Red mari
Fitton ajoute: «ces dénominations sont toutes tirées, soit des localités où les caractères des couches sont les plus visibles et les plus distincts, soit de noms locaux donnés par
JUarl Vales.
94 ^^ Jori.
les habitants de certains districts à une espèce de roche spéciale.» Voilà en peu de mots le principe de Smith pour désigner les strates d'un pays: principe, qui, après quarante années, est encore le meilleur de tous ceux mis en avant par les faiseurs de classifications universelles.
Le jurassique se trouve compris dans trois des terrains ou formations de Smith; formations qnll nommait: Marnes des val^ lées {Mari Taies) , Pierres rageuses des collines (Stone^brash Hills) et Argiles des vallées (Clay Vales). Dans les Mari Voies se trouve compris le keuper qu'il nomme K 28. Red mari; et il indique la connection ou groupement du Lias blanc avec le Lias bleu par un trait de liaison. Le terrain des Stone^brash Hills comprend depuis le Marlstone ou Lias Moyen jusqu'au Combrash inclusivement. De plus, Smith groupe ensemble par un trait de liaison le Blue mari jusqu'au Fuller's earth , c'est-à-dire le Lias moyen, le Lias supérieur et l'Oolite inférieur; et il réunit aussi de la même manière le Great oolite et le Clay N" 19 connu depuis sous le nom de Bradford clay.
Quant au terrain du Clay Vales, il comprend toutes les strates à partir des roches de Kelloway jusqu'au Blue mari ou Gault, Ainsi que le fait observer Fitton, Smith a placé à tort dans son N" 11 Ylron sand (ferruginous sand, ou ce qui est appelé aujourd'hui le Lower green sand), qui se trouve ainsi audessous des calcaires de Purbeck et de Portland. Je vous ferai surtout remarquer que dans ce terrain du Clay Vales Smith a réuni par un trait de liaison les N"' 15 et 14, c'està-dire le Kelloway rock et Y Oxford clay ensemble, comme étage; tandis que le Lower calcareous grit, ou son N" 13 Sand and Sandstone, et le Coral rag^ sont unis avec YOaklree clay ou Kim~ meridge clay , le Portland rock et les Purbeck stones , formant de tous ces groupes compris entre les N"' 13 à 8 un seul et même étage, dififérent et distinct de l'étage Oxford-Kelloway. Cette dernière opinion de la séparation du Coral-rag de YOxford-clay comme étage, et de la réunion du Coral~rag au Portlandstone, est encore aujourd'hui ce qui est de plus rationel , non seulement pour l'Angleterre, mais pour tous les pays de l'Europe
Le Jura. 95
oh l'on a reconnu FOxford clay , le Coral rag et le Portland stone. J'avais opéré cette séparation dans le Jura il y a 12 années — sans avoir la moindre connaissance dfes travaux de Smith, car alors j'ignorais entièrement la langue anglaise et je n'étais pas encore allé une seule fois* en Angleterre — m'étant, tout simplement, laissé guider par les caractères naturels du groupement des strates pour établir les étages. Cette manière de groupement a été reconnue la meilleure par tous les géologues du Jura , et aussi par les géologues de TAllemagne ; quant aux géologues parisiens ils ont passés l'éponge dessus , sans la discuter , et le plus poli d'entre eux, s'est borné à dire, «cpi'en plaçant le Coral rag tout entier dans le Groupe Oolithique supérieur y je m'étais écarté des véritables bases de la stratigraphie» {Histoire des Progrés de la Géologie^ tome sixième, page 621). — J'avoue que j'ai été très surpris d'apprendre que je m'étais rendu coupable de violation des bases de la stratigraphie; accusation grave envers quelqu'un qui a consacré sa vie entière précisément à cette étude ; et il ne fallait rien moins que le nom et l'autorité du savant M. d'Archiac pour me convaincre de mes torts. Cependant , puiscjue cet honorable géologue me fait l'honneur de me placer du même côté cpie Smith, je commence à croire de nouveau que cette opinion n'est pas si mauvaise , et je suis trop heureux de me trouver soutenu dans cette écartade des bases de la stratigraphie parisienne, par le oFather of English Geologyy^; et je le regarde, bien plus, comme la plus grande récompense que mes efforts et mes recherches géologiques m'aient jamais procuré.
Buckland et Greenough publièrent, peu de temps après Smith, des tableaux ou Synoptical view, dans lesquels ils ont groupé les strates jurassiques d'une manière un peu différente. Je ne les reproduis pas ici, me contentant de donner le tableau de Conybeare qui les résume et contient le groupement des assises tel qu'il a été adopté généralement en Angleterre, et qui est identique à celui employé par le Geohgical Survey en 1856.
