Etage inférieur ou à TerebrcUula varians
Maintenant voici les corrections. D'après H. Auerbach les divisions 9, 10, 11, 12 et 13 doivent toutes être séparées du terrain jurassique et rapportées aux roches crétacées, y compris le Wealdeen. Nos. 9 et 10 d'après, les fossiles qu'on vient d'y recueillir; tels que: Ammonites inlerruptus ^ A. Delttci, etc., se rapportent évidemment au Crétacé, et sont probablement l'équivalent du Gault.
Le groupe No. 12 doit être subdivisé en deux formations — peut-être parallèles?? — dont Tune le Grès de Tatarowoy appartient aux Hastings Sands avec Pteropkyllum, Pecopteris, Cycadites, etc. ; tandis que l'autre , le grès de Litkarino et de Koteîniki (formation toute marine avec Ammonites , Inoceramus , etc.) , doit probablement être rapportée à la craie inférieure. Auerbach et Frears avaient considéré, en 1846, ce groupe comme formant l'assise supérieur du Jura moscovite; aujourdhui, Auerbach pense que c'est une erreur, et qu'il est décidément crétacé.
Le groupe No. 18, argile plastique de Gjel y n'ayant jamais fourni de fossiles reconnaissables, ni de superpositions évidentes, ne peut pas être rapporté aux Roches du Jura, et devra probablement être attribué à une formation beaucoup plus récente.
Enfin la détermination et Tidentification de plusieurs fossiles avec des espèces de TEurope occidentale est quelquefois assez douteuse, et d'après M. Auerbach il reste à décider, si les Ammonites omatus, A, Duncani, A. validus; la Lima gigantea ; la Terebrattda tetraedra ; les Pecten Decheni , Pect. personatus; la Belemnites hastatus, etc., ont jamais été trouvés aux environs de Moscou.
Quoique ce soit en dehors du cadre de ces lettres . j'ajouterai que M. Auerbach pense que le véritable terrain Tertiaire n'existe pas à Moscou , et que ce que l'on avait regardé comme tel, appartient au terrain quaternaire à ossements de Mamouth.
Ainsi modifié et corrigé, on a la Section théorique suivante :
Tabular view du terrain jurassique du bassin de Moscou, en
1857, par J. Auerbach.
Etages.
No. 4. Grès de Khoroschowo, grisâtre, marno-sableux ; contenant beaucoup de grains de glauconie.
No. 3. Etages à Âmmoniles virgalui, formée d'une marne grossière, noirâtre, contenant souvent des rognons ou septaria et des concrétions de pyrites de fer.
C'est l'étage le plus répandu dans le gouvernement de Moscou.
No. 2. Etage à Ammonites carinées, composée de marne feuilletées, grisâtres, micacées, grasses au toucher.
Fossiles.
No. 1. Roche de Popilani, formée d'une marne grise, jaunâtre, dure, avec minerai de fer pisiforme. Cet étage repose immédiatement sur le Calcaire Carbonifère.
SBm^mmsassssssBssstssm
Ammonites catenuUUus, A. Koniott, A, gigas; Terebralula acuta, T. digona, T. ornithocephala ^ T.
oxyplycha;Cardium concinnum; Aucella mosquensis; Arca oblonga; Thracia UBvigata; Cyprina losvis; Cidaris spathulalus; elc.
Ammonites virgatus^ Am. biplex, A, Pallasiamu^ A, Quenstedti; Terebralula perovalis, T, Fischeri, r. bidens\ Lima proboscidea, L.
Phillipsii; Astarle Panderi, A. Rcemm, A. ovata^ A, ovoides; Pholadomya decorata; Pinna Hartmanni ; Panopœa Orbignyana ; Aucella Pallassii; Lucina lyrcUa; Ostrea duriuscula, 0. Khoraschovensis; Pleurolomaria Orbignyana; Turbo Meyendorfii, T, Puschianus, T. Jaxikovianus ; Cidanles Agassizii; Arca eUana; Lamna PhiUip^ sii; etc.
Spondilosaurus Frearsii ; Ichlhyosaurus ; Ammonites cordalus, A. Jason^ A. allemans, A, Lamberli, A, coronalus, A. perarmalus. A, Zieteni, A, Razaumovskyi^ A. Herweyi, A, Williamsoni, A. TschefPeini; Turbo Eichwaldianus ; Rostellaria trifida; Turitella Jazikoviaha, T. Fahrenkohlii , T, Kranlzi; Peclen subteœtorius ; Astarle cordiformis, A. Buchiana; Buccinum Keyserlingianum; Aucella Brofnnii\ Avic%da signala; Exogyra costulala; Terebralula fur dilata; Gryphœa dilataia; Nucula lacryma, N, roslrala; Spa^ tangites carinalus; Pentacriniies borsalliformis; etc.
Fragments de Belemnites , Ammonites ; un Peclen , une AvictUa et la Terebralula varians.
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Le Jura. 241
Les géologues moscovites ne donnent pas d'épaisseurs, même approximatives , ni pour les étages , ni pour la totalité des Roches du Jura de la Russie. M. d'Archiac , s'appuyant je ne sais sur quelle autorité, dit, que leur épaisseur total n'atteint nulle part 80 mètres, et qu'il est le plus ordinairement de 15 à 20 mètres seulement {Histoire de la Géologie ^ vol. VII, p. 599). Je ne puis admettre l'exactitude d'aucuns de ces chiffres; car dans une immense contrée à plateaux comme l'empire russe , où le terrain jurassique occupe une grande partie des sommets de ces plateaux, et cela répandu depuis la Crimée jusqu'aux côtes de la Mer Glaciale Arctique, il est très difficile d'apprécier avec quelques degrés d'exact!-tude l'épaisseur totale d'une pareille formation; surtout lorsque l'on joint aux difficultés d'opérer des estimations sur des plateaux à perte de vue, celles non moins grandes des superpositions et des raccordements des coupes. En tenant compte de ces difficultés et jugeant d'après mon expérience des vastes plateaux qui entourent les Montagnes Rocheuses, je suis porté à regarder les chiffres cités par M. d'Archiac comme devant être très au-dessous de la vérité.
MM. Auerbach, Rouillier et Frears n'ont pas essayé de comparer les Roches du Jura russes avec celles d'auoune autre partie du monde; ils se sont bornés à les étudier, sans idées préconçues; et ils ont eu déjà assez de difficultés à les débrouiller, et surtout à démêler ce qui était véritablement jurassique des strates de l'âge du terrain crétacé, sans encore essayer de Yéchelle anglaise pour y trouver le Kellovay-rock et le bien heureux Bradford-clay. En un mot, dans l'état actuel de nos connaissances géologiques et paléontologiques, ils ont cherché le possible et laissé l'impossible. ' MM « Murchison, d'Orbigny, de Keyserling et de Verneuil n'ont pas été aussi circonspects; et dans la Geology of Russia and the Vrai Mountains ils n'ont pas craint de donner une opinion aussi tranchée qu'excentrique, sur l'âge anglais des strates jurassiques russes.
En combinant les observations , en assez petit nombre,
242 Le Jura.
qu'ils avaient faites sur les Roches du Jura des environs de Moscou, des bassins du Yolga, de TOka, des gouvernements de Simbirsk, de Tambof et de Saratof, et des bords du Donetz, les savants auteurs de la Geology of Bussia ont donné dans le vol. I, p. 258, la conclusion suivante: a En un mot, la formation Oxfordienne est la seule qui existe en Russie, entre les Roches paléozoïques sur lesquelles elle repose et les strates crétacées qui lui succèdent.» C'est-à-dire qu'en Russie il n*y a pas d'équivalents du Trias , du Lias , du Lower Oolite et de TUpper Oolite.
D'Orbigny qui n'accompagnait pas MM. Murchison , de Verneuil et de Keyserling , et qui n'est jamais allé en Russie, a, peut-être à cause de cela, présenté des conclusions encore plus précises, en même temps qu'il n'a pu s'empêcher de donner un croc-en-jambe à la stratigraphie. Voici son opinion, copiée à la fin de la p. 488 du vol. II de la Géologie de la Russie: «Toutes les couches jurassiques du lias, de «l'oolite inlérieure, de la grande oolite, de l'étage oxfordien, kim- « méridien et portfandien se réduisent en Russie, seulement «aux trois séries de couches de l'étage oxfordien. Dès lors a tous les autres manqueraient et il n'y aurait aucun intermé- «diaire au-dessous jusqu'au terrain permien, ni en-dessus «jusqu'à la craie blanche. C'est Yun des plus beaux faits conanus qui prouve T insuffisance de la superposition seule sur la de- «termination de l'âge d'un terrain et, au contraire, l'impor- « tance des caractères paléontologiques dans cette détermina- «Uon', puisqu'il manque quatre étages au-dessous de l'étage « oxfordien et cinq au-dessus jusqu'à la craie blanche , et que «dès lors la superposition seule entraînerait dans les erreurs «de termination les plus singulières.» Il est certainement difficile de donner un plus beau coup d'épée dans l'eau; et après un pareil coup de poing d'Âlcide, la stratigraphie ne s'en porte pas plus mal ; car sans avoir égard à la paléontologie, ni même à la lithologie , rien que par la superposition on peut dire que c'est du lias , de la g]*ande oolite et du portlandien, avec autant de sûreté de se tromper que d'Orbigny , lorsqu'il dit, que le Grés de Khoroschowo est du Kelloway-rock.
Le Jura 243
Comme on devait s'y attendre , cette manière de voir d^ Murchison, de Verneuil, de Keyserling et d'Orbigny n'a jamais été adoptée, pendant un seul instant, par les géologues les plus compétents et les mieux en état de connaître la géologie de la Russie. Voici ce que^Léopold de Buch en dit dans une lettre (Bulletin de la Société des Naturalistes de Moscou, tome XIX, 2""' partie, page 246; Moscou, 1846.) : «Il est vrai que le tra- « vail et les superbes figures de M. d'Orbigny pourraient faire «croire, que nous possédons une excellente Monographie de «Moscou. Mais M. d'Orbigny n'a eu qu'une seule collection «sous les yeux, souvent qu'un seul exemplaire et non des «plus parfaits, de manière qu'avec tout son grand mérite, le «caractère de la formation jurassique de Moscou ne ressor- « tirait que très imparfaitement de ce travail , quoique fait de «main de maître.» Et avant il dit: «Espérons que cette So- « ciété (des Naturalistes de Moscou) rassemblera en un corps « tout ce que Moscou nous apprend , et voudra bien nous « donner une Monographie raisonnée des environs de cette « ville. Tout ce que les étrangers peuvent y ajouter ne restera « que fragmentaire, et ne sera que le résultat et les conclu- «sions souvent assez téméraires, qu'un seul exemplaire fait «naître. Et il n'y a qu'une expérience suivie, qui puisse nous « donner des lumières sur ce qui , parmi des productions si avariées, est réellement caractéristit[ue pour la connaissance «des terrains.»
J. Auerbach et H. Frears, qui habitent Moscou même et dont l'un d'eux, l'anglais M. Frears, a conduit sur le terrain M. Murchison et ses collaborateurs, s'expriment de la manière suivante dans une Notice (voir: Bulletin de la Société des iVljhturalistes de Moscou, tome XIX, Impartie, page 486; Moscou, 1846): «La première objection que nous nous permettons de «faire concerne le résumé par lequel M. d'Orbigny termine «son article sur les fossiles du système jurassique en Russie; «il les classe en trois groupes différents, correspondant à « autant de subdivisions de son étage oxfordien ou bien au « Kelloway rock , Oxford clay , Coral rag et Coralline oolite
244 Le Jura.
4( des géologues anglais ; mais des recherches soigneuses , sui- « vies pendant phisieurs années et en beaucoup de locah'tés « du gouvernement de Moscou , nous mettent à même de pré- « tendre qu*une telle pcarallélisation de nos terrains jurassiques « avec les mêmes formations à Tétranger ne peut pas être rigaw^ « reusement poursuivie ; mais qu'au contraire beaucoup de fos- « siles , que d'Orbigny cite comme appartenant à des éiages a différents, se trouvent chez nous réunis en grand nombre «dans une même couche, tandis que d'autres, rc^prochés par ' « d'Orbigny, ne se rencontrent réellement chez nous que dans « des couches parfaitement distinctes tune de Vautre, n Suit un grand nombre de citations de différences de gisements de ces fossiles réunis ou séparés d'une manière si arbitraire par d'Orbigny ; et plus loin ils ajoutent : « Enfin la présence , dans les « environs de Moscou, des fossiles de tous les étages oxfor- « diens cités par d'Orbigny, parait nous prouver que nos ter- « rains jurassiques ne peuvent pas être limités seulement à « l'étage oxfordien inférieur, comme semble vouloir le faire «d'Orbigny dans la conclusion de son résumé.»
Les conclusions de d'Orbigny sont basées sur les raisonnements suivants ; 1° « Sur 98 espèces de mollusques du sys- « tème jurassique de Russie que j'ai pu étudier et comparer, « 32 se rencontrent simmultanément en France et en Ângle- « terre; et 66 sont, au moins jusqu'à présent, spéciales à la «Russie» (voir: Géol, de la Russie, vol. II, p. 487). 2° Sur ces 32 espèces communes, 20 se sont toujours rencontrées dans l'étage oxfordien inférieur ou Kelloway rock des Anglais; 12 appartiennent à \ Oxford clay ; et enfin deux espèces sont spéciales à l'oxfordien supérieur ou Coral rag des Anglais. 3^ «De- « puis le commencement du monde animé jusqu'aux derniers « étages des terrains tertiaires, il a toujours existé, à la sur- « face de la terre , une répartition uniforme des êtres tout-à- « fait indépendantes des lignes isothermes actuelles, et ces êtres « représentaient toujours la faune tropicale la mieux caracté- « risée » (Cours de Paléontologie stratigraphique , vol. II, page 241). 4^ « On doit attribuer la neutralisation de l'influence des
Le Jura. 245
« lignes isothermes à la chaleur propre à la terre » (Paléont, strat,, vol. II, p. 242). 5° « La répartition géographique des a êtres fossiles dans tous les âges du monde, n'a, pour ainsi « dire, aucun rapport avec la distribution géographique actuelle» (Paliont. slrat., vol. H, p* 243). D*oii d'Orbigny tire comme conséquences: qu'une espèce fossile a vécu, fait son apparition et disparu en même temps sur toute la surface du globe; que par suite, partout où Ton t'^ouve cette espèce, comme par exemple la Gryphœa dilatata du Kelloway rock des Vaches Noire de Normandie et des environs d'Oxford , on peut dire avec certitude que les roches qui la contiennent sur toute la terre sont de l'âge du Kelloway rock. Bien entendu que le savant paléontologiste était profondément convaincu, que tout cet échafaudage de miracles était inattaquable, l'unique vérité, et que toute personne qui n'y croirait pas devait être classée comme un hérétique indécrottable. Ainsi avec d'Orbigny, pas de lignes isothermes aux époques géologiques, pas de bandes homoiozoïques, pas de provinces géologiques, en un mot pas de géographie physique avant la période actuelle. Ce n'est pas tout, pas de zoologie ni de botanique; car comprend-t-on des animaux terrestres vivants sur un sol échauffé parla chaleur centrale, ce qui devait^ inévitablement le faire ressembler au couvert d'un four continuellement chaud ! Ces pauvres mammifères de Stonesfield et de Purbeck, auraient-ils été des prédécesseurs de Sisyphe et de son supplice de rochers à roulement perpétuel? car ils devaient se brûler les pattes sur ce sol de couvert de poêle chaud, et ressembler continuellement, et cela nuit et jour, à des chats marchants sur des cendres chaudes en se secouant les pattes. Passe encore pour les lézards amphibies de l'honorable famille des Ichthyosaures, qui, en se plaçant de temps à autre hors de l'eau , sur les dalles de roches ainsi échauffées, jouissaient au moins de l'avantage de s'y sécher plus rapidement leurs belles et larges pattes. Quant aux animaux marins, leur position était encore plus délicate; car, placés dans une aussi immense chaudière que l'océan jurassique , toute leur existence dépendait du degré de chauffage des feux souterrains; à la
246 Le Jnra.
moindre négligence des chauffeurs, adieu! Ammonites^ Bélemnites, Térébratules , poissons, crustacés, toot se cbaogeait en une pyramidale soupe aux huîtres, en homards^dai pfa|fr magnifique vermillon et en Bouille-à-baisse. Qui sait». 0*Mfe peut être ainsi que les géologues de la force de IL Hébeci^l;^ qui pensent que Tapparition de chaînes de montagnes B% pur suite les changements brusques de niveau de la mer» n'ont en aucune influence sur la destruction des êtres, expliqueront les changements de faunes; c'est plus simple; «c'est la faute des chauffeurs. Pour les plantes, grillées par le soleil, carbonisées dans les racines et dans les troncs par les chauffeurs, elles devaient présenter à la vue un spectacie qu'on ne peut guère comparer qu'à une rangée de vieux balais.
Mais trêve de plaisanteries et parlons sérieusement; d'Orbigny en avançant de pareils paradoxes et en cherchant à les faire admettre dans la science, a agi sous Tinfluence d'idées trop généralisatrices, qu'il reproche justement à Quenstedt dans les termes suivants, termes qu'on peut appliquer avec le plus grand à-propos à lui-même: «M. Quenstedt est parti d'un « |NJncipe fâcheux, qui^çest malheureusement que trop gêné- Ni^/4lement adopté, celui fle vouloir faire du lieu qu'on a étudié
. r '-^ikb. ceiitre de toute la science On n a pas songé que la
^ «Vérité sèr llmmensité des questions géologiques et paléontof^Jogiques destinées à embrasser le monde entier, ne peut sortir « d'un cercle d'études trop restreint; mais bien de l'universalité « des faits et des lieux» (voir: Prodrome de Paléontologie \ introduction, p. XXVII, vol. I. Paris, 1850).
Léopold de Buch a été beaucoup plus prudent dans ses conclusions, et, avec cette sagacité si connue des géologues, il a été le premier à reconnaître ce que M. d'Archiac nomme les prétendus types jurassiques méditerranéens et moscovites (voir: Beilrdge zur Bestimmung der Gehirgsformationen in Russ^
') Voir: Observations sur les phénomènes qui se sont passés à la séparation des périodes géologiques; Bulletin de la Soc. Géol. de France; 2* série, vol. 16, p. 596. Paris, 1859.
Le Jura. 247
land\ Berlin, 1840). Yoici comment de Buch, avec sa précision et sa lucidité 'ordinaire , a lui-même tracé les premiers contours «ies trois provinces jurassiques de l'Europe, dans sa célébré hiire adressée à la Société des Naturalistes de Moscou , Mai 1846^ daitS^fe Bulletin de la Soc. de Moscou, tome XIX, p. 244: «L'ancieft moiide nous présente trois terrains jurassiques séparés « et d'un caractère particulier. Vun entoure le bassin de Paris « et de Londres. Ce sont les couches jurassiques d'Angleterre, « de Normandie , 5de Bourgogne, des Ardennes. Dans le Nord « de TAllemagne commence le second de ces terrains. Le Lias « disparaît, ainsi que les coraux, de la partie supérieure. « Cest le terrain de Rossip, développé à Moscou, et qui se «r poursuit jusque dans les steppes clés Khirgiz. Le troisième flf est le système méditerranéen du midi de la France , de la « Lombardie, des Carpathes, de la Crimée. Les Ammonites tatri- « eus, les grands Aptychus le caractérisent. Etudions donc le « second de ces systèmes à Moscou, comme le premier en « Franconie , dans le Gloucestershire ou aux environs de Caen ; « et le troisième: à Como, à Trente, en Crimée.» Ainsi, de Buch n a pas cherché h synchroniser 1^ strates moscovites ftvec celles de l'Angleterre; il a pensé seulement, que peut-être,; kî'^. Lias n avait pas de représentant en Russie; et encore est^f avec beaucoup d'hésitations qu'il fait cette remarque dans son essai sur la Gebirgiformation in Russland, p. 90. A priori il est évident qu'on ne peut se prononcer catégoriquement sur l'absence du Lias en Russie ; car les Roches du Jura moscovite appartenant à une province spéciale et à une autre bande homoiozoïque que celles de l'Ouest de l'Europe; il est possible que cette province était isolée par des barrières infranchissables des autres contrées maritimes d'alors, et qu'à l'époque liasique, aucune espèce identique ne se trouvait entre cette province et les provinces Normande-Bourguignonne et Hispano-Alpine; ou qu'il n'y ait eu que 2 ou 3 espèces de communes , espèces qui jusqu'à présent ont pu très bien échapper aux recherches des collecteurs. D'Orbigny ne nous a-t il pas appris lui-même qu'il n'a trouvé qu'un seul mollusque de commun entre les côtes orien-
248 Le Jara.
taies et occidentales de l'Amérique du Sud! pourquoi cela n'aurait-il pas eu lieu aussi à l'époque jurassique?
Je vous demande pardon de m'étre arrêté si longtemps sur le Jura moscovite; mais son importance est trop grande pour que je n'aie pas essayé de fixer votre attention sur les difScultés qu'il présente, malgré sa proximité du centre de TEurope. A présent sorti des environs de Moscou, on n'a plus guère que des reconnaissances géologiques, faites plus ou moins rapidement, et par conséquent se sentant toutes des incoftvénients des reconnaissances , c'est-à-dire , étant nécessairement un peu superficielles. Aussi je me contenterai de vous signaler assez brièvement les renseignements peu nombreux, que l'on possède sur les autres contrées d'Asie et de l'Afrique. Mais, me direz -vous , il y a la Crimée et le Petschora-Land, qui sont encore en Europe; cela est vrai, ^éographiquement parlant; mais au point de vue géologique, aussi bien qu'au point de vue ethnologique, le Petschora-Land est une appendice de la Sibérie et la Crimée un pays de Turcos.
Dans ces incommensurables Tundra ou tourbières, habitées par les Samoyèdes du bassin de la Petschora et des côtes de Kanins, qui forment tout le nord de la Russie d'Europe, on trouve çà et là, oii le Drift quaternaire, la mousse et les marécages ne recouvrent pas toutes les roches inférieures , des argiles grises renfermant des Bélemnites, et des concrétions sabiocalcaires très dures, dans lesquelles on recueille d'assez nombreux fossiles, surtout des Ammonites. MM. de Keyserling et de Krusenstern , à qui l'on doit nos connaissances géologiques et géographiques sur ces régions si difficiles à explorer, disent que ces roches s'étendent sur tout le Petschora-Land, autour du Timan-Gebirg et au Kanins-tundra à l'entrée orientale de la Mer-Blanche (voir: Wissenschaftliche Beobachtungen auf einer Beise in das Petschora-Land, im Jahre 1843; Petersburg, 1846; 4° avec atlas de cartes et de planches de fossiles.). Ces fossiles, assez communs d'ailleurs , surtout les Ammonites et les Bélemnites, indiquent évidemment l'époque jurassique; de Keyserling va plus loin même» et, à la page 345, il dit que, par
Le Jura. 249
suite des formes de tous les fossiles qu'il a recueillis, toutes les Roches du Jura du Petschora-Land appartiennent seulement à rétage Oxfordian. Cette conclusion me parait tout au moins très bazardée, et je me contenterai simplement, pour les mêmes raisons que je vous ai données précédemment sur les types hispano^alpin et moscovite, à regarder ces argiles et grès à concrétions calcaires, contenant les fossiles suivants: Terebratula per Sonata ; Gryphœa dilatata ; Pecten imperialis, Pect, fibrosus^ Pect. lens\ Aucella Palasii, Auc. concentiHca; Perna mytiloides; Gervilia lala; Arca elongata\ Astarte Yeneris\ Nticulanuda, Nue. rhomboïdes] Cardium concinnum; Panopœa rugosa; Pholadomya Dubois ; Pleurotomaria Buchiana ; Turbo Wisinganu^s ; Turritella Petschorœ; Ammonites Balduri, A, cordatus. A, alternans^ A. Jason, A. MosquensiSf A. Syssolœ, A. biplex^ A, polyptyckus, A. Tchefkini^ A, Jshmœ, A, coronatus; Belemniles kirghisensis ^ B, absolus, B. Bussiensis et B. Panderianus; comme appartenant à Tépoque jurassique, sans préciser l'étage, ou les étages; car il est très possible que les quatre étages du Jura y aient des équivalents. On ne peut guère douter d'après ce qui a été rapporté par divers voyageurs, qui ont visité le Nord de la Sibérie,, que les Roches du Jura y recouvrent de vastes surfaces, et qu'elles sont probablement une continuation des assises jurassiques du Petschora-Land. Ainsi l'ofBcier des mines Strajewsky a trouvé, en 1834 et non en 1838, comme l'a dit de Buch par errreur, sur les bords de la rivière Soswa, un des affluents les plus septentrionaux du fleuve Obi, un calcaire, sableux, marno-compacte, renfermant les fossiles suivants: Ammonites apertus j Am, circumtentus et Trochus Jurensi-similis ; et à 20 lieues plus au Nord, par le 64° de latitude boréale, dans une localité nommé Tolimskoje Simowjo, Strajewsky a recueilli , dans deux assises de marnes verdâtres , qui affleurent au-dessous des strates calcaires, les fossiles suivants: Belemnites canaliculatus var. curtus; Ammonites Konigii; Terebra-' tula bullata, Ter. concinna; Perna quadrata; Astarte Veneris; So-len antiquus; Lutraria donacina et Hippopodium angustatum (voir: Beitràge zur Bestimmung der Gebirgsformation in Bussland\ von Leopold von Buch; p. 103 et suivantes^. On savait depuis
250 Le Jura.
longtemps, qu'il y avait beaucoup d'Ammonites dans les ties formant TArchipel de la Nouvelle -Sibérie; et un négociant, nommé Hedenstrom , rapporta en 1811 beaucoup d'Ammonites et de défenses de Mamouth de Ille Koteinoï. Le Dr. A. Th. von MiddendoriF, dans son exploration difficile et si intéressante du Nord de la Sibérie , a confirmé cette découverte des Roches du Jura dans les îles de la Nouvelle-Sibérie, et bien plus il a ajouté plusieurs localités nouvelles, principalement sur les bords des fleuves Olenek et Taimyr. Dans les contrées glacées les plus septentrionales de TAsie , dans la vallée du Taimyr près des montagnes de Byrranga , MiddendoriF a trouvé dans les alluvions de la rivière un grand nombre de fossiles jurassiques^ Il est vrai que le hardi voyageur n'a pu découvrir les couches mêmes où étaient ces fossiles; mais comme ils sont très peu roulés, on peut en conclure que les couches doivent affleurer à une petite distance de cet endroit. Ces fossiles jurassiques sont les suivants: Belemniles Panderianus \ Astarte Yeneris; Aucella Mosqtiensis; Terebratula tripUcata ^ Ter. sublcevis] Panopœa rugosa; Lucina Phillipsiana ; Gervilia lanceolata; Lima paupera; Serpula ietragona, etc. ; ils sont enveloppés dans un calcaire sableux , pis, avec des argiles , identiques aux roches jurassiques du Petschora-Land. MiddendoriF a trouvé encore des fossiles jurassfques tout le long de la côte depuis le Taimyr-Land jusqu'à l'embouchure de la Lena. Suivant de Keyserling ces fossiles appartiennent aux espèces suivantes: Belemnites Kirghisensis , B. hastatus\ Ammonites polyptychus y A, diptychus, A. Uralensis, A. cordatus, A.juvenescens; Cyprina HeUmerseniana ; Lyonsia Alduini et Aucella concentrica.
