‹ Lettres sur les roches du jura et leur distribution géographique dans les deux hémispheresChapitre 40 sur 41 · NOTICE SUR WILLIAM SMITH · texte numérisé non relu

NOTICE SUR WILLIAM SMITH

Il est rare que les inventeurs, et que ceux qui font de grandes découvertes, soient récompensés parleurs contemporains; un concours de circonstances malheureuses, tels que, Textrême modestie de la plupart de ces grands hommes , la pauvreté , le rang inférieur de la société d'où ils sortent presque tous . la jalousie de quelques-uns, Tindifférence du plus grand nombre , sont autant de barrières souvent insurmontables placées entre eux et la justice des hommes. Cependant, les générations futures corrigent presque toujours le jugement peu éclairé que les passions du moment ont fait rendre, et la reconnaissance de la postérité est généralement assurée à ceux qui ont fait faire un progrès aux sciences , aux arts ou à l'industrie. 11 serait certainement bien préférable que tous les auteurs des grandes découvertes soient récompensés de leurs vivants ; il y en a même quelques-uns à qui cela arrive , mais alors les hommes seraient trop sages et l'humanité trop parfaite.

Smilh est un des exemples les plus frappants de l'oubli de ses contemporains ; créateur de Tune des trois branches dont se compose la géologie, il a vécu oublié, pauvre, dans la misère même; les hotir neurs ne sont jamais venu le trouver dans 39 modeste retraite ; c'est

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à peine si , sur les dernières années de sa vie , il a reçu quelques attentions d'un petit nombre de ses confrères et une faible pension gouvernementale, donnée sans dignité, sous forme d'aumône arrachée par la sollicitation de quelques admirateurs.

William Smith est né à Churchill, village situé dans l'Oxfordshire (Angleterre) , le 23 mars 1769 ; et il est mort à l'âge de soixante et dix ans, le 28 août 1839, à Northampton. Elevé pour la profession d'arpenteur et d'ingénieur des mines, Smith commença à étudier et à observer les strates dès 1788, et il parcourut dans tous les sens, appelé par les devoirs de son état, les terres ooli tiques de TOxWdshire et du Gloucestershire , les marnes liasiques et les marnes irisées du VVarvvickshire , et le terrain houiller de High Littleton (Comté de Somerset). Mais ce fut surtout comme ingénieur et directeur des travaux pour la construction du Sonner selshire Coal Canal, que Smith eut l'occasion de faire les découvertes qui l'ont fait appeler à juste titre le père de la géologie anglaise.

Ne connaissant aucun savant de l'époque (1795), il ne pouvait communiquer les idées nombreuses qui se heurtaient dans sa jeune tète, et dont il ne comprenait pas alors toute la valeur, se contentant de prévenir ses ouvriers de la nature du terrain qu'ils avaient à couper, et des difficultés qui les attendaient à mesure que les tranchées s'enfonçaient dans les couches de roches. Agé seulement de vingtsix ans. et sans autre maître que la nature et son propre génie d'observation , Smith reconnut, que « chaque strate a été successivement « le fond de la mer, et qu'elle renferme dans son sein les monuments « pétrifiés des races d'êtres organisés qui vivaient alors » , et de plus il reconnut , que le long de la section de son petit canal « chaque « strate contenait des restes fossiles d'êtres organisés spéciaux à cha- « cune d'entre elles, et que par leur moyen on peut, dans certains a cas douteux, reconnaître et identifier une couche, et la distinguer « d'autres entièrement semblables , mais placées dans d'autres parties « de la série s trati graphique. »

Ces deux découvertes contiennent toute la géologie des strates; ce sont les deux embryons d'où est sortie la stratigraphre tel qu'elle existe aujourd'hui. Ainsi , dès 1795 Smith avait dérobé à la nature un de ses secrets les plus impénétrables. Faute d'occasious de communiquer ses découvertes , il les conserva secrètes jusqu'en 1799.

Par suite de difficultés avec la compagnie, Smith quitta la direction du Coal Canal en Juin 1799. Précisément à celte époque il fît la connaissance d'un savant, très versé dans les études de cabinet, et dont l'amitié a eu une grande influence sur la propagation des découvertes que le modeste jeune homme tenait caché dans son sein. Ce premier ami et ce premier admirateur et en quelque sorte dé^

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couvreur du génie de Smith, s'appelait le révérend Benjamin Richardson , qui habitait alors Bath, où il possédait une très belle collection de fossiles du pays, qu'il avait recueillis lui-même. Très versé dans l'histoire naturelle, enthousiaste, et libéral, surtout lorsqu'il s'agissait de questions pratiques . Richardson connaissait parfaitement tout le pays qui avait été étudié par Smith ; seulement ses vues sur les fossiles ne s'étendaient pas au-delà de ce qu'il en avait appris dans les livres publiés jusqu'alors, et il n'avait pas la moindre idée des lois de la superposition des strates, et de la connexion qui existe entre les formes organiques fossiles et l'ordre des strates. D'un autre côté Smith avait des connaissances extrêmement bornées sur la véritable nature des fossiles et de leurs relations avec les types analogues et actuellement vivants. Du contact de ces deux intelligences, ainsi préparées, en résulta une étincelle électrique qui fit briller dans toute ea pureté et montra en même temps toute la portée des observations que Smith venait de faire et d'accumuler si patiemment.

«Richardson, dit Phillips dans son Memoirs of William Smilk^ p. 28, admis de suite, quoique cela ne se fut pas encore présenté à son esprit, que tels fossiles avaient été trouvés dans telles roches; mais lorsque Smith lui ajouta de plus , et avec assurance , que partout dans le voisinage (district de Bath) et encore même à de grandes distances environnantes , cette loi , savoir : que les mêmes strates étaient toujours rencontres dans le même ordre de superposition et con^ tenant les mêmes fossiles caractéristiques , était générale , il en fut très étonné et ne voulut pas le croire. Pour le convaincre, Smith lui proposa d'explorer le terrain , et un nouveau et savant associé , . le révérend Joseph Townsend , s'étant joint à eux; on se mit en route. On visita beaucoup de localités différentes , et partout les prédictions de Smith se vérifiaient , et les deux nouveaux amis de Smith se rendirent devant l'évidence des faits. »

« Un jour , après avoir dîné ensemble à la maison de Townsend, un des membres de ce digne et à jamais respectable triumvirat, proposa d'écrire sous forme de tableau (tabular view) les points principaux des découvertes de Smith, tels qu'ils venaient de les vérifier ensemble. Richardson prit la plume et écrivit, sous la dictée de Smilh , les différentes couches dans leur ordre de succession à partir des supérieures et allant en descendant dans la série, en commençant avec la Craie et les numérotant dans une série continue jùsqua la houille. Au-dessous de la houille proprement dite, ils ne connaissaient pas encore l'ordre de superposition des strates. »

«Ils ajoutèrent dans une colonne spéciale, à la suite de la des- . cription des strates , une liste des fossiles les plus remarquables . qu'ils avaient recueillis en place et dans le sein même des roches.

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