‹ Lettres sur les roches du jura et leur distribution géographique dans les deux hémispheresChapitre 28 sur 41 · i l Partie inférieure du Calca · texte numérisé non relu

i l Partie inférieure du Calca

^ ^ ( reous gril 8 .

s [ Couches de passage entre le

^ I Cale, gril et VOœf. clay . 40 .

«à j Oxford clay 120 .

O {Kelloway rock 25 .

! Argiles et roches du Cornbrash ....... 5 Grès et marnes carbonifères 50

. Argiles à Ghailles.

. Argovien.

. Marnes oxfordiennes.

. Fer de Clucy.

i Groupe du dép. du i Doubs.

Ce que Phillips appelle dans cette section: Copches de passage entre le Calcareous grit et TOxford clày {GradtUions

134 Le Juri.

between Calcareous grit ani Oxford clay) me parait décidément devoir être Téquivalent des couches d'Argovie ou de l'Argovien. Cependant ce synchronisme ne doit pas encore être accepté complètement et il ne faut le regarder que comme provisoire.

Les groupes du Coral rag, de Kimmeridge et de Portland, n'ayant pas été Tobjet de publications détaillées et approfondies dans ces dernières années, il faut avoir recours aux mémoires de Middleton, Thomas Webster, Conybeare, Fitton, Buckland et de la Bêche, publiés en 1812, 1822, 1824 et 1836. Comme Phillips résume ces différents mémoires dans son Manual of Geology et que j*ai précédemment indiqué ma manière de voir pour rétablissement des synchronismes entre ces divisions et celles du Jura franc-comtois, je n'ajouterai rien de plus sur cette cpiestion.

Des études plus détaillées et plus approfondies que les miennes peuvent seules faire décider quel est la valeur des synchronismes que je viens d'essayer d'établir entre l'Angleterre et les Monts Jura. Je n'ai guère fait que de dessiner grossièrement les contours des équivalents jurassicpies dans les deux contrées, et ^ mon but sera atteint si j'ai eu le bonheur d'attirer l'attention des pbservateurs sur un sujet très difficile et qui est loin d'avoir été traité avec toute l'exactitude désirable. Le vicomte d'Archiac dans son sixième volume de ÏHistoire des Progrés de la Géologie est tellement positif et affirmatif dans l'établissement des équivalents entre les groupes de l'Angleterre et du Jura, qu'on pourrait peut-être penser que le sujet est entièrement épuisé. Une lecture un peu attentive de ce volume même montre bientôt le contraire; l'espèce de niveau égalitaire de fabrique anglaise, que ce savant promène et applique sur toutes les strates jurassicpies de la France, a eu plutôt pour résultat de jeter de la confusion dans des questions déjà passablement embrouillées, que d'y porter la lumière et d'y établir Tordre. Il est facile de s'apercevoir que d'Archiac s'est fait illusion sur la valeur de ce niveau exotique; aussi dans ses descriptions, lorsqu'il arrive aux Monts Jura, il a cru devoir présenter quelques Observations générales (voir:

Le Jura. 135

page 615 et suivantes), dans lesquelles il gourmande les géologues jurassiens sur leur essai de Terminologies jurassiques et leur ignorance des formations de TAngleterre; «et, dit-il, cette nomenclature des Isles Britanniques, qui nous a parfaitement suffi jusqu*à présent, nous suffira encore de même pour les Monts Jura». Comme exemple de la manière d'appliquer sa nomenclature il dit: «Le Calcaire à Asiartes [Groupe de Besançon), compris en Suisse entre le Kimmeridge clay et le Coral rag, est par cela seul, pour nous, l'équivalent du Calcareous grit supérieur » ; s'appuyant sur ce que , pour Fillustre savant, ce groupe se trouve compris entre deux autres dont le parallélisme est parfaitement démontré dans ces mêmes régions. C'est précisément là oii gtt la difficulté, et il n'est nullement démontré que les Marnes du Banné aient pour équivalent tout le groupe du Kimmeridge clay ; non seulement c'est douteux , mais le contraire est presque certain. On voit bien que le vicomte d'Archiac n'a pas oublié entièrement son ancien métier d'officier de cavalerie ; lorsqu'une question l'embarrasse il la tranche à coups de sabre et la ramène ainsi à une simplification qui peut être désirable dans un livre , mais qui assurément ne l'est pas dans la pratique. Trancher n'est pas résoudre ; et son livre est une espèce de compromis entre son désir de se servir du mot jurassique , et les facilités toujours dubitatives et ambiguës qu'ofire l'importation d'une classification étrangère au sol français, et qui n'est pas même employée telle qu'il la donne dans le propre pays où il est allé l'emprunter. N'étant ni Anglais , ni Jurassien , d'Archiac est allé prendre dans un magasin de marchand de bric-à-brac de Londres un viel habit, qu'il a cherché à faire endosser aux Monts Jura. Usé, rapiécé et trop petit, ce débris d'un autre âge et d'un autre pays s'est déchiré et a craqué de tous côtés, laissant des lambeaux à toutes les aspérités de rochers de la Dôle, du Mont Poupetet du Mont Terrible; au premier orage ces lambeaux seront enlevés par les vents, et il est probable qu'il n'en restera jamais de nombreuses traces. En terminant cette trop longue lettre je ne puis m'empê*

136 ^9 Jura.

cher de reconnaître que les intentions de d'Arehiac ont été excellentes et qu'il a pensé agir dans Tintérét de la science. Peut-être moi-même ai-je tort , en essayant d'affranchir la géologie stratigraphique de la France de cette espèce de dictature parisienne, qui me parait exercer sur elle une pression, ayant des résultats peu profitables et contraires même à ses progrès; et qu'étant moi-même dans l'erreur, je n'aurais pas dû élever la voix pour combattre ce que d'autres regardent comme la vérité et les bons principes. Cependant mon excuse se trouve dans le désir que j'ai, de contribuer avec mes faibles lumières à l'avancement de la géologie, et il me semble , dans ma simplicité d'ancien voyageur, que c'est en discutant des idées et des méthodes que jaillit la lumière et le vrai

P. S. — N'allez pas penser que je ne rejette si vivement les extensions de la classification anglaise de d'Arcbiac et celle en ien de d'Orbigny, cpie pour vous dire, preneiç mon ours et étendez la nomenclature du Jura franc-comtois à toute la Terre? Nullement; et je crois vous avoir déjà dit que je pensais qu'il était dangereux et même impossible d'essayer un pareil tour de force. Chaque contrée limitée doit avoir sa classification et sa terminologie spéciale ; puis , au moyen de com^ paraisons, on peut chercher à synchroniser et à faire harmoniser ces classifications. En un mot, après avoir fait la stratigraphie descriptive d'un pays, travail toujours très délicat et très diflScile , on peut essayer de faire de la stratigraphie comparée avec tel ou tel autre pays, ce qui constitue un autre genre de travail totalement différent du premier, et bien autrement délicat et surtout sujet à toutes sortes de controverses.

Pour préciser, je pense qu'il faut une nomenclature spéciale pour l'Angleterre; nomenclature, qui à son tour doit se fractionner secondairement pour divers comtés de ce pays, tels que le Yorkshire, le Lincolnshire , etc.; qu'il en faut une autre pour la ceinture jurassique qui environne Paris depuis Caen jusqu'à Luxembourg; nomenclature, qui aussi doit se fractionner et se modifiei* .dans quelques parties pour la Nor-