Pendant son séjour k Jakutsh, Middendorff a reçu une petite collection de fossiles recueillis par un officier de cette province sur les bords du fleuve Olenek. Ces fossiles, déterminés par de Keyserling, senties: Ceralites Hedenstromi, C. Middendor/lii; C, Euom^ phalus et C. Eichwaldi; Nautilus subaratus et Inoceramus reirorsus. Le CercUites Hedenstromi se trouve dans la collection rapportée par le chercheur d'ivoire Hedenstrom de l'île Koteinoï. Il parait que ces fossiles de l'Olenek et de Koteinoï sont engagés
Le Jara. 251
dans une roche de calcaire compacte noirâtre, ressemblant au calcaire du Lias de la Souabe; et qu'ils n ont pas conservé ces couleurs irisées de la nacre comme les fossiles jurassiques des autres parties de la Sibérie et de la Russie. De plus , Keyserling ajoute, que le Dç. Figurin a trouvé sur les bords de l'Olenek et de son affluent, le Chargysonka, des roches calcaires et du gypse; tandis que partout ailleurs sur les bords des autres fleuves sibériens , où l'on a trouvé le jurassique , il y est composé exclusivement d'argiles et de grès calcaréo-marneux. Ce changement dans les roches et des analogies entre les CeratUei Middendorffii et C. Eichwaldi et des espèces de St» Cassian, ont conduit Keyserling à synchroniser ses couches de la rivière Olenek et de la Nouvelle-Sibérie avec le Muschelkalk du Tyrol italien. Il est possible que Keyserling ait raison et qu'une partie des strates des bords de lOlenek soient de l'époque du New Red Sandstone. Cependant je ne puis m'empêcher de remarquer que depuis la publication, en 1847, par Keyserling et Helmersen, des résultats géologiques du Voyage de Middendorff, on a reconnu que le genre Ceratites n'était pas limité au Muschelkalk exclusivement; mais qu'il se trouve dans le Grès Bigaré, Ceratites Schimperi] dans le Jurassique, Ceratites Jacquemonta, et jusque dans le Crétacé, Ceratites Syriactis^ C. Piedernalis, C. Ewaldi, C. Vitremm et C, Robini (voir: Ueber Ceratiten, von Leopold von Buch ; Berlin, 1849). V Ammonites sternalis du Lias supérieur, marnes de Pinperdu, appartient aussi à la famille des Ceratites. Dans tous les cas , il n'est guère possible de douter que le terrain jurassique se trouve sur les bords de l'Olenek; et même à la Nowaja-Semlja boréale (voir: Reisein den àussersten Norden und Osten Sibiriens wdhrend der Jahre 1843 und 1844 , von Dr. A. Th. von Mîddendorf. -Erster Band» Geognosie, par Helmersen, page 197 etc.; et Fossile Mollusken, par Keyserling, page 241 etc.; St. Petersburg, 1847. Voir aussi dans YArchiv fur wissenschaftliche Kuhde v(m Russland, pour l'année 1842; l'article intitulé Ueber die geognostischen Verhàltnisse von Nord-Asien etc. , avec un essai de carte géologique [Geognostische Skizze von Nord-Asien] , par A. Erman.).
252 Le Jart.
Jusqu'à présent, du moins, on n'a pas encore signalé les Roches du Jura à l'Est de la rivière Lena , ni au Kamtshacka, ni dans rAltaï. Mais ces contrées sont si vastes et si peu connues qu'il serait téméraire d'en conclure qu'elles n'y existent pas.
Dans le gouvernement d'Orenbourg, au Nord et au Sud de cette ville, et aussi dans les plaines des Kirghis sur les bords de la Mer Caspienne, on a signalé depuis longtemps le terrain jurassique contenant les mêmes fossiles que ceux da jurassique des environs de Moscou et de Sysran sur le Volga. Orenbourg et la vallée de la rivière Ileclc sont , il est vrai, encore en Europe; mais leur situation est si voisine de l'Asie que l'on a l'habitude de regarder Orenbourg comme la porte de la Sibérie.
Les parties les plus accidentées des montagnes du Sud- Est de la Crimée, entre Balaclava et CaiFa, sont formées des Roches du Jura. De Yerneuil, Dubois de Montpereux, Huot, Hommaire de Hell et Cockburn , qui ont visité ce pays de 1835 à 1855, s'accordent à regarder comme jurassique* une série puissante de calcaires oolitiques , renfermant à sa base des grès et des marnes schisteuses noires. Aucun de ces savants n'a essayé de donner une description systématique de ces strates , et on n'en connaît pas , couches par couches , la distribution des fossiles. De Verneuil a remis ses fossiles entre les mains du savant M. Deshayes, Dubois a décrit lui-même ceux qu'il a ramassés , Hommaire de Hell à donné les siens à d'Orbigny, et enfin, le capitain d'artillerie Cockburn a confié sa récolte , faite militairement pendant les intervalles des épisodes sanglantes du siège de Sébastopol, aux soins de M. Baily. Les conclusions de ces divers paléontologistes sont, comme on doit s'y attendre invariablement en pareils cas , toutes différentes. Deshayes, avec sa philosophie profonde et sa circonspection habituelle, ne s'est pas prononcé positivement sur l'âge relatif et les équivalents anglais des coupures établies par de Verneuil (voir: Mémoires de la Soc. GéoL de France, V série, vol ni; Paris, 1838.). Dubois, qui avait plus d'autorité qu'aucun autre pour se prononcer, puisqu'il avait vu les lieux et
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étudié aussi les fossiles, n'a donné une opinion décidée que sur les Schistes noires de la base, qu'il regarde comme les représentants du Lias (voir: Voyage en Caucase ^ en Géorgie et en Crimée, vol. V; Neuchâtel et Paris, 1843). Huot a pensé reconnaître l'oolite inférieure, la grande oolite, le Coral rag, le Calcareous grit et le Lias (voir : Voyage dans la Russie méridionale et la Crimée sous la direction d'Anatole Demidoff\ vol. H; Paris, 1844.). Alcide d'Orbigny, avec ses idées préconçues et son positivisme ordinaire, conclut que les Roches du Jura de la Crimée doivent toutes êtres rapportées au fameux KeHoway rock ou Etage oœfordien inférieur, et, notez bien, que ce Jura criméen a une épaisseur totale qu'on ne peut évaluer à moins de 1800 à 2000 mètres. Voilà, je l'espère, un Kelloway rock un peu monumental. La petite collection de Hommaire ne renfermait que les espèces suivantes: Belemnites hastatus; Ammonites tatricus. A, tortisulcatus ^ A. viator. A, Brightii, A, Adelœ et A, Hommairei. Comme Y Ammonites Brightii se trouve aussi aux environs de Moscou, et que c'est le seul céphalopode de la collection Hommaire qui soit commun à la Crimée et à la Grande Russie , l'auteur de la Paléontologie Française en conclut, ni plus ni moins, qu'un continent séparait ces deux bassins ! Enfin , pendant qu'il y était , ne voulant pas s'arrêter en si beaux chemins, il conclut qu'en Crimée les Kimméridien, Portiandien, Néocomien, Aptien et Albien manquent (voir: Les Steppes de la Mer Caspienne, le Caucase, la Crimée etc., par H. Hommaire de Hell; vol. III, p. 436, 8°. Paris, 1844.). M. d'Archiac se range à l'opinion de d'Orbigny et ne voit en Crimée que du Kelloway rock (Histoire de la Géologie, vol. VII, p. 595 et 698).
Le travail de William H. Baily étant le plus complet, le plus récent et le plus rationel , je vais vous donner avec plus de détail les résultats auxquels il a été conduit par ses études de la collection Cockburn et des travaux de ses prédécesseurs. En comparant les formes des fossiles criméens avec celles de l'Angleterre, et en combinant les gisements anglais avec les diverses localités fossilifères jurassiques de la Cherso^
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nestis Tmarica, Bcily regarde les schistes marneux, noires, de la route de Worbnzoff et de Biasali, renfermant les fossiles suivants: Terebratula numismalis, Ter. rotundataJ\ Ter. perovalis?; Bhynchonella acuta\ Avicula decusseUa] Gryphœa inctirva; Cardium mquistriatum; Astarte complanata; Ammonites jurensis^ A. fimbriatus et A, Raquinianus, comme étan^ les équivalents du Lias. Les roches de Balaclava» celles du célèbre monastère de St. George , où les moines grecs avaient Fhonneur d'être gardés par un poste de nos braves Zouaves, espèces de sacripants à habits mauresques, à religion au drapeau, aux mœurs de Chacals (nom donné au 2™* régiment) et aux cœurs de lions; les calcaires des gorges d'Iphigénie et ceux de Tchatyr Dagh, qui ont offert aux recherches de Cockbum les espèces suivantes : Rhynchonella senti" cosOj R.'pedinata^ R, Cookei, R. variabilisl ; Scyphia Cockbumii; hastrea explanata?\ Calamophyllia Stockesi; Montlivaltia trochoides; Cidaris glandifera; Terebratula Jamesii^ T. Strogonofii?\ Terebratulina radiata; Ammonites Vralensis? et A. Brongniarti? , sont regardés comme représentant l'étage du Lower Oolite. Enfin, les calcaires de Soudaxioxia, Simféropol, Djanatai, Kobsel et Baktcherai , avec leurs Ammonites tortisulcattis^ A. Hommairei^ Adelœ, talricus^ viator, lunula, perarmatus; Belemniies hastatus, B, latisulcatus; Aerinea grandis; Pholadomya conformis; Gryphœa dilatata; Cidaris B lumenbachii; Thamnastrea arachnoides\ Isastrea Greenoughii] Thecosmilia annularis et Comoseris irradians, indiquent l'existence de l'Oxfordian et du Coral rag; par conséquent de mes étages Oxfordian et de rUpper Oolite. Enfin de plus, Baily cite Y Ammonites giganteus de Baktcherai comme indiquant le Portiand stone. Sans adopter toutes ces opinions du paléontologiste du Geological Survey of Great Britain, il résulte cependant de son travail, qu'on doit regarder comme très probable que les 4 étages des Roches du Jura ont des représentants en Crimée. De plus , je vous ferai remarquer que la Crimée semble avoir été, comme les Monts Jura, une station coralligène pendant les époques du Lower et de l'Upper Oolite (voir: Descriptions of fossil invertebrata from the Crimea, by William H. Baily, dans le Quarterly Journal of the Geol. Soc, of London, vol. XIV, p. 133; London, 1858.).
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Les Roches du Jura ont été reconnues autour du plateau d'Ust-Urt, sur les bords de la mer Aral et de la Caspienne, et particulièrement aux Monts Balkans. Mon regrettable ami, le célèbre voyageur Dubois de Montpéreux, a été le premier à signaler le jurassique dans le Caucase; mais, comme il avait coutume de le dire ; « Scbamyl et ses circassiens sont si jaloux de leurs rochers qu'il n'est pas très facile de faire des observations géologiques dans ces montagnes, et si ces braves montagnards sont de grands amis de leurs indépendances, ils ne sont que de fort médiocres admirateurs do la sciertce». Néanmoins les recherches de Dubois ne laissent pas de doutes sur Texistence des Roches du Jura dans presque tous les contreforts du Caucase, où elles forment une ceinture étroite autour d'un centre cristallin, exactement comme la bordure d'une boutonnière allongée.
Dans ces dernières années, avant toutefois que Schamyl et ses murides aient disparu de la scène politique, un géologue russe, aussi habile que brave et persévérant, est parvenu à déchiffrer, si non totalement, du moins en partie, la géologie de ces montagnes; et dans les deux mémoires qu'il vient de publier sous les titres de: Prodomus einer Géologie der kaukasi" schen Lander , et Beitràge zur Paldonlologie des Asiatischen Russ^ lands\ St. Petersburg, 1858; H. Abich a donné des détails et des idées d'ensemble très intéressantes sur la géologie caucasienne, arménienne et du Nord de la Perse; on ne regrette qu'une chose en lisant ces mémoires, c'est que l'un d'eux, surtout le Prodomus, ne soit pas accompagné, je ne dirai pas d'une carte géologique, mais bien d'un simple croquis géographique, qui permette de suivre le savant explorateur dans ces pays si peu connu. Comme ses Beitràge zur Palàontologie des Asiatischen Russlands ne contiennent que des observations sur les terrains tertiaires et crétacés des bords du Lac Aral et des steppes des Kirghis, je ne vous parlerai que du Prodomus einer Géologie der Kaukasischen Lander, Dans ce livre remarquable, Abich donne les résultats suivants sur le terrain jurassique caucasien. D'abord, au Nord de la chaîne, on voit par-dessus
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les grès, marnes sableuses et argiles schisteuses à sphérosidérite et à houille du Dorfe Chod dans l'Âlagir, des calcaires brunâtres, sableux, cristallins , renfermant à la base beaucoup de débris de Pentacrinites subteres; plusieurs de ces strates calcaires contiennent des Pecten personattis ei deuxhutires , probablement YOiirea Marshii et YO. eduliformis. Vers le milieu de cette formation de calcaires brunâtres, qu'Abich rapporte au Jura brun (Brauner Jura), on trouve les fossiles suivants: TerebriUtUa perovaliSf T. biplicata var. inflatUy T. mcinalis, T. emarginaia, T. bullalat T. teiraedra^ J. quinque- et triplicata^ T. média ^ T. vor rians (celle-ci et la T. perovalis sont les plus communes) ; Nucleo^ lites scutatus; Dysaster armalis; Pecten fibrosus^ P.demissus; Ammonites tatricus; Cucullœa et Gervilia. Âbich a trouvé, dans la vallée de Nari-Don dans un calcaire oolitique, qu'il regarde comme étant synchrone du précédent, les Ammonites Jastmi, lumUa, tatricîis^ tortisulcatus^ coronatus, Athleta et Zignodianus; la BelemnUes canaliculatus et vraisemblablement la BelemniUs hastalus et le Discoidea concava.
Au Kariu , espèce de Righi caucasien , d'où l'on découvre des aspects et panoramas d'une grandeur et d'une magnificence alpine, le savant géologue a reconnu, superposé par-dessas les strates qu'il regarde comme les équivalents du Brauner Jura , des calcaires de 800 à 1000 pieds d'épaisseur, complètement identiques minéralogiquement et aussi paléontologiquement au Jura blanc (Weisser Jura) de votre Souabe , et qu'il regarde comme les représentants du Coral rag et du Portland stone. Des calcaires jaunes brunâtres (Brauner Jura), passant à des calcaires sableux cristallins, avec marnes argileuses, renfermant beaucoup d'oolites ferrugineux ; avec Pentacrinites et Pecten personatfAs, forment la base de la coupe du Kariu. Le Pentacrinite semble être identique à celui que Quenstedt cite dans la couche à Ammonites Parkùuoni de la Souabe. Par-dessus sont des bancs à Coraux, formés d'un calcaire marneux alternant avec des marnes argilleuses, le tout rempli de coraux spongiaires, exactement comme dans le Jura blanc moyen du Sud de TAIlemflgne. De plus, Abich y cite des Cnemidium, des Cidaris et
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entre autres le célèbre Hemicidaris crenularis. Superposé se trouve un calcaire rouge dolomitique , très ferrugineux et renfermant la Terebratula lacunosa\ puis des calcaires bréchiformes , mal stratiBés, formant de véritables Plumpe Felsenkalke et contenant les fossiles suivants: Terebratula inconstans, T, spinosa, T. quadriplicata et dissimilis. Enfin , la partie supérieure est formée d'un massif calcaire de couleur gris-claire, compacte, dolomitique, alternant avec des strates de calcaires bitumineux; la stratification n*en est pas très distincte , et Ton y trouve en outre de la dolomie, des nids de spath calcaires et de la silice calcédoine en forme de Chailles. Les fossiles caractéristiques de ce groupe supérieur sont: Terebratula trilobata^ T. lacunosa, T, perovaliê insignis] Spondilus velcUus; Pecten subspinosus et Astrea mtcroconus.
Sur d'autres points du Caucase septentrional, dans la vallée de l'Ar-Don, au Nord de l'Elburuz, on trouve une espèce de marbre dolomitique , qui a fourni les données paléontologiques les plus positives pour Fexistence des Roches du Jura dans cette région. Cette roche marbrée forme une terrasse jurassique ou large plateau, placé entre la formation schisteuse, regardée comme liasique par Dubois, et le terrain crétacé. On y trouve dans la partie inférieure, qui est très dolomitique , des débris de Pentacrinites , d'Apiocrinites , des Coraux; et à la partie supérieure, qui est formée de calcaires à dalles plates, saccharoides , suboolitiques , de couleur très blanches et ressemblant complètement à ce qu'Abich a vu dans le Jura supérieur des environs de Soleure, il y a une grande quantité de Nérinées, de Coraux et de Térébratules, appartenant à des espèces qui, dans la province Normando- Bourguignonne , se trouvent dans les couches les plus supérieures des Roches du Jura. Soumises à d'Orbigny, ces espèces du marbre de Dago, de Biss, et de la vallée de TAr- Don ont été déterminées comme appartenant aux MytUus petasus, Nerinea Moreana^ N. Bruntrutana, N. Clymene, N. Deswoidii^ N. Defranciij N, umbilicata; Astrea agaricites; des Exogyres, des Natices, Ptérocères, et peut-être des IHceras et des Chama.
Le versant méridional du Caucase est beaucoup plus
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compliqué que le versant nord. Cette complication existe surtout au sud du noyau ellipsoïdal granitique de l'Elburuz, plutôt que dans la partie sud-est, où les roches éruptives et cristallines n'existent pas. Dans le Caucase, les strates, au lieu deprésenter des lignes anticlinales , comme dans les Alpes de la Suisse allemande et du Yorarlberg , sont isoclinales ; de sorte que les couches plongent contre la chaîne principale. Âbich a essayé de représenter Torographie de cette partie méridionale, dans un pçofil assez compliqué, qui se trouve à la page 101. On y voit dans la division a, qui est la plus inférieure, les schistes noirs, avec grès, houille, etc., que Dubois regarde comme du Lias et qu'Âbich rapporte au Jurassique inférieur, mais non au Lias. La division c est surtout développée à Korta près d*Oni, dans le district de Radscha en Iméreth; elle est formée d'un calcaire gris-foncé, compacte, quelquefois sableux et qui renferme les fossiles suivants: Terehratula bipli" c€Ua, T. variabilis t T. resupinata ; Pecten disciformis, P. fibrostu; Lima proboscidea; Lyriodon costatum\ Trigonia Meriani; Pholadomya MurchisoncBj P, parcico8ta\ Modiola plicatUis , M. scalprum; Perna mytUoides ; Pleuromya elongata\ Ceromya pinguis; Ammonites tatricus, et plusieurs autres Ammonites nouvelles , un pea semblables aux Ammonites iortisulcatus et Hommairei. Dans des roches calcaires, des marnes et des grès porphyriques, dont on ne voit pas très bien les relations avec la division précédente, quoique Abich soit porté à les considérer comme supérieurs, on y trouve des Belemnites hastatus , des Echinodermes, des Crinoides, des Crustacés et surtout des polypiers spongiaires. En outre, de ces roches jurassiques des versants nord et sud du Caucase, Abich signale et décrit encore une série de grès, de conglomérats et de schistes marno-sableux , contenant de la iMMIe, de l'anthracite, du jaïet, des troncs silicifiés, des matières charbonneuses et enfin des plantes bien conservées. Cette série se trouve placée au-dessous du terrain jurassique décrit précédemment et, au-dessus des schistes noirs caucasiens, liasiques d'après Dubois. Le persévérant ii^ Abich a reconnu cette formation houillère dans tout le
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district d'Okriba, surtout à la montagne d'Urgebi sur le Tserdilis-tsqal près de Tqirbul dans llméreth, dans toutes les montagnes de Mesk jusque dans la vallée dlngur en Mingrélie, dans les vallées de Schuscha et d'Erto , district de Satseretlo (Iméreth)} enfin il croit que ses observations l'autorisent à regarder la formation houillère du versant septentrional, entre le Terek et le Kuban, au nord de l'Elburuz, comme appartenant au même horizon géognostique. Goeppert de Breslau, à qui M. Âbich a soumis ses collections de plantes , dit qu'il y voit les indications des trois flores du Lias, du Lower Oolite, et du Wealdien de TEurope occidentale; Âbich se décide pour la Flore du Lower Oolite, ou Brauner Jura, comme il l'appelle; et il la synchronise avec la houille oolitique du Yorkshire, décrite par J. Phillips. Il cite de Tqirbul le Pecopteris exUis, un Pterophyllum caucasicum n. sp., des tiges des feuilles et des graines de Conifères.
Bien entendu que tous ces essais de synchronisme du Jura caucasien avec le Jura Normande-Bourguignon , faits par Âbich , ne doivent être regardés que comme des esquisses très grossières et qui sont loin de résoudre ces questions si délicates.
J'ai oublié de vous parler de couches de houille trouvée dans le Daghestan à Ulutschra. De Buch depuis longtemps a déclaré qu il n'y avait pas là de formation plus ancienne que le crétacé. Goeppert, en étudiant les plantes fossiles que lui a soumises Âbich, a été conduit à identifier cette houille avec celle de Wienerbrùck (nord-est des Alpes de l'Autriche) , que l'on regarde comme du Lias. Pour des raisons stratigraphiques , combinées avec la présence de Y Ammonites Humphriesanus ^ qui avait été trouvée à la base de ces strates houillères, et la présence de YAmmonites strangulalus, Mytilus fakalus, etc. par-dessus ces assises» Abich dit qu'il lui paraît très vraisemblable que ces hotiijB^ du Daghestan sont de l'époque du Néocomien inférieur. C'est une question évidemment indécise.
W. K. Loftus, attaché à la commission chargée d'établir les frontières entre la Turquie et la Perse, a reconnu des calcaires bleus, lithographiques, contenant des Ammonites et
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des Gryphées, entre les plaines de Ser-Abî-Sir, et de Faylaun, et qui probablement sont de Tépoque jurassique (voir: On the Geology of Portions of the Turko-Persian frontier y by W. K. Lotfus, dans le Quart. Jowm. of the Geol. Soc. of London, vol. XI, p. 289; London, 1855.).
Plusieurs voyageurs russes, notamment le Dr. F. Buhse et Tofficier Woskoboinikow, ont fait des observations et des collections géologiques en Perse. Remises entre les mains de mon ami, le Dr. C. Grewingk, Professeur à Tuniversité de Dorpat, ces notes et collections ont été réunies par ce savant dans un mémoire des plus intéressants, et qui a pour titre: Die geognostischen und orographischen Yerhàltnisse des ncfrdlichen Persiens^ dans les Verhandlungen der Bussisch-Kaiserlichen Mineralogischen Gesellschaft zu St. Petersburg, 1853. A la page 237, Grewingk donne le résumé suivant sur là formation jurassique : « Die Juraformation. — Cette formation est très répan- « due dans les ramifications orientales et occidentales des Monts «Karabagh, mais en général elle y est mal développée. Près « d'Ordubad et dans le défilé de la rivière Araxes jusqu'à Higri, « et à vingt verst à FEst de Nugadi , les roches du Jura sont « représentées par des calcaires gris-clairs ou noirs et des a dolomies grises- claires, avec intercalation de couches de « calcaires et argiles rouges, qui forment des bluffs ou murs <K blanchâtres, ou bien qui sont fortement disloqués." Les fos- « siles que Ton y rencontre appartiennent aux genres suivants: a Turritella , Trochus , Nucula , Nerinea , Terehratula , Diceras, « Bippurites , Sphœrulites , Lithodendron , Eschara , Millepara, « Astrœa et Caryophyllia. De plus , nous connaissons des cal- « caires à Hippurites sur le Takjaltu ; et Wagner rapporte les « calcaires de Diadin , aux environs de Bajazid jusqu'au col «de Khasigôl, à l'étage Oxfordian, par suite de la présence « dans ces calcaires de la Belemnites semisulcatus Munst. et « d'une Gfyphœa arcuata assez mal conservée. On doit trouver « ces calcaires de Diadin , affleurant au-dessous de la craie, « au Sud-Est de la vallée élevée d'Akbulak. Wagner dit aussi, « avoir rencontré un calcaire bitumineux liasique , contenant
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« des Bélemnites , des Peignes et des Térébratules , dans une « des ramifications orientales des montagnes du Kurdistan, au « Nord de la rivière Nasslu sur la rive occidentale du lac a Urmia» »
« Nous rapportons aux couches jurassiques , mais encore « avec doutes , les assises des Monts Ghilan. Il faut y placer « aussi le calcaire à grains fins et contenant des bivalves in- « déterminables et des tiges de Crinoides , que Ton rencontre « près de la montagne d'Argan , où ils s'inclinent vers TEst, <x en étant soulevés et disoloqués par des mélaphyres. Nous « mettons aussi dans Tépoque jurassique les grès qui se trouce vent entre Dirou et Massula et qui reposent sur un système «de calcaires, de grès et d'argiles avec houilles* Enfin nous «trouvons encore des calcaires jurassiques, contenant la Cry- « phœa arcuata , la Gryphœa Buhsii Grew. , un Lyriodon et une « Lima , dans la vallée de Nemekek au village de Surt* »
Abich, dans son Vergleichende geologische Grundzuge der Koukasischen, Armenischen und Nordpersischen Gebirge ou Prodrome de la géologie caucasienne, donne à la page 90, chapitre II, Die Juraperiodcy quelques indications sur les roches du Jura du Nord de la Perse. S'appuyant sur la superposition, la lithologie et les fossiles, Abich dit, qu'il est conduit à regarder les calcaires à fossiles jurassiques (Cidaris coronata, C. Blumenbachii ; Pentacrinus cingulatu8\ Apiocrinus^ Scyphia^ Cne^ midium) des bords des rivières Basar et Kapan, ceux sans fossiles de la vallée de TAraxes, du système du Kasan-Yaila, de la vallée de Daradys, et les dolomies de la vallée de Baraga-Dzor, comme appartenant à une grande formation jurassique , qu'il rapporte à la partie supérieure des Roches du Jura. Il pense que cette formation doit occuper de vastes surfaces dans le Nord de la Perse.
Notre ignorance de la géologie d'une grande partie de la Turquie d'Asie, de l'Arabie, de l'Affganistan et du Belouchistan, ne nous permet pas de juger si ces roches jurassiques de la Perse se lient avec celles de l'Asie Mineure, du Liban, de
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l'Âbyssinie et de Vlnde* Cependant une pareille continuité paraît probable.
Les parties centrales et méridionales de llnde renferment de nombreuses couches de grès, de marnes, de dolomies et de houille, qui ont été rapportées suivant les observateurs MM. Franklin, Jacquemont, Newbold, Mac Clelland, Bell, Sankey, Hooker, Hislop, Hunter, Carter, Blandford et Theobald, à VOldred sandstone, au Carbonifère, au Permien, au New red et au Jurassique. M. d'Archiac, dans le VIP' volume de Y Histoire de la Géologie, dit, page 624, «que ces diverses tt assises ont été l'objet de méprises complètes , » et avec son aplomb ordinaire, sans prendre même la peine de s'appuyer sur une seule preuve stratigraphique, lithologique ou paléontologique, il résout carrément la question, en concluant qu'il y a dans Tlnde une Région centrale, où l'on a eu de vastes dépôts d'eau douce pendant la période jurassique. Encore faut-il lui savoir gré de ne pas les avoir synchronisés avec le Bradford clay ou le Calcareous grit; car il est rare qu'il s'arrête en si beau chemin , lorsqu'il donne carrière à son positivisme. Il me semble que Franklin, Jacquemont, Blandford et Theobald sont dans le vrai, lorsqu'ils regardent cette immense formation comme de l'époque du New red sandstone, et je pense avec eux qu'il y a là de beaux développements du Trias et du Dyas (voyez ce que j'en dis dans mon mémoire intitulé : Dyas et Trias, ou le Nouveau Grès rouge en Europe, dans t Amérique du Nord et dans VJnde, p. 43 et suivantes. Genève, 1859). Du reste, Léopold de Buch, qui était si bon juge en pareille matière, n'a jamais rapporté ces assises au Roches du Jura, et il n'en fait pas même mention dans son dernier mémoire: Veber die Juraféhnation auf der Erdflàche] Berlin, 1853. C'est sans doute pour ne pas s'exposer à ce qu'on lui applique les qualifications qu'il vous a jetées à la figure si facilement, quelques jpages auparavant, savoir: «que vous étiez à votre «insu partial et incomplet,» que le savant historien a rempli 31 pages avec des descriptions de roches triasiques et dya-^ siques, c'est-à-dire plus de la moitié de son Chapitre Sur la
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Formation Jurassique de FAsie; tandis qu'il passe sous silence la découverte des Roches du Jura dans l'Himalaya par Jacquemont , et qu'il expédie toutes les recherches sur le Jurassique sibérien dans une page et demi. Du moins, si, cette fois-ci, il peut jouir du bénéfice de sa maxime , il a toutefois la consolation de posséder, tout rédigé, ces 31 pages sur le Trias, et il n'a qu'à transporter en entier cette moitié de Chapitre, Région centrale ou deau douce, dans son prochain volume, en ayant soin seulement de remplacer partout jurassique par l'expression de Nouveau Grès rouge.
