une figure en bois qui a été, jusqu’à la publication de l’ouvrage de M. Cuvier, la meilleure représentation qu’on eût du morceau en question. Plus tard Scheuchzer reproduisit son assertion, affirmant de nouveau « qu’il est indubitable que son morceau contient une moitié , ou peu s’en faut , du squelette d’un homme ; que la substance môme des os, et qui plus est, des chairs et des parties encore plus molles que les chairs , y sont incorporées dans la pierre ; en un mot, que c’est une des reliques les plus rares que nous ayons de cette race maudite qui fut ensevelie sous les eaux. »
Cependant il fallait, comme l’a fait remarquer M. Cuvier, tout l’aveuglement de l’esprit de système pour qu’un homme tel que Scheuchzer , qui était médecin, et qui devait avoir vu des squelettes humains, pût se tromper aussi grossièrement ; car cette imaginalion qu’il
a reproduite si opiniâtrement, et que Ton a si longtemps répétée sur sa parole, ne peut supporter le plus léger examen.
Malgré l’évidence des faits, l’erreur propagée par Scheuchzer persista longtemps. Pierre Camper fut peut-être le premier, en 1787, à la signaler d’une ma- - nière positive, en indiquant même la classe, sinon la famille de l’animal auquel appartenaient les débris incrustés dans la roche d'QLningen. « Un lézard pétrifié, dit-il en parlant du prétendu homme fossile, a pu passer pour un anthropolilhe. »
Depuis cette époque, M. Cuvier a donné la démonstration la plus positive de ce qu’avait annoncé Pierre Camper. L’animal , en effet, n’est autre qu’une salamandre gigantesque. Prenez un squelette de salamandre etplacez-le à côté du fossile, sans vous laisser détourner par la différence de grandeur, comme vous le pouvez aisément en comparant un dessin de salamandre de grandeur naturelle avec le dessin du fossile réduit au sixième de sa grandeur, et tout s’expliquera de la manière la plus claire.
« Je suis persuadé même, disait, il y a dix-sept ans, notre grand naturaliste, que si l’on pouvait disposer du fossile et y chercher un peu plus de détails, on trouverait des preuves encore plus nombreuses dans les faces articulaires des vertèbres, dans celles de la mâchoire, dans les vestiges des très-petites dents, et jusque dans les parties du labyrinthe de l’ oreille ; » et il invitait les propriétaires ou dépositaires du précieux fossile à procéder à cet examen.
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L’examen que M. Cuvier demandait pour la confirmation de ses idées, il a eu definis l’avantage de le faire lui-même.
S’étant trouvé à Harlem, le directeur du Musée lui permit de faire creuser la pierre qui contenait le prétendu homme fossile, afin d’y mettre à découvert les ôs qui pouvaient encore y être cachés. L’opération se fit en présence du savant directeur du Musée et d’un autre naturaliste. Un dessin du squelette de la salamandre avait été placé près du morceau fossile par M. Cuvier; il eut la satisfaction de reconnaître qu’à mesure que le ciseau creusait la pierre, il mettait au jour quelqu’un des os que ce dessin avait annoncés d’avance.
Je ne m’étendrai pas davantage sur les espèces antédiluviennes de reptiles, et pour terminer l’histoire des vertébrés de ces époques reculées il ne me reste plus à vous parler qûe des poissons.
Quoique depuis des siècles on ait remarqué les traces laissées par ces animaux dans certaines roches, surtout dans celles qui offrent une texture feuilletée, et que les ichthyolithes fussent assez communs dans les cabinets de curieux, les paléontologistes n’ont commencé que trèstard à s’en occuper d’une manière sérieuse. Cela tenait en partie à ce que l’étude de l’ichthyologie a été de tout temps plus négligée que celle des autres branches de la zoologie, en partie à ce que les traces laissées dans les couches terrestres par ces anciens habitants des eaux semblaient au premier coup d’œil présenter des caractères beaucoup moins significatifs que ceux à l’aide desquels on était parvenu, dans ces dernières années, à
reconstruire les espèces perdues de mammifères et de reptiles. En effet, les os des poissons n’ont pas, comme chacun en peut juger, le meme degre de consistance que celui des autres vertébrés, et iis ne conservent pas, à beaucoup près, aussi bien. Ce que présentaient donc en général les ich thyoli Lhes, ce n’était point des squelettes, mais des empreintes où l’on pouvait reconnaître quelquefois la forme générale de l’animal, mais plus souvent la forme et la disposition des écailles seulement; parfois on avait les écailles elles-mêmes, car, comme nous le verrons bientôt, beaucoup des poissons antédiluviens offraient des écailles bien moins sujettes à destruction que celles des poissons de nos jours. En examinant bien ces débris, ces empreintes, on y trouvait, malgré leur apparence d’uniformité, des différences trèsnombreuses, et l’analogie ne permettait pas de douter qu’à ces modifications des caractères extérieurs n’eussent correspondu de grandes et importantes modifications dans le reste de l’organisation. Il y avait donc eu pour ces animaux une variété d’espèces et de genres beaucoup plus grande qu’on ne l’avait d’abord soupçonné, et il était naturel qu’on songeât à les retrouver par des procédés analogues à ceux qui avaient si bien réussi pour les vertébrés supérieurs. Mais il était évident que ces restitutions des espèces perdues deviendraient d’autant plus faciles et plus sûres qu’on aurait plus complètement étudié les espèces vivantes, qu’on connaîtrait mieux les dépendances mutuelles de leurs diverses parties : or, il s’en fallait bien qu’à cet égard Fichthyologie fût aussi avancée qu’on aurait pu le désirer.