Ce tableau se trouve à la page 166 de VOutlines ofthe Geo--
Le Jara.
Purbeck.
Portiand stone.
Portiand sand.
Kimmeridge clay.
Coral rag.
Galcareous grit.
Numerous OolUic strata, occasionally subdivised by thin argillaceous beds; including the Cornbrash , forest marble , schistose oolite and sand of Stonesfîeld and Hinton , Great oolite , and Inferior oolite.
Inferior oolite, sands.
logy of England and Waks ; by the Rev. W. D. Conybeare and
William Phillips. London, 1822.
Geologleal
Conybeare et W. Phillips. 1822. Surrey* 1856.
. / Argillo-calcareous Purbeck strata , separat- 1 1 ing the iron sand and OoHtic séries. . .
|»l Oo/t(ic strata of Portiand , Tisbury and Ay-
.5* 1 lesbury
^ /Galcareous sand and concrétions (Shotover O j hill and Thame)
^1 Argillo-calcareous formation of Kimmeridge {§*[ and the vale of Berks, separating the oo- ^ I lites of this and the next System. — OaK- » tree clay of Smith (generally).
g [OolUic strata associated with the Goral rag 'S l (Pisolite of Smith). . , . .
^1 Galcareous sand and grit
^ /Great Oxford clay (Glunch clay of Smith) ^ ] separating the oolites of this and the next
System Oxford clay and
Kelloway rock.
Gornbrash.
Forest marble.
Bradford clay.
Great oolite.
Stonesfîeld slate] Fuller's earth.
Inferior oolite.
}â /Galcareo-siliceous sand, supporting and 5\ passing^into the inferior oolite,
I j Great argillo-calcareous formation of Lias
1^ 1 and Lias Marie , constituting the base of
« 1 the whole séries Upper Lias; Marl-
stone ; Lower Lias and Limestone.
«Négligeant quelques petites subdivisions , dit Conybeare, nous pouvons considérer les strates situées entre le Grès vert inférieur (iron sand) et les couches salifères (New red sandstone) comme se groupant en trois grands systèmes. Chacun de ces
Le Jura. 97
systèmes est basé sur une formation argilo-calcaire d'une grande épaisseur, et qui constitue toujours une ligne de démarcation bien tracée et nette, qu'il est impossible de confondre ou de prendre Tune pour Tautre ; les roches oolitiques de chaque système, formant généralement une rangée de collines distinctes , séparée des collines des autres systèmes par une large vallée ou combe argileuse». (Conybeare, pages 165 et 166.)
Ce principe, de commencer chaque étage ou système, comme les nonmie Conybeare, par une grande formation argileuse, suivie d'une autre formation de sables calcareo-siliceux , et le tout surmonté d'une grande formation de lits de calcaires oolitiques, est loin d'être un axiome en stratigraphie. Un heureux hasard , joint à une connaissance incomplète des faits de la géologie de TAngleterre même, ont seules pu donner une apparence de vérité à un tel principe; qui n'est, somme toute, qu'une supposition, même en la limitant, seulement au terrain jurassique des Isles Britanniques. Grouper les strates d'après leurs compositions minéralogiques , est évidemment le grand principe pour l'établissement des étages ; car de cette composition dépendent les vallées et les collines , c'est-à-dire le relief et l'orographie d'un pays. Employé par Smith dans ses groupements, ce principe est lé seul rationnel, et le seul au moyen duquel on puisse colorier avec exactitude les limites des étages sur une Carte Géologique. Mais vouloir, que chaque système ou étage conmience par des argiles, puis des sables ou grès et enfin des calcaires surmontant le tout , c'est chercher une régularité qui n'existe pas ; et cela , par conséquent. Constitue une méthode artificielle et non naturelle^).
^) Elle de Beanmont et Dafirénôy se sont laissés diriger par ub antre ordre d'idées théoriques pour le groupement des étages et des terrains; et voici ce qu'ils disent, pages 47 et 48, de VEwpUeation de la Carte Géologique de la France, tome h; Paris. 1841: «La séparation entre deux terrains consécutifs, ayant été marquée par une révolution de la surface du globe , il en résulte nécessairement que les premiers dépôts qui se sont formés à la suite de chaque cataclysme, ont dû se composer très fréquem-
98 ^e Jura.