Le Jura. 137

mandie, la Bourgogne, etc. Les Monts Jura et les collines de la Haute-Saône ensemble ont besoin d'une classification spéciale; il en est de même pour les Cévennes^, les Alpes occidentales, la Souabe, la Franconie, les Alpes orientales, l'Espagne, l'Italie, etc., etc. Puis, chacune de ces nomenclatures peut être comparée avec les autres, en opérant des combinaisons deux à deuxj trois à trois, quatre à quatre, etc.; et comme le vénérable et illustre de Humboldt a fait l'honneur aux Monts Jura d'appliquer leur nom à cette catégorie de roches et que la majorité des géologues ont accepté cette dénomination de Terrain Jurassique, il est naturel que la comparaison des strates jurassiques d'une contrée se fasse tout d'abord et de préférence avec celles des Monts Jura, plutôt qu'avec celles des bords de FAvon, du Guadalqûivir ou du Danube. Mais, dans tous les cas de cette comparaison, quelque parfaite qu'elle puisse être ou paraître, il ne doit en aucune manière en découler la nécessité d'étendre les noms des étages, groupes et sous-groupes des Monts Jura aux strates des environs de la Spezzia, de Cheltenham, de Balingen ou de Moscou. Second P. S. — En lisant la seconde épreuve de cette feuille, je reçois la nouvelle de la mort prématurée d'Alcide d'Orbigny. C'est un malheur énorme et presqu'irréparable pour la Paléontologie française. D'Orbigny a été un des plus grands et des Meilleurs travailleurs de son temps , et les services qu'il a rendu k la science , surtout au point de vue pratique et de l'utilité , sont immenses. Aussi est-ce avec un profond regret que je vois que dans les pages précédentes j'ai attaqué assez vivement ses idées théoriques et sa manière de voir sur certains sujets géologiques. Maintenant que d'Orbigny n'est plus là pour répondre à mes objections , je vous prie de les considérer comme non-avenues. J'ai aimé d'Orbigny sincèrement, et d'ailleurs j'ai été comme lui , et je dois ajouter contre son avis et ses conseils , un pauvre Géologue-voyageur du Jardin des Plantes ; et je sais par ma propre expérience combien de difficultés il a eu à surmonter dans son voyage en Bolivie, et combien de courage il lui a fallu pour braver à Paris l'indifférence des uns et le mauvais vouloir des autres.

Sixiéme lettre sur le Jura, adressée au Docteur Albert Oppel.

— Sur les classifications du terrain jurassique de la France.

— Equivalence des strates des Monts Jura avec celles des collines de la Haute-Saéne (Thirria), — Ce que sont les soi-di" sant Grés infraliasiques de la Franche-Comté? — Vargik avec ChaUles; opinions de ITiirria et de d'Archiac; TArgovien n'est nullement le synonyme pour t argile à Chailles. — Essai de syn^ chronisme entre les strates du Jura franc-comtois et celles du Jura des départements de la Cdte-éCOr (Guillebot de Ner ville, J, Beaudouin.), de la Haute -^Mame (Em, Royer.), de la Meuse (Ed.- Piette.), des Ardennes (Ed. Piette.), de la Moselle (Ter^ quem.), du Grand-Duché de Luxembourg (Dumont, Majerus, Piette.) et des Cévennes (Em. Dumas, Paul de Rouville.).

Zurich, le 18 Ayril 1857.

****^**. Le terrain jurassique est plus développé et mieux caractérisé en France que nulle part ailleurs des autres contrées de TEurope. Ce résultat est dû en totalité à la position spéciale qu'occupait la France lors des dépôts de répoque jurassique; position, qui avait les plus grandes analogies avec ce que nous voyons se passer aujourd'hui dans les régions de la mer, occupées par une partie du Golfe du Mexique et de la Mer des Caraïbes. Dans une des lettres ultérieures j'essayerai de vous explicpier en détail cette comparaison, me contentant pour le moment de vous la signaler.

Par suite du grand développement qu'atteint le terrain jurassique en France, il présente deux faciès ou manières d'être, spéciaux à certaines parties; faciès, qui k leur tour se fractionnent et présentent de nombreuses variations. Ces deux faciès sont séparés par une ligne qu'on tirerait approximativement de Bordeaux à Montpellier , Grenoble et Chambéi*y. Au

Le lurâ. 139

Sud de cette ligne se trouve le faciès Pyi'éneo-Alpin et au Nord le faciès Normand-Bourguignon ; les différences qui les carac* térisent, sont si considérables et si tranchées que je n'hésite pas à les attribuer à ce que ces deux parties de la France se sont trouvées placées dans deux provinces ou régions zoologiques très différentes, mais cependant situées sous la même bande homoiozoïque de Tépoque jurassique.