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C’est peut-être même parce que l’étude des ichthyolithes lui avait mieux fait sentir cette lacune que M. Cuvier entreprit, vers la fin de son illustre carrière, la grande histoire des poissons que continue aujourd’hui son collaborateur, M. Valenciennes.
Pendant que se poursuivait cette histoire des poissons vivants, conçue sur un plan trop vaste pour qu’on pût espérer la voir achevée avant un temps très-long, les faits qui devaient servir à l’histoire des poissons fossiles devenaient assez nombreux pour qu’un savant naturaliste qui en avait fait l’objet d’une étude spéciale, M. Agassiz, crut y trouver déjà les éléments suffisants d’une ichthyologie antédiluvienne. M. Cuvier jugeant, d’aprèslespremiers essais qui lui en furent communiqués, que ce travail, si plein de difficultés, n’était pas cependant au-dessus des forces de l’homme qui l’entreprenait, renonça dès lors à s’occuper lui-même de cette branche de la paléontologie, et mit libéralement à la disposition de M. Agassiz tout ce qu’il avait pu recueillir à ce sujet.
En étudiant à la fois les poissons vivants et les poissons fossiles, et s’attachant surtout à la considération des caractères qui chez ces derniers avaient été respectés par le temps, M. Agassiz fut conduit à reconnaître dans quelques-uns de ces .caractères, que l’on négligeait presque toujours d’observer, une importance qu’on n’y soupçonnait pas, et il en fit la base d’une classification qui diffère considérablement de tous les arrangements qu’on avait proposés jusque-là. Pour vous en donner une idée, je ne puis mieux faire que de laisser parler l’auteur lui-même :
« Les écailles qui garnissent la peau des poissons présentent, dit M. Agassiz, dans leur forme et leur structure, des différences auxquelles les ichtbyologistes ont d’abord attaché assez peu d’importance, mais qui n’ont pu manquer d’être remarquées par les naturalistes qui se sont occupés des espèces de l’ancien monde, puisque ces écailles, ou même leur empreinte, sont souvent la seule trace qu’aient laissée ces animaux de leur existence, et qu’on a dû chercher à en faire usage à défaut des caractères plus saillants sur lesquels on s’appuie pour la classification des espèces vivantes. C’est ainsi que déjà pour lés végétaux fossiles on a dû tenir compte de la distribution des nervures des feuilles, des cicatrices laissées sur les troncs, et d’une foule de circonstances auxquelles on ne jugeait, pas souvent qu’il fût utile d’avoir égard. Ce n’est pas ici le lieu d’insister sur les avantages quî résulteront, relativement à la connaissance des espèces vivantes, de la nécessité où l’on s’est vu d’approfondir, pour la détermination des espèces fossiles, des points trop négligés ; ce que nous devons dire seulement, c’est que, pour les poissons, on a été conduit à reconnaître que la disposition de l’enveloppe écailleuse qui protège leur corps est liée par d’étroits rapports à leur organisation intérieure, comme elle l’est aux circonstances extérieures au milieu desquelles vivent ces animaux.