Cette manière , de diviser le terrain jurassique de l'Angleterre en trois étages, entraîne avec elle les objections suivantes: 1^ L'étage du Lower Oolite a une importance, dans le temps et dans Fespace, c'est-à-dire, vu la puissance de ses assises et les temps qui ont dû s'écouler pendant leurs formations, en dehors de toute proportion raisonnable avec chacun des deux autres étages; 2^ le Lias, qui est une formation si importante de l'Europe occidentale, se trouve ainsi n'être considérée que comme un groupe de troisième ordre, au lieu d'en être un du second; enfin 3^ le Kimmeridge clay semble avoir une importance égale au Lias ou à l'Oxfordian, ce qui est loin d'être vrai. Le type du Kimmeridge clay est pris à l'Isle de Purbeck , là où il possède un développement anormal de 500 pieds d'épaisseur. Si cette formation argileuse de Kinmieridge persistait dans toute l'Angleterre avec cette épaisseur de 500 pieds, ou bien même avec des variations de 200 à 500 pieds, eUe constituerait un horizon géognostique très important, et en la prenant pour base de l'Upper Oolite, on aurait
ment de fragments, plus ou moins gros, des roches préexistantes. Aiissi les premières assises de cbaqoe terrain sont^elles souvent composées de galets , dont les dimensions sont en rapport arec leur position. Les plus gros occupent les couches les plus anciennes de la formation, tandis que les grès à grains fins et les argiles, qui ne sont, pour ainsi dire, que des boues solidifiées, forment des couches qui se succèdent, jusqu'à un certain point, par ordre de ténuité. Ces derniers dépôts ont continués en- SQite à se produire sous le régime calme et à-peu-près uniforme, qu*ont présenté les longues périodes de tranquiUité de Thistoire du globe: périodes, pendant lesqueUes les causes sédimentaires ont exercé leur action lente et continue , qui a coïncidé avec le déyeloppement de la nature organisée; c'est également pendant ces périodes qu'il s*est formé des calcaires. Cette succession de dépôts grossiers et des alternatives de couches calcaires et de couches de grès et d'argile, résultat naturel du trouble qui a régné à de certaines époques à la surface du globe et du calme qui les a suivies , s'est reproduite dans toutes les périodes des formations». Bvidemment ces deux savants géologues ont accordés trop d'importance aux révolutions de la surface du globe ; et l'observation des faits n'est pas venu confirmer cette manière de voir pour établir les groupements des strates.
Le Jura. 99
une excellente ligne de démarcation. Mai6 il n'en est pas ainsi; il n'y a que dans le Dorsetshire, Wiltshire and Beckshire, c'est-à-dire , sur une très petite surface que le Kimmeridge clay a 500 pieds d'épaisseur; il va en s'amincissant à mesure que Ton s'éloigne de ce centre anormale , et près d'Oxford il n'a déjà plus que 100 pieds d'épaisseur, àBagley Wood seulement 70, et dans le Lincolnshire et le Yorkshire il paratt être encore réduit à une plus faible épaisseur. La Paléontologie, c'est-à-dire, les débris d'êtres renfermés dans ses strates à Purbeck même , ne sont pas tellement spéciaux et si différents de ceux de l'Upper Caicareous grit et du Coral rag, pour justifier une coupure aussi tranchée entre ces formations. Considéré en France, le Kimmeridge clay ne présente nullement un développement semblable , du moins conmie argile , à celui que ce groupe possède à llsle de Purbeck. En Normandie, contrée assez voisine du Dorsetshire, sa puissance n'est plus que de 1 70 pieds ; dans le pays de Braie (département de l'Oise) il paraît y être aussi puissant qu'à Purbeck, mais comme on ne l'y a étudié qu'au moyen de puits , on ne peut pas en conclure rien de certain. Dans la Bourgogne, la Lorraine, la Haute-Saône , le Jura , ce groupe de Kimmeridge diminue , ou plutôt se modifie rapidement; les argiles étant remplacées par des calcaires; et il ne constitue alors nullement un horizon géognostique de premier ordre. Prendre le Kimmeridge clay de Purbeck comme type , et s'en servir comme ligne de démarcation entre YDpper et le Middle OoHie; c'est exactement conmie si l'on prenait les Grés du Luxembourg et de MarUnsart, et les Marnes de Jamoigne et de Strassen pour type du Lias Inférieur, et qu'on oblige le Lias Inférieur des autres contrées à se modeler sur cette forme gigantesque et tout-à-fait spéciale au Luxembourg. Ce tableau des divisions du jurassique par Conybeare est excellent, si l'on ne considère que les groupes de troisième ordre ; et il n'y a d'objections à faire que dans la réunion des groupes en trois étages ou systèmes. Il est d'ailleurs digne de remarque , que Conybeare place dans le Jurassique les strates de Purbeck, qu'il sépare du Weàlden formation: opinion,
100 I^e Jura.
qui, après avoir été rejelée pendant plus de 20 années, vient'* de nouveau d'être adoptée et confirmée parle Geological Sur-^ «ay, grâce aux recherches minutieuses et profondes du savant et illustre Ed. Forbes.