Aux bouches de l'Indus, à côté du Scinde, se trouve la petite province de Cutch, qui est, jusqu'à présent, le point le plus méridional de l'Asie où l'on ait découvert les Roches du Jura. C'est par le 23° de latitude nord. Nous devons cette belle découverte au Capitaine C. W. Grant, qui, dans un mémoire, lut devant la société géologique de Londres, le 22 février 1837, et qui a pour titre: Memoir to illustrate a Geological Map of Cutch (voir: Trans. of the GeoL Soc. of London, 2™' série, vol. V), décrit — par-dessus des Sandstone and clay, with beds of coal et des red sandstone, très probablement triusiques — une série de roches noires bleuâtres, formées d'une alternance de schistes marneux, de calcaires et de grès argileux, ressemblant tout-à-fait aux roches liasiques de l'Europe occidentale, et dans lesquelles il a recueilli les fossiles suivants: Ammonites armiger, A. corrugatus? , A. ignobilis, A. ar^ ihriticusy A. Opis, A. lamellosus, A. formosus, A. elephantinus, A. Harweyi; Nautilus; Belemnites; Terebratula major , T. nobilis, T. concinna? , T. sella?, T, biplicataf, T. intermedia; OstreaMar" shii] Exogyra conica\ Plicatula pectinoides; Pecten partitus; Nu^ cula tenuistriata; Cucullœa virgata; Trigonia pUlus, T, costata] Astarte pisiformis , A. unilateralis; Corbula lyrata\ Amphidesma hians, A. ovale; Pholadomya inornata^ P. granosa, P. angulata; des débris de Crinoïdes et une vertèbre de Sauriens, La plupart de ces fossiles ont été recueillis dans une localité nommée Charee , et Grant les considère, avec raison, comme indiquant une faune jurassique. Deux autres officiers de la n^me
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armée de Bombay, le Capitaine Smee et le Colonel Pottinger, ont recueilli aussi des séries de fossiles jurassiques dans cette province de Cutch, et cela dans des localités différentes (Shahpoor et Kuntcote) de celles explorées par Grant ; soumis à Tun des Sowerby, voici les déterminations que ce paléontologiste en a données: Ammonites Harweyiif A» Maya, A, calvus, A. Pottingerii, A. /issus, A. torquatus, A. fomix\ Tomaiella striata; Terebralula dimidiata, T. microrhyncha\ Gryphœa dilat€Ua\ Ostrea Marshii? , 0. flabellulum, 0. orbicularis; Plicatula pmiinoides] Nucula tenuistriala-, Cueullœa virgata; Trigonia costata, T. Smeei^ Astarle major ^ A. rotunda, A. compressa et Corbula pectinata (voir : A notice respecting some fossils collecled in Cuichf by Capt. Walter Smee , of the Bombay army , par W» H. Sykes ; dans les Trans, of the GeoL Soc. of London, 2* série, vol. V, p. 715). Je vous ferai remarquer la présence dans ces collections de la Gryphœa dilatata et de Y Ostrea Marshii; deux fossiles que j'ai trouvés vingt ans plus tard sur les hauts plateaux des Rocky Mountains.
De Buch pensait que cette formation jurassique des provinces de Cutch et de Wagur, à l'embouchure de llndus, était une continuation des Roches du Jura de la Perse méridionale et du Mekran dans le Belouchistan, ce qui semble être des plus probables.
Dans les montagnes de l'Himalaya et sur les hauts plateaux du Thibet, le terrain jurassique semble occuper une place iiïiportante , sbit dans l'échelle des strates qui recouvrent une grande partie de ces vastes et gigantesques contrées, soit même comme extension géographique. C'est du moins ce qu'il est permis de conjecturer d'après les collections de Jacquemont et les notes et mémoires de Strachey et de Gérard. Victor Jacquemont, dans son célèbre voyage à Cachemire, qu'il fit comme voyageur du Jardin des plantes de Paris sous la protection de la Compagnie des Indes et du général Allard de Lahore, dit, qu'au col de Honkio, l'une des passes qui séparent les plaines du Punjab des hauts plateaux du Cachemire et du Thibet, par 17000 pieds d'élévation au-dessus du
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niveau de la mer , il rencontra de nombreux fossiles , tels que Belemnites, Ammonites, etc.; et cela en telle quantité que Jacquemont ajoute , que c^était comme un vaste cliamp de fossiles d'une lieue carrée.
Ce qu'il y a de curieux et en même temps de malheureux, c'est que les collections recueillies par Jacquemont, et qui sont parvenues à Paris dès 1833, n'auront servi, ni au progrès de la science, ni à la réputation du célèbre voyageur; elles dorment enfouies dans les tiroirs de la galerie de géo* logie du Jardin des Plantes. Dans tout autre pays on -êe serait fait un point d'honneur de publier immédiatement de pareils trésors géologiques; mais en France, où les rouages administratifs règlent tout, en étouffant dans leurs étreintes inévitables les trois quarts des découvertes, il s'est trouvé que les fossiles de Jacquemont ont d'abord été cachés et scellés hermétiquement par la triste administration du Jardin des plantes; puis, que le géologue qui avait accepté la mission du frère de Jacquemont de coopérer à la publication du Voyage dans rinde, en y donnant les résultats géologiques, obtenus par tant de fatigues et d'efforts , ne put jamais parvenir à voir ces collections; et cependant ce géologue est assez célèbre , puisqu'il est aujourd'hui Secrétaire perpétuel de l'Institut et Sénateur, c'est vous dire que c'était le savant Elie de Beaumont. Bref, la partie géologique du beau voyage de Jacquemont a été sacrifiée à une rivalité administrative.
Heureusement qu'un septuagénaire prussien est parvenu à vaincre l'apathie ou le mauvais vouloir de l'administration du Jardin des plantes, et, en Juin 1847, Léopold de Buch visita la mystérieuse collection. Comme j'étais alors employé au laboratoire de géologie, oii je déterminais les fossiles secondaires et paléozoiques, pour la modeste somme de 0,50 centimes par heure , et que d'ailleurs j'avais eu l'honneur d'être introduit à Léopold de Buch quelques jours avant sa visite, je pus voir par-dessus l'épaule de l'illustre savant une grande partie des fossiles himalayens de Jacquemont; et l'impression qui m'en est restée est, qu'il y avait de superbes Ammonites
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ressemblant énormément, si non identiques mêmes, à celles de TArgovien de la Suisse et de TAIbe; que ces Ammonites étaient surtout de la famille des PlanulcUi, et que même les roches qui les renfermaient, avaient cet aspect de calcaires bleus-clairs, compactes, un peu argileux et qui sont si caractéristiques du Lias et de l'Oxfordian des environs de Salins. Deux années après, de Buch publia le résultat de cette visite dans son beau mémoire intitulé : Veber Ceratiten, Berlin, 1849; où ii dit, page 24 et 25: a Ammonites Jacquemoniii: Le savant « Baturaliste si spirituel , si bon observateur et si zélé , Jacque- « mont de Paris , qui est mort à Bombay avant d'avoir revu «l'Europe, a envoyé cette belle Ammonite des hauteurs de « 1 Himalaya au Jardin des plantes, où on a lui donné, comme « de juste, le nom de celui- qui l'avait découverte. Jacquemont « Ta trouvée sur les hauteurs du col de Honkio au Thibet, «par 17,000 pieds d'élévation, c'est-à-dire 3000 pieds plus « haut que la cime du Mont Blanc. Pour atteindre ce col , il « avait passé par celui de Bekhur, localité du haut Sutledge, « qui est déjà elle-même aussi élevée que le Hont Blanc. Sur « tout l'espace compris entre ces deux cols , le sol était com- « plétement recouvert d'Ammonites ; c était comme un champ de ^ fossiles d^une Hem, carrée, dit Jacquemont. Avec cette Ammo- « nites Jacquemontiiy le savant voyageur a trouvé la Belemnites « semisulcatus , qui est un fossile si caractéristique des couches « supérieures des Monts Jura, la Belem, Aalensis et les Ammofn nites Davœi^ A. fimbriatus; de plus, beaucoup d'autres es* « pëces de la famille des Planulati, tels que les Ammonites « biplex, A. triplicatuSy polygyrattis ; et, enfin, Y Ammonites tumi- « dtis de la famille des Macrocephqli. Tous ces fossiles si re- « marquables ne laissent point de doute sur l'âge jurassique « de cette formation thibétaine (voir : Voyage dans Vlnde , par «Jacquemont; vol. II, p. 311).»
«J'ai remarqué déjà souvent que, dans toute cette im- « mense presqu'île de l'Inde , on ne trouve pas d'indices de « l'existence des formations secondaires qui occupent une si « grande partie de l'Europe et de TAsie boréale. Il n'y a
Le Jnra. 267
« que quelques années qtie Ton a découvert aux environs de a Pondichéry et de Tinnevelly quelques lignes de collines cré- « tacées ; mais cela s'est borné seulement à cette pointe mé- « ridionale de la péninsule indienne. Partout ailleurs , soit (( dans le Deckan et le Bengale , soit sur le plateau basaltique « entre le Bejapoor et Bombay, et même sur le grand ver- (( sant sud-ouest de l'Himalaya au Népaul et au Kumaon on « ne trouve, ni les Roches du Jura, ni la Craie. Hais immé- (( diatement après s'être élevée sur la plus haute chaîne hima- «layenne, on rencontre des couches calcaires ou marneuses, « qui recouvrent jusqu'à de grandes distances tout le plateau «du Thibet, et qui, par le nombre prodigieux de fossiles « qu'elles renferment, rappellent aussitôt la faune jurassique de « l'Europe. »
« La presqu'île de Cutch , qui est si riche en couches « jurassiques, semble faire exception à la remarque précédente; « cependant, si l'on considère la géographie physique de la pro- « vmce de Cutch , on voit qu'il est impossible de la joindre à « la grande péninsule indienne , et qu'elle n'est que la continua^ « tion des couches de la Perse méridionale et du Mekran. »
a Plusieurs affluents du Gange , le Jahnuvi et le Dlauli, «ayant leurs sources au Nord-Est de l'Himalaya , précisément a derrière les montagnes à champs d'Ammonites , il arrive « que l'on trouve sur les bords du Gange , jusqu'à l'embou- « chure de ce fleuve à Hurdwar, des Ammonites charriées et « erratiques. Les Indous les recueillent et les dispersent dans « tout le pays sous le nom de Salagram. VÀmmonites coronattts « est surtout la plus recherchée. Mais ce serait à tort, si « l'on pensait que ces Ammonites viennent du versant sud- « ouest de l'Himalaya; elles arrivent toutes charriées par les « rivières qui ont leurs sources du côté opposé de la chaîne.»
Ces quelques phrases qui accompagnent la description de VA. Jacquemontii , dont de Buch n^ donné d'ailleurs que le dessin du lobe et non de l'ammonite, sont tout ce que nous possédons, et tout ce qui a été fait pour tirer de l'oubli la meilleure partie des résultats géologiques du plus savant voya^
268 Le Jura.
geur que le Jardin des plantes ait jamais eu à sa disposition. Sans ce bon père de Buchy comme on rappelait, personne ne saurait aujourd'hui que Jacquemont a rempli de fossiles jurassiques plusieurs tiroirs de la galerie de géologie du Muséum d'histoire naturelle de Paris; et dire que M. d'Archiac, qui pense être si complet, ait passé complètement sous silence, et les remarques de de Buch, et la découverte du plus célèbre des voyageurs naturalistes de la France! Du moins n'a-t-il pas, comme vous , Fexcuse de mettre ces observations sur le dos de noms des plus obscures,
A peu près en même temps que Jacquemont, un voyageur anglais, J. G. Gérard, pénétrait dans l'Himalaya un peu plus à l'Est , dans la vallée du Spiti , un des affluents du Sutluj, et il rencontra, comme lui, une quantité prodigieuse de fossiles ; « les montagnes , dit-il , semblent être entièrement «composées de coquilles» (voir: Àsiatic Researches y vol. XVIII, p. 238. 1833). Soumis à Herbert, à Sowerby etàRoyle, ces paléontologistes ont reconnu parmi ces fossiles des formes d'Ammonites, de Bélemnites, de Spirifères, de Térébratules, de Nucules , de Peignes , etc. , analogues , si non même identiques à des espèces des Roches du Jura de la province Normande-Bourguignonne. Plus à l'Est encore, entre le Sutluj et la province du Népal , dans tout le massif de THinsalaya et du Thibet qui se trouve au Nord de Delhi, le Capitaine R. Strachey de l'armée du Bengale a reconnu toute une ligne [ de roches jurassiques , qui suit la direction générale du Nord- Ouest au Sud-Est, et dans lesquelles il a recueilli des fossiles, qui, soumis à Edward Forbes, ont été reconnus conune jurassiques par ce savant géologue. Le travail de Strachey est en outre accompagné de profils et surtout d'une belle carte géologique d'une partie de l'Himalaya (voir: On the Geology of part of the Himalaya m4>un^ains and Thibet , by R. Strachey ; dans le Quart. Joum. of the GeoL Soc, of London, voL VII, p. 292. London, 1851). Enfin le Dr. A. Fleming de l'armée du Punjab, a signalé dans ce qu'on appelle le Sait Range du Punjab, des roches renfermant des fossiles jurassiques
Le Jara. 269
identiques aux espèces trouvées auparavant dans le Cutch, le Scinde , le Cachemire et le Kumaon (voir : On the Sait Range of the Punjaub , by Dr. A. Fleming ; dans le Quart. Joum. of the Geol Soc. of London , vol. IX, p, 189. London, 1853).
De toutes ces indications des voyageurs il est évident que les Roches du Jura sont très développées et très riches en fossiles sur les bords de Tlndus , dans les chaînes de THimalaya et sur les plateaux thibétains. A ce sujet, je ne puis m'empêcher de regretter que ces deux braves missionaires français, les pères Hue et Gabet, ne se soient pas occupés de géologie dans leur célèbre voyage à Lassa.
On n'a pas encore signalé le terrain jurassique , ni dans les Indes néerlandaises, ni au Célèbes, aux Moluques, aux Philippines, dans la presqu'île Indo-Siamoise, ni en Cochinchine; et il est peu probable qu'il y existe; car ces régions sont sous réquateur et devaient être alors des continents. Quant à l'Asie Centrale, la Mongolie, la Tartane, ia Mantchourie et la Chine, il est presque certain que les Roches du Jura y seront trouvées avec de magnifiques développements stratigraphiques et paléontologiques. John Chinaman est à présent attaqué au Nord par les Russes, à l'Est et au Sud par les Anglais et les Français , sans compter les Américains, qui sont là tout prêts à manger les marrons aussitôt que les alliés les auront retirés du feu ; et le jour n'est évidemment pas loin où des géologues profiteront de la marche des armées, pour faire des reconnaissances dans ce vaste pays. Quel beau théâtre d'opérations! trois fois heureux seront les premiers qui auront la hardiesse de donner des coups de marteaux dans l'Empire du Milieu. Le Japon sera plus facile à explorer et amènera aussi de belles découvertes jurassiques , n'en doutez pas; je n'en veux pour preuve que la lettre que vient d'écrire un brave missionaire stationné aux lies Lew Chew, et qu'Elie de Beaumont a communiquée à l'Académie des Sciences de Paris dans la séance du 7 février dernier (voir: Comptes rendus des Séances, tome 48, p. 287. Paris, 1859). Le père Furet dit, qu'en furetant aux environs de la ville de Nafa, il a trouvé des calcaires très fossilifères, dont il cite les fossiles
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suivants , sans garantir toutefois Texactitude de ses déterminations. Ce sont savoir : un Hemicidaris , Pecten œquitahis , PAoladomyay Jsocardia, Terebratula ohovata, Pema, Avicula ^ des Gastéropodes, une Corbis, le Plagiostoma punctcUum, Arca, Ostrea Marshii, Plicatula, Spondylus^ Fusus Neocomiensis^ etc. Bien entendu que les collections du père Furet doivent être soumises à un examen attentif, avant- den tirer des conclusions certaines; mais elles permettent cependant de dire, dès aujourd'hui, que les Roches du Jura existent aux lies Lew Chew ou Lou-Tchou.
Je ne sais, si vous avez la même impression; mais depuis qu'au collège j'ai lu la Retraite des dix mille, il m'a toujours semblé que l'Asie Mineure était un pays perdu. Des montagnes qui, sans être très élevées, sont cependant toujours abruptes , des défilés sans issues ; en un mot , des rochers et des maquis ou chaparals, voilà certes un pays favorable aux retraites, mais très impraticables aux recherches des géologues. Aussi , jusqu'à présent , connait-on très peu de la géologie de cette péninsule de la Turquie d'Asie. Pierre de Tchihatcheff, qui semble s'être consacré exclusivement à débrouiller cette difficile contrée, dit, qu'il a trouvé dans un calcaire compacte, gris-blanchâtre, à côté de la cité des chats Angora, les Ammonites tatrictis^ tortisulcatus et arduennensis. Plus loin à l'Ouest, à côté de Nalachan, il a recueilli Y Ammonites biplex. Enfin votre compatriote Schlehan , dans un beau mémoire accompagné de profils et d'une carte géologique dune partie de l'Anatolie (voir: Yerstich einer geognostischen Beschreibung der Gegend ztoischen Amasry und Tyrla-Asy an der Nord-KUsie von KUinasien, dans le Zeitschrift der Deatsch. geolog. Gesellschaft^ vol. IV, p. 96. Berlin, 1852), reconnaît positivement les Roches du Jura autour d'Amasry et de Tyrla-Asy; il a recueilli, surtout dans des calcaires blancs , et dans plusieurs localités environnantes les fossiles suivants: Astrea helianthoides ; Traças; Peniacrinus; Gryphœa cymbium; Diceras arietina; Trochus dupli'catus; Pleurotomaria anglica; Melania striata: Nerinea suprajurensiSy N. Mosa, N. BruntnUana et Pteroceras Oceani.
Le Jura. 271
D'après Albert Gaudry, il y aurait bien certainement du terrain jurassique en Syrie; et Botta, Russegger, Conrad, Gaillardot, etc. avaient raison, lorsqu'ils le signalaient dans le Liban. Gaudry dit, qu'il a trouvé à Aïn-^amadé dans un calcaire gris-clair le Cidaris glandif&ra, XAstrea sublimbala, Terehraiula subsella et un Natica voisin de YAlhleta (voir: Recherches scientifiques en Orient, vol. I, p. 11. Paris, 1855).
Quant à l'Arabie , on ne sait pas un mot de sa structure géologique, à l'exception toutefois du Mont Sinaï.
Ainsi en Asie, les Roches du Jura paraissent recouvrir de vastes surfaces de cette colossale partie de l'ancien monde, et autant qu'il est permis d'en juger, il est raisonnable de penser que cette formation y est très développée; et Ton doit s'attendre à ce que les études ultérieures découvriront dans le Jura asiatique des trésors géologiques aussi précieux que ceux qui nous ont été révélés en Europe par les recherches de Smith, deBuch, Thurmann, d'Orbigny, Hauer et Rouillier.
L'Afrique est peu riche en terrain jurassique; du moins c'est ce que l'on peut augurer du petit nombre d'observations géologiques faites sur ce continent équatorial. Les voyageurs Galinier et Ferret ont rapporté de l'Abyssinie quelques fossiles et des roches , qui , soumis à M. Rivière , ont fait penser à ce géologue, que le Lias et l'Inferior ooHte se trouvaient à Tchelicot, Antalo et dans le Choa. Un autre voyageur, également Français, M. Lefèvre, a rapporté d'Onagri-Ariba en Abyssinie des fossiles ayant des formes jurassiques. Mon ami M. Deshayes, qui a été chargé par Lefèvre de les étudier, m'écrivait dernièrement : a Parmi les fossiles jurassiques que « m'a remis Lefèvre, il n'y a point de gryphées; mais il y a «des arches, des térébratules, des astartes, une trigonie très « voisine de celle que l'on trouve à Luc (Calvados) ; de plus, « il y a d'autres fossiles qui semblent appartenir au terrain cré- « tacé; mais ils sont en mauvais état, tout cela ayant été ramassé « pêle-mêle par des personnes ignorantes, et l'on ne peut en « conclure, avec certitude que les Roches du Jura existent en « Abyssinie. » Ainsi il est possible qu'il y ait un peu de ter-
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rain jurassique en Abyssinie, cependant j'avoue, que je suis assez sceptique sur son existence dans toute ia zone torride; le voyage d'Overwog, de Tripoli au lac de Tchad, ne Tapas fait découvrir, et ce quon avait pensé trouver au Sénégal et aux tles du Cap-Vert pour du jurassique, s*est converti en terrain crétacé. Ainsi que je crois vous Tavoir déjà dit, le jurassique est une formation des régions tempérées et froides, mais pas du tout , ou dans tous les cas très peu , des régions équatoriaies, ce qui est le contraire pour les formations triasiques et crétacées.
Les Roches du Jura sont décidément bien développées dans l'Algérie. Après plusieurs contradictions, provenant de la rapidité avec laquelle on était obligé de faire les observations, lors des premières années de la conquête, un géologue, M. Renou, a fini par décrire des calcaires gris et des argiles des environs de Bougie, dans lesquels il a recueilli la TerebrcUula lacunosa, des Belemnites, des Cidaris et des Crifundes; fossiles qui d'après Léopold de Buch, auquel ils ont été soumis , indiquent certainement le terrain jurassique. Renou le cite encore dans le Babour, un des prolongements des chaînes du Jurjura , et aux environs de Saïda dans la province d'Oran. Dans cette dernière localité, les fossiles recueillis et qui ont été étudiés par Deshayes , sont des espèces voisines des Ammonites macrocephalus ^ A. pliccUilis, A. planicosta ^ i. Taylori, etc. Un autre explorateur, Fournel, a reconnu des roches jurassiques contenant la Plicatula spinosa vers l'Oued Fedala, dans la province de Constantine. M. Coquand, poursuivant ces découvertes , a donné un chapitre assez développé sur le terrain jurassique du Nord de l'Afrique dans sa Des-cription géologique de la province de Constantine (voir: Mémoires de la Soc. géol. de France, 2* série, vol. V. p. 60 et suivantes. Paris, 1854). Il y a certainement de bonnes observations dans les 26 pages in 4^ de ce chapitre , seulement il est regrettable que Coquand se soit cru obligé de donner des opinions si tranchées sur ce qu'il regarde comme les équivalents de l'introuvable Kelloway rock, et surtout qu'il les ait noyées ao
Le Jura. 273
milieu d'un dédale de phrase dans ce style fleuri et ce verbiage habituel aux gascons. Vous savez le proverbe — chassez le naturel et il revient au galop ; — Coquand est un provençal greffé sur un gascon. Voici son résumé :
Localités.
i Calcaires avec Ammonites lalricus eli,,.T t* ^ •
r,. . ,. oïdi-Rgheis et
Diceras artelma, ] rw- i. i ^r v.
... i Djebel Tala.
Argues. J •'
, T f • (Calcaire avec Holectypus depressus, | oj. t» v •
Jura Inférieur, jrv i • ^r r i gidi-Rgheis.
Lias Moyen. — Calcaire avec Plicalula spinosa. — Oued-el-Kantra.
iCipolin. j Toumietts,
Marbre statuaire. j Sidi Cheik-ben-
Calcaire avec Helemniles aculus, /RohouetFilfilah.
De plus, il a recueilli dans la province de Constantine les fossiles suivants. Dans le Lias, les Belemnites acutus et niger, Ammonites Kridion, Gryphœa cymbium^ Pecten glaber ^ Plicalula spinosa et la Pentacrinus tuberculatus. Dans l'oolite, la Belemnites Sauvanausus; Ammonites lalricus , A> plicatilis ; Diceras arielina; Terebratula bullata, T, bicanaliculaia et \ Holectypus depressus. Bien entendu que les synchronismes qu'il a établis ne sont que des hypothèses, basées toujours sur le principe de fixité des espèces dans le temps et dans Tespace. Par exemple, YHolectypus depressus se trouvant dans le Jura dans les strates du Lower oolite , il s'en suit pour Coquand que les Calcaires de Sibi-Rgheis, contenant ce fossile, sont de l'âge du Lower oolite; ce n'est pas plus difficile que ça. Quant aux mélanges des espèces, qui, séparées dans la province Normando-Bourguignonne , se trouvent réunies dans d'autres provinces, ce ne sont que des associations anormales, comme les nomme d'Archiac; à quoi bon s'occuper de ces bâtons dans les roues, que les observateurs jettent continuellement devant le char jurassique à Yanglaise; il faut passer outre. Je ne suis pas si malin que MM» Coquand et d'Archiac , je reconnais bien avec eux que ces roches à fossiles jurassiques sont de l'âge des dépôts du Jura; mais voilà tout: l'Algérie appartenait à une autre province zoologique marine , et nous ne savons en-
274 Le Jura.
core rien des liens qui ont pu unir Jes aniniaux de ces deux régions.
M. Ville, qui paraît être le géologue qui a le mieux étudié l'Algérie, pense que le terrain jurassique y atteint un grand développement, sans pouvoir toutefois lui assigner des limites précises. Il l'a reconnu dans l'Ouarcenis (province d'Alger), où il a rencontré une Gryphée et YAmmonites plicatilis; plus loin vers l'Ouest dans la province d'Oran, au Sud de Tlemçen, dans le massif des Taras, il a recueilli V Ammonites bifrons et la Terebratula serrata ; à Djebel-Tassa YAmmonites radians, le Spirifer rostralus et dos Bélemni(es nombreuses. A Rouban, Ville a observé les Ammonites heterophyllus , A. Humphriesamis f A. Brongniarti et A. cycloides; enfin à Sebdou et à Tlemçen même YHemicidaris ovifera et VAstrea Burgundiœ. De plus, il est bon d'observer qu'en outre des calcaires oolitiques ou compactes, gris-blanchâtres, des marnes et calcaires marneux, on a trouvé aussi en Algérie des assises d'oolitc ferrugineuse et de calcaire rouge, comme ceux d'Espagne, dltalie et des Alpes de la Hongrie. La lithologie jurassique persiste aussi bien que les formes des restes fossiles.
Enfin , Coquand a reconnu aux environs de Tétouan , dans le pays de ces incorrigibles pirates du Riff, une série de strates reposant sur le terrain dévonien et composées de marnes, de dolomie, de calcaires gris et de calcaires lithographiques, que l'intrépide et brave observateur pense devoir être de l'époque jurassique. Il est vrai que le caractère paléontologique manque, car Coquand n'y a vu que quelques Térébratules mal conservées ; cependant , malgré cela , il est bien probable que cette détermination est exacte, et que ces Roches du Jura Riffain lient celles de Tlemçen à celles de Gibraltar et de Grenade (voir : Description géologique de la partie septentrùh nale de f empire du Maroc- dans le Bulletin de la Soc. géoL de France, 2* série, vol. IV, p. 1214. Paris, 1847).
Le Maroc et l'Algérie occupent les parties les plus septentrionales de l'Afrique et sont déjà dans la zone tempérée ; ils sont même plus au Nord que les chaînes de l'Himalaya; par
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conséquent il n'y a rien d'étonnant qu'on y trouve un beau développement des formations marines de l'époque jurassique; puisque d'après ma manière de voir, ces dépôts existent principalement dans les zones tempérées et glaciales.
4t !àt ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^
P. S. — Commencée en mars à Zurich, cette lettre n'a été achevée qu'à Salins le 10 décembre de la même année.
En terminant , je vous envoie un extrait d'une lettre que je viens de recevoir de Giovanni Capellini. Ce zélé géologue de la Spezzia a passé dernièrement un mois dans le Jura, et j'ai eu l'honneur de le piloter au milieu des localités classiques des environs de Salins et de Nozeroy.
Heidelberg (Grand-Duché de Bade) , le 2 décembre 1859. Mon cher Marcou ,
Dans l'état actuel de nos connaissances , une comparaison entre les formations jurassiques des environs de 3alins et celles des montagnes du golfe de la Spezzia présente encore beaucoup de difficultés. Cependant de toutes les localités que j'ai examinées jusqu'ici, c'est sans aucun doute la belle coupe du lias de Pinperdu qui m'a intéressé le plus vivement , parce que j'y ai trouvé la plus frappante analogie avec le lias delà Spezzia au double' point de vue des fossiles et de la stratigraphie.
En effet , la plupart des Ammonites de la Spezzia se retrouvent à Pinperdu, aussi à l'état pyrileux et précisément avec les mêmes dimensions ; de sorte que la petitesse des échantillons de la Spezzia n'aurait fait aucune impression sur les géologues italiens , s'ils avaient visité les beaux gisements du Jura.
A la partie supérieure de la coupe de Pinperdu vous avez des schistes avec Posidonia Bronnii, comme dans les vraies schistes de Boll ; à la Spezzia , à un même niveau géologique , il y a également la même roche , mais jusqu'à présent je n'ai pu y trouver de fossiles. Par contre , il y a , au-dessous du calcaire rouge de la Spezzia , une couche marno-schisteuse , très puissante et qui est pétrie d'empreintes d'une Posidonia, dont les géologues de Pise ont fait la Posidonia Bronniil Voilà ce qui a donné lieu à la supposition de plissements de couches, que ceux qui ont visité la localité, ainsi que moi-même, n'ont pas réussi à voir jusqu'à présent. Si la Posidonia de la Spezzia n'est pas exactement la P, Bronnii , la question serait décidée , et l'on
Le Jara.
ne tenterait plus de reporter à la partie supérieure ce que jusqu'à présent les études straligraphiques font voir tout-à-fait à la base.