« Considérées sous ce point de vue, poursuit le savant naturaliste, les écailles peuvent être envisagées comme le reflet superficiel de ce qui se passe à l’intérieur et à l’extérieur du poisson. Aussi, en les exami-
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nant, j’ai trouvé qu’elles pouvaient conduire à une distribution très-naturelle des poissons. Guidé par ces considérations, j’ai établi quatre ordres qui présentent quelques rapports avec les divisions d’Artedi et de Cuvier, mais dont T un, complètement méconnu jusqu’ici, est presque exclusivement formé de genres dont on ne trouve les espèces que dans les couches anciennes de l’écorce de notre globe. Ces quatre divisions sont : les Plctcoïdes1, qui comprennent les poissons cartilagineux de Cuvier, à l’exclusion des esturgeons; les Ganoïdes 2, qui comprennent plus de cinquante' genres éteints, et desquels il faut rapprocher les plectognathes, les. syngnathes et fes accipensers; les Cténoïdes 3, qui sont les acanthoptérigiens de Cuvier et d’Artedi, en en excluant tous ceux qui ont les écailles lisses, et y adjoignant en revanche les pîeuronectes; enfin les Cycloïdes 4, qui sont les malacoptérvgiens (moins les pîeuronectes rapportés comme il vient d’ètre dit dans l’ordre précédent), aux-
1. Plcicoïdes (deicU$, plaque élargie). Les poissons de cet ordre sont caractérisés par les plaques d’émail qui recouvrent leur peau d’une manière irrégulière. Quelquefois ces plaques sont très-grandes , d’autres fois elles se réduisent à de petits points comme sur la peau chagrinée des autres squales , ou comme les tubercules aigus qui sont disséminés sur le corps des raies. ( Voyez pl. iv, fig. 1.)
2. Ganoïdes ( de éclat, à cause du brillant de leurs écailles ).
Cet ordre est caractérisé par des écailles anguleuses, composées de plaques osseuses ou cornées que revêt une lame mince d’émail.
3. Cténoïdes ( de xt;1; , peigne). Les écailles de ces poissons offrent sur leur bord postérieur des dentelures profondes comme les dents d’un peigne; elles sont formées seulement d’une lame cornée et d’une lame osseuse, sans couche d’émail qui les recouvre.
4. Cycloïdes (de /.vxloç , cercle). Chez les poissons, les écailles sont à bords arrondis, polies à la surface et formées de lames cornées ou osseuses, mais toujours dépourvues d’émail.
quelles il faut joindre toutes les familles exclues des acanlhoptérygiens de Cuvier.
« Pour bien comprendre les résultats généraux déjà obtenus, relativement aux poissons fossiles, il est nécessaire de jetei* un coup d’œil sur ies poissons vivants.
« On connaît maintenant environ huit cents espèces de poissons. De ce nombre, plus des trois quarts appartiennent à deux ordres de cette classe, dont la présence n’a pas encore été reconnue dans les terrains antérieurs à la craie, c’est-à-dire aux cycloïdes et aux cténoïdes; en sorte qu’il n’v a absolument rien d’analogue dans toute- la série des terrains secondaires, jusqu’au Green- Sand 1 ; l’autre quart se compose de placoïdes et de ganoïdes, poissons dont les espèces sont aujourd’hui trèspeu nombreuses, mais qui existaient seuls durant toute la période qui s’est écoulée depuis que la terre a commencé à être habitée jusqu’au moment où ont vécu les animaux du Green-Sand. Cette distribution des ordres de poissons dans les diverses époques du monde est une chose très-remarquable, dont on n’aperçoit pas les causes, mais dont on ne peut contester la réalité, puisque cela se réduit à une comparaison de chiffres ; et, du reste, ce n’est pas en grand seulement que nous pouvons remarquer cette dispensation régulière des groupes : dans chaque ordre, dans chaque famille même, les genres reproduisent, par leurs affinités^ des séries analogues, en sorte que les différences d’organisation de-
1. Voir, pour l’ordre de superposition et l’ancienneté des différents terrains qui contiennent des restes fossiles de poissons , une note placée à la lin du volume.
REPTILES, CRUSTACÉS, ETC
viennent des caractères distinctifs pour les époques géologiques, même dans les espèces que l’on verrait pour la première fois. Ces différences organiques essentielles ont surtout trait à la nature des téguments, et à la manière dont la colonne vertébrale se termine dans la nageoire caudale, c’est-à-dire à la manière dont l’animal est en rapport avec le monde extérieur qui l’entoure, et à la structure de l’organe essentiel de la locomotion.