Depuis la publication des magnifiques recherches de Smith et de Texcellent OtUlines ofthe Geology of England^ par Cony-. beare et W. Phillips, les études sur le terrain jurassique de l'Angleterre se sont multipliées ; des monographies de locaUtés spéciales, ou même des vues générales très remarquables ont été développées dans de nombreux mémoires, dont les plus célèbres ont pour auteurs: Buckland, Fitton, John Phillips, Sedgwick, Murchison, Lonsdale, de la Bêche, Williamson, Strickland, Morris, Buckman, Thomas Wright, Edward Hull, etc. Mon but ici, n'étant, ni de faire une description détaillée du Jurassique de TAngleterre, ni de donner une histoire de ses progrès; mais bien de discuter des opinions, et de chercher surtout à établir les équivalents des strates du Jura avec celles de TAngleterre , je vais choisir parmi les dernières publications, celles qui me paraissent les plus complètes et les plus importantes, et je tenterai mon essai de synchronisme.
John Phillips actuellement DqnUf/ reader in Geology ^ and Keeper ofthe New Vnwerêiiy JIAiMtim» m ihe VnwersUy of Oocford^ est certainement le géologue ayant le plus de pratique et de connaissance approfondie du terrain jurassique de TAngleterre; neveu et élève du grand William Smith, il a étudié ce terrain en compagnie du Mattre , et depuis 1820 il parcourt, le marteau à la main, les vallées oxfordiennes et les collines oolitiques de la Grande Bretagne. Son remarquable mémoire, intitulé: Illustrations of the Geology of Torkshire, 2*^« édition, 1835 , ne contenant que les strates jurassiques d'un seul Comté; je préfère prendre son chapitre sur YOoUtic system , page 282 et suivantes , de son Manual of Geology practical and theoretical, London 1855; qui contient les vues les plus complètes que l'on possède sur toutes les strates jurassiques de l'Angleterre.
Ce Manuai of Geology, encore très peu connu sur le continent européen, est sans aucun doute le meilleur Traité de géologie stro'
â*ane-eomtois et e^
'^jcation de John Philipps,
>oWic System),
fupes.
Groupes.
Ads.
' colite.
»aiid.
;e clay.
careous grit.
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Goralline 0< Groupe
Oxford clay
rth.
lite.
clay.
s clav.
Le Jora. 101
îigraphique qui ait encore été publié dans aucune langue, et on voit bien dans ce livre que Phillips a reçu des leçons de Smith.
Dans les pages 283 et 284 Phillips donne un tableau ou Tabular view , présentant les groupes tels qu'ils se trouvent dans la nature, avec leurs détails; les numéros indiquant Tordre du temps dans la période jurassique. Je place ce tableau ici, en le mettant en relation de synchronisme avec mon tableau des strates du Jura franc-comtois (Voir le tableau N° 3 en face).
Phillips divise VOolUic system en cinq formations ou étages, qui sont: le Li(is, le Lower Oolite, le Middk OolUe, \Vpper Oolite et le Wealden, En unissant la formation Wéaldienne toute entière aux autres strates jurassiques, il s'éloigne de toutes les autres classifications , et se place à un point de vue trop exclusif et éminemment anglais; ayant d'ailleurs en cela beaucoup de rapport avec la manière de voir de Fitton. Ce dernier savant est le premier qui ait montré clairement l'importance du Wealden en Angleterre, dans son célèbre et excellent mémoire , intitulé : Observations on some of the Strata between the chalk and Oxford Oolite in the South-East of England^ read before the Geol. Soc, June 15, 1827, and published in the volume IV. of the Transactions; London, 1836. Dans ce beau travail, Fitton, conduit par l'identité de caractères fluvio-marins des fossiles qui sont dans les strates de Purbeck comparés à ceux qui se trouvent dans le Weald clay et YHastings sands, crut pouvoir réunir le Purbeck à l'Hastings et au Weald, et en composer du tout un Terrain indépendant du Jurassique et du Crétacé; et qu'il nomma à l'exemple de P. J. Martin, qui employait déjà cette désignation : the Wealdeen (le Wéaldien). Cette manière de voir fut généralement adoptée et les strates de Purbeck restèrent séparées du Jurassique. Le Dr. Gideon Algernon Mantell, qui s'est occupé tout spécialement, de 1820 à 1853, de l'étude des animaux extrêmement curieux et presqu'exclusivement d'eaux douces (Illustrations of the Geology of SusseXy etc.j cpii se trouvent répandus abondanmient dans les strates de cette formation, contribua beaucoup à faire croire