Le nombre de travaux publiés sur le terrain jurassique de la France est très considérable et plusieurs d'entr'eux sont extrêmement importants, comme exactitude de description et comme illustration de la stratigraphie de certaines parties du pays; mais tous ou presque tous ces mémoires pèchent par la terminologie. L'anarchie qui existe à ce sujet, est si complexe qu'il est présumable que rien de pareil ne s'est encore présenté depuis la confusion des langues dans la tour de Babel; et chaque fois que j'étudie les publications jurassiques faites en France , mon esprit est jeté dans une espèce de tourbillon et de bourdonnement, qui me rappelle parfaitement l'impression de brouhaha et de tohu bohu que j'ai éprouvé lors de ma première visite à VEl Dorado de la Plaza ou Portsmouth Square à San Francisco *).

Sous prétexte de simplifier les classifications des strates de la terre, les géologues français qui ont succédé à Cuvier et à Brongniart, ont introduit les diverses classifications de l'Angleterre, et au moyen de la méthode synthétique ils ont exposé ce qu'ils ont reconnu ou cru reconnaître conmie étant les continuations des couches de la Grande-Bretagne,

^) Cette El Dorado était la maison de jeo la plus en vogoe dans tonte la Californie ; et chaque nuit on y rencontrait, eircalant, parlant, se disputant et se battant même, autour de trente à quarante tables chargées d*or, des individus de toutes les nations du globe (Américains, Anglais, Français, Allemands, Russes, Norvégiens » Danois, Polonais, Hollandais, Hongrois, Italiens , Espagnols , Mexicains , Chiliens» Péruviens , Brésiliens, Canadiens, Australiens, Karnates, Indiens, Malais, Chinois , Indous , Persans , Arméniens , Grecs , Nègres , etc. , etc.) ; chacun ayant généralement conservé son costume national et parlant Ni langue maternelle.

140 Le Jura.

employant lés dénominations anglaises et les appliquant, chacun selon leurs connaissances de TAngleterre ou des travaux des Anglais , et aussi selon leurs jugements et leurs manières de voir sur les diverses théories géologiques. Une pareille manière de procéder, si différente de celle employée par Smith et les géologues de FAngleterre , a donné les résultats les plus excentriques; et il n'y a pas deux géologues en France qui soient d'accord sur cette extension de la classification du terrain jurassique des Isles britanniques. Si Ton a la patience de comparer deux descriptions faites sur deux parties différentes mais voisines du sol jurassique français , on voit que Fun appelle Bradford clay ce que Tautre nomme Fuller's earth, que le Combrash est appliqué par l'un pour désigner des roches que l'autre nomme Gréai oolUe; et si poursuivant cette comparaison on se transporte en Angleterre , on voit le plus souvent que tous les deux ont tort. Les Gros bonnets , ou comme on dirait en anglais les Big guns, qui étudient et décrivent toute la France, cherchent à mettre de l'ordre dans cette anarchie et gourmandent volontiers les descripteurs de portions de provinces de leur ignorance de l'Angleterre et des travaux des Anglais; mais ils ne réussissent pas beaucoup dans leurs efforts, et niême le plus souvent ils contribuent plus que tous les autres à propager des erreurs et des faux synchronismes.

En dehors de cette anarchie il existe en France une difficulté assez étrange, et qu'il est impossible de surmonter; je veux parler de plus de la moitié des mémoires et travaux géologiques faits sur les départements, qu'on ne peut se procurer, malgré toutes les recherches les plus minutieuses et même les plus dispendieuses. D'abord la mauvaise organisation de la librairie en France est un fait proverbial, et il est souvent impossible de $e procurer à Paris un livre qui a été imprimé et édité à Pôntoise ou' à Bambouillet. Mais en outre on publie beaucoup dé Sln^Hquii Géologiques aux frais des départements , et on a le' «oîiï de n'en tirer qu'un nombre limité d'exemplaires, 200, 300 du 400 au plus, ou n'en met aucuns en vente; et lorsqu'on a fieuit Êdre toutes sortes de démarches