« Pour apprécier à sa juste valeur l’étude des poissons en général, et des fossiles en particulier, il ne faut jamais perdre de vue la position de cette classe dans la série des animaux. Placés plus haut que les rayonnés et' les mollusques, ils présentent des particularités d’organisation plus nombreuses, et qui donnent iieu à des séparations mieux tranchées : aussi remarque-t-on chez ♦ eux, dans des limites géologiques plus étroites, des différences plus grandes que chez les animaux inférieurs dont nous parlions. Nous ne voyons pas, dans la classe des poissons, des genres ni meme des familles, parcourir toute la série des formations avec des espèces souvent très-peu différentes en apparence, comme cela a lieu pour les zoophytes. Au contraire, d’une formation à l’autre, cette classe est représentée successivement par des genres très-différents, appartenant à dés familles qui s’éteignent bientôt aussi; comme si l’appareil compliqué d’une organisation supérieure ne pouvait pas se perpétuer longtemps sans modifications intimes, ou plutôt comme si la vie animale tendait plus rapidement à se diversifier dans les ordres supérieurs du règne ani-
mal que sur les échelons les plus bas. A cet égard, il en est des poissons à peu près comme des mammifères et des reptiles, dont les espèces, peu étendues en général, appartiennent dans la série des terrains, à peu de distance verticale, à des genres différents, sans passer insensiblement d’une formation à l’autre, comme on l’admet généralement pour certaines coquilles. On ne connaît pas une seule espèce de poisson fossile qui se trouve successivement dans deux formations, tandis qu’on en connaît beaucoup qui, dans la même formation, se trouvent répandus sur une étendue très-considérable. Cependant la classe des poissons présente de plus, pour la géologie zoologique, l’immense avantage de s’étendre à travers toutes les formations, et d’offrir, dans une classe d’animaux vertébrés, un point de comparaison pour les différences que peuvent présenter, dans le plus grand laps de temps ‘connu, des animaux construits en général sur le meme plan, des animaux d’une classe qui compte déjà un aussi grand nombre d’espèces fossiles, se rapportant pour la plupart à des types qui n’existent plus, et dont les affinités avec les espèces vivantes sont aussi éloignées que celles qui rattachent les crinoïdes aux echinodermes ordinaires, les nautiles et les sepia aux bélemnites et aux ammonites, les ptérodactyles et les plésiosaures à nos sauriens, les pachydermes vivants à ceux qui habitaient jadis le bord des lacs des environs de Paris ou les plaines de la Sibérie.
« Les poissons des terrains tertiaires sembleraient, au premier abord, les plus aisés à connaître, parce qu’ils
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se rapprochent le plus des poissons~vivants, et que leur étude peut être entreprise au moyen des ouvrages qu’on possède déjà sur l’ichthyologie. Cependant, vu le nombre énorme des espèces vivantes, desquelles ils se rapprochent, il est souvent très-difficile, dans leur état de conservation , de les identifier, ou plutôt d’apprécier exactement leurs caractères distinctifs. On peut dire seulement, en général, que jusqu’à présent on n’a pas trouvé une seule espèce qui fût parfaitement identique avec celle de nos mers, si ce n’est un petit poisson que l’on trouve au Groenland, dans des géodes d’argile, et dont l’âge géologique est inconnu.
« Les espèces du Crag-de-Norfolk , de la formation subapennine supérieureet de la molasse, se rapportent à des genres communs dans les mers tropicales; tels sont les platax, les grands charcharias, les myliobates à larges chevrons, etc.
« Dans les formations tertiaires inférieures, dans l’argile de Londres, dans le calcaire grossier de Paris, et à Monte-Bolca, déjà un tiers au moins des espèces appartient à des genres qui n’existent plus.
« La craie à déjà plus des deux tiers de ses espèces appartenant à des genres qui ont complètement disparu ; l’on voit même quelques-unes de ces formes singulières qui prévalent dans la série oolithique. Cependant, dans leur ensemble, les poissons de la craie rappellent plus fortement le caractère général de poissons tertiaires que celui des espèces de l’oolithe ; tellement même qu’en n’ayant égard qu’aux poissons', dans un rapprochement général des formations géologiques, il semblerait plus
naturel d’associer la formation de la craie et du grès vert avec les terrains tertiaires, que de les ranger dans le groupe des terrains secondaires. En descendant audessous de la craie, il n’y a plus un seul genre qui ait des espèces vivantes; et même ceux de la craie qui en ont en comprennent encore un plus grand nombre de fossiles.