Pour le moment je ne puis pas donner avec des détails une comparaison entre la Spezzia et le Jura salinois; mais je prévois qu'après avoir étudié de nouveau les fossiles et fait quelques autres observations stratigraphiques , je serai en état de le faire. En attendant si vous désirez savoir ce que je pense pouvoir avancer avec quelques points de doute , vous pouvez jeter un coup-d'œil sur le tableau suivant.
Speiiia.
Jura fraae-eomtoiB.
Calcaire noir et schistes du Tinetto', Tino, Pa-
lurasia, etc Oolites.
Calcaires schisteux, ajrdoisiers deCoregua, Pa-
rodi, etc Schistes de BoU?
Schistes bigarrés , avec intercalation de calcaires
gris et contenant beaucoup de fossiles pyri-
teux à la Casteliana , Coregua , etc. . . .
Calcaire rouge à Âmmoniles bisulcalus, Crinoides
et autres fossiles indéterminables , et schistes
bigarrés inférieurs
Lias moyen.
Lias inférieur?
Votre très dévoué
Dr. g. Gapellini.
Neuvième lettre sur le Jura, adressée au Dr, Albert Oppel. — Terrain jurassique de V Amérique russe et des îles des mers arctiques; recherches de Wosnessensky, Cfrewingk, Mac Clintock et Haughton. — Le Jura américain; sa découverte au Mont de la Pyramide, à côté du Llano Estacado\ son extension dans le Texas, le Nouveau^Mexique , les Black hills de Nebraska, dans VUta et à Vile Vancouver. — Existence des Roches du Jura dans le pays des Incas; recherches de Darwin et de Crosnier au Pérou; de Moyen, Darwin, Domeyko, Philippi et Pissis au Chili; opinions des paléontologistes de Buchy d'Orbigny, Bayle^ Coquund, Forbes et Giebel. — Le Cap-Hom et James D. Dana, — L'Afrique méridionale; ter^ rain jurassique d'Algoa bay ; observations de Krauss , Bain, Sharpe et Sutherland, — L* Australie et la Nouvelle-Zélande,
Salins, le 20 décembre 1859.
*******. Par un immense enjambée, auprès de laquelle celle du colosse de Rhodes n'est quun vrai pas de pattes de mouche, passons de l'Ancien Monde dans le Nouveau, et pendant que nous y sommes, enjambons jusqu'au Détroit de Behring. Un voyageur russe, Ilia Wosnessensky, préparateur au Musée zoologique de l'Académie des Sciences de St. Petei^bourg, a rapporté de l'Amérique russe une collection de roches et de fossiles, qui, soumise à Grewingk, a fourni à ce dernier le sujet d'un fort beau mémoire intitulé: Contributions à tavancement des études orographiques et géognostiques de la côte nord-ouest de V Amérique et des îles adjacentes (Beitrag zur Kenntniss der orographischen und geognostischen Beschaffenheit der Nord-West-Kûste AmerikcCs mit dm anliegenden Insein, dans les Verhandlungen der Russisch-Kaiserlichen mineralogischen Gesellschaft zu St. Petersbourg; Jahrgang 1848 und 1849, p. 76 et suivantes).
278 Le Jara.
Dans ce travail, ]e savant professeur de géologie de l'Université de Dorpat nous montre que la collection Wosnessensky indique Texistencc de la formation jurassique sur la c&te sud-est d'AIaeksa. C'est sur le golfe de Katmai, à deux lieues dans l'intérieur des terres, au milieu d'une plaine marécageuse, où se trouve le village de Katmaiskoj, que ce voyageur a recueilli les fossiles suivants: Ammonites Wosnessenskiif A. biplex; Belemnites paxillosus? et YUnio liasinus. Quoique donnant de faibles indications, ce petit nombre de fossiles montre toutefois, avec une assez grande certitude, l'existence des Roches du Jura dans cette région lointaine. Grewingk ajoute, que ces fossiles d'Âlaeksa lui ont rappelé tout-à-fait les espèces jurassiques des bords de la Lena et de la Sibérie orientale. Dans l'ANHANG I, l'auteur, en décrivant V Ammonites Wosnessenskii , dit que cette espèce de la famille des Macrocephali est voisine de YAm. macrocephalus du Jura brun wurtembergeois et de YAm. polyptychus du terrain jurassique de TOlenek et du Petschora-Land, et qu'elle tient le milieu entre ces deux espèces. De Buch Ta identifiée avec YAm. Tchefkini de la rivière Oka dans la Russie d'Europe (Veber die Juraformation aufder Erdflàche, p. 10) \J Ammonites biplex? ressemble à 1'^. involuttis dn Jura blanc de Quenstedt et aussi un peu à Y A. Jeannotii, que d'Orbigny rapporte avec doute à la formation néocomienne des Alpes françaises. Du reste, Grewingk ne se prononce pas positivement sur l'identité du fossile de Katmaiskoj avec la véritable A^- biplex de l'Argovien des environs de Salins , il laisse devant un point de doute; seulement il remarque, que le voyageur Moyen a rapporté un fossile identique de la base du volcan de Maipu près de Valparaiso au Chili. De Buch dit, que cette espèce ne diffère pas de YAm. polygyratus [Veber die Jurc^ormotion aufder Erdflàche, p. 10. Berlin 1853). Le moule d'umo ressemble beaucoup à YV. liasinus, et les fragments de Belemnites se rapprochent de la Bel. paxillosus du Lias moyen des Monts Jura. Enfin, il faut noter que les Ammonites de la presqu'île d'Alaeksa sont aussi pyriteuses et ont conservé des couleurs irisées du test, comme celles du terrain jurassi-
Le Jura. 279
que des environs de Moscou, du Petschora-Land et de la Sibérie.'
Il parait que Doroschin a rapporté aussi des environs de Sitka, dans l'Amérique russe , des fossiles jurassiques, mais ses observations n'ont pas encore été publiées.
Le brave et célèbre Capitaine F. L. Mac Clintock, qui est parvenu enfin, au mois de Mai dernier, à découvrir le sort affreux de Sir John Franklin et de ses compagnons, a eu l'honneur de découvrir les Roches du Jura au miliou des glaces du pôle arctique. Dans sa troisième expédition — il en a fait quatre — le 14 mai 1853, après avoir traversé avec son parti de traîneaux le détroit qui sépare l'île Melville de l'île du Prince Patrick, Mac Clintock vint camper à la Pointe Wilkie. Là, à quelques centaines de mètres du rivage, il trouva des collines à pentes très raides, d'une hauteur de 150 pieds, et formées d'un calcaire rougeâtre rempli des moules de coquilles fossiles. Tous ces fossiles sont de petites tailles et peu variés en espèces, les uns étant des Ammonites, et les plus abondants sont des bivalves. Ils diffèrent de- tous les fossiles que ce hardi navigateur avait rencontré jusqu'alors dans ces parages, et il ajoute que la roche qui les renferme était d'une couleur rouge de brique (brick-red) ; enfin il a ramassé en outre un fragment d'os fossile , probablement d'un Icfithyosaurus (voir : Réminiscences of Arctic Jce-travel in search of Sir John Franklin and his Companions^ by Capt. F. L. Mac Clintock; with Geological notes and illustrations , by Prof. Samuel Haughton, p. 41; Extrait du Journal of the Royal Dublin Society, February 1857). Mac Clintock pense avoir reconnu que ce calcaire rouge ammonitifêre repose sur des grès et calcaires Carbonifères identiques à ceux qui forment l'île Melville.
Les fossiles recueillis à la Pointe Wilkie ont été soumis au Révérend Samuel Haughton, professeur de géologie à l'Université de Dublin, qui y a reconnu V Ammonites Mac Clintocki, le Monotis {Avicula) septentrionalis , un Pleurotomaria , un moule de Natica ou de Trochus et une Nucula. D'après la figure et la description, il est évident que cette Ammonites Mac ClirUocki
280 Le Jura.
est très voisine des Ammonites concavus et complanatus du Lias supérieur des environs de Salins , si elle n'est même identique avec l'une de ces deux espèces. VAvicula septentrionalis ressemble beaucoup à VAvicula Sinemuriensis d'Orb. ou A. inœquivalvis Goldf. du Calcaire de Blégny, et qui se rencontre fréquemment dans tout le Jura franc-comtois. Ainsi il est évident, d'après les fossiles, que ce Calcare rosso ammonitico de l'île du Prince Patrick est de l'époque jurassique, et que l'on a par le 76°,20' de latitude nord des strates représentant notre Jura. Cette découverte bouleverse ce bon révérend Irlandais , qui déclare sérieusement à la p. 63 , qu'il est incessible, qu'une Ammonite ait pu vivre par le 76^ de latitude nord, si l'on admet seulement le changement de température produit par des distributions des terres et de la mer; il a besoin évidemment de miracles, c'est-à-dire des chauffeurs de d*Orbigny ou des changements de l'axe de la Terre de Boucheporn.
Un peu plus au Nord, par le 77°, 16' de latitude, le capitaine Sir Edward Belcher, un autre explorateur, peu heureux, du fameux passage du Nord-Ouest, a recueilli à l'île d'Exmouth des vertèbres et des côtes d'un Ichthyosaurus , que le Professeur Richard Owen déclare voisin de YlcfUhyosaurus œuttM du Lias de Whitby (voir: The last of the arclic voyages, by Ed. Belcher, vol. II, p. 389. London, 1855).
Ces deux découvertes, faites par des personnes qui ne sont pas géologues par profession, et sous des circonstances si difficiles pour explorer — car la glace, la neige recouvrait presque constamment le sol pendant ces recherches — montrent que les Roches du Jura, non seulement existent dans cette région arctique de l'Amérique du Nord , mais bien plus qu'elles doivent y recouvrir d'assez vastes surfaces, comme dans les îles de la Nouvelle-Sibérie et à l'embouchure de la Lena. Enfin, pour couronner le tout, voici qu'un géologue suédois, le Dr. A. E. Nordenskiold , vient de reconnaître le terrain jurassique au Spitzberg (Torell, Quennerstedt und Nordenskiolds Reise nach Spitzbergen im Sommer 1858, dans Petermanh*s MUtheiluugeny 1859, p. 125. Gotha).
Le Jura. 281
Comme vous le voyez , j'avais bien raison de vous dire que les Roches du Jura sont surtout des formations des régions glaciales et tempérées.
Comme c'est votre serviteur qui a le premier signalé et décrit le terrain jurassique aux Etals-Unis, et que cette découverte a soulevé les jalousies et les rancunes de tout le personnel du SUHmarCs Journal of Science and Arts\ je vous demande la permission de reproduire à-peu-près textuellement le chapitre VI, terrain jurassique, de mon Résumé explicatif (Tune carte géologique des Etals- Unis et des provinces anglaises de t Amérique du Nord, publié le 21 Mai 1855, dans le Bulletin de la Société géologique de France, 2* série, vol. XII, p. 813 et suivantes. Car en géologie il est bon de maintenir ses découvertes, surtout lorsqu'on cherche, ainsi que M. James D. Dana le fait à mon égard , à les escamoter, pour les attribuer à d'autres.
« D'abord , je ferai observer que le terrain jurassique n'existe pas dans toute la partie orientale de l'Amérique du Nord ; qu'il n'y en a pas de trace le long des Monts Alleghanys et des bords de l'Atlantique, que l'on ne commence à le rencontrer que par le 102' degré do longitude à l'Ouest du méridien de Greenwich, qu'il est limité aux régions les plus centrales et occidentales du continent, et qu'il est surtout groupé autour des Rocky Mountains, dont il forme la plus grande partie des hauts plateaux et de quelques-uns des contre-forts. »
a Lorsque l'on s'avance (en suivant le 35' degré de latitude) au milieu de ces immenses prairies, dont l'uniformité n'est interrompue que par la vue de quelques troupeaux de chevaux sauvages [mustangs], ou par ces innombrables troupes de huffalos , dont les mouvements ressemblent aux vagues d'une mer noire, fortement agitée, on aperçoit de très loin, vers l'Occident, une ligne horizontale, formée par un plateau parfaitement uni, dont le nom jouit d'une grande célébrité parmi les trappeurs et les traitants de ces régions sauvages. Des légendes de caravanes égarées et entièrement détruites par la soif, se racontent le soir autour des feux du bivouac, longtemps avant d'arriver à ce terrible plateau, dont le nom
282 Le Jura.
Llano estacado, c'est-à-dire plcUeau à ligne de poteaux, indique qu'une route y avait été tracée au moyen de longs bâtons placés de distance en distance, exactement comme ces grands poteaux des routes des hautes chaînes du Jura et des Alpes. Seulement dans les Alpes et le Jura, les h'gnes de poteaux indicciteurs sont destinées à tracer la route, lorsque 12 ou 13 pieds de neige recouvrent ces hautes régions de l'Europe centrale, tandis que sur le Llano estacado, elles y ont été placées par les premiers explorateurs, des missionnaires espagnols, pour empêcher les caravanes de s'égarer dans ces vastes solitudes , où l'horizontalité presque parfaite du sol et le manque absolu d'arbres ou d'arbrisseaux ne présentent aucun signe qui permette de s'y orienter. Ce haut plateau est tellement près de l'horizontalité parfaite, qu'il faut se coucher à terre pour s'apercevoir qu'il s'incline un peu vers l'E.-S.-E.; et je ne puis mieux le comparer, comme aspect, qu'à l'Océan par un jour de calme: l'horizon y est aussi très limité, de 3. a 4 lieues, comme en mer, et rien ne vient y briser ni même modifier le cercle parfait dont vous êtes le centre. Le Llano estacado, dont la hauteur moyenne au-dessus du niveau de la mer est de 4500 pieds, et qui s'étend du 35' au 31* degré de latitude nord, sur une largeur qui varie de 20 à 60 lieues, est une des surfaces planes ou un élément de plan tangent des plus grands qui existent sur le sphéroïde terrestre.» « Une pente presque insensible vous conduit des Prairies aux pieds du Llano, et une abrupte, qui varie de 300 à 450 pieds, forme l'espèce de marche d'escalier de géant {gigantic step) qu'il faut franchir pour se trouver sur le plateau. En effectuant cette escalade, on s'aperçoit tout de suite que les roches rouges et bigarrées que l'on a rencontrées avec tant de constance pendant plusieurs semaines successives de voyage dans les Prairies, ont fait place à d'autres de couleur et de composition différentes, et que les strates de cet éternel Nouveau Grès Rouge y dont on ne pensait plus voir arriver la fin, sont recouvertes par des assises d'un terrain plus récent, qui se superposent en stratification concordante sur le
Le Jura 283
Keuper. Ce nouveau terrain se présente d'abord sous un aspect un peu mystérieux, et m*a, pendant plusieurs jours, fortement embarrassé. Cet aveu ne surprendra pas les géologues voyageurs qui ont fait des recherches dans des régions inexplorées d'Europe ou des autres continents, surtout lorsqu'ils sauront que je n'avais pas rencontré un seul fragment de roches jurassiques depuis mon départ de Salins, de Boulogne et d'Oxford. Oxford avait été le dernier point vers l'Orient, où mes regards s'étaient arrêtés sur les formes, à moi bien connues, des strates oolitiques, et, à présent, j'en étais éloigné de plus de 2000 lieues, et j'avais parcouru dans tous les sens, pendant six années, plus de la moitié de l'Amérique du Nord sans en rencontrer. Ainsi , il me semble que des hésitations étaient bien naturelles, lorsque tout-à-coup je suis venu me buter contre le tenain jurassique formant le sommet même du Llano estacado. »
« Je vais décrire le terrain jurassique du Llano estacado, tel qu'il s'est présenté à moi dans mon exploration, en extrayant de mon Journal de voyage les notes relatives à ce sujet. En Septembre 1853, j'étais sur le Llano estacado, dans un endroit placé sur la route du Fort Smith, à Santa Fé, et connu sous le nom d'Encampement creek; voici la coupe que j'y ai observée sur la rive gauche du ruisseau: d'abord les marnes irisées fonnent le fond du ruisseau , et s'élèvent jusqu'à la moitié de la hauteur du ravin; puis on a, reposant sur le nouveau grès rouge, un grès calcaréo-sableux de couleur jaunâtre, contenant de nombreuses concrétions de carbonate de chaux de la grosseur d'une noisette, ayant 30 pieds de puissance; au-dessus se trouve une assise de conglomérat à pâte calcaire très dure, de couleur rose, de deux pieds d'épaisseur; une couche d'un demi-pied de calcaire blanc, très compacte, à cassure conchoïde, lui succède; enfin, vient un calcaire un peu grisâtre, le plus souvent très blanc, friable, suboolitique et un peu crayeux, ayant beaucoup d'analogies avec l'oolite blanche corallienne des environs de Porrentruy. Ce dernier calcaire , dont l'épaisseur des strates est de 15 ou
284 Le Jura.
20 pieds, couronne le Llano, et par sa décomposition en forme le sol; car sur ce haut plateau, il n'y a pas trace de terrains d'alluvions. Je n'ai pas rencontré un seul fossile dans ce terrain à Encampement creek, de sorte que je n'ai pu tirer aucune conclusion sur son âge relatif, si ce n'est qu'il était plus récent que le Keuper américain. Pendant quatre journées de marches successives , en côtoyant le pied nord du Llano estacado , j'ai continué à rencontrer ce grès jaune et ce calcaire blanc, ayant à peu près les mêmes caractères minéralogiques, mais sans y trouver de fossiles. Le cinquième jour, en approchant du Monte-Révuelto et du grand Tucumcari, j'aperçus un second gradin du Llano, et je trouvai dans plusieurs ruisseaux des Gryphées roulées, et dans un assez mauvais état de conservation. Je pris la résolution de faire ^le lendemain une nouvelle ascension du Llano estacado, pour visiter ce second gradin et voir si j'y trouverais des fossiles surplace.*
a La difBculté d'exploration dans un pays aussi désert, qui n'est fréquenté que par la tribu des Indiens Comanches» .*? aussi célèbres par leur cruauté que par leur adresse et leur ' bravoure, me fit choisir une montagne détachée du Llano, ayant la forme d'une pyramide quadrangulaire, que l'on apercevait depuis notre camp de Plaza Larga, et qui se trouvait éloignée d'une lieue du chemin que la caravane devait parcourir. En conséquence, le 22 septembre au matin, je quittai la caravane accompagné de quatre membre de l'expédition, le botaniste, l'ingénieur en chef, un météorologiste, ayant avec lui un baromètre de Ernst, le dessinateur, plus trois domestiques. Après avoir traversé la Plaza Larga, formée entièrement par des grès et argiles rouges du Keuper, nous arrivâmes au pied de cette montagne, que nous avons nommée, à cause de sa forme, mont de la Pyramide {Pyramid mouru); le côté nord, par où nous l'avons abordée, est entièrement à pic , et toutes les assises de la montagne s'y trouvent à découvert; on ne peut pas désirer une plus belle coupe géologique. »
9 La hauteur de l'abrupte, là où les strates sont à dé-
couvert, est de 500 pieds. Voici la section telle qu'elle se présente :
Mont de la Pyramide.
Plods.
. Calcaire blanc Calcaire jaune . Harno bleue . Grès blanc .
. Grès jaune .
. Grès blanc . .
. Marne bleue, grlsàlre 1 ' a. Zdne de la Grypkœa à
VOttrea Manhii, dans
bleue.
Roektt juraiiiquti.
ilatcUa var. Tucumeaiii et de la divisioD E. de la marne
a Depuis la base jusqu'à près de la moitié de la hauteur, les 200 premiers pieds sont Tonnés de strates de marnes irisées par bandes rouges, vertes et blanches, ayant (out-à-fait l'aspect de la partie supérieure du Keuper des carrières de
286 Le Jura.
Boisset, près de Salins. Une couche d'argile de couleur grisbleue (A.), de 1 pied d'épaisseur, forme la dernière assise du Trias, et est en contact immédiat avec un grès blanc (B.), à grains très fins, qui a 8 pieds d'épaisseur, et qui appartient déjà à la formation plus récente dont je chercl^ais à déterminer l'âge. Au-dessus , on a une énorme couche de 80 pieds de hauteur de grès très dur et à grains fins, de couleur jaune clair (C), et coupé par le clivage parfaitement à pic comme une muraille. Des assises de grès blanc (D.) se superposent; ils sont très fins, peu durs, et très faciles à désagréger par Faction atmosphérique; aussi rencontre-t-on au pied de chaque assise de petits monticules de sable provenant de leur décomposition; leur épaisseur est de 25 pieds. Puis viennent des argiles de couleur bleue , légèrement grisâtre , à structure subschisteuse, de 30 pieds de hauteur. C est dans cet argile bleue, à 6 pouces de distance du grès blanc, que j'ai trouvé le gisement de la Gryphée roulée et méconnaissable que j'avais rencontrée la veille dans le lit des ruisseaux. Les Gryphées y sont dans une assise qui n'a pas plus de 3 pouces d'épaisseur, mais en si grande abondance, qu'elles se touchent presque toutes. Les exemplaires de gryphées que j'avais recueilli en montant l'abrupte , m'avaient frappé par leur forme , en tout semblable a la Gryphœu dilatata d'Oxford et des Vaches Noires en Normandie; en présence de leur gisement même, et après en avoir recueilli plus d'une centaine dans un état parfait de conservation, je ne doutai plus de son identité avec la G, dilatata de l'étage oxfordian du terrain jurassique d'Angleterre et de France. Peu de temps après, associée dans la même couche avec#cette Gryphée, je recueillis une valve âiOstrea Marshii dans un excellent état de conservation. Ces découvertes de fossiles jurassiques vinrent enfin faire cesser mon indécision sur l'âge de ce terrain du- Llano estacado; j'avais rencontré le véritable terrain jurassique dans l'Amérique du Nord. »
« Les découvertes et les études que j'avais faites dans les Prairies, aux Texas et sur les bords de l'Atlantique , me mon-
Le Jora. . 287
traient que cette formation était plus ancienne que le crétacé (depuis , j*ai trouvé le crétacé recouvrant le jurassique en discordance de stratification à Galisteo, près de Santa-Fé, au Nouveau-Mexique); de plus, elle était plus récente que le Trias américain, puis qu'elle reposait dessus; et enfin, j'y trouvais des fossiles identiques avec les fossiles jurassiques ou des formes semblables. La conséquence naturelle qui en découle est évidemment que ce terrain appartient à l'époque oolitique, et qu'il représente, en Amérique, les roches si bien connues des montagnes du Jura.
« Achevons la coupe du Mont de la Pyramide. Par dessus les marnes bleues à Gryphœa dilatata se trouvent des assises d'un calcaire sableux (F.), de couleur jaune foncée, très dur, à cassure brillante et miroitante comme le calcaire jaune de la Roche-Powrie près de Salins; ces assises ont de 5 à 6 pieds d'épaisseur chacune , et s'élèvent jusqu'au sommet de la Pyramide, où la couche tout-à-fait supérieure (G.) est un calcaire siliceux, blanc, très compacte, ressemblant pétrographiquement au Calcaire de la citadelle des environs de Salins et de Besançon.
« Après avoir jeté un regard , hélas ! trop rapide du sommet du mont de la Pyramide , sur les immenses solitudes qui nous entouraient, nous nous empressâmes de descendre pour mettre en sûreté les trésors géologiques, botaniques et zoologiques , que chacun de nous avait recueillis , pendant les quatre heures qu'avait duré notre exploration, et nous reprîmes le chemin de la caravane, qui avait six lieues d'avance sur nous, et que nous ne trouvâmes qu'au camp de Laguna Coloradia, à 11 lieues de distance de celui que nous avions quitté le matin: les feux de bivouac nous guidaient dans la nuit, et nous arrivâmes enfin auprès de nos tentes à 10 heures du soir, après une course qui avait duré depuis six heures du matin, et pendant laquelle nous avions fait 15 lieues sur le dos de nos mulets. »
« Je demande pardon d'avoir introduit ici quelques phrases pas trop personnelles et un peu étrangères au sujet ;
288 Le Jara.
mon excuse est dans ce vieil adage: «le voyageur aime à raconter. »
a Ces caractères lithologiques de grès jaunes et blancs, très durs, avec argiles bleues au sommet, se conservent avec de faibles variantes à mesure que Ton approche du pied même des Rocky Mountains, ou bien dans les régions de la Sierra Hadre. La teinte blanche du grès devient quelquefois rosâtre, surtout à rOuest de la Sierra Madré; mais la couleur jaune est très persistante , et d'après mon expérience de ces régions, je ne doute pas que ce que l'on nomme la rivière de la Roche Jaune (Yellow stone river) , sur le haut Missouri, n'ait une partie de son cours sur ou entre des fallaises de ce grès jaune jurassique. Les couches de calcaire qui se trouvent dans ce terrain, persistent sur tout le plateau du Llano estacadd, et même de l'autre côté du rio Pecos , dans la région autour de Léon Spring; mais elles disparaissent entièrement dans la Sierra Madré* Les argiles bleues, contenant des Gryphées, se retrouvent avec la Gryphœa dilatata var. Tucumcarii, à Léon Spring, sur la route du Fort Inge, à El Paso, sur plusieurs points sud du Llano estacado, là où il a été traversé par les routes des capitaines MarcyetPope, sur les hauteurs , à côté du village de Covero, et sur plusieurs points de la Mesa on plateau qui s'étend d'Inscription-Rock au Canon de Chaca, dans le pays des Indiens Navajos , à lOuest de la Sierra Madré. Seulement les Gryphœa dilatata var. Tucumcarii, sont toutes plus petites que les exemplaires recueillis au Mont de la Pyramide et à Plaza Larga. De l'autre côté de la Sierra Madré , on trouve dans ces argiles , sur beaucoup de points , tels qu'à Ojo Pescado, près du Pueblo de Ziini, aux environs du Fort Défiance, et au Canon de Chaca, des assises de houille bitumineuse n*ayant que 2 à 4 polices d'épaisseur, et qui, je pense, ne pourront jamais être exploitées avec avantage. »
« J'ai constaté la présence du terrain jurassique , soit par moi-même, soit par l'examen des échantillons et des notes qui m'ont été remis par des officiers de l'armée américaine ayant dirigé des expéditions militaires dans ces régions, aux endroits suivants: D'abord tout le somnoet de l'immense Llano
Le Jura. 289
estacado est formé de Roches du Jura, excepté au fond de deux immenses <n*evasses qui ont été signalées par Kendall dans un livre intitulé: Narrative ofthe Texan Santa-Fé expédition^ et où Ton voit le New red sandstone ; on trouve aussi le terrain jurassique formant les sommets du plateau qui s'étend entre Léon et Comanche springs et le Presidio del Norte; il forme les sommets de la Sierra de Guadalupe, près de Delaware creek , et s'étend de là sur le plateau ou Llano qui s'alonge à droite du Rio Pecos , en passant par le Bosque Grande, le Bosque Rotonde, le Canon Blanco, à Cuesta, San-Miguel et près du village de Galisteo. Au nord du Llano estacado, on voit le terrain jurassique formant les sommets de los Esteros, des grand et petit Tucumcari et des sommets du Llano, Vraie prolongation du Llano estacado , qui s'étend entre les rivières Canadienne, du Cimaron, du Purgatoire et du Haut- Arkansas. On le rencontre formant les sommets des hauts plateaux qui se trouvent entre les forts Bents, St. Vrain et Laramée; sur la rive droite du Rio-Grande del Norte, il se retrouve au-dessus des plateaux à côté du village de Covero , du Pueblo d'Acoma , autour du volcan éteint du Mont Taylor, au Canon et sur le Rio de Chaca, près des sources du Rio de San-Juan et de la Grande-Rivière. Enfin sur le versant occidental de la Sierra Madré, les Roches du Jura forment les sommets des Mesa ou Llano, qui s'étendent entre Inscriptions-Rock et le Pueblo de Ziini, et se dirigent du côté du fort Défiance et du Canon de Chelly« Je ne l'ai pas rencontré, par le 35* degré de latitude, plus à l'Ouest que le 109* degré de longitude à l'Ouest de Greenwich. »
« D'après ce qui précède , on voit que le terrain jurassique a une distribution géographique, assez étendue * dans les régions des Montagnes Rocheuses. D'un autre côté, sa puis^ sance, qui ne dépasse pas 400 pieds, et la rareté des fossiles , limités pour le moment à une Gryphée , une Huître et une Trigonie présentent 'de très grandes différences avec le terrain jurassique de l'Europe occidentale , qui est si puissant, et aussi si riche en fossiles, surtout en céphalo|»odes , échi-
290 Le Jara.
nodermes et polypiers. Des recherches ultérieures amèneront, je n*en doute pas, de nouveaux rapprochements entre les formations jurassiques américaine et européenne; je n'ai guère que signalé le fait et planté un jalon géologique dans cette terra incognita; à mes successeurs de mesurer et d'explorer la mine que j'ai seulement indiquée. »
Lorsque j'ai annoncé ma découverte des Roches du Jura aii Mont de la Pyramide, dans une lettre datée d'Albuquerque le 10 novembre 1853, et qui a paru dans le BuUeiin de la Société géologique de France , M. d'Archiac fit des réserves et émit des doutes sur là détermination spécifique de la Gryphœa dilatata et de YOstrea Marshii\ depuis lors les échantillons eux-mêmes ont convaincu ce savant de la véracité de mes premières déterminations, faites sur les lieux; seulement il est allé plus loin que moi; et dans son voh VII de YHistoire de la géologie, p. 673, il pense que ces Roches du Jura des Montagnes Rocheuses n'appartiennent tout au plus qu'à un des quatre étages du jurassique anglais. J'avoue que j'ai eu déjà assez de peine à reconnaître le terrain jurassique américain, sans prétendre aller au-delà; il n'est pas possible > dans letat actuel, de synchroniser les assises avec l'un ou l'autre des étages, de la province Normando-Bourguignonne. Dans ce même vol. VII, M» d'Archiac rapporte contrairement à l'opinion de de Buch, d'Emmons et de moi-même, les grès, houilles et argiles de certaines parties de la Virginie et de la Caroline du Nord, au terrain jurassique; je pense que depuis là publication de ma Geology of North America, p. 16, Zurich, 1858, il ne persiste plus dans sa manière de voir, et que les déterminations du Prof. Heer l'ont convaincu , que ces strates font partie du Trias et du Dyas. Quant à l'assise à plantes fossiles, trouvée par le Colonel Frémont à Muddy Fork, près <lu Great Sait Lake , et que James Hall avait rapportée à l'époque jurassique, j'ai dit, d'après les études de Heer, dans ma brochure On American Geology, p. 13; Zurich, 1858, que c'était tout bonnement de l'époque miocène.