102 Le Jura.
à l'existence du Wealden comme terrain ; et dans ses nombreuses et intéressantes publications sur la Géologie (The Medais of Création; Wonders of Geology; Geological Excursions round ihe Isk of Wight; À Pictorial atlas of fossil Remains; etc.J, il le place comme un terrain séparé , et , ayant la même valeur dans le temps et dans l'espace , comme les terrains jurassiques ou crétacés. Cette exagération, provenant des études locales et spéciales de Mantell, n'a pas été partagée par Fitton, qui dans son livre: On the strata below the Chalk, dit, page 329, «que, 1^, le Wéaldien et ses équivalents marins ne peuvent pas être trouvés dans la même localité, et par conséquent, puisque les strates d'origines fluvio-marines sont très répandues en Angleterre, on n'y trouvera pas, en général, les strates d'origines marines; que, 2°, les fossiles marins, situés dans les couches contemporaines du Wéaldien , seront très distincts de ceux que l'on trouve au-dessous dans le groupe de Portland , et aussi de ceux qui sont au-dessus dans les Grès- Verts ; ce qui est une considération donnant un intérêt tout particulier aux fossiles ensevelis dans ce groupe intermédiaire».
Ce bon et enthousiaste Dr. Mantell a souris de mépris, lorsqu'il a vu en 1852, que d'Orbigny plaçait son Wéaldien chéri conmie une division subordonnée de la formation néocomienne. D'Orbigny n'était pas entièrement dans le vrai; et c'est Edward Forbes qui a mis le doigt sur la difficulté, en trouvant dans les couches marines intercalées au milieu des strates du groupe de Purbeck^), dans l'assise connue à Swa-
*) LyeU, s. H. Beckles et W. R. Brodie yieonent de faire, 1854, 1856 et 1857, une des plus iDléreasantet déçooyertes de mammifères fossiles qui ait été annoncée depuis longtemps (voir: Supplément to the ffth Edition of a manucd of Elementary Geology; by Sir Charles Lyéll, page 13 et suivantes; Londres, 1857). Dans une carrière, sitaée à la baie de Durlestone , près de Swanage , ces savants viennent de trouver dans les couches fluvio-marines qui sont à la base du MÊiddle Purbeek, dans une marne moUe et un peu calcaire (dirl-bed), de 5 à 6 pouces d'épaisseur, en compagnie d'Insectes , de Paludiues, de Planorbes, de Gyclas et de Reptiles, le nombre considérable de quatorze espèces de mammifères; sans compter un grand nombre de débris d'ossements fossiles , dont ou ne sait pas encore
Le Jura. 103
nage (Dorsetshire) sous le nom de Cinder-bed des fossiles marins de répoque jurassique {Ostrea distorta, Uemicidaris Pur-beckensis, etc.), et en replaçant, comme Conybeare l'avait fait 30 années auparavant , le groupe de Puii)eck dans le terrain Jurassique.
U résulte de ce qui précède que Fitton, si excellent observateur et si profond stratigraphe , a bien vu que la Wealden
trop que faire , mais qui permettent d^espérer des découvertes ultérieures d*espèces nouveUes. Ces quatorze mammifères jurassiques appartiennent à huit ou neuf genres ; quelques-uns sont de Tordre des insectivores ou des carnivores , d*aatres ont des affinités encore douteuses , et un de ces genres est entièrement herbivore et allié au rat-Kanguroo de TAustralie. Quelques-unes des espèces carnivores appartiennent à l'ordre des Marsupiaux. Joint aux quatre mammifères trouvés à Stonesfield, cela fait dix-huit espèces d'animaux mammifères , respirant l'air , et qui ont été trouvées dans seulement deux minces strates du terrain jurassique de l'Angleterre.
Il est difficile de bâtir des systèmes avec les mammifères fossiles , leurs restes se rencontrent si rarement que de nombreuses années s'écouleront avant que l'on soit parvenu à recueillir assez de débris d'espèces pour reconstruire , même très imparfaitement , les faunes de mammifères qui ont existées pendant chaque période géologique. U y a à présent environ 1700 à ISOO espèces de mammifères vivants , et il n'est nullement présomptueux et absurde de supposer que ce nombre a bien pu exister à chaque époque» seulement avec des oscillations de quelques centaines d'espèces en moins ou même en plus. Je sais qu'il est généralement admis qu'il y a eu une progression de perfectionnement et de quantité dans les animaux mammifères qui ont vécu sur notre planète, et que l'opinion que j'admets» est contraire à cette théorie; mais enfin, si les faits s'opposent diamétralement à cette théorie, il faudra bien qu'elle disparaisse.
