‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 120 sur 255 · LETTRE CCXX1V. 1578. 8 ET 9 AOUT · texte numérisé non relu

LETTRE CCXX1V. 1578. 8 ET 9 AOUT

tant de justice, quand vous ries demeuré un an sans continuer les visites, et que vous les avez reprises seulement lorsque vous avez reconnu que le Nonce lui-même affirmait ne vous avoir point retiré votre commission, je m- sais comment on vient aujourd'hui tenir un tel langage. D'une part, je suis vraiment affligée, mais de l'autre, je suis touchée en voyant avec quelle prudence vous avez précédé, et de quelles infamies on vous récompense. Je vous l'assure, mon Père, Notrc-Seigneur vous aime beaucoup, et vous marchez bien sur ses traces. Soyez donc 1res content. Il vous donne ce que vous Lui demandez, c'est-à-dire des épreuves. Il prendra votre défense; et c'est justice. Qu'il soit béni de tout!

Les théologiens d'Avila prétendent tous que vous n'êtes pas obligé d'obéir au Nonce, dès lors qu'il vous commande sans vous montrer d'où il tient ses pouvoirs.

Oh ! quels riches trésors que ces souffrances, mon Père ! ils sont inestimables, puisque vous achetez avec eux une belle couronne. Quand je me rappelle que Notre-Seigneur lui-même et tous les Saints ont passé par cette voie, je ne puis m'empêeher de vous porter envie; car en ce moment, je ne mérite plus de souffrir, si ce n'est en ressentant les peines de celui que j'aime tant, ce qui m'est encore beaucoup plus douloureux.

Demain, nous nous entendrons pour envoyer promptement Julien d'Avila à Madrid reconnaître le Nonce comme supérieur, entrer dans de bons rapports avec lui et le supplier de ne pas nous soumettre aux Pères chaussés. A son retour, j'écrirai à plusieurs personnes pour qu'elles apaisent le Nonce à votre endroit; je lui exposerai quelques raisons, je lui dirai combien de temps vous êtes resté sans user de votre commission, jusqu'à ce que vous ayez appris ce qu'il affirmait lui-même. J'ajou-

terai que vous étiez disposé à lui obéir toujours de bon cœur, mais que vous avez appris que le Père Tostado venait s'entremettre pour nous détruire. Et certainement, je puis lui dire en toute sincérité combien je suis contente de la disposition qu'il a prise. Pourvu, en effet, que nous ne soyons pas, nous, les Carmélites, sous la juridiction des Pères mitigés1, tout le reste ne m'est nullement pénible.

Julien d'Avila doit lui demander plusieurs permissions qui nous sont nécessaires dans nos monastères, comme celles de laisser entrer les ouvriers et autres choses semblables. Car, m'a-t-on dit, il est reconnu pour notre supérieur dès le moment où nous lui faisons acte d'obédience. Que le Seigneur nous donne sa faveur ! On ne peut, après tout, nous obliger à l'offenser. De plus, mon saint Paul me reste dans ma maison, et personne ne peut m'empêche r de réaliser la promesse que j'ai faite à ce saint2. Nos sœurs ont été plus sensibles à ce qu'on dit contre vous dans le Bref qu'à tout le reste. Elles se recommandent instamment à vous; leurs prières ne vous manquent pas. Il n'y a pas lieu d'avoir peur, mon Père, mais, au contraire, de louer Dieu. Il nous conduit par le chemin qu'il a lui-même suivi. Plaise à Sa Majesté de garder Votre Paternité à mon affection et de me permettre de vous voir délivré de tous ces combats!

C'est aujourd'hui la veille de Saint Laurent.

L'indigne servante et véritable fille de Votre Paternité,

Thérèse de Jésus.

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