Hall, D^na, Meek, Hay den , - Rogers et Newberry pensent
Le Jura. 291
que je me suis trompé dans ma détermination de Fâge des strates du Mont de la Pyramide ; et dans diverses cartes géologiques et mémoire^, ils déclarent, sans hésiter, que les Roches du Jura et le Keuper de Plaza Larga et des Tucumcari sont du terrain crétacé inférieur et moyen. Comme j'ai répondu aux objections de ces savants , et que lavenir seul peut décider qui a tort ou raison, je ne m'arrêterai pas ici sur cette polémique ; seulement je maintiens f exactitude de mes observations, ainsi que de mes conclmions. Le grand cheval de bataille de mes adversaires a été d'identifier la Gryphée du Mont de la Pyramide avec la Gryphœa Pitcheri du Fort Washita; c'est Conrad qui a opéré cette identification dans le vol. I. du Report on the United States and Mexican boundary survey. Hall a bien vu que cette opinion n'était pas tenable, car c'est exactement comme si vous identifiez la Gryphœa arcuata avec la Gryphœa Couloniy et dans le volume III. des Pacific railroad exploratimts , il a appliqué le nom de Gryphœa Pitcheri à la Gryphée du Mont de la Pyramide , et il a décrit celle du Forj; Washita et de la False Washita sous le nom de Gryphœa PUchéri var; navia. Gomme le remarque très bien Dana, dans sa Beply to Prof. Louis Agassiz on Marcou's ce Geology of North America » , Conrad a dessiné lui-même la figure de la Gryphœa Pitcheri recueillie par le Dr. Pitcher et décrite par le Dr. Morton , par conséquent il est certainement une excellente autorité pour identifier ma Gryphée du Mont de la Pyramide avec celle de Morton et celle du Fort Washita. Hall, en faisant une variété navia de celle du Fort Washita, s'écarte de cette excellente autorité , au détriment de l'union parfaite qui a jusqu'ici cimenté mes honorables adversaires. Dana admettra, peut-être, que le Dr. Pitcher lui-même est aussi une bonne autorité sur cette question: voici son opinion:
Détroit (Michigan), october 12'** 1859.
Capl. A. W. Wbipple, U. S. Topographical Ëngineers. Dear Sir.
***♦*.**. The Kiamechia (c'est la localité où il a recueilli la fameuse G, Pitcheri de Morton) is a small stream which emplies
292 Le Jara.
into the Red river, a few miles above Fort Towson. My little fossil which has acquired so much conséquence from the discussions into which it has been drawn by scientific names , was picked up on the plains drained by this little rivulet , through which our troops were marking out a road from Fort Smith to Fort Towson, in 1833.
Having a few years before this , in company with a detachment of troops, descended the Alabama and ascended the Red river to Nachitoches , I was observant of the geology of their banks and on my return to Philadelphia , gave notice to my valued friend Mortoo, that the formations related to the Mauvaises Terres, were traceable from Mount Vernon by the route I had just then passed over and from the Red river to Nebraska. What little knowledge I then had of Nebraska had been obtained from offîcers of the 6th United States Infantry , who many years before had been on detached service from Council Rluffs.
I Write this history to show that I bave been a geological observer for a long séries of years and to furnish a reason for my sendr ing the fossils obtained on the march from Fort Gibson, via Fort Smith, to Fort Towson, to my particular friend Dr. Morton.
During the time that I was a student of Natural History , more attention was given to the lithological character of rocks than at présent or since their fossil contents bave been so carefully studied. For that reason I could sooner trust myself in giving an opinion of the character of a given formation from its minerai constituents , thao to express one based upon such a critical knowledge of paleontology as is requisile to enable one to distinguish the species of a genus, as nearly related as those of the genus Gryphœa, For this reason also I should feel strongly inclined to adopt the opinions of a geologist , who formed bis judgements in the field , rather than to accept the opinion of a cabinet student , however profound he may be.
Trusting in the ability of Professer Marcou to défend bis own opinions , I think it only necessary for me, who bave never assumed the responsibilities of authorship in geology , to express my concurrence in them as regards the existence of the Jurassic formations described in the (t Geology of Norih American,
With respectful considération , I am very truly y ours
Z. PiTCHEK.
P. S. — The only map in my possession which shows the course of the Kiameehia, is the one contained in Major Emory's Report on Ihe United SUUe$ and Meœican boundary , volume I; where it is spelled Kimiehi,
Le Jura. 293
Cette lettre, dont Toriginal vient de m'èlre envoyé par mon excellent ami le Capitaine Whipple, commandant de notre expédition dans les Montagnes Rocheuses, est intéressante, non seulement parce qu'elle fixe la localité de Kiamechia, qui avait toujours été pour moi un mystère, mais aussi en ce qu'elle donne les seuls détails authentiques des recherches du premier pionnier du terrain crétacé à TOuest du Mississippi. Le vénérable Dr. Pitcher, qui appartenait autrefois au corps médical de Tarmée des Etats-Unis, en voulant bien adopter mes observations et conclusions sur la géologie du Far West, leur donne, à mes yeux, une valeur qui contrebalance, et audelà même, les critiques dont elles ont été l'objet dans le SillimarCs Journal
Depuis mon exploration des Rocky Mountains et de la Californie, d'autres géologues voyageurs ont reconnu les Roches du Jura dans plusieurs autres localités. Ainsi, le Dr. J. S. Newberry a rapporté de l'île Vancouver des fossiles qui, soumis à Meek, sont regardés par ce paléontologiste comme indiquant l'existence du terrain jurassique dans cette île. Il est nécessaire d'ajouter que ces fossiles n'ont pas été ni décrits, ni figurés, ni même nommés dans le rapport de Newberry {Pac^ Railroad Explorations^ vol. VI, Geology, p. 66), qui déclare, ne pas les avoir recueillis lui-même, et les tenir de personnes qui les avaient ramassés péle-méle aux environs des mines de houille, de Nanimo. Ce n*est évidemment qu'un simple renseignement pour le futur* U en est de même d'indications à! Ammonites trouvées au Chico creek et au Fort Reading, près des sources du Sacramento en Californie, et qui ont été signalées par le Dr. Trask dans les Proceedings of the Caîifomia Àcademy of Science y sous la rubrique de fossiles Tertiaires.
Dans les Black Hills de Nebraska, le Dr. Hayden a recueilli dans des couches de grès jaunes, grisâtres, bruns, alternant avec des argiles bleuâtre-grises, les fossiles suivants: Belemnites densus voisine de la B. excentricus. Ammonites cordiformis^ Pahopœa stdfellipticay Arca inomata^ Avicula tenuicosta^
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Pentacrinus asteriscus , Pecten, Trigonia^ etc., indiquant Tépoque jurassique. Les Black Hills sont au Nord du Fort Lararaie dans une région où j'avais, dès 1855, déclaré qu'il devait s'y trouver des Roches du Jura; et bien plus, le Dr. Hayden ajoute , qu'il ne doute pas que le terrain jurassique existe près des sources du Yellow stone river, ce que j'avais déjà dit aussi dans ition Résumé Explicatif éPune Carte Géologique des Etats-Unis (voir: Explanations of a second édition of a geological map of Nebraska and Kansas, by Hayden, p. 9; Philadelphia, 1858 ; et Descriptions of neto organic remains collected in Nebraska territory in the year 1857, by Meek and Hayden, p. 43, Philadelphia, 1858, dans les Proceedings of the Academy of Naturai Sciences).
Le Dr. George G. Shumard a décrit une section prise près de la jonction du Delaware creek avec le Rio Pecos, où il parle d'un calcaire crayeux, grisâtre, placé au-dessus du gypse, et renfermant la Gryphœa dilatata var. Tucumcarii, qu'il confond avec la Gryphœa Pitcheri du Fort Washita. L'épaisseur de ce calcaire n'est que de 100 à 14 pieds. Shumard le rapporte au Crétacé supérieur et il regarde le Trias comme du Crétacé inférieur. Pour moi, ces calcaires sont la continuation de ceux du Mont de la Pyramide, et ils appartiennent au terrain jurassique (voir: Geology of New Mexico, by Geo. G. Shumard, p. 274, St. Louis; dans les Transactions of the Academy of Science of Saint Louis, vol. L-, N° 2).
Enfin, Conrad dit que M. A. Schott a recueilli entre le Rio San Pedro et le Rio Pecos, au Texas, les fossiles suivants: Bostellaria? collina, Rostellaria? Texana\ Natica coUina, Natica Texana et Buccinopsis Parryi , qui ont tout-à-fait l'aspect d'espèces jurassiques , ce qui n'empêche pas Conrad de les appeler des Cretaceims fossils (voir: Report on the United States and Mexican boundary; vol. L, Geology and Palaeontology, p. 142; Washington, 1857). Cette dernière localité est plus au sud que Léon Spring. Conrad dit, qu'à Léon Spring il n'y a pas de formation plus ancienne que la craie, et qu'il n'y a pas la plus petite trace du terrafn jurassique. C'est parler
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un peu carrément pour quelqu'un qui n'est pas allé à Léon Spring; jusqu'à présent t(ms ceux qui ont passé à Léon Spring sont des collecteurs sans expérience de géologie pratique, et qui ont ramassé , sans attention de gisement et de superpositions, tous les fossiles qu'ils ont pu apercevoir. Le Dr. Kennerly m'a remis, de là, la Gryphœa dilatata var. Tucumcarii, et d'après cet échantillon je n'hésite pas à maintenir que les Roches du Jura s'y trouvent; maintenant, qu'il y ait aussi le terrain crétacé c'est ce dont je ne doute pas non plus ; mais l'un n'exclut pas l'autre, ainsi que le pense Conrad.
Le terrain jurassique doit pénétrer probablement un peu dans les états de Chihuahua et de Coahuila , mais je ne pense pas qu'il descende plus au Sud dans le Mexique ;. ou j en serais fort étonné.
Jusqu'à présent, lés recherches exécutées dans le centre et le Sud du Mexique , dans l'Amérique Centrale et aux Indes occidentales , n'ont amené aucune indication qui puisse y laisser supposer l'existence du terrain jurassique, et il est bien probable qu'il n'y en a pas trace.
L'ancienne république de Colombie (Venezuela, Nouvelle- Grenade et Ecuador) a été l'objet de recherches minutieuses de Humboldt, Bonpiand, Degenhardt, Boussingault , Hopkins, Acosta et Karsten. Les nombreux fossiles qu'ils ont recueillis ont été soumis à de Buch, d'Orbigny et Forbes, c'est-àdire aux mattres de la paléontologie des terrains secondaires; et tous trois ont déclaré, ne reconnaître qu'une faune de l'époque crétacée, sans aucune indication de débris d'êtres de l'époque jurassique. Il n'y avait que Lea, qui avait pensé reconnaître , dans une petite collection faite par le Dr. Gibbon près de Tocaima, dans la Nouvelle-Grenade, des fossiles de l'époque jurassique [Notice of the Oolitic formation in America, Philadelphia, 1840); mais un examen plus attentif l'a convaincu, depuis lors, qu'ils étaient crétacés. La Guyane, tout l'immense empire du Brésil, n'ont pas aussi donné, jusqu'à présent, une seule preuve de l'existence des Roches du Jura. Il n'y a que dans la partie sud du Pérou, au Chili et dans
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la Plata , oii on les aient reconnues avec certitude , et encore, cela n'est-ii pas sans de grandes diiBcuItés » puisque Léopold de Buch dans son dernier mémoire: Veber die Jura^ormatian auf der Erdflàche, Berlin, 8'^, 1853, publié peu de semaines après sa mort, en mars 1853 (voir: Appendice, G.), déclare que le terrain jurassique n'existe pas sur aucune des terres fermes de l'hémisphère sud. Il est évident que l'illustre géologue est allé trop loin dans ses critiques d'espèces, et il y a dans ces régions du Sud beaucoup de formes jurassiques qu'il est impossible de rapporter aux faunes marines de l'époque crétacée.
Les indications de l'existence des Roches du Jura au Pérou sont dues à Crosnier, qui, pendant les années 1850 et 1851 , a exécuté une reconnaissance géologique de deux provinces au sud de Lima. Ses recherches sont consignées dans un mémoire qui a pour titre : Géologie du Pérou ; Notice géologique sur les départements de Huancavelica et d'Ayacucho (extrait des Annales des Mines, tome II, 1852, Paris). Les accidents orographiques et stratigraphiques sont si compliqués dans toutes les Cordillères de l'Amérique du Sud, qu'il est bien difficile de se former une idée un peu claire des superpositions des roches, d'après tous les documents publiés jusqu'à ce jour. Le mémoire de Crosnier ne fait pas exception a cette règle, et il ne donne qu'un très petit nombre d'observations, prises çà et là , et dont il est impossible de tirer rien de bien positif. Il y a surtout une alternance de porphyres stratifiés, de grès, de calcaires et d'argiles, qui s'enchevêtrent, paraîtil, d'une manière différente, dans chacune des diverses sections données par les observateurs, et qu'il faut accepter en bloc, comme représentant le Nouveau Grès Rouge, le Jurassique et le terrain Crétacé. Dans ce massif de strates, il y a des couches à fossiles, dont les uns sont évidemment de répoque jurassique, tandis que d'autres sont crétacés. Ces fossiles spnl-ils séparés dans des strates différentes? ou mêlés ensemble dans les m^es couches? Là est le nœud de la difficulté ; car le plus souvent les échantillons ont été trouvés
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dans le fond de ravins , aux pieds d'abruptes et d'escarpements inabordables, ou bien ramassés rapidement par des personnes qui parcouraient le pays à franc-étriers. Pissis, qui habite depuis longtemps le Chili , et qui est chargé par le gouvernement chilien de relever une carte topographique du pays, confirme lui-même la difficulté, plutôt que de la résoudre, lorsqu'il dit: « L'ensemble des couches qui se succèdent de- « puis les grès cuivreux qui supportent les marnes salifères, «jusqu'aux derniers calcaires, dont les fossiles (de ces derniers a calcaires) rappellent ceux des terrains crétacés , et qui ren- « ferment probablement, réunis en une seule formation, le trias, « ainsi que les divers étages des terrains jurassiques et de la « craie » (Recherches sur les systèmes de soulèvement de t Amérique du Sud y par Pissis, dans les Annales des Mines, tome IX, p. 142, Paris, 1856).
Quoiqu'il en soit, voici les indications de Crosnier sur une partie du Pérou. Au Portachuelo d'Antaraugra , une des passes de la Cordillère, par 4803 mètres d'élévation, il a trouvé un Arca et un Pterodonta, que Bayle regarde comme appartenant à l'époque jurassique. Dans le premier contre-fort de la Cordillère occidentale, en quittant la vallée de la Oroya, Crosnier a recueilli dans un grès jaune (au Mont de la Pyramide il y a aussi un grès jaune jurassique) deux empreints d'Ammonites , que Bayle déclare appartenir au Jura. L'auteur cite encore plusieurs localités où il décrit des terrains secondaires, mais oii il n'a pas recueilli de fossiles. Enfin on lui a remis , comme provenant de la ligne de faite de la chatne occidentale de la Cordillère, dans le district de Niiiobamba, deux fossiles : le Pecten alatus et la Terebratula tetraedra , qu'il dit être assez communs au Chili dans les marnes à Bélemnites ou Lias supérieur?? d'après Bayle.
Meyen a recueilli dans la province de Copiapo au Chili, au pied du volcan de Maipu, dans des strates calcaires verticales, des fossiles nombreux qui , soumis à de Buch , y a reconnu V Ammonites biplex et des espèces crétacées. On ne sait pas si Meyen a ramassé ces fossiles pêle-mêle , ce qui parait
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probable; et par suite on ne peut pas assurer si Y Ammonites hiplex se trouve dans les mêmes couches que YExogyra Couloniy ou au-dessous. Cest une question de gisement, qui ne peut être résolue que sur les lieux mêmes. Gay a fait des récoltes de fossiles jurassiques et crétacés dans les Cordillères d'Elqui, dlllapel et de San lago; mais jusqu'à présent, il n'a publié rien de positif sur la géologie du Chili , et ses fossiles n'ont pas été ni dénommés, ni décrits.
En 1842, Domeyko a envoyé à l'école des mines de Paris une première collection de fossiles des environs de Coquimbo* Dufrénoy et d'Orbigny , après les avoir étudiés avec soin, pensent qu'une partie d'entr'eux appartiennent au terrain jurassique. Voici, comment d'Orbigny s'exprime: « Parmi ces « coquilles se trouvaient un bloc de calcaire compacte jaune, (* contenant beaucoup de Térébratules, et de^ individus sépa- « rés de deux espèces de ce genre. L'une des espèces , la « Terebratula œnigma, se rapproche beaucoup de la Ter. conr a cinna du Forest marble d'Angleterre et de France ; tandis «que l'autre, la Terebratula Ignaciana, est très voisine de la a Ter. ornithocephala du Lias de France. Faudrait-il en con- « dure de cette analogie de forme, qu'il existe un lambeau « de terrain jurassique sur le versant occidental des Cordil- «lères, non loin de Coquimbo? On conçoit qu'il soit, avec « aussi peu de faits , difficile de se prononcer pour l'affirma- « tive; et si je fais figurer ici le terrain jurassique, c'est uni- « quement dans le but de soumettre la question aux personnes « que des documents plus nombreux mettraient à portée d'y «répondre» (voir: Voyage dans V Amérique mérid,: Paléontologie \ tome III, 4"* partie, page 62 et suiv.; Paris. 1842). Plus tard, en 1847, d'Orbigny ajoutait, qu'il venait d'étudier deux autres fossiles des environs de Coquimbo , dont l'un était très voisin du Spirifer Walcotii et l'autre de la Gryphœa arcuata, et qu'il ne doutait plus de l'existence du terrain jurassique au Chili (voir: Bulletin de la Soc. géoL de France, 2* série, volume IV, p. 508; Paris, 1847).
Charles Darwin, géologue à idées neuves , philosophiques»
Le Jura. 299
à esprit indépendant, et Tun des meilleurs observateurs de notre science, a visité le Chili lors de son voyage autour du monde à bord du Beagle, sous les ordres du capitaine Fitzroy, pendant les années 1832 à 1836. Dans ses Geologkal Observations on South America , publiées en 1846, il décrit avec clareté et autant de détails qu'une reconnaissance rapide le permet, la géologie du Chili. Les strates de la Cordillère à fossiles crétacés suivant les uns , et jurassiques suivant d autres, Font frappé; et après les avoir reconnues dans les parties centrales et septentrionales du Chili, sur une longueur de 300 à 400 lieues, et sur une largeur assez limitée et qui ne s étend pas au-delà des contreforts ou des premiers axes des Cordillères , Darwin résume aussi leurs descriptions : a Le grand « massif de couches que j'ai nommé formation gypseuse (Gyp- « seous formation), parce qu'elle renferme très souvent du gypse «en abondance, s'est déposé, lorsque les éruptions de trap « porphyriques avaient presqu3 complètement cessé. Ce n'est « pas que je prétends établir une ligne de démarcation bien « tranchée entre cette formation et les roches porphyriques qui « sont au-dessous — il y a souvent des intercalations de por- « phyres au milieu des strates de la formation gypseuse — , « mais il est nécessaire de faire une division, au milieu de « massifs de roches , d'une isi grande puissance (10,000 à « 15,000 pieds) et qui ont des compositions minérales si dif- « férentes .... Les strates de cette formation sont compo- « sées : de schistes calcaréo-marneux , noires ; de grès blancs « et rouges; de conglomérats grossiers; de calcaires, tuffs, «boues noires; d'immenses couches de gypse, de jaspes, de « pseudo'honestones et d'autres variétés de roches difficiles à « décrire. Toutes ces roches se mêlent, se remplacent les « unes les autres à de très faibles distances horizontales, et « l'enchevêtrant en est si compliqué, qu'il me semble n'avoir « jamais rien vu de pareil , même dans les bassins des ter- « rains tertiaires. La plupart de ces substances sont facile- « ment fusibles, et semblent provenir, soit de volcans qui étaient «alors encore en activité (quiet action) , ou de remaniements
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« de produits volcaniques » (voir : Oeological Observaiionê on South America, p. 238 et 239).
A ces difficultés de phénomènes volcaniques sous-marins, qui sont venus donner un caractère mixte et une grande complication stratigraphique et lithologique à cette formation secondaire du Chili, il faut ajouter encore ce que nous autres européens, qui avons la prétention de soumettre toute la Terre aux lois que nous trouvons au seuil de notre porte, avonâ appelé un mélange de fossiles crétacés et jurassiques. Darwin, en parcourant le pays, a recueilli d'assez beaux fossiles et en assez grand nombre, et comme de juste, il les a vus en place {in situ); il faut cependant remarquer que lui-même avoue en avoir ramassé beaucoup dans des ravins , aux pieds d'éboulements, roulés, etc.; par conséquent, tout en les admettant comme authentiquement appartenant à cette grande formation, la question de connaître le gisement précis, couches par couches, de chaque fossile rapporté par Darwin, reste sans solution même approximative. Voici les localités principales où le savant naturaliste du Beagle a recueilli des fossiles, et leurs déterminations faites par d'Orbigny et Ed. Forbes. 1^ Â la mine d'argent d'Huantajaya, près de la ville dlquique, dans le Pérou méridional : Terebratula œnigma. Ter. Inca et Lucina Americana; de plus il s'y trouve des roches salifères intercalées dans les grès rouges. 2^ Dans le ravin de Maricongo, vallée de Despoblado, un peu au nord de la vallée de Copiapo , dans le Chili septentrional : Terebratula cmgma, Pecten Dufreynoyi et des Gryphœa. 3^ Ravin de Jolquera, dans la vallée de Copiapo, sur le sixième axe d'élévation de la Cordillère, d après Darwin: une variété de la Teret bratula œnigma^ Pecten Dufreynoyi y Turritella Andii et des Gryphœa. 4P Vallée de Copiapo, près de Las Amolanas, dans le cinquième axe d'élévation de Darwin : Terebratula œnigma et une variété, Pecten Dufreynoyi, Turritella Andii, Gryphœa Darwinii, Pema Americana, Astarte Darunnii et une Avicula. L'au-' teur insiste sur le mélange de ces fossiles dans des couches qui alternent. 5^ Plus au sud , dans la Cordillère , vis-à-vis
Le Jara. 301
Guasco , a moitié chemin entre Gopiapo et Coquimbo , Darwin a reçu de personnes qui lui en ont fait cadeau, les espèces suivantes: une variété de la Terebratula anigma, Ter. Ignaciana] Spirifer Chilemis; Pecten Dufreynoyi et la TurrUella Andii. 6° Rio Claro , dans la vallée de Coquimbo : Terebratula œnigma , Spirifer linguiferoides^ Pecten Dufreynoyi, Ostrea hemispherica. 7^ Dans la même vallée de Coquimbo, près d'Arqueros : VHippurites Chiiensis et la Gryphœa orientalis. 9P Plus au Sud encore, dans le Chili central , «n suivant la route ordinaire de San lago k Mendoza, par l'Uspallata Passe, Darwin a ramassé dans des fragments de calcaires disséminés sur le sol, près du Puente del Inca , une Gryphœa voisine de la Gr. Couloni , et une Arca voisine de Y Arca Gabrielis. Pentland , le célèbre géologue du Foreign-Office du Cabinet de St. James, a recueilli au même endroit des fossiles que de Buch a considérés comme une Trigonia voisine de la Tr, costata, une Pholadomya voisine d'une espèce jurassique d'Alençon en France, et Yhocardia excentrica^ identique à l'espèce des marnes du Banné, près de Porrentruy. Enfin 9^, au milieu du passage du Penquenes ou Portillo Pass, par 14,000 pieds d'élévation, Darwin a recueilli une Ammonite, la Gryphœa Couloni , Cyprina rostrata , RostelUxria an^ gulosa, Natica et une Terebratula. Ce dernier passage est près du Rio volcan, une branche du Maypu , où le Dr. Moyen avait déjà recueilli les fossiles cités précédemment.
S'en rapportant aux conclusions des paléontologistes de Buch , d'Orbigny et Forbes , qui tous trois trouvaient des formes organiques analogues ou identiques à celles qui se trouvent en Europe dans les terrains jurassiques et crétacés, Darwin dit, comme de Buch, que cette grande formation (gypseous formation) est une espèce d'intermédiaire ou de passage entre les systèmes jurassiques et crétacés d'Europe, et il la nomme formation crétacéo-oolitique , tout en prévenant, qu'il sent lui* même combien cette désignation est en-dehors des classifications ordinaires. Je suis plus porté à admettre l'opinion de Pissis, qui voit dans ce gypseous formation les Irois terrains triasique, jurassique et crétacé. D'ailleurs on ne comprend
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pas trop une formation intermédiaire entre le Jura et la Craie; car en Europe ces deux terrains se succèdent dans beaucoup de localités sans interruption dans les dépôts ; par conséquent on ne voit pas, comment au Chili et au Pérou il aurait pu se déposer entre l'Upper Oolite et le Néocomien , de 8,000 à 10,000 pieds d'épaisseur de strates jurassico-crétacées; surtout, si l'on réfléchit qu'au Chili et au Pérou on n'aurait alors, en admettant cette manière de voir de de Buch et de Darwin, ni terrain jurassique, ni terrain crétacé. La vérité est, que la distribution des restes organiques marins , pendant les époques jurassique, crétacée et triasique, a été soumise dans l'Amérique méridionale à des lois différentes de celles qui existaient dans l'Europe occidentale; lois que nous ne connaissons pas encore, et que l'avenir découvrira.
Un de ces braves et malheureux réfugiés polonais , ancien élève de l'Ecole des Mines de Paris, Ignace Domeyko, est allé chercher une nouvelle patrie dans ces régions lointaines. Aussi bon observateur, qu'ingénieur consciencieux et éclairé, ce digne citoyen adoptif de la république chilienne a jeté une vive lumière sur la constitution géologique du pays où il a trouvé un asile ; et ses mémoires publiés dans les Annales des Mines de France, ainsi que les collections de fossiles et de roches qu'il a envoyées à Paris, ont contribué puissamment k faire connaître les roches si variées et si difficiles à débrouiller de cette pointe sud de l'Amérique espagnole. Sa principale publication, qui a pour titre: Mémoire sur la constituiion géologique du Chili ^ contient une carte géologique et des sections^ qui complètent l'ouvrage de Darwin. Ces deux mémoires de Domeyko et de Darwin ont paru en même temps, en 1846, et par conséquent, ils ont été rédigés tout-à-fait indépendamment l'un de l'autre. Cependant ils se ressemblent énormément , ce qui prouve qu'ils ont dû bien observer tous deux la géologie chilienne. Je ne m'arrêterai pas sur les détails donnés par Domeyko; car ses recherches n'étendent pas la distribution géographique des terrains secondaires dans le Chili; il y a seulement indiqué quelques localités différentes, riches
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en fossiles, avec de bonnes coupes; et de plus, Tauteur a donné une description plus technique, des roches et des strates, que Darwin ; il n'a pas cherché à expliquer les phénomènes qui ont pu se passer lors de ces dépôts , se contentant d'exposer les faits observés , sans déduction théorique. Domeyko admet un plus grand entrecroissement des roches cristallines et des strates coquillères, qu'il nomme: Terrain secondaire de Porphyres bigarrés et Terrain secondaire de roches calcaires, cœquillères; mais du reste, il ne se prononce nullement sur les équivalents européens de ces roches , en-dehors de la grande division vernérienne de terrain secondaire.