La difficulté de préseryation des débris d'animaux terrestres (Mammifères, Oiseaux et Insectes) est extrême, et Ton se fait peu d'idées justes sur ce sujet. On peut dire, que des millions et millions d'individus de la même espèce disparaissent sans laisser la moindre trace de leur existence sur cette terre, et il est plus que probable que beaucoup d'espaces onit disparues sans laisser aucune trace dans les dépôts qui se sont formés lors de leur existence. Gomme exemple de cette difficulté je vous citerai l'immense quantité de Bnff'alo de l'Amérique du Nord ; qui ont yécu par milliards d'individus depuis leur création, et dont l'ostéologie est si fortement et si richement constituée , et qui ont laissé ou laissent très peu de traces de leur existence. J'ai été souvent frappé en parcourant les Etals de rOhio, du Kentucky, du Tennessee et de l'Arkansas, de voir combien il
104 ^^ Jur'*
formation , tel qu'il la constituait , était une formation anormale et une pierre d'achoppement dans la nomenclature de la série des strates de l'Angleterre ; qu'il n'a pas du tout cherché à cacher, à tourner ou à trancher cette difficulté, .et que, si Mantell, d'Orbigny, d'Archiac et Phillips avaient été aussi sages, on n'aurait ni créé un Terrain Wéaldien, ni fait voyager toutes ces strates du Jurassique au Crétacé et vice-^ersâ,
était rare de trouver dans les creusages» opérés pour des travaux de constructions, des débris de Bisons; et cependant ces pays étaient, il y a seulement 60 années, les contrées les plus peuplées par cette espèce de Bœuf. Dans les Prairies de TOuest, là où existent encore des troupeaux de Buffalo , et où les chasseurs (Indiens ou Blancs) en tuent chaque année plusieurs centaines de mille , on rencontre sur le sol une grande quantité d*ossements et d*excréments de ces animaux. Gomme vous le savez, la région , où ces troupeaux existent encore, va chaque année en se rétrécissant , ces beaux animaux disparaissent comme leurs anciens maîtres, les Indiens, devant l'influence civilisatrice de Thomme blanc. Eh bien! seulement 15 ou 20 années au plus, après que les Bisons ont quitté un pays , de tous ces débris , ossements et excréments (bois de vache , comme les nomment assez poétiquement les trappeurs canadiens) qui couvraient littéralement le sol des Prairies, il ne reste plus rien de visible; et si vous creusez le sol pour des cultures ou des constructions , vous n'y trouvez aucunes indice» des millions de Buffalo qui ont foulés et gambades sur ce sol pendant des milliers et milliers d'années. Beaucoup de ces animaux périssent dans les rivières et sont transportés par le Missouri et le Mississippi ; mais bien , avant d'arriver an Belta de la Louisiane , ou dans le Golfe du Mexique , leurs cadavres sont dévorés par les Poissons, les Crocodiles, les Requins» été.; et Je suis 'convaincu que, si l'on pouvait explorer les strates qui se sont déposée et se déposent encore dans le Golfe du Mexique, on ne trouverait peut-être pas plus de débris de Buffalo (Bos americanuê) qu'on a trouvé, dans le iMssiii de Paris de débris de Palœotherium magtmm. Cette difficulté de préservation des animaux terrestres présente un contraste énorme avec la facUité de conservation des animaux inarins. Ainsi les Huttres, les Porcelaines, les Mytilns , les Crustacés, etc., qui puUulent, vivent, meurent et se fossilisent souvent même sans 'changer de place, sont retrouvés en grand nombre par les géologues, après des miUions d'années , et dans un état de préservation telle , que quelquefois on ne sait réellement pas si la coquiUe sort de Teau ou du linceul de roche qui Ta conservé avec un soin et un succès, capable de rendre jaloux le Docteur Gannal et tous ses prédécesseurs égyptiens, les embaumeurs des momies emmagasinées dans les Pyramides.
Le Jura. 105
Ainsi du WeaUen formation, tel que Fentend Phillips, je ne conserve dans le Terrain Jurassique que les couches de Purheck (Purbecks beds), qui forment la partie supérieure de TC^per Oolite. Son N° 4, ou Vpper OolUe formation y ne comprend que les groupes de Portland et de Kimmeridge; tandis que j'y ajoute, en dehors du Purbeck, le groupe qu'il désigne sous le nom de Coralline Oolite y prenant pour base de TUpper Oolite le Loioer cakareous grit. Par suite , sa formation N° 3 , ou Middle Oolite y ne se trouve pltis composée que de son Oxford-clay group, qui correspond alors exactement à mon étage Oxfordian, La formation N^ 2, ou Lower Oolite y commence au Cornbrashy qu'elle incluse et comprend tous les groupes du Forest marble , Great oolite y Fuller*8 earth et Inferior oolite \ ce qui correspond assez exactement avec mon étage du Lower Oolite. Seulement Tlnferior OoUte de Phillips se divise en deux sousgroupes, dont l'inférieur, appelé ferruginous sandy appartient au Lias supérieur , ainsi que vient de le prouver notre savant ami , le Dr. Thomas Wright. De sorte que ma base de l'étage du Lower Oolite , ne correspond pas exactement avec celle du Lower oolite formation de Phillips. Quant à l'étage du Lias, il correspond exactement à son N^ 1 , Lias formation , sauf toutefois la correction et addition du femtginous sand k la partie supérieure, et la suppression du Bone bed à la partie inférieure. J'ai tracé dans le tableau N^ 3, au moyen de barres, en lignes pleines les divisions des formations de Phillips et de mes étages ; les arrêtant après la colonne des subdivisions de Phillips , de manière qu'en les continuant par la pensée , on aurait les groupes que chacun de nous comprend respectivement dans sa manière , de réunir par étages ou formations les strates jurassiques de l'Angleterre et des Monts Jura.
