‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 102 sur 255 · La mère du P. Gratien · texte numérisé non relu

La mère du P. Gratien

Sans ce motif, ce serait vraiment pénible que, pour un détour de huit lieues, vous ne nous accordiez pas la faveur <l<> venir par ici. Vous vous reposeriez quelques jours et nous procureriez cette joie de vous voir que toutes les sœurs désirent tant. C'est, d'ailleurs, ce que mon frère, parti aujourd'hui pour Madrid, vous exposera de ma part.

En troisième lieu, vous me marquez que Madame doña Jeanne se propose d'accompagner sa fille jusqu'à Valladolid. J'aurais beaucoup de peine de la voir entreprendre, en ce moment, un voyage de quatre-vingts lieues, quand elle peut s'en dispenser, et que sa santé nous est si pré cieuse. J'ai suivi cette route; j'étais alors entourée de soins et d'attentions par doña Marie de Mendoza, qui m'accompagnait, et cependant, la distance me parut très longue.

Sachez, mon Père, que je suis décidée à ne pas laisser votre mère aller plus loin qu' Avila. En vérité, ce n'est pas nécessaire, pourvu que Mademoiselle doña Marie soit accompagnée d'une femme et de son frère. D'ailleurs, nos sœurs de Valladolid ne s'en formaliseront pas. Et puis, ce serait une grande faute pour votre mère de s'exposer à tant de fatigues, quand elle a déjà vu sa fille. Mieux vaut qu'elle retarde son voyage jusqu'à la prise de voile. Avec la grâce de Dieu, les circonstances offriront alors moins de danger, et vous pourrez l'accompagner plus facilement que maintenant. Sa santé nous est tellement chère que je n'oserais pas me ranger à votre avis pour ce projet. Au moins, je ne négligerai rien pour l'arrêter à Avila. Qu'elle vienne jusqu'ici, j'y consens, car le temps est beau et la route n'est pas longue. J'ai pensé que, dans le cas où elle ferait la route en voiture, il serait préférable qu'elle passât par Avila, car les ports sont, je crois, moins difficiles que par l'autre voie.

Supposé que Madame doña Jeanne ne vienne pas, et que Monsieur Thomas de Gratien soit seul à accompagner sa sœur, ne serait-il pas bon que le Père Antoine de Jésus partît avec eux, puisqu'il est déjà rétabli? Votre Paternité dira qu'il est également Carme déchaussé. Mais ses cheveux blancs le mettent à l'abri de toutes les critiques; et, pourvu que ce ne soit pas vous qui veniez, l'attention ne sera pas attirée sur les voyageurs. C'est sur vous, en effet, que tous les regards sont fixés à l'heure présente. Je serais, d'ailleurs, très contente de voir ce Père ressuscité. Voilà l'idée qui se présente maintenant. Si elle n'est pas à suivre, regardez-la comme une rêverie. Pour moi, je ne sais rien plus que ce que j'ai dit.

Ce me serait une grande joie, je vous le répète, de voir Madame doña Jeanne : mais, à mon avis, il est très délicat pour nous de lui permettre d'entreprendre ce voyage, et surtout d'aller plus loin qu' Avila. Pourquoi Dieu m'a-t-il faite de la sorte? Je suis toujours prête à sacrifier mon repos ! Pourtant, il y a un repos que je prie le Seigneur de m'accorder. Qu'il daigne donner à mon âme la grâce de le goûter à loisir près de Votre Paternité I

Mon frère vous a porté la lettre où je vous disais combien c'est chose difficile, aux yeux du docteur Rueda et de Maître Daza, de procéder à l'élection des prieurs sans une permission du Pape ou du Général, car c'est une affaire de juridiction. Comme je vous ai écrit longuement sur ce point, je me contente maintenant de vous supplier, pour l'amour de Notre-Seigneur, d'y réfléchir sérieusement. Ce n'est pas un petit travail pour vous que d'examiner toutes choses avec le plus grand soin; mais Dieu vous donnera un autre temps.

Maintenant, mon Père, nous devons supplier Sa Majesté de vous garder. La prieure et la sous-prieure ont

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