IV. GROUPE DU DÉPARTEMENT DU JURA
9. Fer de La Rochepourrie. — Fer hydroxidé, oolitique, de couleur roux foncé, avec quelques taches bleu-noirâtres. La roche calcaire qui le renferme est plus ou moins compacte, et elle se trouve superposée et intercallée entre des assises calcaréo-mameuses de couleur bleu-jaunâtre, rubannées de larges veines d'oxide de fer. — Epaisseur totale, 10 mètres. — Leitmuscheln : Nautilus Uneatus Sow. , Naut, claustis d'Orb. ; Ammonites subradiaius Sow. , Am, Murchisonœ Sow. , Am. Humphriesianas Sow. , Am. opalinus Rein, (cette espèce caractéristique des Marnes d Aresche, s'élève dans les assises de Fer de La Rochepourrie juscpi'au tiers de l'épaisseur totale de cette division) ; Lima prosboscidea Sow. ; Terebratula perovalis Sow. , Tereb. globata Sow. ; Rhynchonella subtetraedraJ)a\, ., Pholadomya Zietenii Agass.y Phol média Agass. , PhoL nymphacea Agass. ; Gresslya erycina Agass. ; Pleuromya tenuistria Agass.; Uyboclypus Marcou Des., Hyb, eanaliculatus Des. ; Cidaris horrida Mér. , Cid, glandifera Goldf. .
J'ai désigné cette division sous le nom de Fer de La Rochepourrie d'abord à cause du grand nombre de fossiles qu'on peut
30 Le iara.
y recueillir à la base de La Rochepourrie, montagne qui se trouve derrière le fort Belin près de Salins, et aussi parce que La Rochepourrie a attiré Fattention du plus célèbre géologue stratigraphe qui ait encore existé en France. Alexandre Brongniart en dessina et coloria lui-même une excellente coupe en 1817, section qu'il «avait fait encadrer et qui était placée dans sa célèbre collection et bibliothèque de la rue St.-Dominique St.- Germain. Dans la dernière visite que j'ai eu l'honneur de faire à ce savant illustre (c'était en juin 1847, peu de semaines avant sa mort), la discussion vint a se fixer plus spécialement sur les limites à donner au Lias; M. Brongniart soutenait (jue la couche de fer contenant YAmmonites Murchisonœ faisait déjà partie du Lotcer Oolite, et pour preuve dit-il : « je vais vous montrer un paysage que j'ai dessiné moi-même il y a long-temps et qui indique de la manière la plus évidente que le Lias finit en atteignant cette division. » Le bon vieillard alla décrocher dans la galerie longue attenante à sa bibliothèque et où se trouvaient les tiroirs de ses belles collections, un cadre de forme petit in-folio ; et il nous montra deux couches de fer formant comme deux cercles rouge-brun autour d'une montagne ressemblant à deux tours gigantescpies juxta-posées. Je ne pus retenir une exclamation : « Mais c'est La Rochepourrie, Monsieur, que vous avez si bien représenté !» « Ah ! Ah ! vous êtes la première personne qui aie reconnu ce profil ; il faut que les contours de vos montagnes soient bien présents à votre esprit » ; puis, quelques temps après il ajouta : « savez-vous, que c'est un des compliments les plus agréables qu'on puisse me faire ». Brongniart parle de ses observations aux environs de Salins et particulièrement à La Rochepourrie, dans son édition de 1822 de laDescrip^ tion géologique des environs de Paris et aussi dans son Tableau des Terrains qui composent Fécorce du glohe^ 1829.
10. Calcaires de La Rochepourrie, — Calcaire compacte contenant des colites très petites et (jui se fondent avec la pâte calcaire ; à cassure souvent très inégale, rabotteuse, quelquefois subconchoïdale, surtout dans les variétés très compactes. Couleur jaune-grisàtre, quelquefois avec des taches bleues, d'un
Le Jura. 31
aspect terne dans les variétés grisâtres et d'un reflet spathique nuancé dans les couches à lumachelles. Ces dernières couches lumachelliques renferment une grande quantité de débris d'Entroques (crinoïdes). — Epaisseur, 18 mètres. — Leitmuscheln : jusqu'à présent je n'ai pu réussir à me procurer des fossiles en état d'être bien déterminés et que j'aie recueillis dans les couches mêmes.