Le Bone bed de l'Anglçterre est plus développé que dans le Jura , cependant son épaisseur ne dépasse jamais trois pouces. Il est très constant, et cette couche à ossements du New-Red Sandstone se trouve presque dans toutes les localités de FAngleterre où l'on peut observer le point de contacte et de passage entre le Jurassique et le New Red.
106 Le lara.
Comme cette classification de Phillips est générale pour toute TAngleterre, et même qu'il l'étend un peu au continent européen, je ne chercherai pas à trouver les équivalents de tous les sous-groupes, me contentant seulement de quelquesuns, synchronisant les étages, et me réservant pour les détails, lorsque je comparerai ma classification avec quelques travaux spéciaux et très détaillés, tels que ceux de Strickland, Williamson, Hull, Wright, etc.
Le groupe du Lias Inférieur correspond au Lias rock et Lower Lias clay, pris ensemble. Je réunis en conséquence sur le tableau ces deux groupes par un trait d'union et j'indique par une ligne ponctuée, se terminant par un point d'exclamation (!), le synchronisme certain de ces strates. Le groupe du Lias moyen a évidemment pour équivalent le Marlstone, je l'indique par un point d'exclamation. Quant au groupe du Lias Supérieur, il correspond à VVpper Lias clay, plus l'addition de la subdivision du ferruginous sand, regardé par Phillips comme faisant partie de llnferior Oolite.
Le groupe du département du Jura a pour équivalents certains le Coarse limestone de \lnferior Oolite et le Fuller's ea/rth, pris ensemble. De même, je synchronise le groupe du département du Doubs avec l'ensemble du Grea$ oolUe , du Forest marble et du Cornbrash,
Le groupe Oxfordien Inférieur correspond peut-être en totalité au groupe de V Oxford elay de Phillips; cependant cela me parait très douteux. Le manque de nombreuses observations directes m'oblige à être circonspect; quoique je puisse dès à présent vous assurer que les fossiles tmtanniques de YOxford clay, proprement dit, se trouvant toujours dans les strates de la partie inférieure, voisine du Keltaway rock, il y a de très grandes présomptions , pour penser que les strates supérieures de YOxford clay de FAngleterre sont les éqiuvalents de YÀrgovien ou groupe Oxfordien supérieur des Monts Jura ; et j'ajouterai même que certains fossiles de ces strates supérieures , recueillis aux environs d'Oxford sont des indices presque certains de l'existence de l'Argovien et de sa faune en Angleterre. J'ai indiqué ce syn-
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chronisme dubitatif de mon groupe Oxfordien Inférieur avec tout le groupe de Y Oxford clay de Phillips, en mettant devant le trait de jonction un point d'interrogation (?) ou de doute. De même, au moyen de lignes ponctuées, allant du Fer de Glucy au Kelloway rock et au Blue clay, et des marnes oxfordiennes à Y Oxford clay, j'ai placé à l'extrémité de ces lignes des points de doute (?) ; car l'équivalence complète du Fer de Clucy avec le Kelhway rock est loin d'être démontrée. Ce KeU loway rock est un mauvais type, qui a disparu au Kelloway Bridge dans le Wiltshire , et qui se voit très rarement dans le Sud de l'Angleterre. Du Wiltshire au Northamptonshire on ne l'a pas encore signalé; et il parait prendre dans le Yorkshire un autre faciès , atteignant jusqu'à 60 pieds d'épaisseur et présentant alors plusieurs subdivisions dans ses strates. Il serait désirable pour la géologie anglaise, que l'on y remplaçât ce type par un autre mieux défini, et qui soit surtout visible.
N'étant pas encore certain du nombre des strates de YOxford clay, qui équivalent au groupe de l'Oxfordien Supérieur ou Argovien, je ne synchronise ce groupe avec aucune des couches jurassiques de l'Angleterre , et je mets un point d'interrogation (?) devant une ligne en blanc.
