BANDES OU CEINTURES HOMOIOZOIQUES
Les faunes et flores de régions terrestres ou aquatiques, placées sous des conditions physiques et surtout climatologiques , semblables, présentent entre elles des ressemblances frappantes et montrent un fades commun s'élendant à tous les êtres , vivant sous l'influence des mêmes circonstances et dans le même milieu. Pour des provinces voisines cette ressemblance se manifeste en partie par des espèces identiques et en partie par des espèces ayant des affinités entre elles. Mais pour des provinces éloignées les unes des autres , cette ressemblance est surtout fondée sur des analogies de formes , et ce que l'on appelle représenlanls. Cette dernière ressemblance entre des provinces peut avoir lieu sous le même parallèle de latitude , ou entre des provinces placées sous des conditions générales semblables dans les hémisphères Nord et Sud.
La même bande peut renfermer plusieurs provinces sous la même latitude, tandis que chaque province occupe en hauteur toute la largeur de la bande. De sorte que les limites Sud et Nord d'une province correspondent avec les lignes de séparation entre deux bandes homoiozoïques.
Sur la carte , les provinces de la vie marine ont été tracées d'après les connaissances que nous possédons sur la distribution des espèces. Les lignes servant de limites latitudinales à ces provinces , sont unies entre elles par d'autre? lignes traversant les terres , et qui , considérées en général, comprennent entre elles les contours principaux de la distribution des animaux et végétaux terrestres. Ces lignes terrestres ont, en très-grande partie , été dessinées en consultant et suivant même l'isotherme du mois pendant lequel a lieu , dans une région donnée , le plus grand développement de vies animales et végétales, prises ensemble. Par le plus grand développement on entend ici le maximum de vie tel qu'elle se manifeste dans la production dans le même temps d'un grand nombres d'espèces de Vertébrés et d'Articulés et dans la floraison simultanée des plantes. Dans ce sens Tactivité de la vie
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animale et végétale peut être regardée comme équivalente en intensité et en quantité.
Les limites des bandes homoiozoYques sont des lignes climatologiques; cependant elles n'ont pas été tracées seulement d'après des considérations de climat, mais pluu^t par des moyens empyriques, dérivés de nos connaissances de faits bien établis sur la distribution des animaux et des plantes, faits que Ton pouvait prévoir à priori devoir coïncider, avec de faibles variations, avec les lois climatologiques. D'ailleurs on reconnaît de suite que le climat est la cause la plus importante et celle qui détermine l'extension plus ou moins grande des provinces zoologiques et botaniques.
Les frontières des bandes bomoiozoïques ne sont pas marquées par des parallèles de latitude, mais bien par des lignes ondulées, plus ou moins en formes de sinusoïdes. C'est ainsi que ces limites sont exprimées sur la carte; mais il faut bien faire attention, que dans beaucoup de cas , quoique non dans tous , les provinces se confondent et s'unissent intimement sur leurs bords.
Les deux lignes frontières d'une bande quelconque ne sont pas nécessairement parallèles l'une à l'autre ou équidistantes ; et aussi elles ne sont pas parallèles avec celles des autres bandes.
Les ondulations des lignes frontières entre les bandes sont surtout dues aux influences climatologiques provenant des courants d'eaux cbaudes ou froides de l'Océan. Cette influence capitale a lieu non seulement pour les ondulations des provinces marines, mais aussi c'est elle qui a le plus d actions sur les limites des provinces terrestres.
Je distingue neuf bandes ou ceintures homoiozoïques , l'une étant Centrale et Equatoriale , et les huit autres étant distribuées , savoir : quatre dans l'hémisphère Nord et quatre dans l'hémisphère Sud. Elles sont mutuellement représentatives ou correspondantes. Je nomme ces bandes de la manière suivante, en commençant par la plus septentrionale :
i. Bande homoiozoïque polaire du Nord. — Elle correspond avec la première des provinces ou l'Arctique ; et comprend cette province marine seulement. C'est la région environnant le Pôle Nord , et les ondulations de ses Hmites méridionales sont surtout déterminées par les directions des courants froids arctiques. Son maximum de largeur se trouve entre le Pôle et le Golfe St. Laurent , et son minimum entre le Pôle et les Isles Lofoden , près de l'extrémité nord de la Scandinavie. Sur la terre ferme cette bande a ses limites méridionales déterminées, en partie si ce n'est en totalité, par la ligne nord des limites des forêts. L'isotherme de 54^,5' dans le mois de Juin (voir les cartes de Dove) correspond à-peu-près avec cette ligne.