Le Jura. 141

pour se procurer un livre qu*on sait exister, souvent vous n'obtenez pour réponse que ceci: «Le travail que vous demandez a paru, mais il n'en a été tiré que 300 exemplaires, aucuns n*ont été mis en vente chez les libraires, et toutes les copies sont entre les mains ^de Monsieur le Préfet ou de Tildministraliom». Or, en France lorsqu'on a dit: «demandez à Y Administration » , c'est exactement comme si l'on vous disait : «entrez dans une place forte dont on a levé tous les Pontlevis » ; il ne reste plus qu'à passer à côté en saluant bien bas. Cette belle et brave France avec toutes ses ressources et son courage périra un beau jour , étouffée entre deux embrassades passionnées de ses Administrateurs et de ceux qui veulent le devenir.

Le jour où les géologues gaulois voudront bien être euxmêmes : décrire leur beau pays tel qu'il est, sans vouloir portlandiser et hradfordiser des roches bien innocentes du péché d'Anglomanie qu'on leur prête ; ne se servir des classifications de l'Angleterre, que comme ils se sont toujours servis des classifications de l'Allemagne , de la Belgique , de l'Italie et de la Suisse, c'est-à-dire seulement comme question de synchronisme et d'équivalence des strates* traitée à part et en dehors des descriptions de la France; eh bien! ce jour là, la géologie de cette partie du continent européen aura fait un grand pas dans le sens du progrès, et la méthode naturelle ne sera plus sacrifiée à des systèmes artificielles et au bon plaisir du premier géologue de Paris, qui revient de IFaire une excursion à Bath, à Scarborough ou à Lyme Régis.

De même que pour l'Angleterre je n'ai pas essayé de faire une description géologique complète du terrain jurassique de toute la contrée, de même je ne l'entreprendrai pas pour la France, vous renvoyant au second volume de ï Explication de la Carte géologique de la France^ par Elie de Qcaumont et Du- (rénoy, où se trouve une description d'une partie — à-peu-près la moitié — du terrain jurassique de l'empire français; et aussi au vol. VI. de Y Histoire des Progrés, de- la Çéologie^ par d'Archiac. Je resterai limité à la question dep . syQcbronismes et

142 !*• Jura.

même seulement pour quelques points de cette contrée, ne touchant pas la Normandie ni le Maine, que vous connaissez bien mieux que moi; car je ne les ai jamais visités, et ce que vous en dites dans votre mémoire me parait de beaucoup supérieur à tout ce qui a été fait jusqu'à présent sur cette matière des équivalents stratigraphiques du Calvados et de la Sarthe.

La masse principale du terrain jurassique de la France se trouve placée entre les montagnes du Morvan , les plaines de la Champagne, les Ardennes et les Vosges; et c'est dans ce massif, qui s'étend même un peu en Belgique et dans le Luxembourg, que j'irai chercher mes termes de comparaisons avec le Jura franc-comtois.

La majeure partie des collines du département de la Haute- Saône est formée par les roches du Jura, dont les descriptions ont été faites dès 1830 et 1833, par Thirria. Les deux mémoires de ce savant étaient des travaux très remarquables lors de leurs apparitions, et la seule partie vraiment défectueuse est la terminologie anglaise, qui en général est fausse. Les immenses progrès, faits par la paléontologie depuis 1833, ont rendu les listes de fosstles de la Statistique géologique de la Haute-Saône y de Thirria, tout-à-fait incomplètes et même peu exactes, et il faudrait que ces listes soient révisées entièrement et avec des matériaux nouveaux, recueillis en place. La dernière observation est assez importante; car à l'époque des recherches de Thirria on n'attachait pas un aussi grand intérêt aux gisements exacts des fossiles qu'on ne le fait à présent; et il est plus que probable, d'après mon expérience et ma connaissance personnelle d'une assez grande partie de la géologie de la Haute-Saône, que beaucoup des fossiles cités par Thirria ont été recueillis aux pieds d'éboulis, dans des ravins , aux fonds de carrières , et non dans les couches mêmeiâ.

