PROVINCES DES ANIMAUX MARINS
De même que l'on a reconnu sur la terre des provinces ou contrées spéciales pour les diverses animaux et les Plantes, de même il en existe aussi dans le sein des mers. Le caractère d'une Province marine est marqué par l'ensemble des animaux et des plantes qui constituent sa population toute entière ; de plus , souvent une pro-
portion considérable de cette population est spéciale à celte province, et surtout un très grand nombre d'espèces y atteignent leurs maximums de développement. Une partie de la population de chaque province est formée par des colonies venues des régions voisines ; et dans quelques cas particuliers (cas dont le nombre tend plutôt à s'élever qu'à se restreindre) on remarque qu'une partie de cette population descend d'espèces qui ont appartenues plutôt à des provinces d'autres époques géologiques que de la faune de l'époque actuelle. L'extension des limites d'une province dépend, en grande partie, de la forme des rivages; de la nature (caillouteux, sableux, boueux, etc.) du fond de la mer ; de la direction, de la force et de la largeur des courants ; gi enfin de la profondeur de la mer. On peut dire en général qu'une province comprend toute la largeur de la bande homoio>> zoïque dans laquelle elle se trouve, et que cela constitue ses limites en latitude ; tandis qu'en longitude son extension dépend Gomplètement des conditions hypsométriques ou de profondeur, et des ressources qu'offre la nature du fond de la mer pour supporter une population animale et végétale.
Les différentes provinces varient beaucoup en étendue, quelques unes ayant de petites dimensions, tandis que d'autres sont très vastes. Mais il ne faut pas juger de leur importance d'après leurs extensions géographiques ; car souvent au point de vue de l'histoire naturelle leur importance peut être la même ; et bien plus il ne faut pas toujours juger de l'extension d'une province par ses limites actuellea, car il peut très bien se faire qu'en remontant dans les temps passés, cette province qui maintenant occupe un petit espace, en occupait jadis un très grand, et vice-versà,
L Province Arctique. — La surface de cette région correspond exactement avec la bande homoiozoïque polaire du Nord; parce qu'autour du pôle nous trouvons une faune marine presque uniforme, les animaux du détroit de Behring appartenant, en général, à des espèces identiques avec celles qui vivent dans les mers glaciales et du Greenland.
Les caractères principaux des animaux marins de la faune arctic sont : d'avoir des couleurs ternes ; d'être représentés par un petit nombre d'espèces dans le genre, et comparativement par une grande abondance d'individus de la même espèce ; et d'avoir une grande tendance à présenter de nombreuses variations dans l'espèce, probablement par suite de l'influence de l'eau douce provenant de la fonte des glaces. Sa plus grande extension vers le Sud a lieu sur la odie Boréale Américaine, oii elle se mêle un peu et passe insensiblement dans la faune de la province boréale. Sur les côtes de l'Europe, elle est limitée aux rivages de la mer Glaciale.
IL Province Boréale. — Cette province est composée, en Europe,
82 I'® Jura.
de toute la région occidentale des côtes Scandinaves, comprenant toute la Norwége à partir des Isles Lofoden et s'étendant au Sud, mais cependant sans y comprendre les côtes de la Suède et du Danemark; en Amérique sa surface s'étend de Terre-Neuve au Cap Cod, et constitue la sous-région Bostonienne, L'Islande, à l'exception d'une petite partie de sa côte Nord-Ouest, s'y trouve comprise. Les caractères principaux de la Province Boréale, sont : 1^ de se trouver en très grande partie dans une région où la mer atteint de très grandes profondeurs; 29 d'être la région des grandes pêcheries et surtout des poissons appartenant à la tribu des Morues.
III. Province Celtique. — Elle est située entièrement sur le côté européen de l'Atlantique, et elle embrasse les mers qui environnent les Isles Britanniques, depuis le Sud des Isles Shetland jusqu aux limites nord de la baie de Biscaye. Cette province embrasse aussi les côtes du Danemark et de Bohus-lœn (Suède) ; et on peut regarder la mer Baltique, comme en étant seulement un bras ou dépendance, du moins aux points de vues zoolpgiques et botaniques. Sa population est très mélangée par suite de colonies Boréales et Lusitaniennes ; et c'est ici que se trouve les grandes pêcheries du hareng.
IV. Province Lusitanienne, — Embrassant la baie de Biscaye, la mer baignant les côtes septentrionales et occidentales de l'Espagne et du Portugal, et celle qui longe la côte Nord-Ouest de l'Afrique jusqu'aux Isles Canaries. Vers l'Ouest on peut dire qu'elle s'étend jusqu'aux Isles Azores.