2. Bande AomoioiiUûgfiie drcum-polaire du Nord. — Cette bande com-
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prend trois provinces marines; savoir: la Boréale, la Sitchienne et rOchotzienne. Elles sont exactement les représentants les unes des autres , et toutes les espèces identiques existant entre la première et les deux autres proviennent d'espèces de la province Arctique. Cette bande est étroite. Son maximum de largeur se trouvant sur les côtes de la Norwége , dans la région même où la première bande s'étend le moins vers le Sud. Ce résultat est très-probablement dû à Finfluence faible mais certainement efficace d'un courant d'eaux chaudes venant du Sud. Sur la terre ferme ses limites équatoriales (à l'exclusion de la surface britannique) correspondent en grande partie avec la ligne isotherme de 59^ du mois de Juin.
3. Bande homoiozoïque neutrale du Nord. -^ Elle comprend quatre provinces marines , la Celtique et la Yirginienne dans l'Atlantique , la Mantchourienne et l'Orégonicnne dans le Pacifique. La plus étendue des quatre est la Celtique, par suite de l'influence du Gulf-Slream. Les faunes de ces provinces sont très mélangées avec celles des provinces voisines. La Celtique et la Yirginienne sont mutuellement représentatives ou correspondantes ; et il en est probablement de même de la Mantchourienne et de l'Orégonienne. Sur la terre ferme la limite équatoriale de cette bande correspond en général avec l'isotherme de 63° dans le mois de Juin , et l'isotherme de 68° du mois de Juillet.
4. Bande homoiozoïque circum-cenlrale du Nord. — Cinq provinces ; savoir: la Lusitanienne, Carolinienne , Méditerranéenne, Japonaise et Californienne , sont comprises dans cette bande , et de plus , on y trouve la province supplémentaire Aralo-Caspienne. Elle a son maximum de largeur dans la province Lusitanienne , par suite de courants d'eaux chaudes s'écoulant dans la direction du Nord vers le BrilUh ChanneL Sa partie la plus étroite se trouve sur les côtes des Etats- Unis. Sa limite équatoriale sur la terre ferme correspond avec l'isotherme de 68° du mois de Mai.
5. Bande homoiozoïque centrale. - Cette vaste ceinture ou bande équatoriale comprend la plus vaste et la plus importante de toutes les provinces de la vie marine , savoir la province Indo-Pacifique , et de plus les grandes surfaces des provinces Africaine-Occidentale et des Caraïbes. Le minimum de largeur de cette bande existe dans la province Panamienne, par suite de courants d'eaux froides venant du Sud.
6. Bande homoiozéïque eireum-^enlrale du Sud. - Cette bande embrasse les provinces Péruviennes , Uruganienne , de l'Afrique-Méridionale et Australienne. Elle est surtout occupée par les mers et comprend très peu de terres fermes. On arrivera probablement à prouver que les faunes de ces quatre, provinces sont représentatives ou correspondantes; et d'après ce que l'on en connaît, on peut dire
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qu'elles ont entre elles très peu de liens d'identités par des espèces communes. Cette bande représente d une manière frappante la zone correspondante dans rhémisphère du Nord.
7. Band^ homoioxoïque neulrale du Sud. * A présent on ne peut la tracer que zoologicalementdans les provinces marines Araucaniennes et de la Patagonie Orientale. La limite équatoriale de cette bande parait correspondre avec l'isotherme de 68^ du mois de Janvier.
8. Bande komoiozotque circum-'polaire du Sud* — La province Fuégîenne est la seule que l'on y distingue. Sa limite équatoriale coïncide avec l'isotherme de 50^ du mois de Décembre.
9. Bande homoiozoïque polaire du Sud. — Elle comprend seulement la province Antarctique. Sa limite équatoriale coïncide avec l'isotherme de 41^ du 10019 de Décembre.