Les fossiles que Domeyko a recueillis, et dont il a envoyé une partie à l'Ecole des Mines de Paris, ont été soumis à des interpellations et à des conclusions qui sont loins de s'accorder. En-dehors de ceux décrits par d'Orbigny, d'autres l'ont été plus récemment par Bayle et Coquand, dans une notice qui a pour titre : Mémoire sur les fossiles secondaires recueillis dans le Chili par Ignace Domeyko et sur les terrains auxquels ils appartiennent {Mémoires de la Soc, géologique de France , 2* série, vol. IV, p. 1; Paris, 1851). Voici comment se résument les opinions de Bayle et de Coquand: 1^ A la Cuesta de Mauflas, près de Copiapo, on a les fossiles suivants: Turritella Hum^ boldtii] Ostrea cymbium et une variété; Pecten alatus; Plicatula râpa] Cardita Valenciennesii; Terebratula tetraedra, T, omithoce-^ phala; Spirifer tumidus; Ammonites bifurcatus; Ostrea pulligere^ et Terebratula perovalis. 2° Au Cerro de las Très Cruces , en remontant la vallée de Coquimbo, on a: Nautilus semistriatus, Ostrea cymbium ^ Pecten alatus, Mytilus scalprum, Pholadomya Acostœ, Terebratula ornithocephala ^ Spirifer tumidus, Ostrea puU ligera et Terebratula perovalis, 3'^ A Jorquera, près de Copiapo, on a: le Nautilus stricUus; Ammonites opalinuSy Am, pustulifer et le Pecten alatus, 4^ A Chanarillo, près de Copiapo: Ain^monites Domeykus et la Turritella Humboldtii. 5^ Sur le côté oriental de la Cordillère, nommé Don a Ana, dans un calcaire rouge, térébratulifère: Natica phasianella; Nerinea; Ostrea gregaria, 0, Marshii, O* sandalina, O. Rivoti; Uana truncatifrons^^
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L. raricostata; Pholadomya Zietenii, P.fidicula; Panapœa peregrma; Terebratula Domeykana^ T. concinna, T. ficoides, T. lacuno^a^ T. bicanaliculata, T. emarginata; EchintM bigranularis, E. diademmdes, et coraux. Enfin G*^, à Arqueros, près de Coquimbo, on a: Crioceras Dtwalii , Ostrea Couloni et la Trigonia Delafossei. D*oii Coquand et Bayle concluent , qu'à Jorquera , Chanarillo , Mau^ fias et Tres-Cruces on a les calcaires et marnes à BélenmUes ou Lias moyen de la province Normande-Bourguignonne ; que, de plus, à Mauflas et à Tres-Cruces, il y a Tétage du LÔwer Ooliie; quà Dona Âna, c'est de TOxfordien et du Corallien; et et qu'à Ârqueros , c'est l'étage néocomien. Enfin , ils terminent en disant : 1^ « La formation jurasssique existe d'une manière « incontestable dans les Andes du Chili , et se retrouve aussi « dans le Pérou. 2^ Le terrain néocomien se rencontre à Ar^ «queros, dans la Cordillère du Chili. 9
Je concours entièrement avec MM, Bayle et Coquand sur la question de l'existence des Roches du Jura chiliennes et péruviennes, et même pour l'existence du terrain crétacé. Quant à y reconnaître les groupes et étages du Lias moyen, de rOolite inférieure, de TOoIite moyenne et du Néocomien; c'est une autre affaire. D'abord il faudrait connattre la superposition et l'ordre stratigraphique précis de ces couches secondaires de l'Amérique du Sud, ce qui est encore un deside^ rata, même après les mémoires de Darwin et de Domeyko; puis , les lois de contemporanéité de l'existence des êtres marins jurassiques au Chili et en France, nous sont parfaitement inconnues; je dirai plus, on n'en soupçonne même pas le premier mot. Enfin , tout en rendant justice au travail de Bayle et de Coquand, il faut décidément en rebattre des vingt-deux espèces identiques qu'ils ont trouvées entre les fossiles du Chili et ceux des Boches du Jura de l'Europe. S'il y a 6 ou 8 es-^ pèces identiques avec l'Europe , c'est déjà beaucoup. De Buch est allé plus loin; il a contesté « ainsi que vous pouvez le voir dans l'Appendice 6. , toutes les espèces décrites par Bayle , à Texception du Spirifer tumidus\ c'est l'excès contraire. Aussi, non seulement n'admet-il pas les Lias moyen etc. de Bayle et
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Coquand, mais bien plus, il nie Texistence des Roches du Jura dans toute l'Amérique du Sud. C'est aller un peu loin; car il est de toute évidence que les fossiles chiliens et péruviens de l'époque secondaire ont plutôt un faciès jurassique, que crétacé ou triasique; et cependant, comme le dit Pissis, je crois que ces trois terrains y ont des représentants et des équivalents, surtout vers les frontières entre le Pérou et le Chili.
Le lieutenant de la marine américaine, Gillis, a rapporté aussi quelques fossiles à formes jurassiques des sommets de la Cordillère, sur la route de San lago à Mendoza; il y a surtout une Ammonite, assez mal conservée, et des Térébratules; le tout a été soumis k Conrad, qui les a décrits et figurés, en 1854, dans le second volume de The U. S. Naval Astronomical Expédition to the Southern Hémisphère, during the years 1849—52, 4^. Washington.
En 1851, Giebel dans ses Communications paléontologiques au Jahresbericht des Naturwissenschaftl. Vereines in Halle , IV. Jahrgang, p. 246, décrit un exemplaire de V Ammonites bullatus trouvé sur les cimes de la Cordillère à l'Ouest de Mendoza. Tout en faisant la renaarque que ce fossile ressemble un peu à V Ammonites Santafecinus de d'Orbigny, Giebel n'hésite pas à dire qu'elle diffère de toutes les Ammonites crétacées connues jusqu'à présent, et qu'elle est parfaitement identique à YAm. bullatus du Jura brun de la Souabe et de l'Oolite inférieure de la France.
Enfin, en 1854, le Dr. A. R. Philippi, l'ancien compagnon de voyage de Frédéric Hoffmann et d'Arnold Escher de la Linth dans leur exploration géologique de la Sicile, dans une lettre publiée dans le Neues Jahrbuch fur Géologie , etc. , de Leonhard et Bronn, 1854, p. 794, dit avec un grand degré de certitude, que, dans les ravins de la Cordillère du Chili, on trouve des marnes du Lias très bien caractérisées, avec de nombreux septaria, des Ammonites, des Gryphées et des Bélemnites. De plus, il a vu de très belles marnes schisteuses à Posidonies. Ce terrain, dit-il, commence un peu au Sud du RioFrio,
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et paràtt se continuer jusqu'à Chanarcillo; seulement il est souvent interrompu par des porphyres. Enfin, Philippi signale au nord d'Atacama le véritable New Red Sandstone avec gypse , sels et marnes rouges.
On n'a pas encore signalé Texistence des Roches du Jura dans le bassin du Rio de la Plata, en Patagonie, au Détroit de Magellan, ni à la Tierra del Fuego. Ah! pardon! j'oubliais que mon honorable critique du terrain jurassique du Mont de la Pyramide, M. James D. Dana, pense avoir trouvé la série oolitique, à quelques miles à l'Ouest du Cap Horn, dans une localité de Tierra ' del Fuego , nommée baie de Nassau. Comme vous le savez , Dana ne s'occupe jamais de stratigraphie, ni de lithologie; il décrit bien les roches de Nassau bay, d'Orange harbour et de Burnt island, mais sans chercher à opérer de rapprochements minéralogiques avec celles d'aucune autre partie de la terre , et il ne sait pas ce qui se trouve, ni au-dessous, ni au-dessus de ces schistes argileux, bleus foncés. Oui, mais alors il s'appuie solidement sur la paléontologie? Sans doute, et voici sa base. Dana a trouvé, dans une seule couche , une quantité considérable de petits corps organiques, dont il a fait un nouveau genre Helicerus, allié, dit-il, aux Bélemnites; et il en conclut, ex-cathedra, sans se battre plus longtemps les flancs pour accoucher , que cette Helicerus Fuegensis lui donne une base pour placer ces assises dans les séries oolitiques, et ce qui est plus fort, probablement dans la partie supérieure du terrain jurassique. Il est vrai, qu'il ajoute de suite après, que le fossile en question est si singulier, qu'il ne pourra accorder sa confiance entière à ses conclusions, jusqu'à ce qu'elles soient corroborées par des recherches ultérieures (voir : Geology of the United States Exploring Expédition during the years 1838 — 42, p. 604, 4'\ New- York, 1849). Personne n'a jamais vu le genre Helicerus que M. Dana, qui à cru, on ne sait pas pourquoi, devoir enrichir la belle famille des Bélemnites de cette satellite Antarctique. On ne sait pas davantage le pourquoi, qui a pu. le conduire à mettre ces strates en parallèles avec la partie supérieure du ter-
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rain jurassique; car il ne s'explique pas là-dessus, et pour cause; on peut le donner à deviner entre mille avec certitude d'être obligé de donner sa langue aux chats. Quant à Fàge jurassique de ces roches , c'est possible que ce soit vrai ; il y a beaucoup de chances en effet pour penser que les Roches du Jura sont assez répandues dans toute l'extrémité méridionale de l'Amérique du Sud, du moins d'après ma manière de voir; mais encore faut-il d'autres preuves que celles présentées par l'éditeur du Sillimans Journal, pour arriver, je ne dirai pas seulement à une certitude, mais bien à un simple soupçon ou à une première indication. Vous n'auriez jamais imaginé qu'un critique aussi sévère de mon exploration géologique des Rocky Mountains, était si coulant pour lui-même; que voulez-vous, mon ami, le Cap Horn jouit sans doute d'immunités plus grandes que le Llano estacado: et puis Dana tient ses observations en haute estime; c'est naturel.
Les naturalistes du Beagle et de l Astrolabe ont recueilli dans le détroit de Magellan, sur la côte nord de la Terre de Feu, quelques fossiles que d'Orbigny et Forbes regardent comme indiquant une faune du terrain crétacé inférieur. Cela ne peut être regardé que comme un premier renseignement, qu'il faut contrôler; et d'ailleurs le terrain jurassique a pu fort bien y -échapper aux recherches assez superficielles de Darwin , Hombron et Le Guillou.
Voyons l'Afrique centrale et méridionale. Des renseignements , on ne peut plus vagues , on fait soupçonner l'existence des Roches du Jura au Sénégal et dans la Sierra Leone. Mais tout ce qu'on en a dit, n'est qu'à l'état de soupçon, et ' on ne peut pas s'en servir. Il n'y a en réalité que sur un seul point de la colonie du Cap de Bonne-Espérance, où l'on ait reconnu avec certitude le terrain jurassique. C'est notre ami commun , -te professeur Dr. Ferd. Krauss de Stuttgart , qui a eu l'honneur de signaler le premier des roches de l'époque secondaire dans la baie d'Algoa, près d'Uitenhage. En suivant le cours de la rivière Zwartkop, il a vu une section présentant diverses couches de grès, généralement verdâtres.
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ferrugineux, et dont plusieurs assises renfermaient des fossiles, qu'il a décrits sous les noms de: Astarte Herzogii, A. Bronnii\ Anoplamya lutraria; Exogyra imbricala\ Lyfiodon ventricosus , L. Herzogii, L, conocardiformis; Gervilia dentata; CucuUœa cancellata et un Katica? (voir: Ueber einige Peirefacten aus der untern Kreide des Kaplandes, dans les Nova acta acad. Cœs. Leop. carol nat, cur,, vol. XXII, p. 442, 1850). Krauss et de Buch ont pensé que ces fossiles, tout en étant des espèces nouvelles, avaient un faciès de l'époque crétacée. De Buch est même allé plus loin , il a regardé VExogyra imbricata, comme étant identique avec les Gryphœa Darwinii du Chili, et Gryphœa Pitcheri du Texas. Ayant eu entre les mains des échantillons bien conservés des Exogyres d'Algoa bay, do Chili et du Texas , je n'hésite pas à dire que ces trois fossiles sont complètement distincts , et n'ont rien du tout de communs entr eux. Ces observations de Krauss ont été faites en 1839; depuis lors, A. G. Bain et Atherstone ont recueilli de nouveaux fossiles dans cette même baie d'Algoa, qui tendent à donner à toute la faune un faciès véritablement jurassique. A la page 184 de son beau mémoire : On ihe Geology of Southern Africa [Trans, of the Geol, Soc. of London, 2* séries, vol. VII, part. IV. London, 1856). Bain dit, que sur un conglomérat, peut-être triasique? repose en concordance de stratification une série de couches, qui ne paraissent nulle part avoir un grand développement, mais qui à Sunday river et à Bushman river renferment des fossiles (mollusques marins, reptiles et plantes terrestres) qui lui ont rappelé une faune liasique. Soumis à Daniel Sharpe, ce paléontologiste déclare, pag. 202, que: «Aucuns de ces mollusques ne peuvent être <f identifiés avec aucune espèce connue de l'Europe ; mais que «.leurs formes rappellent le faciès des espèces que l'on trouve «dans le Jura inférieur et moyen. Bain, ajoute-t-il, place «probablement ces assises trop bas dans la série, lorsqu'il « les rapporte au Lias ; mais l'opinion de Krauss que ce se- «rait du crétacé, est encore plus dénué de fondement que «celle de Bain»* Les fossiles décrits et cités par Sharpe
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sont: Ammonites Àtherstoni, A. Bainii; NauHlus; Neritopsis? turhinata\ Gryphœa imbricata; Perna Atherstoni; Gervilia dentata\ Pinna Atherstoni; Lima; Modiola Bainii; Arca Atherstoni; Cucullœa concellata; Trigonia Vau^ T, Herzogii, T, conocardiformisy T, ventricosa; Anoplomya lutraria; Pholadomya Dominicalis; Myacites Bainii; Ceromya papyracea; Gastrochœna Dominicalis, Psammohia Atherstoni; Cyprina rugulosa; Astarte Herzogii, A, Bronnii; Serpula, etc. Il est évident que cette faune est jurassique. On ne peut pas désigner d'étages et je ne me rallie ni à l'opinion de Bain pour le Lias, ni à celle de Sharpe pour du Lower oolite ou de l'Oxfordian; c'est du terrain jurassique, et cela suffit pour nos connaissances actuelles. Il paraît que ce dépôt a été formé non seulement près d'un rivage , mais encore vers l'embouchure d'un fleuve ; car il a les caractères des formations de Delta. On y trouve beaucoup de bois , à l'état de lignite , et des coquilles fluviatiles ou lacustres, avec de très petites espèces marines [Avicula Bainii, Modiola Atherstoni y Sanguinolaria 1 Africana, Cyrena? Bainii y Trochus Bainii , Turbo Atherstoni , Turbo Bainii y Acteon Atherstoni et Natica Atherstoni) rabougries, indiquant des eaux saumàtres.
M. Rubidge avait, déjà en 1851, envoyé de Sunday river des Ammonites, Gryphées, Pholadomyes et Trigonies, que Portlock regardait comme indiquant l'existence des Roches du Jura à Algoa bay [Beport of the British Assoc, for the adv. of sciences, 1851). Sur sa belle Geological Map of South Africa, Bain ne colore comme jurassique que trois petits lambeaux de strates, sur les rivières Sunday, Zwartkop et Gamtoos; quoiqu'il pense que ce terrain existe sur d'autres points de la côte, notamment dans le Kafirland (la terre des Caffres). Le Dr. Sutherland, dans une JSotes on the Geology of Natal [Quart, Journ. of the GeoL Soc. of London, 2"^ séries, vol. XI, p. 465. London, 1855), pense que des grès avec schistes et houille qui se trouvent à 30 miles de la ville du Port Natal , renferment une flore oolitique, avec des ossements de Sauriens. Cette indication est à vérifier, et demande une étude approfondie de
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cette flore. Enfin, j'ajouterai que le Capitaine Garden a trouvé le terrain crétacé près de la rivière Umtafuna au Port Natal, et que les fossiles décrits par Bailly sont tous différents des fossiles jurassiques d'Algoa bay (voir : Notice of some cretaceouê rocks near Katal, South Africa , dans le Quart. Joum. of the Geol, Soc. of London, vol. XI, p. 453 et suivantes).
La première exploration du révérend Dr Livingstone chez les Makololo, na pas donné de résultats géologiques bien satisfaisants ; il faut espérer que la seconde sera plus heureuse, puisqu'on lui a adjoint \tù géologue pratique. On ne peut pas dire , si Ton trouvera les Roches du Jura dans les bassins des rivières Orange, Zambesi et de Leonda, cependant il est présumable que, si elles y existent, 'ce ne sera que quelques petits lambeaux d'origines fluvio-marines; et dans tous les cas, dès aujourd'hui on peut dire que le terrain jurassique est très peu développé dans l'Afrique méridionale. Pour Madagascar et le Centre de l'Afrique, on n'en connaît rien, géologiquement parlant du moins.
Si nous passons dans TAustralasie , c'est-à-dire dans ces régions antipodiques connues sous les noms d'Australie, de Nouvelle-Zélande, de Tasmanie et de Nouvelle-Calédonie, les Roches du Jura paraissent y manquer complètement, ou tout au moins elles y sont très rares et très peu développées, si elles s'y trouvent. Il n'y a quelque chance de les rencontrer qu'en-dehors des tropiques et seulement dans la région sudest, c'est-à-dire dans Victoria, la terre de Van Diemen et dans le Teikaamaui ou pays des Maori.
Le réfugié polonais, P. E. de Strzelecki, un autre victime, comme Domeyko, de la révolution de 1831, a été le premier qui ait donné une description un peu détaillée et rationnelle d'une partie de l'Australasie. Dans sa Physical description of New South Wales and Y an Diemen* s Land, London , 1845, Strzelecki consacre un chapitre à la botanique , où se trouvent des descriptions de flores fossiles. L'une de ces flores provient de deux bassins houillers, l'un situé à Hunter dans la Nouvelle-Galles du Sud, et l'autre à Jérusalem en Tasmanie. Morris , qui a décrit ces fossiles , p. 245 et suivantes , sous le
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titre de Flore carbonifère, remarque, d'abord, qu'ils diffèrent complètement des espèces carbonifères d'Europe , que plusieurs ressemblent à des espèces oolitiques et permiennes , et qu'enfin, elles ont les plus grandes analogies avec celles du bassin de Burdwan dans la Présidence du Bengal , Inde anglaise. Plus tard, en 1851, Morris, tout en admettant l'incertitude d'âge que cette flore présente, dit cependant qu'elle a plus d'analogies avec celles du Lower oolite du Yorkshire, qu'avec celles des terrains carbonifères.
Frédéric Mac Coy, actuellement professeur de géologie à l'université de Melbourne, après une première étude de ces plantes fossiles, a déclaré que, pour lui, elles représentaient une flore jurassique, et que par conséquent les couches houillères de la Tasmanie et de New South Wales étaient parallèles avec les Roches du Jura (On the fossil botany and geology of the rocks associated mth the coal of AtÂstralia; London, 1847). Depuis qu'il habite Melbourne, il n'a rien publié, que je sache, qui confirme ou change cette opinion.
Le révérend W. B. Clarke, qui depuis longtemps habite les Antipodes, déclare de son côté, après des études nombreuses faites sur les lieux; que les dépôts carbonifères de l'Australie n'ont rien de commun avec les terrains jurassiques; qu'ils sont beaucoup plus anciens; et qu'on trouve superposés ou intercalés dans les couches de houille, des fossiles mollusques, tels que Spirifer et Productus, indiquant en Europe le Calcaire de Montagne ou le Dévonien^ et que, pour lui, ils sont de l'âge du Dévonien et du . Carbonifère d'Europe réunis en une seule formation (voir : On the gênera and distribution of plants in the carboniferous system of New SotUh Wales, dans le Quart. Journ. of the GeoL Soc, of London, 2 séries, vol. IV, p. 60). Enfin en 1855, dans une Notes on the Geology of New South Wales {Quart. Journ. of the Geol. Soc. of London , vol. XI, p. 408), Clarke, après avoir trouvé des poissons fossiles dans les roches supérieures des environs de Sydney, incline à penser que peut-être il y aurait dans ces strates des représentants du Dyas.
Mon ami J. B. Jukes , l'honorable directeur du Geological
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Survey de llrlandc , qui comme naturaliste du voyage autour du monde du Fly , pendant les années 1842 à 1846 , a visité en compagnie du révérend Clarke une portion de la côte dlllawarra au nord de Wollongong, donne une section, à la page 20 de son beau mémoire intitulé : A Sketch of the Phyêical structure of Australia, London, 1850, qui montre que la houille repose sur des grès renfermant beaucoup de fossiles paléozoïques, et il ajoute, p. 21, que Clarke a, depuis cette visite, trouvé les mêmes espèces de mollusques paléozoïques par-dessus les couches qui renferment la houille. Jukes regarde ces strates simplement comme paléozoïques , sans désigner de périodes spéciales; et il déclare, qu'au-dessus de cette série paléozoïque australienne, il y a un manque absolu de toutes les roches stratifiées de l'époque secondaire, et qu'il lui paraît qu'il ne s'y est jamais déposé de strates jurassiques, ni crétacées.
Il est difficile effectivement de se prononcer avec de pareils renseignements; cependant la grande analogie des plantes fossiles australiennes avec celles du Burdwan dans l'Inde anglaise, me font penser que peut-être cette flore pourrait bien être comme celle du Bengale de l'époque triasique (voir: Dyas et Trias ^ p. 43); et la position équatoriale de la plus grande partie de TAustralie, a dû être très favorable pour l'accumulation des vastes dépôts de l'époque du Nouveau Grès Rouge, époque pendant laquelle les mers s'étendaient beaucoup sous l'équateur, tandis que les terres fermes {dry land) existaient surtout ver^ les pôles et dans les régions tempérées.
James D. Dana, qui a visité aussi le district de Illawarra, décrit plusieurs plantes fossiles, dont on ne peut n'eu tirer pour des conclusions certaines. Il a figuré aussi un poisson, qu'Âgassiz regarde comme indiquant la partie supérieure du Carbonifère, ou une transition au Dyas; et après avoir rappelé les opinions de Morris, Mac Coy et Clarke, Dana déclare que la houille et les grès, qui sont dessous, forment un ensemble de l'âge du Carbonifère supérieur, ou en partie de l'époque Permienne inférieure (Rothliegende). Du reste son Chapter IX, Geological Observations on New South Wales, n'ajoute, rien de nouveau , à ce qu'avaient dit avant lui les géologues
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anglais, ses prédécesseurs; il a rempli ses 89 pages, grand in 4°, des redites de Morris, Darwin et Clarke, en les accompagnant d'hypothèses théoriques, d'origines des vallées et des dépôts, de dégradations de roches et autres dada à l'usage des étudiants et des gens du monde (Geology of the U, 5. Exploring expédition ^ p. 449 et suivantes).
Dans la Nouvelle-Zélande même incertitude qu'en Australie , pour Texistence des Roches du Jura. Walter Mantell cite bien sur la côte orientale de Ftle du milieu, ou île Tavaipoenammoo, un calcaire, peut-être secondaire, qu'il nomme Ototara limestone, mais qui, quoique contenant des fossiles ressemblant à des espèces crétacées d'Europe, n'a pas encore été synchronisé, avec certitude, avec les dépôts d'Europe. Un géologue autrichien, attaché au voyage autour du monde de la frégate Novara, le Dr. Ferdinand Hochstetter, vient tout dernièrement de signaler des strates secondaires, ayant plus de 1000 pieds de puissance et renfermant des fossiles marins , dont il ne cite ni les espèces, ni même les genres, et qu'il évite de rapprocher plutôt d'un période que d'un autre (Gozetle of New Zealand, 1859).
P. S. — Notre excellent ami Oscar Fraas vient de décrire dans les Wûrttemherg, Naturwissensch. Jahreshefte, fiinfzehnter Jahrgang, 1859; drittes Heft, p. 356, un fragment de YAmmonites annularis-athleta, trouvée à Kisaludini près de Mombas, royaume de Zanguebar, sur la côte orientale de l'Afrique, par le 4* degré de latitude au Sud de l'équateur. Ce fossile a été recueilli par le missionnaire J. L. Krapf. Autant qu'on peut en juger, avec ce seul document , il est des plus probable que les Roches du Jura existent sur cette côte de la mer des Indes. Etaient-elles en relation avec les Roches du Jura de l'Abyssinie? ou d'Algoa bay? on ne peut évidemment rien dire là-dessus; seulement je continue à maintenir, dans tous les cas, que la mer jurassique abyssinienne ne communiquait pas avec la mer jurassique cafrerienne, et que le grand continent Américo-Africo-Australien existait, sans aucune espèce de solution de continuité.
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Dixième lettre sur le Jura, adressée au Dr. Albert OppeL — Encore un mot sur les faunes marines actuelles, à Toccfuion d'un ceuvre posthume d'Edward Fortes t sur l'histoire naturelle des mers européennes. — Principes sur lesquels fauteur s'est appuyé pour construire la carte du globe à l'époque jurassique. — Provinces normando-bourguignonne , hispano-alpine, criméO'Caucasienne, himalayenne, moscovite, sibérienne^ Alaeksaaméricaine et Wilkie-spitzbergienne. — Bandes homoiozoïques centrale, neutrale du nord, et polaire du nord. — Continent AméricO'Africo- Australien, — Explication de Vélévation de la température du globe à Tépoque jurassique. — Esquisse du globe terrestre aux époques siluriennes, carbonifères, triasiques^ crétacées et tertiaires. — Les systèmes de montagnes d après les théories dElie de Beaumont, — De V espèce, en zoologie; définition de Deshayes. — Opinions de Darwin sur Forigine des espèces. — Conclusions.
Salins, le 2 janvier 1860.
*******. Ce n'est pas sans de grandes hésitations, mon cher Oppel, que je commence cette dixième et dernière lettre sur le Jura. Attaquer de front des théories admises par tous, et prônées par la majorité de ceux qui tiennent le haut bout de la sicence ; et surtout chercher à remplacer des hypothèses mal étayées par d'autres qui ne sont pas encore très solides, c'est s'exposer aux risées, aux gorges chaudes, et aux petites colères mêmes, d'un certain nombre de personnes, qui par leur positions officielles, tels que: Professeurs d'Universités et d'Ecoles spéciales ; Directeurs de relevés géologiques et de Musées; Membres d'Académies royales, impériales, nationales; Présidents ou meneurs de sociétés savantes; ont à leurs dispositions, toutes sortes de moyens, pour assomer un homme de rien , et un pauvre diable comme moi.
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Eh bien ! qu'ils me tirent dessus à boulets rouges , si cela leur plaît; esprit frondeur et ami de la liberté de discussion, j'ai toujours aimé attaquer ceux qui ont le pouvoir, et qui ne s'en servent, malheureusement trop souvent, plutôt pour maintenir leurs positions et leurs idées , que pour les véritables progrès de la science. D ailleurs , je suis plus habitué à recevoir des pierres par la tête que des coups d'encensoirs, et l'on ne pourra du moins me refuser un certain courage à braver ainsi les foudres de ceux qui sont chargés, ou se chargent eux-mêmes, du soin de distribuer les honneurs et récompenses scientifiques.
Essayons d'esquisser à grands traits, comment était la Terre à l'époque jurassique, et cela en admettant le moins que possible les miracles et les coups de théâtres; moyens suprêmes, qui généralement répugnent aux esprits sceptiques, et à ceux qui sont plus souvent sur les routes que dans la poussière des cabinets.
Dans ma quatrième lettre, j'ai dit quelques mots, d'après Edouard Forbes , de la diversité des faunes marines actuellement existantes sur notre planète; si vous voulez bien vous rappeler ce que Forbes entend par Province des animaux marins , bandes ou ceintures homoiozoïques , zones bathymétriques , etc.; je n'aurai plus à ajouter que quelques observations, toujours d'après Forbes; puis, nous pourrons procéder dans l'exposition de mes idées saugrenues et de mes bavardages. Voici ces quelques renseignements, extraits de l'Introduction d'un petit livre, qui devrait être entre les mains de tous les géologues, et qui a pour titre: The natural History of the European Seas, par Edward Forbes, édité et continué par R. Godwin-Austen, London, 1859.