« La série oolithique, jusqu’au Lias, inclusivement, forme un groupe très-naturel et très-bien limité, qui doit comprendre aussi la formation veldienne, dans laquelle on n’a pas trouvé une seule espèce, appartenant même aux genres de la craie. Depuis cette époque, en descendant toujours, les deux ordres qui prévalent dans la création actuelle ne se retrouvent plus, tandis que ceux qui sont en minorité de nos jours se représentent subitement en très-grand nombre. Quant aux Ganoïdes , ce sont les genres à caudale symétrique que l’on trouve ici; et parmi les Placoïdes, ce sont surtout ceux à dents sillonnées sur les deux faces, à grands rayons épineux, qui prédominent.
« En quittant le Lias pour passer aux formations inférieures, l’on observe une grande différence dans la forme de l’extrémité postérieure du corps des Ganoïdes. Tous ont la colonne vertébrale prolongée à son extrémité en un lobe impair qui atteint le bout de la nageoire caudale; et cette particularité s’étend jusqu’aux poissons les plus anciens. Une autre observation digne de remarque, c’est que l’on ne trouve pas avant la houille de poissons évidemment carnivores , c’est-à-dire, munis de grosses dents coniques et acérées. Les autres paraissent avoir
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Ecailles de différentes formes correspondant aux quatre ordres de poissons établis par M. Agassis : 1. Placoïdes; 2. Ganoïdes; 3. Cténoïdes ; 4. Cycloïdes.
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été omnivores, leurs dents étant arrondies, ou en cônes obtus, ou en brosses.
«On parviendra sûrement un jour à recueillir un grand nombre de laits relatifs aux mœurs de ces animaux et à leur organisation intérieure. La découverte des coprolithes nous permet de reconnaître les êtres organisés qui faisaient la pâture des forbans des mers; car, dans leurs coprolithes, qui sont assez nombreux dans les dépôts qui contiennent des poissons sauroïdes, on découvre aisément les écailles des poissons qu’ils mangeaient, et quelquefois ces écailles sont déterminables. Même les intestins sont conservés dans quelques cas; on en voit, 'par exemple, une portion dans un exemplaire de Megalichlys; les paquets d’appendices pyloriques et les bouts d’intestins des espèces de Leptolépis et de Thrissops de Solenhofen connus sous le nom de Lumbricaria ne sont pas rares dans les schistes de cette intéressante localité. Dans les poissons de la craie, on voit même des exemplaires de Macropomaoù l’estomac est conservé avec ses différentes membranes qui se séparent en feuillets. Dans un grand nombre de poissons de Sheppv de la craie et de la série oolithique, la capsule du bulbe de l’œil est encore intacte, et dans beaucoup, toutes les petites lames qui constituaient les branchies. Il paraît cependant que la nature des roches contribue à conserver certaines parties plutôt que d’autres.
« C’est, dans la série des dépôts inférieurs au Lias que l’on commence à trouver les plus grands de ces monstrueux poissons sauroïdes dont l’ostéologie rappelle à bien des égards les squelettes des sauriens, soit par les
sutures plus intimes des os de leur crâne, soit par leurs grandes dents coniques et striées longitudinalement, soit encore par la manière dont les apophyses épineuses sont articulées avec le corps des vertèbres , et les côtes à l’extrémité des apophyses transverses. L’analogie qu’il y a entre ces poissons et les sauriens ne s’étend pas seulement au squelette : dans l’un des deux genres qui existent maintenant, une organisation très-singulière des parties molles rapproche encore plus ce groupe des reptiles qu’on n’aurait osé d’abord le supposer. En effet, dans le Lepidosteus osseus, il y a une glotte comme celles des sirènes et des reptiles salamandroïdes, une vessie natatoire celluleuse, avec une trachée-artère, comme le poumon d’un ophidien. Enfin leurs téguments ont souvent une apparence si sembfable à celle des crocodiles, qu’il n’est pas toujours facile de les distinguer.
« Le petit nombre de poissons trouvés dans les terrains de transition paraissait ne pas permettre encore de leur assigner un caractère particulier. Cependant les espèces de la collection de i\L Murchison annoncent déjà des types qui n’arrivent pas même jusqu’au terrain houiller.
((Ce qu’il y a de plus remarquable dans tous les poissons inférieurs à la série oolithique, outre leur analogie avec les reptiles, c’est, d’un côté, la plus grande uniformité des types, et de l’autre, la plus grande uniformité des parties d’un même animal entre elles ; de telle sorte que souvent les écailles, les os et les dents, sont difficiles à distinguer les unes des autres. S’il est déjà permis de hasarder quelques conjectures sur cet état de choses, tel
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qu’il se présente à nous maintenant, l’on est naturellement porté à penser que le principe de la vie animale qui se développe plus tard sous forme de poissons ordinaires, de reptiles, d’oiseaux et de mammifères, est
d’abord confiné entièrement dans ces singuliers poissons
sauroïdes, participant en même temps des poissons et des reptiles, et que ce caractère mixte ne se perd dans cette classe qu’à l’apparition d’un plus grand nombre de reptiles, comme nous voyons les Ichthyosaures et les Plésiosaures participer pour leur ostéologie aux caractères des cétacés, de la classe des mammifères , et les grands sauriens terrestres à ceux des pachydermes, qui n’ont été créés que beaucoup plus tard.
