‹ Lettres sur les roches du jura et leur distribution géographique dans les deux hémispheresChapitre 37 sur 41 · CO · texte numérisé non relu

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Ce tableau n'est que provisoire , car il y a des difficultés de superposition dans les Alpes dont on ne peut se faire une idée un peu juste, que lorsqu'on on a essayé soi-même de coordonner quelques strates dans cet immense tohu-bohu de roches alpines, qu'on dirait placées au centre de l'Europe, comme une pomme de discorde. Gomme vous le savez» sans doute , trouver deux géologues complètement d'accord sur la stratigraphie des Alpes, est aussi difficile que de trouver un merle blanc , ou de produir une tulipe bleue.

Pour les Alpes occidentales, françaises, savoyardes et suisses, on est aussi peu d'accord que pour les Alpes orientales, et même on a de plus pour se mitrailler à qui mieux mieux, la trop célèbre localité de Petit-Cœur, sans compter les poudingues de Yalorsine, qui certes ne le cèdent pas à l'énigmatique verrucano. Le passage des Roches du Jura du Bugey et des environs de Crémieux (Isère), qui là encore ont tous les caractères du Jura franc-comtois, s'opère brusquement dans le groupe des montagnes de la Chartreuse , et arrivé à la Porte de France de Grenoble, on tombe tête baissée dans ces mélanges de fossiles , qui chagrinent si fort les amateurs de la classification dite anglaise. Mon ami , le professeur Lory , sans s'inquiéter trop de ces mélanges, poursuit depuis longtemps et avec assez de succès l'étude du terrain jurassique dauphinois, et même, il est déjà arrivé à d'assez beaux résultats, qu'il a publiés, soit dans le BuUetin de la Société géologique de France, soit dans le Bulletin de la Société de statistique de V Isère. Cependant , comme il le dit lui-même , a les Roches du Jura de ces contrées sont encore bien embrouillées. »

Les beaux travaux, que vous connaissez d'ailleurs fort bien, de Frederich Hoffmann, de F. A. Rœmer sur les Roches du Jura du Hanovre , de A. von Strombeck sur celles du Brunswick, de Wessel et de Bornemann sur le jurassique poméranien et Mecklenbourgeois , font rentrer tous ces dépôts du Nord de l'Allemagne, dans la même province normande - bourguignogne, que ceux de TAngleterre, des Monts-Jura et de la Souabe , malgré quelques petites difficultés qui seront aisément

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surmontées , et qui proviennent de détails de subprovinces ou de cantonnements dans la province normande-bourguignonne.

Arrivé dans les Carpathes, aux environs de Krakau, en Hongrie; dans le Banat et le Monténégro, on ne trouve plus les Roches du Jura que disséminées çà et là , et occupant de petites surfaces dans les régions montagneuses de ces contrées. Leurs études, quoique commencées et poussées vigonreusement par Kudernatsch. Zeuscbner, Hauer et Lipold, sont encore loin de présenter ce cachet de généralités qui ne s'obtient que par de nombreuses années de recherches et d'observations minutieuses. Cependant comparé au terrain jurassique des Alpes autrichiennes et à celui de la Crimée , on a là une espèce de lien et de trait d'union qui semble jeté par-dessus le Danube, comme un pont de bateaux jurassico-géologique.

Aux Portes de Fer , Kudernatsch a trouvé dans la partie la plus méridionale de ces défilés du Danube, à un petit village isolé nommé Swinitza, au-dessous de grès et d'assises calcaires, des strates d'oolites ferrugineuses, très semblables, lithologiquement, au Fer de La Roche-Pourrie et au Fer de Clucy, et contenant, comme ces derniers, une très grande quantité de Céphalopodes, appartenant surtout aux genres Ammonites et Nautiles. Ces fossiles, par leurs espèces et leurs associations, indiquent que la Hongrie faisait partie de la provinee zoologique hispano - alpine de l'époque jurassique. Parmi les plus communs, Kudernatsch cite les ÀmmonUes Humphriesianus , A. triplicaius, À, bulUUus^ A. t{Ur%cf4s, A, Zignodianus, A. Homnmrei, A. convoltUus^ etc. Il est bon, toutefois, de remarquer qu'après une étude plus minutieuse Hauer a reconnu que les échantillons rapportés à VAmmaniies Humphnestanus^ présentaient des différences tellement grandes avec cette ammonite , qu'il en a fait une espèce nouvelle sous le nom à^ Ammonites reetelobatus (voir : Patàontologiscke NoHzmf No. 4. Eine neue Ammamienart aus dm Klamschichten, p. 14, Vienne, 1857), et qu'il serait possible que d'autres espèces de Swinitza soient nouvelles.