Pour Thirria « le Lias forme un terrain à part et séparé du terrain jurassique, et 3 le divise seulement en trois groupes; qu'il nomme: premier étage ou Grès du Lias] étage moyen ou Calcaire à ChryphUes; et l'^ge supérieur ou Marnes du Lias.

Le Jora. 143

n ne donne pas de subdivisions, excepté pour Fétage sopérieur divisé en Marnes bitumineuses et Marnes jaunes. Les Grés du Liasse Thirria appartiennent déjà au Keuper, et. sont les équivalents du Weisser Sandstein et des Gelhe harie Sandsteine de la Souabe , et de mes deuxième et troisième groupes de l'étage supérieur du Keuper des départements du Doubs et du Jura. Ce que Ton a appelé dans le département de la Moselle et dans le Luxembourg les Grés du Lias ou Grés infra-liasiques , n'ont pas de représentants minéralogiques identiques dans la Haute-Saône, ni nulle part dans les Monts Jura, oii ils ont pour équivalents les Couches de Schambelen, Thirria ^ Elie de Beaumont et Boyé , cédant à une idée théorique , qui ne manque certainement pas de valeur, mais qui cependant doit céder devant les faits, ont jugé à propos, afin d'avoir aussi des grès à la base du Lias dans la Haute-Saône et les Monts Jura, de réunir au Lias les grès du Keuper. J'ai essayé d'expliquer les faits tels qu'ils sont en Franche-Comté, dans les pages 31, 32 et 33 de mes Recherches géologiques sur k Jura salinois; mais il paraît que je n'ai pas beaucoup réussi, et soit obscurité ou explications lourdes et embrouillées de ma part, je vois que d'Archiac a passé outre, et pour mettre tout le monde d'accord, il donne raison à chacun.

Je vous ferai d'abord remarquer que j'ai vu et observé moi-même toutes les localités de la Franche-Comté citées par Elie de Beaumont , Thirria et Boyé ; pour le passage du Keuper au Lias. Les phénomènes géognostiques de ce passage à Velmenfroy (Haute-Saône), à Beure (Doubs), à Salins et à Lons-le-Saunier (Jura) sont parfaitement identiques sous tous les rapports , et je suis arrivé à la classification suivante. Le premier étage ou Grés du Lias de Thirria appartient au Keu-^ per, et si vous consultez la page 262 de la Statistique géolo^ gigue de la Haute-Saéne , oii Thirria donne la section d'une carrière à Velmenfroy , je regarde comme Keupérien les 5 mètres de grès, plus les 0,50 centimètres de marnes verdâtres/ et enfin plus le banc superposé de grès calcarifères , ayant 0",70 de puissance. Mais ce qu'il nomme: banc de marne

144 ^^ Jura.

schisteuse noire, ayant 0", 60 d'épaisseur, et calcaire corn-' pacte bleuâtre avec nids d'argile sableuse et contenant des Ammoniteêf Plaginstomes et Cardines, et ayant 2 mètre^d'épaisseur, est du véritable Lias et est l'équivalent des Couches de Schambelen, Ce qu'Elie de Beaumont a colorié dans la Carie géologique de la France — bien entendu , je ne parle pour le moment que des Monts Jura et des collines de la Haute-Saône — comme division jn (^Grés infraliasiques » ^ et qu'il réunit au terrain jurassique , est pour moi la division supérieure du terrain du Trias et appartient au Keuper. Boyé (Voir: Mémoires de la Société d Emulation du Doubs , vol. III., page 10; Besançon, 1844.) trouve dans tout le département du Doubs un groupe qu'il nomme Grés inférieur du Lias^ et qu'il réunit au teiTain jurassique; je pense, comme précédemment, que ce groupe de Boyé a été créé aux dépens du Keuper et qu'il lui appartient entièrement. D'ailleurs il parait que Boyé avait modifié complètement sa manière de voir à cet égard et qu'il s'était rallié à la mienne; car dans une Carte géologique des environs de Lons-leSaunier j publiée en 1851, dans les Mémoires de la Société d'Emulation du Jura, je vois dans la légende explicative qu'il place ces grés dans le groupe supérieur des Marnes irisées ou Keuper , et que le Lias commence seulement avec le Calcaire à Gryphites.