« L’on est ainsi conduit par l’observation à ces idées de la philosophie de la nature, qui nous font pressentir un développement organique et régulier dans tous les êtres créés, constamment en rapport avec les différentes conditions d’existence qui se sont réalisées à la surface du globe, à la suite des changements qu’il a subis lui-même.
« D’après tous ces faits, on peut voir dans la série de toutes les formations géologiques deux grandes divisions qui ont leur limite au grès vert. La première, la plus ancienne, ne comprend que des ganoïdes et des placoïdes. La seconde, plus intimement liée avec les êtres actuels, comprend des formes et des organisations beaucoup plus diversifiées; ce sont surtout les ctenoïdes et les cycloïdes, et un très-petit nombre d’espèces des deux ordres précédents, qui disparaissent insensiblement et dont les analogues vivants sont considérablement modifiés. Comme on ne trouve pas dans les poissons de la
première grande période des différences correspondantes à celles que nous observons maintenant entre les poissons d’eau douce et les poissons marins, il semble que l’on va peut-être au delà des faits, en admettant dans la série oolithique, et plus bas, des terrains d’eau douce et des terrains marins distincts. Il y aurait plutôt lieu de penser que dans ces temps reculés les eaux circonscrites d;ins des bassins moins fermés ne présentaient pas encore les différentes tranchées que l’on remarque de nos jours.
« Pour compléter l’histoire de la zoologie antédiluvienne, je devrais maintenant vous parler des animaux des classes inférieures; mais je me suis arrêté si longtemps sur les vertébrés, que le temps et l’espace me manquent également pour entrer dans quelques détails sur les trois autres grandes divisions du règne animal.
« La considération des mollusques toutefois donne lieu à une remarque trop importante pour que je n’en dise pas ici quelque chose. Mais permettez -moi auparavant d’ajouter un mot encore relativement aux vertébrés : c’est que, si l’on compare entre elles les quatre classes dont cette division se .compose, on trouve que parmi les fossiles les poissons sont plus nombreux que les repaies, les mammifères beaucoup plus que les oiseaux. Quant aux mollusques, dont les dépouilles sont si abondantes dans tous les terrains qui se sont formés au sein des mers de 1 Ancien Monde, je ne veux les considérer ici que comme pouvant fournir des indices sur la température de l’écorce terreslre aux différentes époques géologiques.
«Plusieurs naturalistes ont déjà considéré sous ce point
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de vue les débris des corps organisés que renferment les différents terrains; mais leurs investigations ont porté principalement ou sur des végétaux, ou sur des animaux vertébrés, et même le plus souvent sur des mammifères terrestres. Cependant pour ce genre de recherches les animaux marins, comme vivant dans des conditions de température plus constante, semblent devoir mériter une attention plus particulière. Les mollusques et les zoophytes, que le peu d’activité de leurs mouvements enchaîne pour ainsi dire au sol, paraissent surtout propres à accuser la température des lieux ou ils ont vécu. C’est ce que fait remarquer M. Deshayes dans un mémoire où il a cherché à apprécier la température moyenne des époques correspondantes à la formation des différents étages des terrains tertiaires de l’Europe, au moyen de l’étude comparative des coquilles fossiles et modernes. Personne n’était plus capable que lui de traiter cette question, qui exige une connaissance approfondie des espèces vivantes et perdues de mollusques : aussi les résultats auxquels il est arrivé nous paraissentils avoir un degré de certitude qu’on ne se fut guère attendu à obtenir dans des recherches relatives à des époques aussi éloignées de celle où nous vivons.