En outre, de ce beau travail sur Die Ammùniten ixm Sm--

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nitza, 4°, Wien , 1852 , et d'un petit essai publié dans le Jahrb. der geologischen Reichsansialt , 1855, sous le titre de Beitràge xur Kenntniss des BaneUer Gebirgszuges j Kudernatsch vient de faire paraître dans le Bulletin de TAcadémie des Sciences de Vienne, un très beau mémoire intitulé : Géologie des Banaier Gebirgszuges, 8^, Wien, 1857, et qui contient une intéressante carte géologique d'une partie du Banat. Le terrain jurassique est représenté par cinq teintes différentes sur cetXeSpezialkarte des mittleren Theiles des BancUer Gebirgszuges ; teintes correspondantes à des divisions propres au pays et qui n'ont, bien entendu , aucuns rapports avec les étages et groupes stratigraphiques des Roches du Jura de l'Angleterre ou de la France. Dans ce qu'il appelle son étage des Concretwnenkalk , ce savant géologue hongrois a recueilli les fossiles suivants : Ammonites tripHcatus , A. macrocephal'us y A, heciicus^ Gryphcea Buckmanni, Litim pectiniformis, Avicula incequivalvis y et un grand nombre d'espèces nouvelles appartenant à des Céphalopodes , Brachiopodes , Acéphales et Crinoides. A la partie supérieure des Roches du Jura du Banat, que Kudernatsch nomme WeisserJura, les assimilant ainsi un peu grossièrement à votre Weisser Jura de la Souabe, il a recueilli la célèbre Bhynchonella lacunosa et les AmmonUes polyplocus et biplex.

Au Sud des Carpathes, Hauer dans une exploration du Nord-Ouest de la Hongrie y a reconnu les Roches du Jura se liant, par leurs caractères lithologiques et paléontologiques, avec celles décrites par Zeuschner dans les Carpathes (voir: Jahrbuch der geologischen Reichsanstalt , Sitzung am 15. Hârz

1858, p. 5). Enfin Lipold, dans une reconnaissance exécutée, tout dernièrement, des bouches du Cattaro en Dalmatie aux montagnes du Monténégro, a vu des strates assez puissantes formant les sommets même de Monténégro et qu'il rapporte aux Roches du Jura. Bien plus, il pense y avoir trouvé les Kôssenersckichten^ le Dachsteinkalk et les HallsiéUter Schichten (voir : Jahrbuch der geologischen Reichsanstalt , Sitzung am 8. Februar

Bien entendu que M. d'Archiac dans son Histoire de la

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géologie, vol. VII., p. 542, déclare que ce mélange dans la distribution des fossiles provient de données incomplètes ou mal comprises, que cette prétendue région jurassique méditerranéenne, inventée par de Buch, Zeuschner et autres, n'est qu'une hypothèse, provenant de ce que tous les observateurs italiens, autrichiens et autres ont laissé échapper une cause particulière, locale, et surtout de ce qu'ils ne connaissaient les faits qu^im^ parfaitement.' C'est dire, il me semble, assez clairement et nettement , que de Buch , Zeuschner , Hauer , Lipold , Kudernatsch, Escher , Curioni , Stoppani , etc. , etc. , ne connaissent qu'tmparfaitement la manière d'observer en géologie stratigraphique ; que leurs recherches sont plus ou moins fausses; tandis que lui, M. d'Archiac, qui n'a pas vu les lieux, remarquez-le bien; qui n'a pu par conséquent faire des observations sur le Jura méditerranéen que depuis son cabinet avec un télescope à foyer courbe (comme le tir à ricochet et à feux courbes), trouve dans sa tète une cause particulière et locale qu'il se charge dexpliquer à la fin du volume. En vérité, en lisant de pareilles phrases, qui malheureusement sont loin d'être rares dans ce volume Vn., je suis à me demander si le savant historien n'est pas de temps à autres soumis à de malins enchanteurs (comme Cervantes l'explique pour Don Quichotte), qui lui font voir les strates de toute la terre à travers le prisme trompeur qu'il est allé ramasser dans les carrières oolitiques de la Grande Bretagne.