Dans le tome sixième de Y Histoire des Progrés, de la Géologie d'Archiac place le groupe des Grés du Lias de Thirria dans le terrain, jurassique et il en fait l'équivalent de son 4'*^°»« étage ou While Lias de l'Angleten^e. De même pour le Grés infraliasique de cette partie de la Carte géologique de la France d'Elie de Beaumont, pour les Grés^ inférieurs du Lias de Boyé dans le département du Doubs, et aussi pour les Grés et marnes sableuses des environs de Lons-le-Saunier de ce dernier savant, d'Archiac synchronise tout cela avec le White Lias , et en même temps il admet que je me suis attaché à démontrer que l'étage inférieur du Lias, tel qu'il le comprend (4. White Lias), n'a point de véritable représentant dans la partie du Jura que j'ai étudié (Voir: Histoire des progrés y page 693, tome VL).

Le Jura. 145

Il est inutile de vous dire que je ne me suis jamais attaché à démontrer une pareille chose ; j'ai seulement essayé de montrer que ce que Thirria , Elie de Beaumont et Boyé nommaient Grès infra-liasique dans la Haute-Saône et les Monts Jura, étaient des Chrés du Keuper et non du Liiis <), et que les représentants ou équivalents des Gris infra-liasiques , du Luxembourg, de la Moselle et de la Souabe étaient dans le Jura les premières assises du calcaire à gryphées arquées ^ formées d'un calcaire sableux, renfermant des Cardinia concinna, C, securtformis et Lima gigantea ; assises que depuis j'ai séparées sous le nom de couches de Schambelen. J'espère être plus heureux auprès de vous que je ne l'ai été avec d'Archiac ; et peut-être que les explications précédentes et ma lettre cinquième soulèveront le voile sur cette question des Grés infra-liasiques n'existant pas à l'état de grès dans les Monts Jura, et sur les synchronismes passablement torturés et inexacts de ces grès du Keuper ou Kossener Schichten avec le WhUe Lias d'Angleterre.

1} Ces Grès infra-Uasiqties des coUines de la Haule-Saône et des Monts Jura appartiennent au {Leuper supérieur et correspondent exactement an Kossener Schichten deft A]pes orientales , schistes devenus si célèbres depuis les belles découverte ^'j ont faites nos amis les professeurs Mérian et Escher de la Linth. Ils ont pour équivalents en Souabe ce que vous appelez les Grenzschichten ou Couches de jonctions (voir : Ueber die muthmasslichen Aequivalente der Kossener Schichten in Schwaben, von Â. Oppel und Ed. Suess , p. 7). J'ai recueilli dans les assises de ces prétendus €rrès infra-liasiques appartenant au Lias suivant Thirria et Elie de Beaumont, la même faune que celle trouvée par Mérian et Escher dans le Yorarlberg , à Bellagio sur le lac de Gome et au Stockhorn ; par tous à Esslingen, à Niirtingen près de Stuttgart; et par d'Alberti à Tabingen près de Rottweil. Les fossiles de cette faune ne sont pas rares aux environs de Salins, surtout dans les carrières de Boisset, au bas des ravins de Pinperdu et sur la route de Salins à Ghampagnole , un peu au-dessus de la papeterie de Fonteny, où Ton trouve dans ce que j'ai nommé les detixième et troisième groupes de Tétage supérieur du Keuper (yoir: Recherches géol, sur le Jura saUnois, p. 23, 24 et 25) les espèces suivantes : Mytilus minutus Goldf., Anatina praecursor QuensU, Cardium Rhaeticum Mér., Avicula contorta Portl. , GerviUa praecwrsor Quenst. , Schizodus cUxicinus

Quenst. et Cardium cloadnum Quenst.

Le Jura.