De plus , Forbes donne un diagramme des zones de profondeur ou zones hcUhymétriques dans chaque province. Je ne reproduis pas ce diagramme ici , me contentant d'en donner quelques mots d'explications. Il le divise en cinq zones , savoir : la zone Littorale cjui occupe toute la surface située entre la haute et basse marée; la zone Circum-littorale entre la marée basse et àpeu-prës cjuinze brasses de profondeur ; la json^ Médiane occupant l'espace compris entre quinze et cinquante brasses; la zone Infra^ Médiane entre cinquante et cent brasses ; et enfin , la zone Abyssale est celle qui s'étend au-dessous de cent brasses jusqu'aux plus grandes profondeurs dans lesquels on rencontre des êtres vivants. Ces divisions sont surtout applicables aux provinces Méditerranéennes et Celtiques, où l'auteur a fait de nombreuses observations directes et personnelles sur les différents êtres qui peuplent ces provinces; mais il ne faut pas accepter ce diagramme comme absolu et pouvant s'appliquer à toutes les bandes homoiozoïques, ni à toutes les provinces; on ne peut le considérer que comme un premier essai dans un domaine où l'on ne connaissait rien ou à-pe«-près rien auparavant Les pécheurs sont les seules personnes ayant des données exactes sur cette matière , et encore seulement pour les poissons, les huîtres et les coraux; mais malheureusement cette classe de marins s'occupe peu de science ; et ce n'est que par des questions adroites et posées avec discrétion qu'on pourra
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parvenir à leur sufprendre leurs secrets et à en faire profiter la Zoologie géographique et par suite la Géologie.
Enfin Forbes donne encore un diagramme pour montrer la co^ Ionisation des mers britanniques; un autre diagramme pour indiquer les centres spéciaux aux genres d^ animaux et des plantes; et une Enumération des familles et genres des animaux et des plantes dont les noms sont inscrits sur la carte. Je ne reproduis ici aucune de ces trois dernières parties du beau et admirable mémoire de Forbes ; non pas à cause de l'intérêt , qui certes se maintient jusqu'à la fin, mais à cause de Fespace qui me manque. Du reste je pense avoir dit le principal et assez pour montrer la direction des idées de Fauteur sur un sujet encore si nouveau et cependant si important pour Favenir de la Stratigraphie et de la Paléontologie appliquée et comparative.
Après avoir lu ce qui précède et regardé attentivement la petite carte qui accompagne (voir planche I. à la fin du volume); je ne sais si je me trompe; mais il me paratt difficile qu'un géologue pratique, qui a t?M et bien vu — sur le terrain, et non dans les livres — la géologie stratigraphique d'une partie du globe, s'étendant sur 25° de latitude; comme, par exemple: des environs de Christiania (Norwége) à La Spezzia (Piémont) , ou de Terre-Neuve jusqu'en Floride, ou même seulement de Berlin à Biaritz , ou d'Oxford à Saint Cassian ; il me paraît difficile, dis-je, qu'un tel géologue ne reconnaisse pas que de semblables bandes homoiozoïques y et de semblables />rortncc5 ont existéesà toutes les époques géologiques^ depuis la faune primordiale. Cette dernière ren;arque est essentielle, car je ne veux rien dire, ni rien préjuger sur Fétat de notre globe pendant les époques qui ont précédé celle qui nous est révélée par des débris d'êtres que Barrande a nommé d'une manière si bien appropriée , faune primordiale. Que le nombre de ces bandes ait varié ? c'est indubitable; mais je suis convaincu qu'à aucune période, même lors de la période houillère , ce nombre ait été réduit à l'unité , son minimum devant être trois et son maximum onze ou treize. Je pense bien plus que ce minimum de trois est trop faible et qu'A n'a jamais été atteint, cinq devant être très-probable-
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ment le nombre des bandes homoiozoïques existant lors du dépôt du terrain houiller proprement dit. Les oscillations dans les nombres des bandes et des provinces ayant dépendues de circonstances et d'actions assez compliquées et qui ont agi en employant des moyens similaires. Actions et moyens assez difficiles à préciser dans Tétat actuel de nos connaissances; mais cpi'il est possible cependant de pressentir , et sur lesquels j'hasarderai plus tard quelques mots d'explications, ou mieux, de suppositions.
