‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 135 sur 255 · LETTRE CCXXXIII, 1578. 4 OCTOBRE · texte numérisé non relu

LETTRE CCXXXIII, 1578. 4 OCTOBRE

examine notre genre de vie et celui des Pères chaussés, et qu'on n'écoute plus ces derniers. Je ne sais d'où ils tirent tant de choses qui ne sont pas, et dont ils se servent pour nous déclarer la guerre. Je vous supplie, en outre, de parler, de ma part, au Père qui confesse le Nonce, de lui présenter mes respects et de lui exposer toute la vérité, afin qu'il oblige le Nonce, en conscience, à ne pas publier des choses si préjudiciables pour nous, avant d'avoir pris des informations. Déclarez-lui, que, malgré ma misère, je ne suis pas encore arrivée au point d'être coupable de ce dont on m'accuse. Vous direz cela, pourvu que vous le jugiez à propos; sinon, non.

Vous pourriez, de plus, lui montrer, dans le cas où vous le croiriez utile, les patentes en vertu desquelles j'ai fondé. L'une d'elles porte même le précepte formel de ne pas omettre de poursuivre les fondations. Notre Père Général, que je suppliais de me relever de ce précepte, me répondit un jour : « Je voudrais vous voir fonder autant de monastères que vous avez de cheveux sur la tête. » Il n'est donc pas juste de jeter le discrédit par la calomnie sur tant de servantes de Dieu. Et puisque, comme on le dit, c'est dans la Compagnie de Jésus que j'ai été élevée, que j'ai même reçu la vie, vous devez, ce me semble, manifester la vérité, et amener par là un personnage aussi grave que le Nonce, étranger à notre pays, et venu en Espagne pour réformer les Ordres religieux, à examiner ceux qu'il doit réformer, ceux qu'il doit favoriser, et à châtier ceux qui vont lui débiter tant de faussetés.

Vous verrez ce qu'il y a à faire. Ce que je vous demande, pour l'amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, c'est qu'après nous avoir favorisés dès le jour où vous nous avez connus, vous nous favorisiez encore dans la nécessité où nous sommes. Tous les membres de la

Réforme vous payeront de retour. D'ailleurs, vous devez cela à l'affection que j'ai pour vous, et à la vérité, que vous manifesterez de la meilleure manière possible.

Je vous supplie de m'aviser de tout, et de me donner, en particulier, des nouvelles de votre santé. La mienne n'a pas été brillante cette année; le Seigneur a voulu m'éprouver de toutes manières. Cependant, je fais peu de cas de mes souffrances personnelles. Ce qui me cause de la peine, c'est de voir tant de serviteurs de Dieu souffrir à cause de mes péchés. Que la divine Majesté soit avec vous et vous garde ! Veuillez me dire si vous devez rester longtemps à Madrid, comme on me l'a annoncé.

C'est aujourd'hui la fête de Saint François.

Votre indigne servante et véritable fille,

Thérèse de Jésus, Carmélite.

Page 1