L'étage moyen du Lias ou Calcaire à gryphites de Thirria est l'équivalent complet et identique des Calcaires de Blégny du Jura franc-comtois. Quant à son étage supérieur ou marnes du Lias, Thirria en donne une description assez diffuse, ce qui n'est généralement pas le cas avec lui, et il n'est pas possible d'établir de synchronismes détaillés ; seulement on peut dire avec certitude que ces Marnes du Lias de la Haute- Saône ont pour équivalents les Marnes de Balingen, plus le Lias moyen et le Lias supérieur, tout ensemble.

Thirria fait commencer le terrain jurassique avec les strates de ÏOolile ferrugineuse , qui ont pour équivalents les assises du Fer de la Rochepourrie , et il divise ce terrain en trois grands étages. L'étage inférieur ou premier étage jurassique est l'équivalent exact du Lower Oolite du Jura franc-comtois. Le deuxième étage jurassique ou étage moyen comprend tout mon étage Oocfordian ; plus , mes deux groupes Corallien et de Besançon, et qui, suivant ma manière devoir, appartiennent déjà à l'étage de YUpper Oolite, Quant à son étage supérieur, ou troisième étage jurassique, ou calcaires et marnes à exo— gyres, il peut se synchroniser complètement avec mes groupes de Porrentruy et de Salins.

Dans les pages 266 et suivantes (voir: Statistique géolog, de la Haute-Saâne) , Thirria donne une coupe générale du terrain jurassique pour ce département; coupe que je reproduis ici, en l'abrégeant beaucoup et en plaçant en regard les équivalents stratigraphiques des couches jurassiques du Jura franccomtois.

Jura Jura de la Haute-Saône. franc-comtois.

Thirria (1833).

a. Cale, compacte, gris-jaunàtre 6. Cale, lumaehelle

c. Cale, avec Nerinea, . . .

d. Calcaire grisâtre ....

e. Cale, avec Nerinea ....

f. Cale, grisâtre, en plaqueUes

Epalssear.

l'^.SO 0,18 0,20 0,10 0,16 1,30

Le Jura. 147

Jura Jura de la Haute-Saône. frane-eomtels.

Thirria (1833). 1857.

EpalBsear.

•^j /i. Calcaire marno-compacle , gris-blan- \ j^

^J châtre en bancs peu épais, séparés par j ** ^

de petites couches de marne grisâtre, / ^ 3

avec Exogyra virgula , Trigonia concen- i S*

Irica et Terebratula 10°', 00

t. Gale, avec fragments de TrichUes . .

il;. Gale, compacte, non fossilifère . . .

l. Cale, blanc- grisâtre avec Nerinea . .

/ a. Cale, grisâtre

^ gîi b, Marne grisâtre, divisée en plusieurs assi- i

¥ c?" L ses par de minces bancs de cale. marn. 1 s^

•^ ::|- 1 Ammonites gigaSjNautilusgiganleus.PterO' i Si

cl^ «^ / ceras oceani , Pholadomya prolei, Ceromya ) a 2

Q «^ J excentricay Ceromya infiala, Exogyra vir- 1 s e^

gula, Exogyra bruntrulana, Oslrea solUa- l*

^ 3 f ria, Nerinea grandis, Ner, cylindrica, etc. 16,00 j

* " ' «• Gale, marneux grisâtre 7,00 ) ^Ca«c.^J«

f a. Cale, un peu marneux, grisâtre, avec

Âslarte minima 2,00*| ^

b. Marne grise 0,60

c. Cale, un peu marneux, schisteux et grisâtre , avec Àstarie minima , Exogyra \ o^ brunlrulana 2,00

^ ■ d. Marne grise 0,701 S

e. Cale, un peu marneux, schisteux et gri- 1 8

sâtre , avec Aslarte minima , Trigonia | §

suprajurensis 3,60

fi Cale, grisâtre , compacte, avec Astarte? \^ c^

Ostrea et Apiocrinites 10,00 1 ^S

^of5[ a. Cale, compacte, grisâtre, avec colites l^§*| 2.

s^-ls ) miliaires et Nerinea, et Crinoïdes . . 4,00] P ^ I ^'

p"! 8 I à. Cale, blanchâtre , oolitique 5,00 1 \ §

Page 1