En terminant cette lettre déjà bien longue , j'appellerai votre attention sur un livre extrêmement remarquable, et qu'il faut lire comme complément du travail de Forbes. C'est une production américaine, qui a vu le jour simultanément à New- York et à Londres , sous le titre de : The Physictd Geography of the Sea; by the Lient. M. F. Maury, U. S. N., 1855, et qui en est aujourd'hui , Février 1857, déjà à sa 6*^"« édition. Forbes et Maury se complèttent réciproquement et il est difficile de bien comprendre toute la portée des idées de l'un sans les développements qu'en donne l'autre. Ce qu'il y a de très-remarquable, c'est que ces deux magnifiques et excellents mémoires ont été faits par deux savants ne se connaissant pas et ne s'étant rien communicjués ; et bien plus quoique ces deux travaux aient paru à-peu-près à la même époque, Forbes a même ignoré complètement l'existence du livre de Maury, qui n'a été mis en vente qu'un mois ou deux après la mort du savant professeur d'Edimbourg. Il me semble avoir vu annoncé dans les Catalogues des librairies de Leipsick, qu'il existe depuis plus d'une année une traduction allemande du PhysicalGeographyofthe Sea; ainsi vous pouvez lire ce beau travail dans votre propre langue. Malheureusement je ne puis en dire autant pour une traduction française , qui ne se fera probablement jamais, ou peut-être seulement dans 10 ou 15 années. Mes chers compatriotes ne sont pas très-curieux de savoir ce qui se fait en dehors des murs de Paris , et lorsque par hasard ils se décident à sortir des barrières de la grande ville, ils prennent toujours le slow coach.
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Cinquième lettre sur le Jura, adressée au Docteur Albert Oppel. — Classifications du terrain jurassique de F Angleterre ^ par Smith ^ Fitton, Conybeare et W> Philipps ^ le Geological Surveyde 1856, /. Phillips , Ed. Fortes. — Essai de synchronisme entre les strates du Jura franc-comtois et celles qui sont comprises dans les clas" sificatùms précédentes. — Géologie des environs de Cheltenham , et mémoires par Murchison, Strickland, Buckman^ Brodie^Hull et Wright. — Equivalence des strates des Mdnts Jura avec celles des Colteswold'-Hills. — Observations de Williamson et de J. Philipps sur le Yorkshire. — Anglomanie des géologues parisiens.
Zurich, le 28 Mars 1857.
*******. A tout seigneur tout honneur; je commence mon essai de synchronisme par la noble Albion. Pendant toute la période jurassique, les parties de l'Angleterre qui se trouvaient élevées au-dessus du niveau de la mer, faisaient partie de l'extrémité Nord-Est d'un vaste continent que je désigne sous le nom de continent Américo-Africano-Australien (voir la planche IL). Par suite de cette situation, les dépôts jurassiques des îles Britanniques ont été des dépôts littoraux et ils en possèdent en efifet tous les caractères. C'est-à-dire que la série des strates y est peu régulière et jamais complète sur un seul point; les groupes ayant dans certaines localités des épaisseurs énormes telles que trois ou quatre cents pieds pour un seul groupe , tandis que sur d'autres points toutes les strates jurassiques prises ensemble n'ont que cinq pieds d'épaisseur. De plus , des dépôts d'eaux douces ou de delta s'y sont formés sur plusieurs points et ajoutent encore à l'irrégularité de la série. Anormale est un mot cpii résume parfaitement la constitution de la formation jurassique du Royaume-Uni; et cela est si vrai , que le grand Léopold de Buch toujours si pratique ,
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Clay Vales.
et qui avait tant vu , n'a jamais accordé aux types jurassiques des îles Britanniques une importance de premier ordre , et il ne s'en est toujours servi que secondairement et comme comparaison avec les groupes qu'il avait établis en Allemagne.
Dans la première classification de Smith, de 1799, il n'y a pas de groupement des strates; ce n'est que dans celles qu'il a publié de 1815 à 1817 que l'on trouve le premier essai de réunion des groupes par terrains et étages. Voici les groupements copiés sur la Liste des Strates principales de F Angleterre et du Pays de Galles^ d'après Smith, que le Dr. W. H. Fitton a publié dans son article sur Smith , intitulé : Geology of England (Edinburgh Review. vol. XXIX, 1818; p. 223.). ,