« Quand on considère la distribution actuelle des mollusques, on voit que le nombre des espèces est d’autant plus grand qu’on s’approche davantage des régions équatoriales. Ainsi ce nombre, qui vers le 80e degré de latitude est seulement de 4 0 à 12, va en augmentant progressivément, jusqu’à dépasser 900, dans les mers du Sénégal et de la Guinée.
v Chacune des zones comprises entre ces limites extrêmes présente un certain nombre d’espèces qui se retrouvent dans les zones voisines, plus du côté le plus voisin de l’équateur, moins du côté qui regarde le pôle; mais elle a aussi des espèces qui lui sont propres, qui ne se retrouvent ni plus au nord, ni plus au sud, et dont l’existence, par conséquent, paraît liée étroitement à une condition déterminée de température. Si donc ces espèces se retrouvent à l’état fossile dans un terrain de sédiment, elles offriront un indice très-satisfaisant de la température que présentait cette région à l’époque où la roche s’est formée, indice qui sera d’autant plus certain qu’on aura, pour un même terrain, plus d’espèces fossiles rigoureusement identifiées avec les espèces vivantes d’une même région marine. C’est aussi sur la comparaison attentive d’un nombre trèsgrand d’espèces que reposent les résultats auxquels M. Deshayes est arrivé.
«Considérés sous le rapport géologique, les terrains tertiaires, suivant lui, peuvent être divisés en trois groupes.
«Les terrains de la formation la plus récente, ceux de la Suède, de la Norvège, du Danemark, de Saint- Hospice, près Nice, d’une partie de la Sicile, présentent a l’état fossile toutes les espèces qui se trouvent encore aujourd’hui à l’état vivant dans les mers correspondantes ; ce qui prouve qu’à l’époque où ces terrains se sont formés la température était sensiblement ce qu’elle est aujourd’hui.
« Il faut remarquer cependant que les terrains tertiaires
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du pourtour de la Méditerranée n’offrent pas un accord aussi complet entre les coquilles fossiles et les coquilles vivantes. D’une part, quelques-unes des espèces qu’on trouve à l’état fossile dans ces terrains ne vivent plus dans la Méditerranée, et il faut, pour les retrouver, s’avancer presque dans les mers tropicales de l’Afrique et de l’Inde; quelques-unes même sont complètement éteintes. D’autre part, plusieurs des espèces vivantes de la Méditerranée ne sont pas représentées dans les terrains dont nous parlons : il paraît donc que depuis leur formation il y a eu abaissement dans la température de la Méditerranée.
« La seconde période tertiaire se compose d’un grand nombre de petits bassins répandus surtout vers le centre de l’Europe, la Superga , près Turin, le bassin de la Gironde, les faluns de la Touraine, le petit bassin d’Angers, le bassin devienne en Autriche, la Podolie, la Wolhynie, et quelques autres lambeaux sur la frontière méridionale de la Russie d’Europe, lambeaux dont quelques parcelles se montrent non loin de Moscou , appartiennent a cette période à laquelle il faut probablement rapporter aussi les terrains lacustres de Mayence et des bords du Rhin.
« Les fossiles que présente cette seconde formation sont des espèces propres aux mers les plus chaudes, aux meçs du Sénégal et de la Guinée. Ainsi, à cette époque géologique, les lieux que nous avons nommés étaient sous l’influence d’une température tropicale, température qui cependant n’était pas absolument uniforme, qui était plus élevée dans les parties les plus voisines
RÉVbLUTIQNS DU GLOBE.
de la ligne , car, si en Pologne les fossiles de cet âge appartiennent à des espèces tropicales, dans le bassin de la Gironde ils se rapportent à des espèces équatoriales proprement dites. Le nombre des espèces, l’abondance des individus, leur volume, tout concourt à montrer que ce bassin était sous l’influence d’une température notablement plus élevée que l’autre extrémité du dépôt.
« Ces dernières considérations servent de même à prouver que la température correspondante à la plus ancienne des formations tertiaires a dû être plus élevée que celle qui correspond à la formation précédente. En effet, nous avons vu le nombre des espèces s’augmenfer progressivement à mesure qu’on s’avance vers des mers plus chaudes, de manière à ce qu’on arrive, des 10 espèces vivant sous le parallèle du cap Nord , aux 900 espèces répandues sur les côtes du Sénégal et de la Guinée. Or, les fossiles connus dans le premier étage des terrains tertiaires s’élèvent déjà à plus de 1400, ce qui doit faire supposer, pour lepoque de cette formation , une température au moins équatoriale. Il est à remarquer même que le nombre donné pour celui des espèces des premiers terrains tertiaires est probablement beaucoup trop faible*, puisque le bassin de Paris, comme le plus exploré, en a lui seul fourni plus de 1200 dans une étendue de 40 lieues sur 55. Il n’existe plus certainement, dans aucune de nos mers, un seul point qui réunisse autant d’espèces dans un espace au^si étroit. »
Cette lettre s’est déjà prolongée outie mesure; cepen-
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dant, comme je ne veux plus revenir sur les anciens habitants de notre globe, il faut que je vous dise quelques mots des fossiles appartenant aux deux derniers embranchements du règne animal, des articulés et des zoophytes.