A. — Les limites entr« les provinces des animaux et végétaux marins ne sont pas nettes et précises , comme les frontières qui marquent les séparations politiques entre les Etats ; mais elles se fondent et s engrènent, en passant insensiblement des unes aux autres, et de telle sorte qu'il est souvent difficile de dire où l'une commence et où sa voisine se termine.
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B. — Par suite de leur organisation et des facilités de transportation de rélément au milieu duquel ils vivent, les êtres marins se prêtent, généralement, à une plus grande et plus facile dispersion, que les êtres qui habitent sur la terre ferme. De là, nous devons nous attendre à trouver les provinces marines avec des dimensions beaucoup plus considérables que celles occupées par leurs frères d*origines terrestres; et c'est effectivement ce qui a lieu, du moins, le plus souvent. Cependant les inégalités du fond de la mer, les modifications de température de l'océan produites par les courants, qui jouent par rapport ^ la mer le rôle de fleuves immenses se déversant, en apportant avec eux le climat plus chaud ou plus froid des régions d'où ils sortent, les barrages opérés dans la mer par des langues de terres ou des promontoires, et les barrières insurmontables, créées surtout' soit par des changements brusques dans la profondeur, de véritables abîmes océaniques, soit par de vastes déserts de sables , toutes ces causes sont autant d'influences , très puissantes, qui affectent l'extension des êtres marins, et déterminent leur distribution dans de certaines limites plus ou moins étendues , où elles sont cantonnées.
C. — Une province d'êtres marins, n'est autre qu'une surface dans les limites de laquelle il est évident que le Pouvoir Créateur s'est manifesté. Pour la représenter graphiquement , on peut comparer une province à une nébuleuse , dans laquelle la teinte plus foncée au centre va en s'affaiblissant , à mesure que l'on se rapproche de la circonférence. Cette disposition des êtres à converger vers un centre, a donné naissance à l'expression de Centres de créations. Il peut y avoir dans la même province plusieurs petits centres. Mais on ne retrouve nulle part, ni dans l'espace, ni dans le temps, une répétition d'une même province, c'est-à-dire qu'il n'existe jamais qu'un seul centre de créations où l'on trouve le même assemblage d'espèces types. Des espèces semblables, mais jamais identiques, que Ton nomme des représentants, font leurs apparitions simultanées dans des provinces souvent très éloignées les unes des autres, mais qui sont cependant soumis à des conditions physiques et à des influences similaires. Mais chaque véritable espèce présente , dans tous ses individus, certaines structures, ou caractères spécifiques, qui la distingue de toutes les autres ; comme si le Créateur avait mis un cachet spécial sur chaque type des êtres.
D. — On se sert de l'expression de centre spécifique pour désigner le berceau, où a été créé et d'où est sorti, pour rayonner sur des surfaces plus ou moins grandes, chaque espèce d*êtres. Dans les procédés employés pour leurs dispersions, et aussi par suite de lapse de temps , il peut arriver que des espèces s'éteignent et dispa-
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raissent précisément des emplacements où étaient leurs centres spécifiques originels, tandis qu'elles continuent encore à exister sur plusieurs autres points de la surface sur laquelle elles se sont dispersées. De cette manière , des groupes d'une même espèce peuvent se trouver complètement isolés et sans liens apparents entr'eux, et placés aune si grande distance, qu'on pourrait croire , au premier abord , que cette espèce a eu originairement plusieurs centres.
E. — Chaque espèce d'êtres a une existence limitée, elle est centralisée et cantonnée aussi bien géographiquement que géologiquement; et jamais une seule espèce n'apparaît ou n'est créée une seconde fois avec les âges géologiques.
F. — Si l'on descend du Nord vers le Sud , en suivant le même méridien et en supposant qu'il y ait une ligne de côtes émergées, on s'aperçoit toujours des changements successifs dans l'aspect général des êtres vivants ou fossiles. Mais il n'en est pas ainsi, si l'on suit le même degré de latitude, toujours avec la supposition qu'il y eut une ligne de côtes émergées et que des déserts ne se trouvent pas sur le fond de la mer, et on peut parcourir ainsi une grande partie , ou même peut-être le tout, d'un parallèle, en retrouvant partout les mêmes êtres que l'on a déjà vus au point de départ. Par exemple la Méditerranée actuelle , oii l'on a partout les mêmes êtres qui existent aux portes de Gibraltar et de Ceuta.
G. — Les influences principales qui déterminent la distribution des animaux marins , sont : le climat ou température , la composition de l'eau et ses profondeurs , car la pression exercée et la diminution de lumières sont évidemment des éléments très importants. Les influences secondaires, qui modifient et annulent même quelquefois l'action des principales , sont nombreuses. Ainsi : la structure des cdtes , au point de vue de la composition minéralogique des roches; les contours des côtes ont une grande influence sur la dispersion des espèces , car il est évident , qu'une côte très dentelée , comme les fiords de laNorwège, est plus favorable à la vie des êtres sous-marins, qu'une côte droite, comme les plages de la Poméranie. La nature du fond de la mer détermine aussi, jusqu'à un certain point, la présence ou l'absence d'espèces d'invertébrés, et par suite de leurs dévoreurs, divers poissons qui vivent sur eux , car les écumeurs sous-marins se distribuent suivant les places qu'occupent leurs gardes-mangers. L'action des marées se fait sentir surtout sur les espèces qui habitent la zone littorale; et de la hauteur qu'elles atteignent, dépendent sou^ vent la présence ou l'absence de certaines espèces. Les courants agissent non seulement comme agents modificateurs des climats , mais surtout encore, comme moyens de transports et de diffusions des graines et des larves de certains êtres fixes et stationnaires.
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Les influences climatologiques se manifestent surtout par la diminution du nombre des genres et des espèces des animaux marins. Cependant il ne faudrait pas trop exagérer , comme on est généralement porté à le faire , les effets de cette cause. Ainsi , on remarque que le nombre des genres et des espèces diminuent à mesure que l'on s'avance du Sud vers le Nord, et afin de fixer les idées, voici dans quelles proportions se, distribuent les poissons et les coquilles mollusques vivant actuellement sur les côtes de l'Europe. Le nombre de genre de poissons, dans la région méditerranéenne est de 227; dans les mers qui environnent le royaume uni de la Grande- Bretagne, on en a seulement 130 , et sur les côtes delà Scandinavie, ce nombre est réduit à 120. Pour les mollusques dans la première région indiquée précédemment, il y a 155 genres, 129 dans la seconde, et 116 dans la troisième. Quant aux espèces, voici comme elles se distribuent; Poissons, dans les mers de la Méditerranée, 444 espèces, dans les mers anglaises 216, et 170 dans les mers Scandinaves; Mollusques, Méditerranée 600, Grande-Bretagne 400, et Scandinavie 300. Toutefois il ne faut pas attribuer tous ces changements aux difierences de latitude; la structure physique des côtes et la conformation du fond de la mer, qui varient très souvent en Europe, contribuent évidemment beaucoup aux modifications de ces chiffres.
La composition des eaux est une des causes les plus importantes pour la distribution des êtres marins ; car le degré de salure ou de fraîcheur détermine la présence ou l'absence de formes nombreuses, soit dans l'ordre des poissons, soit parmi les animaux invertébrés. Forbes ajoute, que dans beaucoup de lochs d'Ecosse, de fiords de Norwège, ou dans les estuaires à l'embouchure des rivières , il arrive que les eaux près de la surface sont douces, ou presque douces, taudis qu'à une certaine profondeur elles sont aussi salées qu*en pleine mer ; de sorte qu'au même pndroit on peut avoir des créatures organisées pour vivre dans des conditions très différentes de la composition chimique des eaux, et cela non seulement dans le voisinage les unes des autres, mais bien plus qui sont superposées les unes aux autres, — Cette observation rend compte du Cinder bed avecHemicidaris Purbeckensis , placé au milieu des couches d'eaux douces du groupe de Purbeck, dans les roches supérieures du Jura anglais.
Quant à l'influence des cotes de profondeur, on remarque partout que les êtres, soit animaux, soit végétaux marins , sont groupés par zones ou régions successives, à partir du point le plus élevé qu'atteignent les hautes marées , jusque dans les profondeurs les plus grandes d'où l'on ait retiré des traces d'êtres vivants. Certains types habitent chacune des zones de profondeur et sont confinés à la zone
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pour laquelle ils ont été créés, tandis que d'autres sont communs à deux ou plusieurs zones, et il en est même un certain nombre qui sont assez hardis pour braver toutes les conditions bathymétriques. Néanmoins. les zones sont si bien marquées» chacunes par un faciès des êtres qui l'habitent, qu'à la simple inspection d'un nombre suffisant d'entre eux provenant tous de la même localité, un naturaliste peut immédiatement dire, à quelques mètres près , les profondeurs de l'eau, sans recourir à l'aide des sondages.
L'échantillon anté-dilu vienne que je donne à la fin du volume, voir Planche II, sous le titre de Carte du globe à Vépoque jurassique, montrant la distribution des terres et des mers, n'est qu'une caricature grossière et presque fantastique des relations qui ont dû exister entre les terres fermes et les eaux, lors des périodes qui ont vu se déposer les Roches du Jura. A première vue, ce premier essai de cartographie jurassique fera sourire et hausser les épaules; aussi j'accepte d'avance toutes les corrections et toutes les critiques qu'on voudra bien en faire. Ce n'est qu'une grossière ébauche, qui n'a reçu encore que quelques coups de crayons; on peut les rectifier, les changer, les effacer même, avec peut-être plus, et de meilleures raisons, que je n'en ai eu pour les tracer.
Voici, ce qui m'a conduit à la construire. Partout où il y a de l'eau salée ou de l'eau douce, il se fait des dépôts de roches. Cependant je dois dire, que j'ai entendu, un des meilleurs observateurs des phénomènes actuels, sir Charles Lyell, exprimer la pensée qu'à une certaine distance des terres, là où les mers sont très profondes, il ne s'y fait pas de dépôts. Sur quoi est basée cette opinion, je ne sais trop; car il n'y a pas un seul baquet d'eau sur toute la surface terrestre qui soit complètement immobile, les courants meuvent les eaux comme les airs , puis les sources peuvent sourder à toutes les profondeurs. Aussi je n'admets pas en principe cette pensée de Lyell ; seulement j'ai voulu la rappeler afin de donner chaque côté de cette question. Ainsi, là où l'on ne trouve pas de roches jurassiques, c'est que, où il n'y en a jamais eu, et par conséquent c'était une terre ferme et sèche, ou bien elles ont pu être complètement détruites et enlevées. , Ce der-
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nier cas peut se présenter quelquefois, mais cela doit être évidemment très rare; les érosions, ravinages, débâcles etc., détruisent effectivement assez rapidement les strates, surtout lorsque Ton considère Taccumulation des millions d'années qui se sont écoulées depuis les dépôts du Jura ; cependant il en reste toujours çà et là quelques traces; et d'ailleurs, si tout était enlevé, cela ferait mentir le proverbe, «qu'il n'y a pas si grandes guerres qu'il n'en réchappe o. En conséquence, on peut dire , que partout où l'on trouve des dépôts marins jurassiques, la mer les a recouverts à cette époque; et même bien plus, la mer devait s'étendre au-delà des limites actuelles de ces dépôts , par suite des destructions partielles inévitables, qui ont agi avec un succès qu'on ne peut contester, sur les contours et les bords toujours plus exposés que les centres des massifs. Toutefois, l'extension de ces limites ne peut guère varier au-delà de quelques lieues au maximum. Laissant sur la carte les contours des terres actuelles, afin de comparer ce qui était autrefois avec ce qui est aujourd'hui, j'ai dessiné les contours des côtes jurassiques, coloriant en bleu l'espace qui a dû être recouvert par les eaux marines, et laissant en blanc les terres fermes.
Le premier géologue qui , à mât connaissance , à essayé de pareils esquisses»; est Elie de Beaumont. Dans ses cours au Collège de France et à l'Ecole des Mines de Paris , le savant auteur des Systèmes de montagnes avait coutume de dessiner la distribution des terres et des mers , aux diverses grandes périodes géologiques, pour le centre de l'Europe.
Lyell dans ses célèbres Principes of Geology, en parlant des changements de température par suite de la distribution différente des terres et des mers , donne une figure , dans laquelle les terres, avec leurs formes actuelles, au lieu d'être placées comme elles existent, sont au contraire transportées suivant la ligne de l'équateur; et, dit-il avec raison, une pareille disposition donnerait à la géographie physique actuelle des lignes isothermes très différentes de celles que nous avons.
La Map of the distribution of marine life, par Edouard
Le Jura. 321
Forbes, que j'ai reproduit, à la Planche 1" de ce volume, montre que les êtres marins ne vivent pas pêle-mêle, mais sont cantonnés dans de certaines limites, et que* sous les vagues de la mer il y a des lors aussi bien que sur la terre ferme.
Enfin, les recherches des géologues, et plus particulièrement celles de Joachim Barrande, indiquent clairement, pour tout esprit qui n'est pas aveuglé par les idées préconçues et les préjugés, que les êtres marins de toutes les époques géologiques, a partir de la Faune primordiale, ont été soumis à des lois de distribution géographique.
Combinant ces idées et observations , profondes et riches d'avenir, d'Elie de Beaumont, de Charles Lyell, d'Edouard Forbes et de Joachim Barrande, j'ai essayé de les appliquer à la période de l'histoire du globe terrestre, que Alexandre de Humboldt a nommée les temps jurassiques.
I. Province normando-bourguignonne, — Cette région comprend les Roches du Jura de la Grande-Bretagne, des trois quarts de la France, de la Belgique, du Luxembourg, de Bade, de la Suisse jurassienne, du Wurtemberg, de la Franconie et du Nord de l'Allemagne. En un mot, c'est, jusqu'à présent, la région type pour lepoque jurassique. Ce qui la caractérise par-dessus tout, c'est l'abondaRce des coraux, et de toute cette réunion d'êtres magnifiques et si extraordinaires, qui vivent autour, ou aux dépens même des coraux, tels que les Crinoïdes, les Radiaires, etc. Evidemment cette province était par excellence la région coralligène ou des grands récifs et des grands bancs, de coraux et de polypiers spongiaires jurassiques. * D'après les recherches effectuées jusqu'à ce jour, le nombre des genres et des espèces y est plus nombreux que dans aucune autre partie du globe. La quantité de Bclemnites, d'Ammonites, de Gryphées, de Myacées, de Nérînées, de Brachiopodes , etc., y est aussi réellement prodigieuse.
II. Province hispano-alpine. — Embrassant les Jura portugais, barbaresque, espagnol, pyrénéen, cévennol, alpin,
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italien, illyrien, monténégrin, hongrois, autrichien et polonais, c'est-à-dire le type méditeiTanéon de de Buch. Les Roches du Jura des Portes-de-Fer du Danube relient cette province avec la suivante, tandis que colles des Cévennes et d'une partie des Alpes de la Suisse allemande (Canton de Berne) Tunissent avec la province normande-bourguignonne. Ce qui la distingue principalement des deux provinces , au milieu desquelles elle se trouve enclavée, c'est l'absence presque complète de bancs et de récifs de coraux et de spongiaires; il y a bien, çà et là, des polypiers isolés ou môme réunis, mais dans ce dernier cas, ils ne forment jamais des vastes nappes, comme dans la première province. Les Ammonites et les Bélemnites y sont encore très nombreuses, quoique, cependant, on semble apercevoir une diminution dans le nombre des individus; les Gryphées surtout en semblent bannies, ou du moins elles n'y forment pas ces vastes bancs de véritables huîtres à crochets qui sont si nombreux dans les Monts Jura, depuis la base dans les calcaires de Blégny, jusquau sommet, c'est-à-dire dans les marnes de Salins à Exogyra virgule. En revanche les Myacées , les Nérinées , Natices , Térébratules etc., semblent y être encore plus nombreux en genres et en espèces que dans la province normande-bourguignonne. Cette province a dû avoir des déserts. Enfin elle montre quelques espèces regardées comme crétacées ou triasiques dans la région voisine, et qui se trouvent renfermées dans des strates jurassiques. Ainsi, aux portes mêmes de la province normande-bourguignonne commencent ces difficultés de mélanges d'espèces , qui bouleversent si fortement les géologues à idées préconçues et étroites. D'après les observations de Forbes et de Barrande,^otit s'explique par des migrations, des colonies, qui ont dû exilter alors, aussi bien que maintenant, on qu'à l'époque silurienne. Les difficultés à résoudre, seront, d'établir les centres de ^créations, les centres spécifiques, et l'histoire des marches et contremarches des .espèces et des (aunes; voilà où est l'avenir de la paléontologie rationnelle et philosophique.
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m. Province criméo-caucasienne, — Elle est située entre la province hispano-alpine et les provinces moscovite et himalayenne. Sa population, en-dehors des espèces spéciales, participe des caractères, des provinces hispano-alpine et normande-bourguignonne. Ce qui la caractérise principalement, c*est un retour des faunes coralligènes ; il y avait en Crimée , au Caucase et dans la Perse , des stations de vastes nappes de spongiaires et de récifs de coraux. Ses frontières sud vers TAbyssinie et TArabie sont des plus hypothétiques.
IV. Province himalayenne. — Les matériaux pour créer cette province sont très incomplets. On peut dire seulement qu'il y a une faune très riche en Ammonites, et que les Gryphées paraissent s'y trouver en bancs. Ses limites sont toutes incertaines.
V. Province moscovite. — La partie de la mer jurassique qui recouvrait la Russie centrale et orientale, présente une population très distincte de la province voisine criméo-caucasienne; d'après d'Orbigny il n'y aurait qu'une espèce commune. Ce qui semble dominer, sont des Ammonites ayant conservés les couleurs irisées de leur test, comme dans le Gault des Ardennes et de Charbony (Jura); des Bélemnites, beaucoup d'Astarte, de Lucines, d'Arches, d'Avicules, de Myacées et de Térébratules» Par contre, il y a une absence presque totale de coraux, de spongiaires, d'Echinodermes et de Crinoïdes. Les Gryphées continuent à s'y montrer.
VL Province sibérienne. — Les observations et collections faites principalement par de Keyserling et Middendorff, dans le Petschora-Land , sur les bords des affluents de l'Obi et de la Lena , montrent que cette vaste contrée , qui s'étend des côtes de la Mer-Blanche aux bords de l'Olenek et de la Lena, a été recouverte d'une population jurassique , qui tout en ayant de grands rapports avec la population moscovite, avec laquelle elle s'est évidemment beaucoup mélangée, présente cependant des différences. Les Térébratules principalement ont presque disparu ; car de Keyseriing n'en cite qu'une seule dans les Petschora-Land; les Ammonites, tout en conservant
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aussi le test irisé comme dans la province moscovite, y paraissent moins nombreuses en espèces et peut-être aussi en individus de la même espèce. D'un autre côté jl semble que les Acéplales y sont très communs.
VII. Province Alaeksa-américaine. — Cette province est établie avec bien peu de documents. J'y rapporte provisoirement les Roches du Jura du Mont de la Pyramide, des Black bills, de lUe Vancouver, de Sitka et d'AIacksa. Elle paraît peu riche en coraux et en radiaires, si même il y en a; le seul fossile un peu abondant, est la Grypbée du LIano estacado.
VIII. Province Wilkie-spitzbergienne, — C'est encore avec bien moins de faits que pour aucune autre, que je propose cette province; on ne peut rien dire, ayant quelque degré de probabilité avec les petites collections de Wilkie-point , du Spitzberg, et des îles de la Nouvelle-Sibérie; mais enfinff peut-être, y a-t-il là une province? Du moins, les fossiles de nie du Prince Patrick paraissent tous différents de ceux de la province sibérienne, et TAmmonite n'a pas conservé son test nacré.
Pour l'hémisphère méridionale, je n'ose réellement rien hasarder, quant aux provinces, ou aux bandes homoiozoïques, Il est probable qu'on arrivera là à trouver des provinces. Ainsi, on a une indication de province Algoanienne dans TAfrique-Méridionale, et de province Copiapienne au Chili; et de plus, les bandes homoiozoïques de l'hémisphère nord doivent avoir leurs représentants dans l'hémisphère sud; car sur le globe terrestre, au point de vue des lois physiques et naturelles , tout paraît être symmétrique , par rapport à Téquateur.
i. Bande homoiozotque centrale, — Cette vaste ceinture ou bande , paraît avoir eu des proportions vraiment colossales. Comparée à l'époque actuelle, voir Planche I, elle absorde en outre de la bande centrale , toute la bande circum-cenirale du Nord, et la plus grande partie de la bande neutrale. Elle comprend les provinces normande-bourguignonne , hispano-alpine , criméo-caucasienne et himalayenne. Le minimum de sa lar-
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geur paraît être vers l'Himalaya, tandis que le maximum est en Angleterre et en Ecosse. SesiUtoites nord sont marquées
par une ligne pointillée qdl je nai pas achevé par
suite du manque de données, même approximatives. Dans tous les cas, les quatre provinces qui se trouvent comprises dans cette bande, présentent dans leurs faunes et flores fossiles jurassiques, des ressemblances et un faciès commun.
2. Bande homoiozoïque neutrale du Nord, — Comparé à la distribution des animaux marins actuels, d'après Forbes, elle se compose d'une faible partie de la bande neutrale du Nord, de toute la bande circum-polaire du Nord, et d'une partie de la bande polaire du Nord. Elle comprend, pour le moment, trois provinces : la moscovite, la sibérienne et l'Alaeksaaméricaine. Malgré le petit nombre de fossiles connus de ces trois provinces, il est évident, d'après les recherches des géologues russes, qu'ils présentent de grandes similitudes dans les espèces, et même aussi dans leur état de conservation. Grewingk remarque, effectivement, que les Ammonites d'Alaeksa ont conservé, comme celles de la Sibérie, du Petschora-Land et de Moscou , leurs tests nacrés à couleurs irisées.
3. Bande homoiozoïque polaire du Nord, — Elle comprend seulement la province Wilkie-spitzbergienne. avec laquelle je la confonds provisoirement. Evidemment elle était beaucoup plus petite en étendue que la bande polaire actuelle.
J'ai marqué sur la carte. Planche II, par des lignes pointillées les limites supposées des provinces et des bandes homoiozoïques; un système de couleurs se fondant graduellement et insensiblement les unes dans les autres serait beaucoup plus vrai et mieux adapté pour cette représentation. Aussi ne faut-il regarder ces lignes que comme un expédient, sans valeur, lorsqu'on descend des généralités, dans les études de détails.
Je n'ai pas encore pu réunir de données qui permettent, pour plusieurs provinces , ou tout au moins pour la province normando-bourguignonne, de présenter une esquisse des zo-
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nés de profondeur des mers jurassiques, par rapport aux successions d'êtres qui vivaient par bandes à diverses hauteurs, ainsi qu'on le voit aujourd'hui sur nos côtes. Ce nest pas que plusieurs fois, en étudiant les terrains jurassiques des chaînes des Monts-Jura, je n'ai été frappé des variations d'espèces et de genres, en suivant la même couche sur des surfaces un peu considérables. Gressly a déjà fait cette observation, il y a 20 années; et Thurmann en avait eu aussi connaissance en exécutant ses recherches dans le Jura suisse. 11 est évident, qu'avant qu'un grand nombre d'années ne s'écoulent, on pourra dans le Jura, en Bourgogne, en Lorraine, dans la Normandie, et en Angleterre, donner un tableau des zones hathymétriques pour les divers groupes des roches de l'époque jurassique.
Maintenant, quelques mots d'explication sur les terres fermes de la période jurassique. II me semble qu'il est inutile de vous prévenir qu'il ne faut voir là que les massifs, et ne pas être trop taquin sur les limites. Le fait principal de cette carte. Planche II, est un continent plus grand que tous ceux qui existent actuellement , placé surtout sous l'équateur et dans la zone tempérée, et qui unissait l'Amérique, l'Afrique et l'Australasie. Je le nOmme Américo- A frico^ Australie Jurassique. Par suite de cette disposition des terres , les mers étaient refoulées vers les deux pôles et en partie aussi dans les régions tempérées, avec une grande voie de communication située entre les côtes occidentales d'Amérique et les côtes orientales australasiennes.
D'abord, llrlande, le pays de Galles, le Cornouailles et la Bretagne, devaient tenir à un grand continent, ainsi que le prouvent les Roches du Jura avoisinantes , et qui renferment, en outre des populations marines côtières, des flores terrestres, des mollusques terrestres, des amphibies, enfin des mammifères terrestres, de l'ordre des Marsupiaux. Les couches de Purbeck, contemporaines des strates marines du groupe de Salins, montrent jusqu'à la dernière évidence, qu'un grand fleuve, une espèce de Nil jurassique, avait ses embouchu-
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res et son Delta sur le British Chaunel, ou la Manche, comme disent les Français. Or, les grands fleuves exigent de grands continents; surtout lorsque ces continents devaient être beaucoup plus arides et plus secs que l'Afrique centrale et l'Australie actuelle, ce qui semble avoir été le caractère physique dominant des temps jurassiques. Les îles Faroë, les Azores, Madère, Ténérifle, les îles du Cap- Vert, les Indes Occidentales, les Bermudes, en un mot, toutes les îles de l'Atlantique n'ont pas fourni une seule trace de mer jurassique. De même, toute la côte orientale du continent américain, depuis l'entrée dans . la baie d'Hudson jusqu'aux Pampas de la Plata , ne présente nulle part de roches jurassiques. 11 faut, aux Etats-Unis, arriver jusqu'au 102* degré de l'ongitude à l'Ouest de Greenwich, pour mettre la main sur une roche ou un fossile de- cette époque. En outre, au lieu de trouver au Mont de la Pyramide, ces centaines de fossiles des en\ irons de Cheltenham, de Lyme Régis, d'Oxford, de Scarborough, ^es Vaches-Noires, d'Héttange, de Porrentruy, de Salins, deBalingen, on a à peine trois, peut-être huit ou dix espèces ; et encore ces espèces n'appartiennent pas à celles qui voyagaient, comme ces bons nageurs, les Bélemnites, les Nautiles, les Ammonites; mais bien à ces mollusques, sans têtes (Acéphales) , stupides huîtres qui ne bougent, pas dli banc ou le Créateur les a accrochés. Si l'on joint encore à cela, que le Llano estacado est sous des latitudes qui sont les mêmes que celles du nord de l'Algérie, de Malaga, de la Sardaigne, du Caucase, etc., on voit évidemment qu'il n'a pas pu exister de communications marines directes entre l'océan jurassique de l'Europe et celle <][ui baignait les côtes occidentales des Etats-Unis. Pour les mêmes raisons, elle n'a pas communiqué, non plus avec les mers jurassiques péruvienne, chilienne, de l'Afrique méridionale; et par conséquent la mer jurassique de l'Europe devait être fermée du côté de l'Atlantique et de l'Afrique; elle ne pouvait être ouverte que vers le Nord et vers l'Orient. Son ouverture vers le Nord, si elle a existé, ce dont je doute fort, n*a pu être qu'un ca-
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nal extrêmement étroit et sans importance entre le nord de rirlande et llceland. Voici sur quoi je me base pour émettre cette opinion^ dabord, les chatncs de montagnes Scandinaves formaient une terra firnia très élevée, et qui avait ses ramifications s'étendant par la mer d'Allemagne actuelle, jusqu'aux environs de Boulogne-sur-Mer, de Liège, s'unissant aux Vosges, à la Forêt-Noire, et à la Bohême. Mon ami Ed. HuU a observé tout récemment, que les Roches du Jura de TAngleterre vont en diminuant de puissance à mesure que Ton s'avance vers l'Orient , et que nulle part elles ne dépassent le méridien de Greenwich. Il est donc probable que la mer jurassique anglaise n'était quune espèce de sund ou de golfe étroit, comme la mer Baltique îictuelle, et que les fossiles jurassiques, trouvés sur la côte nord de l'Irlande, et sur quelques points des îles écossaises, indiquent l'extrémité de ce golfe Adriatique. Ce qui me confirme dans cette manière de voir, c'est que tous les êtres jurassiques anglais, écossais et irlandais, indiquent une température élevée, et que si une communication vers l'Iceland avait existé, elle aurait dû nécessairement abaisser la température de l'eau ; puis , beaucoup d'espèces anglaises se seraient échappées par cette ouverture et auraient recouvert les provinces Wilkie-spitzbergienne , sibérienne et moscovite , tandis qu'au contraire , la province sibérienne montre que ses espèces lui vienne du Sud et. non de l'Occident.
