‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 129 sur 255 · Thomas, frère du Père Gratien · texte numérisé non relu

Thomas, frère du Père Gratien

LETTRE CCXXIX. 1578. AOUT 277

On sonne Matines; je me contente donc de vous dire que la Prieure et les sœurs se portent bien. Toutes sont dans une paix profonde, et se recommandent, ainsi que mon frère, aux prières de Votre Paternité. Elles sont très contentes d'apprendre la marche de nos affaires. Mais ce qu'il y a de plus important pour moi, c'est que cette malheureuse visite, qui m'a tant coûté, soit enfin chose terminée, et que Votre Paternité n'ait plus à s'en occuper. Malgré le grand désir que j'en ai, je crains encore qu'une telle faveur ne soit pas de longue durée.

C'est aujourd'hui le 24 août.

L'indigne servante et fille de Votre Paternité,

Thérèse de Jésus.

LETTRE CCXXIX.

1578. Fin Août. Avila.

AU PÈRE GRATIEN, A MADRID

Lettre au Nonce. Scrupule et prophéties de Paul.

JÉSUS soit avec Votre Paternité , mon Père !

J'avais grande envie de répondre longuement à la lettre pleine de tristesse et de mélancolie que vous m'avez envoyée. Mais j'ai été obligée fort heureusement d'écrire les lettres ci-incluses, et maintenant ma tête n'en peut plus. Veuillez faire mettre l'adresse sur ce pli que j'envoie au Nonce; je ne la mets pas moi-même, dans la crainte de me tromper; chargez-en une de ces dames dont l'écriture se rapproche le plus de la mienne.

Tout d'abord, mon Paul est bien simple d'avoir de tels scrupules1. Votre Paternité aura la bonté de le lui dire. Mais à vous, il n'y a rien à dire. Tous les théologiens affirment que vous êtes en sûreté de conscience jusqu'à ce que l'on vous ait notifié le Bref. Ce serait donc une folie d'aller vous remettre entre les mains du Nonce avant que le président du Conseil2 l'ait apaisé; et c'est en compagnie de ce dernier, si c'est possible, que vous devez vous présenter devant lui la première fois.

Par charité, n'allez pas nous faire tant de prophéties ; Dieu arrangera tout pour le mieux. En ce moment, je me rappelle que Joseph* m'a dit, quand Ardapilla* était absent, que cela convenait pour nos affaires. Et dès lors qu'il est si mal vu, je n'ai aucun doute là-dessus. Quant à ce qui est arrivé à ces autres ermites, il n'y a pas à en tenir compte. Dieu découvre le mal, mais il sait également découvrir le bien.

Vous n'êtes point tenu à la messe ; j'ai consulté des théologiens, et d'ailleurs, vous le savez vous-même. Restez donc là où vous êtes, dans le plus grand secret : voilà ma préoccupation. Quand, malgré la vie facile que vous menez dans cette maison, vous êtes encore triste, je me demande

1. Le Père Gratien avait reçu du Nonce l'ordre de montrer ses pouvoirs de commissaire. Le Roi et les théologiens lui conseillaient de ne pas le faire tant que le Nonce lai-même ne montrerait pas en vertu de quels pouvoirs il agissait. Le Père Gratien était, malgré tout, très perplexe. De plus, le Nonce avait lancé l'excommunication contre le Père Gratien à Valladolid. Celui-ci, prévenu qu'on venait lui porter la sentence, avait fui et, passant par Avila, s'était réfugié à Madrid, comme nous l'avons vu dans les lettres précédentes.

2. Monseigneur Pazos, ôvêque de Pati, nommé récemment évêque d' Avila.

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