La Russie d'Europe parait renfermer de vastes surfaces qui sont recouvertes par les Roches du Jura, et cela depuis l'extrémité sud de la Crimée et les sommets du Caucase jusqu'à l'embouchure de la rivière Petschora et les côtes glacées qui regardent la Novaia-Zemlia. Le manque d'observations exactes et rigoureuses pour une si vaste contrée que la Russie, fait que l'on n'a pu donner jusqu'à présent qu'approximativement les limites des formations* Il ne faut pas conclure en voyant la Carte géologique de la Russie dt Europe et des Montagnes de VOural par Murchison, de Verneuil et de Keyserling, qui se trouve à la fin du premier volume de The Geology of

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Russia, etc. , et qui a été publiée en 1845; que les divers terrains qui y sont représentés ont des limites rigoureuses comme dans les Cartes géologiques de TAngleterre , de la France , de TAllemagne et de la Belgique par Smith, Greenough, Dufrénoy» Eliede Baumont, deBuch, Dechen, Dumont, etc. Non! cette carte n'est qu'une première esquisse fort incomplète, qui résumait k la date de son apparition les travaux et les cartes de de Buch, Dubois de Montpéreux, Helmersen, Zeuschner, Boue, Erdmann, Hisinger, Hermann, Rose, Humboldt, Hoffmann, Keilhau, Fischer de Waldheim , de Meyendorff, Erman, Olivier!, etc. etc. ; mais comme me le disait un géologue russe « La « distribution géographique des Roches du Jura en Russie n'est (( indiquée sur la Carte de Murchison que d'une manière tout <( à fait hypothétique; en général ce n'est quavec la plus « grande réserve qu'on peut se servir de cette carte , qui vous « abandonne partout, oh il s'agit des limites des formations. » Une traduction russe du savant travail de M. Murchison et de ses, collaborateurs , faite par le Colonel Ozersky , a déjà altéré, en 1849, les proportions et les limites des formations sur cette carte géologique générale. Enfin, faisant usage de tous les travaux publiés depuis 1845, André Dumont dans sa Carte géologique de (Europe a colorié la Russie en modifiant assez notablement les limites admises par Sir Roderick Murchison; et malgré cela la publication de Dumont est loin d'être rigoureuse, et déjà le Prof. Abich a signalé de grands changements à y introduire pour tout le massif du Caucase. Puisque je parle de Dumont , je désire présenter une petite observation ; car Dumont étant mort avant l'apparition de sa belle Carte dEurope, il me paraît juste de ne pas laisser sans réponse la phrase suivante qui se trouve au bas de la page 388 du Siluria, third édition, London, 1859.

Sir Roderick Murchison dit: « La Carte de Dumont, dont « une moitié est prise de la Map of Russia in Europe and the a Vrai Montains par moi et mes collaborateurs. » Si l'on compare les deux cartes, on voit d'abord qu'il y a des différences considérables dans les limites des formations, ce dont M. Mur-

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cbison ne tient pas compte; puis enfin la Map of Russia m Europe and the Vrai Mountains n'est pas due entièrement à Murcbison, de Verneuil et de Keyserling; les prédécesseurs de ces savants géologues ont fait les deux tiers de cette carte, et il me semble quç je ne suis pas injuste en n'attribuant au maximum que le tiers de cette caite à M. Murchison et à ses collaborateurs. Par conséquent, la Carte géologique de VEuroipe par Dumont n*est pas pour la moitié une copie de celle de M. Murcbison, mais seulement tin sixième, ce qui est très différent; et encore faut-il admettre que ce sixième n*a pas été modifié par Dumont et surtout par les géologues russes , ce qui* n'est pas complètement exact. Suum cuique.

Aux environs de Moscou, le terrain jurassique a été étudié avec soins par les géologues de l'ancienne capitale des Czars. Rouillier et Frears en ont donné un résumé très remarquable dans le BuUetin de la Société des Naturalistes de Moscou, année 1845, n^ IV, sous le titre de Coupe géologique des environs de Moscou. De plus, ces deux savants Tout accompagné d'une explicaiion , et enfin Rouillier y a ajouté de remarquables Etudes progressives sur la paléontologie des environs de Moscou, Comme cette section théorique contient aussi les terrains quaternaire et carbonifère , je ne donnerai que les Roches du Jura, avec les modifications apportées par les recherches exécutées dans ces quatorze dernières années, principalement par BIM. Frears et Auerbach. Je dois ces corrections à l'obligeance de notre savant confrère M. AuerBach :

Tabular view du terrain jurassique des environs de Moscou , en

1845, par Rouillier et Frears.

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