Ainsi, je suis conduit à regarder la mer jurassique de l'Europe comme une espèce de Golfe du Mexique, s'ouvrant vers l'Orient, avec une péninsule podolienne analogue à la Floride, et une île grecque à l'entrée, comme l'île de Cuba. Une pareille disposition, jointe au voisinage immédiat de la plus immense vastitudc de déserts , qui ait probablement existé sur notre globe, a dû incontestablement donner à ce bassin européen une température des plus élevées, température qui a, probablement, été distribuée, assez uniformément surtout le bassin, par des courants chauds, un vrai gu^ stream, s'élevant des côtes d'Afrique, et balayant tous les golfes, les
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baies et les fiords des côtes d'Angleterre, du Luxembourg, des Vosges, du Schwartzwald, etc. Des îles plus o»^ moins grandes étaient répandues dans ce golfe de l'Europe jurassique; ainsi, la France centrale formait une jolie île, la Catalogne une autre, l'île de Sardaigne avait une petite partie dehors de l'eau, ainsi que la Corse; les montagnes des Maures et de l'Estrel, dans le Var, étaient aussi de terres fermes.
Sur les emplacements connus aujourd'hui sous les noms de Fort St. André, de La Chapelle, de Supt, de Montorge, de Corne-à-bœuf, du Banné , de Redersdorfs , de Nattheim , du Locken, du Randen, des Cotteswolds hills, de St. Mihiel, etc., s'étendaient des nappes de coraux et de spongiaires, comme aujourd'hui les récits de coraux de Key-West, de Las Tortugas, et de la côte de la Floride, ou comme les nappes de spongiaires des environs de Singapoore et de Batavia. Car jusqu'à présent, on n'a signalé nulle part dans les Roches du Jura, ce que Darwin a nommé des atolls y s'élevant du fond de \e^ mer Pacifique, avec des puissances de plusieurs milles pieds. Partout, le Coral rag ne présente que des bancs, de véritables récifs identiques à ceux de la Floride; et même je n'ai vu encore nulle part, dans aucune formation "depuis les roches de la faune Primordiale, qu'on ait indiqué, même grossièrement, un atoll fossile.
Ce n'est pas à dire, qu'il n'y en a pas; et les observations et descriptions de Darwin et de Couthouy sont trop positives et précises pour permettre le doute sur ce phénomène des îles de la mer du Sud; seulement, jusqu'à présent ils ont échappé aux recherches des géologues. On pourrait à la rigueur expliquer leurs disparitions sous forme d'atolls^ par la méthode Hébert, qui consiste à dire, que les surcharges des assises de roches qui se sont déposées depuis par-dessus, ont amené des affaissements par suite du poids; et ces magnifiques couronnes de coraux posées comme des diadèmes les plus merveilleux qu'on puisse imaginer, sur le front des montagnes sous-marines, se sont trouvées comprimées, écrasées, et réduites enfin, à l'état d'aplatissement d'un simple bonnet
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de police. Quel chute pour une couronne! être colloquée dans le sac d'un tourlourou ! aussi pourquoi Hébert invente-t-il des théories aussi ébouriffantes.
Dans TAinérique du Nord, la noer jurassique s'étendait sur remplacement actuel des Rocky Mountains et des hauts plateaux qui les entourent. D'après la constitution physique des prairies de TArkansas et du Missouri, on peut présumer que les côtes qui limitaient cette mer, devait être des plages basses et sableuses , avec un fond de mer aussi très sableux, par conséquent peu propre aux développements des êtres organisés, et contenant de grands déserts aquatiques. Aussi les roches du Jura américain, au lieu d'être des calcaires et des argiles ou boues, comme en Europe, sont principalement des grès, très fins, se changeant facilement en sables; et les fossiles y sont également très rares, comparativement aux provinces de l'Hémisphère orientale. Il est possible que dans les environs du Grand Lac Salé, il y ait eu une île. De même, d'après Grewingk, il est bien probable que la vallée du Détroit de Behring était a sec, et qu'une terra firma assez vaste, un véritable petit continent, unissait Behring, le Kamtchatka, et l'Altaï.
Les différences qui existent, entre les fossiles d'AIgoa bay et du Chili, sont assez grandes , pour laisser supposer qu'une langue de terre assez étendue, les séparaient; ce qui explique la prolongation du grand continent jusqu'aux tles Falklands. Les latitudes de Copiapo et de Sunday river étant à-peu-près les mêmes et les distances qui les séparent n'étant pas très considérables, il est présumable que s'il n'y avait pas eu entr'eux une barrière infranchissable, on aurait, en grande partie, les mêmes espèces de mollusques.
Je viens de vous donner les raisons, bonnes ou mauvaises, qui m'ont fait rattacher l'Amérique à la Bretagne, à la Scandinavie et à l'Afrique; reste la jonction avec l'Australie. Cette même différence des fossiles d'Algoa bay avec tous ceux connus jusqu'ici de Cutch, de l'Himalaya, de la Perse et de l'Europe, conduit à penser qu'il n'y avait pas de routes ma-
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ritimes entre le Sud et le Nord dans Thémisphére orientale. La plus petite coupure, le moindre canal de Suez, entre la Méditerranée d'alors et les eaux malegaches, et des colonies d'êtres marins européens, asiatiques et algoens s'unissaient, se mêlaient et auraient laissé des traces de leurs migrations. Mais il y a encore une autre raison capitale, qui permet de supposer le prolongement de l'Afrique et sa soudure avec l'Australie et la Nouvelle-Zélande, c'est que l'Australie au dire de tous les naturalistes qui l'ont vu, tels que Darwin, Jukes et autres, a actuellement une flore et une faune terrestre, ayant les plus grandes analogies avec les flores et faunes terrestres qui ont dû exister sur le continent jurassique, dont faisait partie le Cornouailles et le pays de Galles; et, par conséquent, il est à présumer que l'Australie était liée aux terres fermes de l'Europe occidentale. Les Zamites et les Cycadées des carrières oolitiques du Yorkshire et de Portland, ont leurs analogues dans les forêts de l'Australie, où elles croissent en abondance, au milieu des sables brûlants. Les Marsupiaux de Stonesfield et de Purbeck ont leurs représentants, peut-être même leurs descendants directs, d'après les nouvelle idées de Darwin, dans les Kangourous et les autres nombreuses espèces marsupiales vivant actuellement dans l'Australie-Heureuse et la Tasmanie. Enfin le Ptérodactyle de Lyme Régis n'est certes pas plus extraordinaire que TOrnithorhynque ; cet être qui a rendu si malheureux les zoologistes, parce que les uns en faisaient un oiseau et d'autres un mammifère. Mais, il y a plus encore, les seules Jn^omc* vivant actuellement habitent les côtes australiennes. Tout cela ne tend-t-il pas à laisser admettre ce grand continent Américo-Africo-Australien ?
Or, s'il a existé, cette immense quantité de terres — et de terres arides, de déserts, auprès desquels le Sahara ne peut être qu'un oasis délicieux et un infiniment petit de désert — placées presque toutes sous l'équateur, a dû donner aux isothermes, des positions complètement différentes de celles qu'elles occupent de nos jours. La température de tout le
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globe terrestre a dû s'élever considérablement, et sans prétendre donner de chiffres, il ne paratt pas déraisonnable de supposer qu'il y avait sur l'emplacement des Monts-Jura une mer jouissant de la même température que celle qui baigne le port de Key-West et le pied du Moro à La Havanne. Les Ichlhyosaures et les Plésiosaures de Boll ne devaient pas avoir besoin de plus de chaleur que les alligators des bayous da Mississippi. Comme la Floride et le Delta du Mississippi sont à l'extrémité de la zone torride actuelle, il est présumable qu'à l'époque jurassique , cette zone s'est élevée du 25* degré de latitude jusqu'au 56'; ce qui n'a pu se faire que par une élévation de température annuelle qu'on ne peut évaluer audessous de 12 degrés centigrades. C'est beaucoup! c'est énorme! mais enfin, n'est-il pas possible d'admettre cette élévation sans avoir recours aux feux souterrains, à ces terribles chauffeurs , ou aux changements d'axe de la terre de mon ami feu Bouchepom? C'est, me direz-vous, rejeter une hypothèse, pour en admettre une autre. Oui; mais les unes sont des hypothèses miraculeuses, qui détruisent toute géographie physique possible, bandes homoiozoïques , provinces marines et terrestres; tandis que l'autre n'est qu'une hypothèse merveilleuse laissant subsister toutes les lois physiques du globe et qui, tout en apportant une inconnue dans la question, a le mérite, du moins, de la donner sous une forme qui laisse espérer une solution.
Avec cette carte du globe à l'époque jurassique, on voit que les terres et les mers , tout en étant distribuées très différemment qu'actuellement, conservent cependant à-peu-près les mêmes rapports dans leurs étendues proportionnelles. Cette manière de voir est complètement opposée à celle généralement admise, et qui vient d'être résumée officiellement en France, à l'Académie des Sciences de Paris, par Adolphe Brongniart supporté parEliedeBeaumont, Flourens, Is. GeoflFroy St-Hilaire et Milne Edwards. Je donne une partie des conclusions de ce Rapport paléontologique , fait en 1857, au sujet de la distribution du grand prix des sciences physiques, pour
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Tannée 1856; voir: Appendice H. C'est votre compatriote , le Prof. Dr. H. G. Bronn de Heidelberg, qui a été le lauréat académique; il a publié sa statistique paléontologico-géologique sous le titre de: Untersuchungen iiber die ErUtoickelungs-Geseize der organischen Welt wàhrend der Bildungs-Zeit unserer Erd- Ober/làche] Stuttgart, 1858; livre d'érudition de cabinet, mais à vues étroites et peu philosophiques, et qui montre que M. Bronn est plutôt un éditeur de livres géologiques élémentaires, qu'un coureur de carrières, de montagnes et de déserts.
Pour venir d'ailleurs à la rencontre de vos demandes d'explications, je vous préviens que j'ai sous presse un atlas de dix cartes avec textes, dont la Planche II fait partie, et qui a pour titre Allas de géographie anlé-diluvienne. En quelques mots, voici, grosso modo, les résultats auxquels j'ai été conduit, par mes études pratiques , unies à une lecture assez attentive des publications géologiques et d'histoires naturelles. 1° Dès le dépôt de la première roche stratifiée renfermant des débris d'êtres organisés, jusqu'à l'an de grâce 1860, il y a eu des bandes homoiozoïques , des provinces marines et terrestres, d'animaux et de plantes. 2^ Dès cette époque, il y a eu aussi des continents et des îles; et la surface des terres émergées , par rapport à celle de l'océan , a été à-peuprès la même à toutes les périodes; avec des variations cependant en moins ou même en plus, mais en se tenant toujours dans des limites voisines de la proportion de Vs des terres fermes par rapport à la surface totale du globe. 3° Il s'est écoulé un si grand nombre d'années, depuis l'apparition de la Faune Primordiale, et les changements brusques ou insensibles, sur la surface de notre planète, se sont opérés d'une manière si continue et si régulière, que je pense, que le Créateur a déjà exécuté toutes les combinaisons que le géographe le plus habile, pourrait imaginer, en essayant de tracer sur une Mappemonde des terres et des mers fantastiques, tout en se tenant dans les proportions voisines de Vs pour les terres fermes. 4'^ Il y a eu sur les continents siluriens, du Vieux Grès Rouge, carbonifères, diasyques, triasiques, jurassiques, crétacés, num-
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mulitiques, miocènes et pliocënes, des chaînes de numUignes aussi élevées que celles existant actuellement'^ et je ne doute pas, par exemple, que les alpes Scandinaves, celles du Pays de Galles, de la Nouvelle Angleterre, les Laurentines etc., ont été aussi élevées a Tépoque jurassique que le sont actuellement les alpes suisses, les Cordillères et même l'Himalaya. Ces idées paraîtront moins absurdes , si l'on pense un instant que les alpes Scandinaves sont plus anciennes de millions et de millions d'années que les alpes suisses, et que ces montagnes ne sont que les ruines d'une chaîne immense, dont Tossature actuelle effraye encore l'imagination. D'ailleurs, toutes les montagnes ne sont que des ruines; et plus, elles sont anciennes, plus ces ruines s'abaissent et cherchent à se niveler avec les plaines ou plateaux qui les entourent. 5"^ A toutes les époques, il y a eu plus ou moins de glaciers. Remarquez que je ne dis pas de glaces flottantes ; car le phénomène des [ Icebergs a pu manquer aux époques du silurien supérieur, du I terrain houiller , jurassique et éocène. 6° On peut dire que pendant les temps des siluriens inférieurs et moyens, le globe terrestre se trouvait dans une période tempérée , les terres fermes étaient distribuées d'une manière analogue à ce qu'elles sont actuellement; dans tous les cas, avec peu de mers vers les pôles. Le dépôt du silurien supérieur s'est opéré pendant des temps relativement plus chauds, et les mers se sont portées vers les cercles polaires , tandis que les terres se groupaient sous la zone torride; en un mot, la période du silurien supérieur a été chaude , tandis que celle des : siluriens inférieurs et moyens était tempérée. Le dévonien a i participé des deux périodes entre lesquelles il se trouve - enclavé ; je doute d'ailleurs , de plus en plus , que ce soit une .bonne division ; une partie doit être unie au Silurien supérieur t l'autre au Carbonifère. Pour l'époque Carbonifère, elle a té très chaude et très humide-^ les mers s'étendaient vers les ôles, dans les régions tempérées, et aussi un peu sous les égions équinoxiales ; tandis que les terres placées surtout ous la zone torride, et un peu dans la zone tempérée» de-
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vaient présenter une série non interrompue de grandes et de petites îles, comme si Ion groupait actuellement Madagascar, Bornéo, Java, Nouvelle-Guinée, Nouvelle-Zélande, Cuba, Terre-Neuve, Vancouver, la Grande-Bretagne, etc. avec les petites îles qui les environnent, et qu*on renouvelle ces groupements, en laissant des bras de mer entr'eux, jusqu'à ce qu'on ait recouvert la zone torride et la moitié des zones tempérées. Le Dyas et le Trias ont été des époques froides, les mers s'étendaient surtout sous l'équateur et les terres vers les pôles; aussi cette période du Nouveau Grès Bouge coupe-t-elle en deux les séries paléontologiques. Ainsi que je l'ai dit , les temps jurassiques ont été très chauds et très secs. La période crétacée a été tempérée et même un peu froide , avec des terres fermes considérables vers les pôles; tandis que les mers s'étendaient, surtout sous la zone torride et dans la zone tempérée. L'Eocène a été très chaud, le Miocène chaud et le Pliocène tempéréy)* Au commencement de l'époque actuelle que l'on nomme période quaternaire , le globe terrestre était froid, actuellement il est tempéré , cependant participant encore un peu de la période froide. Du reste, nous ne sommes que dans la seconde phrase de l'époque actuelle, et l'on ne sait, ce que l'avenir lui réserve.
Par suite de ces dispositions des terres et des mers occupant alternativement les zones torrides et glaciales, il doit s'en suivre que les séries des roches stratifiées sont moins complètes, en général, dans ces zones que sous la zone tempérée; et c'est eflfectivement ce qui arrive. La zone tempérée, a été de tout temps, la zone privilégiée, et c'est seulement là où il faut chercher, en général, bien entendu, des séries complètes des couches depuis la base du Mississipien, jusqu'aux roches qui se forment actuellement.
') Voir, sur les températures qui out exislé pendant les périodes tertiaires, le beau et excellent résumé qui termine le magnifique ouvrage de mon ami, le professeur Oswald Heer, intitulé: Die Tertiàr - Flora der Sc^eiz; fol., Winterthar.
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En construisant une carte de géographie anté-diluvienne, comme par exemple le globe à l'époque jurassique, il se présente la difficulté suivante. C'est qu'âme pareille époque, ayant duré des millions d'années, les relations des terres et des mers se sont modifiées et ont plusieurs fois changé, plus ou moins , pendant ces longues séries d'années. Il est évident, en effet, si Ton veut arriver à une représentation mathématique des terres fermes et des mers, que cela est radicalement impossible, même actuellement. En effet, en supposant que toute la Terre actuelle soit relevée par une armée d'ingénieurs, il faudrait, néanmoins, un certain nombre d années pour opérer ce travail, puis ensuite pour coordonner les relevées et les mettre au net; et quelque minimum que l'on attribue à ce nombre d'années, il sera toujours assez grand, pour que des changements notables se soient opérés pendant sa durée, sur plusieurs points du globe; car les forces physiques sont constamment en jeu, et elles seules donnent la solution du mouvement perpétuel. Aussi ne faut-il voir dans cette carte du globe terrestre à l'époque jurassique, en supposant qu'elle est exacte , ce qui n'est pas , qu'un résumé de toutes les combinaisons géographiques qui ont pu s'effectuer alors, et ne pas penser qu'elle représente, à un moment donné de cette époque, les relations entre les terres et les mers. C'est dans tous les sens une carte fictive] et donnez à cet adjectif, mon cher ami, l'interprétation la plus large, sans crainte de rester au-dessous de la réalité.
A ce sujet, quelques remarques sur les chaînes de montagnes. Je crois fermement, qu'Elie de Beaumont a fait une {grande découverte, en liant l'apparition des montagnes avec ' les changements des périodes géologiques et en classant les chaînes suivant leurs ordres chronologiques. Je ne veux pas, ipar là, endosser toutes les méthodes qu'il a employées, ni toutes ses conclusions; mais je ne doute pas, qu'en se servant, avec précaution, d'une partie de ses idées, on en tire des résultats très utiles et très vrais pour l'histoire de notre globe. Une des objections que l'on a faites à ses Recherches
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sur les révolutions du globe, c'est qu'après avoir trouvé d'abord 4 ou 5 soulèvements, de Beaumont a fini par en avoir 20 et 30, et que même il avoue dans son dernier ouvrage {Notices sur les systèmes de montagnes, 3 vol. 12'^. Paris, 1852), qu'on arrivera à une centaine de soulèvements. Enfin, plusieurs personnes pensent avoir démontré, que plusieurs des soulèvements primitivement énoncés , ne sont pas exacts. Cela est possible; mais, à mon sens, cela n'atteint pas la découverte du grand et beau principe, tout au plus cela touche-t-il à la méthode. Des observations faites rapidement, et peut-être mal interprêtées, de mauvaises cartes, enfin des fautes inhérentes à un premier jet d'un principe aussi fécond que grandiose, expliquent et excusent ces erreurs, si erreurs il y a. Eh bien ! non seulement je crois qu'on arrivera à cent soulèvements différents, mais je pense, qu'il y en a eu plusieurs centaines, depuis le dépôt de la Faune primordiale; et que, malgré qu'au moins la bonne moitié de ces soulèvements nous seront toujours cachés par les mers, on arrivera à en constater sur les continents et dans les îles deux ou trois cents. Mais entendons-nous ! je ne sais , si Elie de Beaumont a attaché à chaque soulèvement l'idée que, cette révolution subite s'est fait sentir sur toute la terre, a anéanti tous les êtres, et a fait passer, comme par un changement de théâtre à vue, la terre d'une période dans une autre. Dans tous les cas je ne partage pas cette manière de voir; et voici mes suppositions là-dessus. Une chaîne de montagne n'a jamais causé une révolution qui se soit fait sentir sur toute la Terre; son apparition n'a pu avoir que des influences plus ou moins locales; de plus, elle n'a pas été subite ^ dans le sens attaché généralement à ce mot, et je pense que chaque apparition de chaînes de montagnes ne s'est effectuée que dans un temps assez long, relativement à notre vie, mais court relativement aux âges du monde; ainsi je dirai, un nombre assez large d'années. Elles n'ont jamais anéanti tous les êtres, puisque toutes ces apparitions ont eu des influences locali- J sées. Enfin, il a fallu une succession de ces apparitions , i
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pour faire passer ]a Terre dune période dans une autre. Ces révolutions, sans ôtre la cause unique du renouvellement des faunes et des flores, en sont évidemment la cause principale, et cela malgré ce qu eu peuvent penser MM. d'Archiac et Hébert. Par exemple si je considère l'époque jurassique, voici comment je comprends les soulèvements de chafnfis Hft montagnes. Supposons qu'il y a eu pendant les 5 ou 10 millions d'années , que cette époque a durée douze apparitions de chaînes de montagnes , chacune de ces apparitions se sont opérées, à de grands intervalleales unes des autres, et aussi à de grandes distances géographiques les unes des autres. Leur influence immédiate à chacune a été localisée, par exemple au sixième de la surface de Thémisphère où la dislocation a eu lieu; mais l'influence indirecte s est fait sentir, avec les temps, dans tout cet hémisphère, ou seulement peut-être dans la moitié. Ajoutant ainsi les dix ou onze révolutions , en faisant le tour du globe , on arrive à avoir une distribution des terres fermes et des mers très différentes de ce qui existait au commencement de l'époque jurassique ; puis, le douzième soulèvement de chaîne de montagnes survient, qui comble la mesure de tous ces changements , et qui , soit par suite d'une plus grande intensité dans le phénomène, soit par suite de la position géographique, formant peut-être clef de voûte dans le système, donne à Taspect physique général des terres et des mers un faciès radicalement différent de celui qui a régné pendant les temps qui se sont écoulés depuis le premier soulèvement jusqu'au douzième. On peut comparer cette manière de voir à un bûcheron qui, cherchant à abattre un arbre, donne avec des intervalles de repos des coups de hache sur le tronc; un dernier coup, peutêtre plus vigoureux, ou souvent plus heureusement appliqué, fait perdre l'équilibre à l'arbre, et l'abat, pour ne plus se relever. Il en est ainsi de la Terre, le Créateur est le bûcheron, les soulèvements de montagnes senties coups de hache, i et le dernier efface une époque géologique, comme le dernier coup de hache a abattu l'arbre; puis des rameaux repoussent
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sur le tronc, comme les dépôts se continuent en se plaçant ! et se soudant sur les assises fraîchement relevées et disloquées. \
Avant de terminer mes parlotes, encore un mot et j'ai fini d'abuser de votre patience. Agassiz, qui est certes un bon juge, m'a souvent dit que Deshayes était le naturaliste qui connaissait le mieux l'espèce ; or , voici d après Deshayes la définition de l'espèce : « L'espèce est une ré union d ' individ us « semblables, descendus de parents identiques à eu x, et sé- « parés des'aùTfës par des cârâcïères organiques d'une cons- ^ « tance "àbsolùe.T ~ Cette définition s'éloigne passablement de celle de tfufiTon,^ généralement admise par les géologues, et elle est incontestablement meilleure et, par suite, plus près de la vérité. Mais, me direz-vous, pourquoi parler de l'espèce en histoire naturelle? C'est que je pense, que de la solution que recevra cette question, dépend en grande partie l'accélération ou les retards des progrès de la paléontologie stratigraphique. Les genres, les familles, les ordres mêmes sont des coupures artificielles, tandis que l'espèce est la division naturelle; tout le monde organique tourne autour de ce pivot; l'espèce est la base sur laquelle repose tout l'édifice de la vie sur la terre, enlevez-la, et tout est ébranlé.
Un observateur pour lequel j'ai le plus grand respect, Charles Darwin, vient de publier un livre bien extraordinaire et curieux sur ce sujet ; il est intitulé : On the origin of species hy means of Natural Sélection; or, the présentation of Favoured races in the struggle for life ; 12^. London , 1859. Je pense que jusqu'à présent personne n'a été aussi bien placé que Darwin pour aborder cette question. Comme naturaliste du Beagle, il a fait le tour du monde, observé la nature sous tous les climats et sous toutes ses faces; les régions si riches et si peuplées de l'Océanie, des iles de la Sonde, ont été soumises à ses investigations les plus minutieuses ; il a vu bâtir les atolls, courir les gazelles, sauter les Kangourous, fumer les volcans et trembler la terre. Avec cela, Darwin est bon paléontologiste et excellent géologue; et depuis son retour, au lieu de s'enfermer dans les Musées, les Bibliothèques et les
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rues de Londres, il a passé tout son temps à la campagne, au milieu de la nature britannique, ne restant jamais un seul jour sans observer des faits. Voilà, j'espère T une préparation, qu'il est donné à peu de personnes d'obtenir. Aussi, tout en étant loin d'entrer dans toutes les vues de l'auteur, je n'hésite pas à dire que son livre est un événement dans la science, et qu'adversaires ou partisans de ses idées n'ont cpi'à apprendre en l'étudiant à fond. Darwin est partisan des modifications exercées sur les êtres en descendant le cours des années, et il est l'adversaire des créations indépendantes. C'est à peu de choses près l'ancienne polémique entre Cuvier et Geoffroy St. Hilaire, polémique qui n'a convaincu et réconcilié aucune des parties opposées, et qui évidemment est loin d'être épuisée.
Ainsi , Darwin pense que « la quantité innombrable de « familles , de genres et d'espèces d'êtres organiques qui peu- « plent le monde, descendent tous, chacuns d'après le groupe «auquel il appartient, des mêmes parents, et qu'ils ont été « tous modifiés dans le cours des temps. » Il regarde « tous « les êtres, non comme provenant de créations spéciales, (• mais bien comme des descendants en lignes directes de « quelques êtres peu nombreux qui vivaient longtemps avant « le dépôt de la première couche du terrain silurien. » Plus loin, Darwin ajoute: «je crois que les animaux descendent « tous de quatre ou cinq ancêtres (progenitors) , et les plantes « d'un nombre égal et même plus petit. L'analogie nous con- « duit même plus loin et, dit-il, il est possible que tous les « animaux et toutes les plantes descendent d'un seul prototype, y> J'avoue que c'est fort, et que Darwin est bien avare de créations; c'est limiter à bien peu le pouvoir de la puissance créatrice, ou tout au moins l'interpréter dans un sens qui n'est ni large, ni en harmonie avec les forces productrices contre lesquels se heurtent continuellement l'observateur. Quoi, tous les végétaux peuvent descendre d'une carotte! et les animaux d'un huître! Il sera difficile à l'auteur de faire entrer de pareilles idées dans l'esprit de YEnglish NobilUy.
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Un Duc et Pair d'Angleterre n'a pas encore placé dans sa généalogie normande, saxone, galloise, celtique, que son prototype, c'est-à-dire, son premier père était un nègre, un singe, un palseotherium, un dromatherium , un trilobite, un spirifer, une morue ou un hibou [owl]. Il est vrai que ce n'est pas une raison pour que cela ne soit pas.
Comme j'ai aussi passablement voyagé; je vous demande la permission de dire Ilmpression que j'ai reçue de la vue
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et de l'étude de la nature! Je crcSîs aux centres dêcreations, et bien plus, je pense que toutes les espèces, animaux et plantes, ont été créées par groupes et non isolément. Il n'a pas dû être plus difficile au Créateur de faire naître un oranger que quatre ou cinq mille orangers; un castor, un chien des prairies, un canard, une abeille, que des centaines de ces animaux. Si l'on regarde un peu attentivement la nature, on voit combien il est difficile aux êtres de subsister, combien de causes de destructions, pour un bien petit nombre de reproductions. Si les êtres avaient été créés isolément, je ne pense pas qu'aucun ait pu avoir plus de six mois de vie. Chaque être vivant a besoin de soutiens, sans quoi il disparaît promptement. Lunion fait la force. Comme vous le voyez, si Darwin réduit les forces créatrices à leur plus simple expression, je suis porté au contraire a leur attribuer une puissance qu'on pourra croire trop grande; qui sait, la vérité est peut-être entre ces deux manières de voir.
Charles Darwin et Charles Lyell ont surtout une foi très grande dans la migration des espèces, et dans les facilités que chaque être a pour se plier aux modifications de climat et de positions. Tout en admettant ce pouvoir, je suis loin de lui attribuer un rôle aussi grand que ces illustres savants. Cela tient probablement à ce que Lyell et Darwin ont beaucoup navigué, et lorsqu'on est à bord d'un navire, c'est-àdire de la plus grande machine que Dieu ait mise entre les mains des êtres pour émigrer, on est assez porté à voir flotter tout ce qui vous entoure. Je n'ai pas fait le tour du monde, comme Darwin, mais dans mon voyage à moitié du
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tour*du inonde, j'ai été frappé, surtout des barrières et des difficultés énormes qui empêchent les êtres de changer de région, de subsister, et de changer d'alimentation. C'est que, j*ai traversé toute FAmérique du Nord à cheval et à pied, et que, lorsqu'on chemine dans les solitudes terrestres, on éprouve d'autres difficultés que sur l'océan.
Voilà, mon cher ami, tout ce que j'avais à vous dire sur un sujet que nous avons tous deux étudié, si ce n'est avec intelh'gence, du moins avec ardeur et avec infiniment de bonheur et de plaisir. Les plus beaux jours de ma vie se sont passés au mih'eu des carrières, des ravins, des éboulements et des abruptes jurassiques; j'y ^î constamment marché de surprises en surprises, de découvertes en découvertes; et cependant, combien peu, à l'heure qu'il est, je connais les Roches du Jura ! Sujet inépuisable d'études ; des milliers d'années s'écouleront encore, avant qu'on en connaisse à fond l'histoire; et alors, me demanderez-vous, que diront nos successeurs de toutes nos sornettes? quien sabe? ?
Àdiosî — Votre très dévoué
JULES KABCOU.
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