Les crustacés, ces animaux voisins des insectes dont le corps est garni d’une espèce de test, et parmi lesquels se trouvent à l’état vivant plusieurs espèces que vous connaissez fort bien, telles que les crabes, les homards, les écrevisses, les crevettes, etc., existaient fort anciennement sur notre globe. On commence même à en rencontrer dans des terrains antérieurs à la craie. Les argiles bleues auxquelles les Anglais donnent le nom de hlm -lias en renferment en grand nombre : il en est de même des écueils connus sous le nom de vaches noires , et d’une partie des rochers du Calvad.os. On rencontre spécialement avec des ossements de crocodiles , des débris d’une espèce à longues pattes et à grande queue, qui paraît avoir été une langouste.
On trouve encore des débris de crustacés dans des terrains supérieurs, spécialement dans le calcaire grossier des environs de Paris. Toujours avec cette circonstance remarquable, que ceux de ces animaux qui se rencontrent dans les terrains moins anciens sont ceux qui se rapprochent le plus des espèces vivantes.
Parmi les crustacés fossiles, nous devons nous arrêter à signaler une famille extrêmement remarquable, surtout par cette circonstance que les êtres qui la composent sont incontestablement au nombre des plus an-
ciens habitants du globe. On les a désignés sous le nom de trilobites .
Leur corps, comme dans la plupart des insectes et dans quelques crustacés, peut être divisé transversalement en trois parties principales; mais ce qu’ils présentent tous de caractéristique, ce qui les distingue essentiellement de tous les animaux connus, c’est leur division longitudinale en trois parties ou lobes, par deux sillons profonds et parallèles à l’axe du corps.
Les trilobites sont tous des animaux marins : leur association constante dans les mêmes roches avec des coquilles et d’autres productions marines ne peut laisser de doute sur ce poirit. Il paraît qu’ils étaient susceptibles de se multiplier prodigieusement, à en juger par la manière dont certains calcaires en sont remplis. Quelques-unes de ces pierres en semblent entièrement composées.
Les trilobites ne se %ont maintenus à la surface de la terre qu’à des époques extrêmement reculées, et les moins anciens des terrains dans lesquels on les rencontre sont de beaucoup inférieurs à la craie.
Les tribolites offrent donc parmi les crustacés fossiles un ordre entier d’animaux dont on ne connaît plus aucune espèce vivante. Plusieurs genres ou espèces de cet ordre sont enfouis dans les couches les plus profondes de la (erre. Ils paraissent d’abord presque seuls, et semblent avoir été les premiers habitants solides des premières eaux marines qui aient laissé dans nos couches des traces de vië.
L’ordre dont ces animaux singuliers se rapprochent
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le plus est celui des Gymnobr anches ; et quand les animaux connus de cet ordre commencent à paraître dans les terrains plus nouveaux, les tribolites ont disparu, sinon en totalité, au moins en très-grande partie. Nouvelle confirmation de cette loi remarquable de la nature , dont nous avons si souvent eu occasion de faire l’application , que les animaux fossiles diffèrent d’autant plus des êtres qui vivent actuellement, qu’ils sont enveloppés dans des couches plus anciennes du globe.
Nous trouvons occasion de faire la même remarque pour les deux autres classes d’articulés, pour les insectes proprement dits, et pour les arachnides; ces animaux, malgré la délicatesse de leur organisation, ont laissé dans les couches de différents âges des vestiges trèsreconnaissables : or, plus les couches qui les présentent sont anciennes : et plus grande est la différence entre les espèces qui les ont laissées et celles de l’époque actuelle.
C’est encore ce qui s’observe pour les zoophytes, même pour ceux qui sont le plus bas placés, pour les infusoires; on a découvert depuis deux ou trois ans que certaines substances différentes d’aspect, mais que l’on confondait sous le nom de tripoli, parce qu’on les employait également à polir les métaux, sont composées presque uniquement des carapaces siliceuses de plusieurs espèces et même de plusieurs genres d’infusoires. Tous ces tripolis ne sont pas du même âge : eh bien, tandis que les plus nouveaux ne contiennent que des espèces qui vivent encore aujourd’hui et qui vivent
dans les mêmes lieux, les plus anciens offrent une proportion notable d’espèces appartenant à d’autres climats, et même probablement d’espèces qui ont complètement disparu.