Cette division que j'appelais auparavant Calcaire lœdonim^ est très difficile à étudier ; elle a besoin d'un géologue habile et patient, et qui veuille bien y consacrer des mois de recherches pour la bien faire connaître.
11. Roches de coraux du fort St. -André, — Cette division peut se partager en deux ; savoir : Couches à coraux et au-dessus des Calcaires blanchâtres.
Les Couches à Coraux sont formées d'un calcaire compacte, très tenace, à cassure lisse et terne, de couleur grisâtre; stratification régulière, avec de nombreux rognons siliceux et des coraux à texture saccharoïde, très dures, se cassant par petits fragments écailleux et très tranchants. Epaisseur de ces couches 8 mètres. Leitmuscheln : Isastrea serialis^) M. Edwards et J. Haime; Isastrea Conybeari M. Edwards et J. Haime ; Thecosmillia gregaria M. Edwards et J. Haime ; Comoseris vermicularis M. Edwards et J. Haime ; Montlivaltia trochoïdes M. Edwards et J. Haime. Je possède en outre cinq ou six autres espèces de coraux du fort St.-André qui sont encore inédits.
Les Calcaires blanchâtres sont compactes, sans silice, par assises peu épaisses et s'enlevant en forme de dalles minces. En les brisant avec le marteau, plusieurs de ces couches répandent une odeur bitumineuse, ce qui les a fait appeler, par mon ancien et honorable ami le Dr. Germain de Salins, Calcaires puants. Epaisseur de ces calcaires, 2 mètres. Leitmuscheln : Belemnites
^) Les coraux ont été déterminés diaprés le dernier trayail de Milne- Edwards et de Jules Haime, intitulé : A Monograph of the British fossU Corals. CoraU fromthe Ooh'ttc/brmarions (Pal «on tological Society). London,
32 I^e Jura.
giganteus Schlot. ; Nerinea jurensis d'Orb. (dans Fatlas de la Paléontologie française pi. 251; cette nérinée porte le faux nom de Nerinea Marcousana d'Orb.) ; Pholadomya Murchisoni Sow. ; Mactromya mactroïdes Âgass. .
La localité type se trouve sur la pelouse à côté des glacis du fort St.-André près de Salins. On y trouve les restes d'un magnifique récif de coraux (Coral-reef) qui a dû exister sur cette place même à Tépoque de la mer, qui a déposé le Lower Oolite. Cette formation coralline (Coral formation) a été aussi puissante que celle qui a eu lieu au commencement de Fétage de YUpper Oolite, et rappelle entièrement les Corals formations qui se font actuellement sur les côtes de la Floride et aux Bermudes.
12. Marnes de Plasne. — Marnes grises-jaunâtres, quelquefois bleuâtres, rudes, peu homogènes, renfermant une grande quantité de concrétions calcaires de la grosseur d'une noisette. — Epaisseur, 3 mètres. — Leitmuscheln : Ostrea acuminata Sow.; Ostrea Marshii Sow. (cette espèce passe dans la division des Roches des coraux du fort St, Andre\ et même dans celle des Calcaires de La Rochepourrie) ; Rhynchonella conmna Sow. ; Ceromya tenera Agass. ; Pholadomya Bucctxrdium Agass. ; Homomya gibbosa Agass. ; Arcomya sinistra Agass. ; Gresslya concentrica Agass. ; Pleuromya Alduini Agass. ; Clypeus Solodurinus Agass., Clyp. patella Agass. , Clyp, Hugii Agass. ; Holectypus depressus Des. ; Acrosalenia complanata Agass. .
Je désignais autrefois cette division sous le nom de Marnes vésuliennes, prenant mon type dans les environs de la ville de Vesoul. Aujourd'hui je pense que la localité de Plasne près de Poligny est préférable à cause du grand nombre de fossiles bien conservés qu'on y rencontre. Ces marnes se trouvent à gauche de la route, en montant de Poligny, précisément près du sommet du mont de Plasne.