Le groupe Corallien correspond exactement au Corallme oo^ lite group de Phillips » et de plus , la subdivision de l'Argile à Chailles a pour équivalent certain le Lower calcareous grii. Les beaux travaux paléontologiques du Dr. Thomas Wright, sur les Echinodermes fossiles du terrain jurassique de l'Angleterre {A Monograph on the British fossil Echinodermata of the Oolitic for-' mations,, London, 1855: On Ae Cbmdirfûfo of the OolUes; Lcmdon, 1851 : On the Cidaridmofthe OoKies; London, 1851: Con^ trtinUions to the Palœontology of Glomeeterehire ; London, 1854) , montrent une analogie et on peut dire presquHine identité complète entre les oursins du Lower calcareous grit de Heddington, Weymouth et d'Hamblelon, et ceux de l'Aide à Chailles du département de la Haute-Saône et de la Vèze près de Besançon.
Le groupe de Besançon n'a pas encore de représentant certain en Angleterre , quoiqu'il y ait de ferès fortes suppositions
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et même de bonnes indications pour penser qu'il a pour équivalent la partie inférieure des strates du Kimmeridge clay. Dans tous les cas, que ce groupe ait ou n'ait pas d'équivalents en Angleterre, ce qu'il y a de bien sûr, c'est qu'il ne peut pas se synchroniser avec Wpper Cakareous Grit. Je n'ai pas mis de strates anglaises, en équivalence avec ce groupe, laissant la ligne en blanc avec un point d'interrogation (?) devant.
La division des Marnes du Banné du groupe de Porrentruy correspond certainement à une parlie du Kimmeridge clay, Buckland, qui a fait en Septembre 1838, en compagnie de Thurmann, une étude assez détaillée du Banné, n'a pas hésité à rapporter ces marnes au Kimmeridge. Seulement il est très douteux qu'elles soient les équivalents de toiUes les strates du Kinmieridge clay de llsle de Purbeck; c'est pourquoi j'ai mis à l'extrémité de la ligne un point de doute (?) devant Kimmeridge clay.
De même, pour les divisions des Calcaires du Banné et des Marnes de Salins, qui ont certainement pour équivalents en Angleterre le groupe de Portland, je n'ai pas osé mettre devant le signe aiSrmatif (!), parce que les strates, qui les composent, n'ont pas encore été étudiées avec assez de soin, ni an Angleterre, ni dans les Monts Jura. Ainsi, il y a de fortes pfésomptions pour admettre, que les Calcaires du Banné ont pour équivalents le Shotover ou Portland sand, et les Marnes de Salins le Portland oolUe ; mais il n'y a pas encore de certitude.
Quant aux Calcaires de Salins , je n'hésite pas à dire qu'ils sont plus jeunes que le groupe de Portland et plus anciens que le Weald clay. Il est possible qu'ils aient pour équivalents les strates de Purbeck et dUastings; cependant cela est fort douteux pour YHastings sands qui , d'après ses manières d'être et ses positions géognostiques et géographiques, parait plutôt avoir pour équivalent le Néocomien Inférieur; et selon toute probabilité ces Calcaires de Salins sont les représentants complètement marins des strates fluvio-marines du groupe de Pur-
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beck. J'ai mis cependant un point de doute (?) devant ce synchronisme, quoique je sois à-peu-près sûr que ce doute ne soit changé en fait positif avant peu de temps.
Ce que je viens de dire sur les synchronismes généraux des strates du Jura franc-comtois » comparé avec le terrain jurassique de TAngleterre , pour la classification adoptée par Phillips , peut se répéter et s'appliquer facilement aux classifications de Conybeare et du Geological Survey de 1856, que j'ai placé précédenmient (voir: page 96), de sorte que je ne m'étenderai pas davantage sur ces généralités. Seulement j'ajouterai encore la classification d'Edward Forbes.
Dans la seconde édition du Physical Atlas of Natural Phe^ nqtnena, by A. K. Johnston, publiée en 1856, se trouve une magnifique Geologieal and PalœorUological map of the British /#- Umds y en deux feuilles , in-folio , accompagnées de deux feuilles de texte. Je ne sais si ce travail de Forbes a été complètement fini avant sa mort, arrivée en Novembre 1854; mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'il y a au bas de la carte: /m6- /iec fe \^ Mars, 1854; et que ce travail se vendait séparément au printemps de 1855 , plus d'une année avant l'apparition de l'Atlas complet.
Dans le texte, Forbes donne une Table of the foseiUferouê formations in the British Islands, showing their minerai ami palœontological characters, and their relations to foreign rocks : table» qui ne correspond pas , à beaucoup près même , avec la table des références de couleurs qui se trouvent sur la Carte.
Tableau du Texte. Tableau de la Carte.
Upp. Gretaceous. 1. Ghalk with flints. 5. Gh. a. Gh. maris.