HYPOTHÈSES DE M. BREMSER, CONCERNANT L’ORIGINE DES CORPS ORGANISÉS
Nous avons cru que dans un ouvrage tel que celui-ci nos lecteurs ne liraient pas sans intérêt le système de Bremser, célèbre naturaliste allemand, sur les révolutions que la vie a éprouvées à la surface du globe.
L’auteur, après avoir signalé les difficultés insolubles que rencontreraient ceux qui voudraient expliquer la formation de corps vivants à la surface du globe par les lois de sa gravitation, ajoute1 :
1. Traité zoologique et 'physiologique des vers intestinaux , par
« L’explication de la formation de la terre et de celle des corps organisés offre moins de difficultés, si nous cherchons la cause principale dans quelque chose de plus élevé, c’est-àdire dans l’esprit même, dans la tendance à dominer la matière et à former continuellement, par sa liaison intime avec elle, des tous clos existant par eux-mêmes, comme nous le voyons journellement dans la formation de chaque corps organisé. Dans cette idée, l’esprit sépara d’abord la matière brute, la rejeta au centre de la terre, et c’est ainsi que les terrains primitifs se formèrent. Peut-être a-t-il fallu des milliers d’années pour arriver à ce résultat; car la formation de ces terrains paraît s’être opérée peu à peu par cristallisation. Après que la plus grande partie de la matière qui était la moins propre à la vie, c’est-à-dire à celle des corps isolés, se fut cristallisée, l’esprit put agir déjà plus librement ; il s’effectua alors une révolution ou bien une fermentation dans la totalité de la masse, et les terrains de transition se précipitèrent probablement d’une manière subite. Cependant on peut présumer, par la disposition stratifiée de ces terrains, que plusieurs fermentations semblables ont dû contribuer à leur formation. Jusqu’à cette époque, c’est-à-dire jusqu’au complément des terrains de transition, la terre continua encore une vie universelle, c’est-à-dire une vie qui n’était pas encore divisée, ou bien qui n’était pas encore communiquée à des corps isolés ; car nous ne trouvons nulle part, ni dans les formations primitives, ni dans celle de transition, aucune trace d’êtres jadis vivants, et encore bien moins d’organisations animales1.
« Ce n’est qu’après la précipitation de ces terrains que l’esprit fut à même de s’emparer de telles ou telles parties de
M. Bremser, traduit par M. Grundler, D. M. P., revu et augmenté de notés par M. Blainville.
1. Il y a ici une erreur de faits étonnante de la part d’un 'homme aussi instruit que Bremser, puisqu’il est constant qu’on trouve dans les terrains dont il est ici question une multitude d’êtres organisés parmi lesquels se remarquent ceux qu’on a désignés sous le nom de trilobites , certaines espèces de coquilles , et même un grand nombre de poissons.
NOTES
la matière, et d’en former des corps isolés doués d’une vie individuelle. Nous trouvons les restes de corps jadis vivants dans les couches inférieures des terrains secondaires, qui, selon toutes les apparences, se sont formés, comme les terrains de transition, après des fermentations semblables et partielles. Les corps anciennement vivants que nous découvrons dans les couches inférieures des terrains secondaires appartiennent tous à des animaux aquatiques ; on n’y trouve pas de plantes. Après la formation des terrains de transition et avant la précipitation des premiers terrains secondaires, il est à présumer qu’il n’y avait point de terrain à découvert, non plus peut-être que d’atmosphère, de même que la lune, comme partie détachée plus tard de la terre, en est encore actuellement privée.
« Par la suite il s’opéra une nouvelle révolution ou fermen- * tation. La première création fut détruite par la précipitation suivante, et la terre fut de nouveau peuplée d’animaux qui étaient cependant d’une autre espèce que les premiers. On ne peut déterminer au juste combien il y a eu de pareilles révolutions suivies de précipitations, qui avaient lieu chaque fois au moins sur de grandes étendues de la terre. Il est seulement certain que chaque précipitation fut suivie d’une nouvelle création, et que l’homme est un produit de la 'dernière car on n’observe, comme il a été remarqué, aucun ossement d’homme, pas même dans les couches supérieures des terrains secondaires 1 2 ; et, qui plus est, on ne commence à voir des ossements de mammifères que dans ces couches supérieures, et M. Cuvier 3 présume par cette raison qu’ils sont un produit de l’avant-dernière révolution de notre terre.
« Comme après chaque précipitation il se formait toujours des êtres plus parfaits, et enfin celui qui jusqu’à présent est
1. Cela se rapporte parfaitement avec le premier chapitre de la Genèse. On n’a qu’à s’imaginer, comme Buffon l’a déjà observé, au lieu des jours, de grandes époques. (Note de Bremser.)
2. Bremser comprend ici sous le nom de terrains secondaires toutes les formations postérieures aux terrains de transition.