‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 113 sur 255 · Les anciennes éditions mettaient carême · texte numérisé non relu

Les anciennes éditions mettaient carême

1578. 28 Juillet. Avila.

AU PÈRE BAÑES, A VA LL ADOLID.

Elle lui recommande de ne pas venir à Avila , et lui parle de l'incarcération du licencié Padilla.

JÉSUS

Que le Saint-Esprit soit avec vous, mon Père !

Je viens de recevoir une lettre de vous où vous me montrez toujours le même dévoûment et la même charité. Votre obligeance pour moi est telle que je ne sais que dire, si ce n'est que je supplie Dieu de vous en récompenser, comme de toutes vos autres bontés à mon égard.

Quant à votre projet de voyage à Avila, je suis très peinée, je vous l'assure, que vous vouliez le réaliser avec une personne tellement ennuyeuse pour vous. De plus, votre santé ne s'est jamais bien trouvée d' Avila. Je ne vous supplie donc pas de venir, sous le prétexte de me faire plaisir, prendre des vacances si pénibles pour vous ; il faudrait pour cela que je fusse dans une grande nécessité. Or, pour le moment, je n'y suis point, grâce à Dieu. Quant aux affaires et aux épreuves, elles ne manquent pas : elles ne me laisseraient pas même le temps de goûter quelque consolation auprès de vous, comme je le voudrais. Voilà pourquoi je vous supplie plutôt de ne point venir. Voyez où vous pourriez trouver plus de contentement, et allez-y. Vous avez besoin d'un repos complet après le travail de toute l'année. De plus, supposé que

le Père Visiteur arrivât en même temps que vous, il me resterait peu de loisirs pour profiter de votre présence.

Croyez-le, mon Père, car c'est une chose évidente âmes yeux, Notre-Seigneur ne veut pour moi sur la terre que des croix et toujours des croix. Mais il y a plus encore : une partie de ces croix retombe sur tous ceux qui voudraient me contenter. Je le comprends bien, il veut par ce moyen encore me donner des tourments. Qu'il soit béni de tout !

L'épreuve où est le Père Padilla me cause un profond chagrin, car, à mon avis, c'est un grand serviteur de Dieu. Plaise au Seigneur de faire éclater la vérité ! Quand on a tant d'ennemis que ce Père, on a beaucoup à souffrir, et nous sommes exposés à pareille infortune1. Mais c'est peu de chose que de perdre la vie et l'honneur pour l'amour d'un si bon Maitre. Ne manquez jamais de Le prier pour nous; toutes nos affaires sont, je vous l'assure, dans une confusion complète.

Quant à ma santé, elle est assez bonne. Mon bras est toujours souffrant, et il ne peut me servir pour m'habiller; toutefois, il va de mieux en mieux. Je voudrais réaliser les mêmes progrès dans l'amour de Dieu. Plaise à Sa Majesté de vous garder et de vous donner toute la sainteté que je Lui demande pour vous! Amen.

C'est aujourd'hui le 28 juillet.

Votre indigne servante et vraie fille,

Toutes les sœurs d'ici, vos humbles servantes, se recommandent très instamment à vos prières. Veuillez ne pas permettre à la Prieure de cesser de manger de la viande; dites-lui de veiller sur sa santé.

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