A ANNE DE JÉSUS, PRIEURE A VÉAS
Remercîments d'une belle œuvre.
Ma fille et ma couronne, je ne me lasse pas de remercier Dieu de la grâce qu'il m'a accordée en amenant Votre Révérence à notre Ordre. De même que le Seigneur, après avoir délivré les enfants d'Israël de la servitude d'Egypte, leur a envoyé une colonne merveilleuse pour les guider et les éclairer pendant la nuit, et les protéger contre le soleil pendant le jour, de même aussi semble-t-il avoir fait pour notre Ordre. Votre Révérence, ma fille, est cette colonne qui nous guide, nous éclaire et nous protège. Ce que Votre Révérence a donné pour nos religieux2 est très bien. On voit clairement que Sa Majesté habite en vous, puisqu'en toutes choses vous agissez avec tant de dévoûment et de générosité. Que Dieu, pour qui vous avez travaillé, vous récompense, et accorde à nos affaires le succès qui convient !
1. L'ancien éditeur des Lettres de la Sainte, après avoir fait remarquer que ces éloges donnés à la Vénérable Anne de Jésus peuvent paraître excessifs, renvoie le lecteur à la Vie de la Vénérable par Angèle Manrique, liv. III, chap. 14, n° 3.
2. Elle avait fourni une grosse somme d'argent aux Carmes déchaussés, pour qu'ils pussent aller à Rome traiter de la séparation des provinces.
LETTRE CCXLVI1.
1578. Fin Décembre. Avila.
A MARIE DE SAINT- JOSEPH, PRIEURE A SÉVILLE. Elle la prie de continuer à être pleine d'égards pour le chapelain.
Ma fille, pour l'amour de Notre-Seigneur, je vous
demande de souffrir en silence, et de ne plus songer à renvoyer ce Père8, malgré toutes les peines et tous les ennuis qu'il peut vous causer, pourvu que Dieu ne soit pas offensé. Je ne saurais admettre que nous montrions de l'ingratitude envers quelqu'un qui nous a fait tant de bien. Je me rappelle l'époque où l'on voulait nous tromper au sujet de la maison qu'on nous vendait; or, c'est lui qui nous a tirées de l'illusion. Jamais je ne pourrai oublier le service qu'il nous a rendu dans cette circonstance, et les difficultés d'où il nous a tirées. Il m'a toujours paru un vrai serviteur de Dieu, et rempli de bonnes intentions. Ce n'est pas une perfection en moi, je le vois, d'être reconnaissante; ma nature, sans doute, est ainsi faite : avec une sardine qu'on me donnerait, on pourrait me gagner.