V. Province Méditerranéenne. — Cette région comprend toute la mer Méditerranée et la plus grande partie de la mer Noire. Sa faune et sa flore sont très riches, sans cependant présenter de particularités remarquables ; et il est possible qu'elle ne soit qu'une colonie détachée de la province Lusitanienne. Elle est caractérisée par des pêcheries du Thon, des Eponges et du Corail. Sa faune est répandue d'une manière très uniforme, mais cependant on remarque que le nombre des espèces diminue à mesure que Ton s'avance de l'Occident vers l'Orient.
On peut mentionner ici la^province Àralo^Caspienne, comme étant une région exceptionnelle et à part, représentant une portion d'une mer plus large et plus ancienne; et qui a disparu.
VI. Province de VÀfrique Occidentale. — Celte région comprend la partie orientale de l'Océan Atlantique interlropicale ; avec une petite extension au-delà des tropiques dans chaque hémisphère. — Forbes prévient que cette province est un peu hypothétique, à cause du manque d'observations sur la population de la partie de la mer s'étendant depuis la Côte de l'Or en Guinée jusqu'au pays de Benguéla. Llsle de St.-Hélène présente des particularités qui semblent indiquer
Le Jara. 33
d'anciennes affinités entre la faune de TAfrique occidentale et celle des Garali)es.
VIL Province de VÀfrique méridionale. — Son extension et ses limites paraissent être les résultats de la température, et peut-être encore davantage les résultats des directions et contournements des courants autour du Cap de Bonne-Espérance.
Vin. Province Indo-Pacifique, — Celle-ci est la plus vaste de toutes les régions marines. Je la regarde comme ne constituant qu'une seule division, parce que toutes les explorations montrent que sur toute cette surface, il existe une base d'espèces identiques, donnant un caractère uniforme à toute la faune. Cette province est surtout le pays par excellence des récifs de coraux et de tout cet assemblage de magnifiques et merveilleux animaux vertébrés et invertébrés, qui vivent autour et aux dépens des coraux mêmes. C'est ici où les animaux sont recouverts des couleurs les plus brillantes et les plus tranchées ; et c'est aussi la partie de notre globe où existe le maximum de développement de la majorité des genres marins. Sa population est très peu mélangée avec celle des provinces voisines. La Mer Rouge et le Golfe Persique n'en sont que des appendices. En longitude cette province s'étend depuis la côte orientale de l'Afrique jusqu'aux limites extrêmes de la Polynésie; et en latitude elle comprend depuis le Port Natal , où sa faune se mêle un peu avec celle de l'Afrique Méridionale, jusqu'à Suez, et depuis le Sandy Cape sur la côte orientale de la Nouvelle-Hollande , où sa faune se met en contact avec les types australiens , jusque (probablement) à la Mer Jaune. Les Madreporidœ et les Âstreidœ caractérisent les parties centrales, tandis que les Porilidœ dominent sur la circonférence de cette division.
IX. Province Àtulralienne. — Les mers de l'Australie qui se trouvent en dehors des tropiques sont peuplées par une assemblage de créatures tout-à-fait spéciales , et parmi lesquels se trouvent des types génériques très remarquables et que l'on ne rencontre nulle part ailleurs. Les mers qui environnent les Isles de la Nouvelle-Zélande peuvent être comprises dans la même catégorie.
X. Province Japonaise. — Celte province a été créée avec des matériaux incomplets et qui laissent beaucoup à désirer. Ses limites nord sont indéterminées; mais on a des indications qui permettent de penser qu'une faune spéciale existe entre celle de cette province Japonaise et celle de la mer d'Ochotz. Cette province intermédiaire est délimitée d'une manière tout-à-fait hypothétique et elle est nommée par Forbes :
XL Province Mantchourienni.
XII. Province Ocholzienne. - Les recherches de Middendorf ont très-bien fait connaître la faune de la mer d'Ochotz , du moins quant
aux Mollusques ; et elles démontrent aussi l'existence dans cette région d'une province particulière, touchant l'Arctique, qui paraît s'étendre autour de la péninsule Kamtschatkienne.
XIII. Province SUchierme. - Cette province est le représentant de rOchotzienne sur le côté américain du Pacifique. Sa faune des Mollusques est très mélangée avec les faunes Arctiques, par suite sans doute de Tinfluence des courants polaires. Elle parait correspondre à la province Boréale du Nord de l'Atlantique.